IV. — DES RÉMISSIONS (I
Le processus sclérosique de la paralysie générale, une fois qu'il s'est nettement enraciné, poursuit, comme nous l'avons dit, invariablement sa course, mais néanmoins il peut, dans certaines circonstances, ne progresser que lentement et subir des temps d'arrêt, une rémission, comme on dit.
Ce sont ces temps d'arrêts trompeurs, véritables périodes d'accalmie, qui peuvent en imposer en certaines circonstances et faire croire à des guérisons.
C'est ordinairement vers la deuxième période, alors que l'effervescence morbide s'est manifestée d'une façon plus ou moins intense, que l'on voit un moment de détente se prononcer.
Sous l'influence du régime spécial dans lequel il a vécu dans l'asile, le paralytique a perdu son exubérance, il a récupéré une certaine lucidité. — Il se rend compte des écarts de conduite qu'il a faits, des conceptions bizarres qu'il a enfantées ; il reconnaît volontiers toutes ses sottises et, comme il est calme, lucide, les familles n'hésitent pas à le reprendre, à le faire vivre de leur vie commune, et au besoin à dire comme lui, qu'il n'a jamais été malade.
Mais il ne faut pas s'y tromper; sous ces apparences de guérison, le mal n'est pas éteint, et, bien plus, quand on y regarde d'un peu près, lorsqu'on est appelé dans l'intérieur des familles à suivre ces prétendues guérisons, l'œil exercé du médecin reconnaît aisément combien les familles se contentent de peu, du moment qu'elles ont la tranquillité matérielle assurée, et que le malade a cessé de faire des projets extravagants. — Le calme dont on profite alors, c'est le calme de la démence, et tel paralytique, ainsi rentré dans son intérieur, devenu inoffensif, descend insensiblement, à la faveur d'une rémission, la pente qui le conduit à l'obtusion plus ou moins rapide de toutes ses facultés.
Les rémissions ne sont donc pas, dans le sens absolu du mot, une période complète de suspension du mal. Elles consistent seulement dans le
(1) Sauze. Des rémissions dans le cours de la paralysie générale, 1858, p. 193. (Ann. méd. psych).
Doutrebente. Des différentes espèces de rémissions qui surviennent dans le cours de la paralysie générale . (Id., 1878, t. I, p. 161).
Baillarger. Des rémittences de la paralysie générale au point de vue médico-légal (Id., 1855, p. 642).
ralentissement de l'allure du processus, qui, au lieu de s'avancer par saccades violentes , continue silencieusement son travail de dévastation et amène insensiblement la démence incurable.
Il est bon néanmoins, au point de vue de la thérapeutique, d'avoir sans cesse à l'esprit la possibilité d'une éventualité semblable, attendu qu'étanl donné ce l'ait, que la maladie peut dans certaines circonstances être enrayée sinon éteinte, les efforts du médecin devront toujours être dirigés vercet objectif : — obtenir un temps d'arrêt, et empêcher le mal d'avancer avec une trop grande vitesse.