DUREE
La durée totale de l'évolution de la paralysie générale est très difficile à fixer, à cause de l'incertitude qui plane sur les phases du début (1).
La période d'incubation est, la plupart du temps, impossible à déterminer avec précision. — Les différents membres de la famille, que l'on consulte à cet égard, donnent les renseignements les plus contradictoires, suivant qu'ils ont vécu en contact permanent avec le malade, ou qu'ils ne l'ont vu qu'à de rares intervalles.
On ne peut donc reconnaître qu'une date précise dans la supputation de la durée de la maladie, c'est, celle de l'entrée officielle du malade dans l'asile, en laissant à l'état incertain la durée de la période prodromique qui peut varier et s'étendre à un grand nombre de mois.
La durée du processus de la paralysie générale, dans son évolution complète, paraît être beaucoup plus longue que celle qui lui a été assignée par les premiers auteurs qui ont écrit à ce sujet. — Et c'est ainsi qu'Achille Foville fait très judicieusement remarquer que les auteurs ont été porlés à lui assigner une durée moyenne d'autant plus prolongée, qu'ils ont écrit à une époque plus éloignée du moment où la maladie a été découverte (2). Cette durée a été évaluée par Bayle à dix mois; par Calmeil dans son premier ouvrage à treize mois ; par Parchappe à près de deux ans ; et l'opinion courante la porte aujourd'hui à une période moyenne de trois ans.
Il est incontestable que la façon dont les malades sont traités a une action directe sur la prolongation de leur existence. — Les soins spéciaux dont ils sont entourés dans les asiles privés, l'absence d'excitation exté-
(1) Lemaître. De la paralysie générale de longue durée. Thèse, Paris, 1879.
(2) Achille Foville. Diction, des sciences méd., t. XXYI, p. 18.
rieure, qui les fait vivre en dehors de leurs anciennes habitudes et loin de toute espèce d'ébranlement ; — les règles hygiéniques auxquelles ils sont asservis, la surveillance médicale attentive dont ils sont l'objet, sont autant de conditions heureuses qui leur permettent de prolonger leur existence au delà du terme préalablement fixé.
11 est encore incontestable qu'actuellement le diagnostic de la paralysie générale est plus rapide et plus facile. Par conséquent la maladie étant traitée lorsqu'elle est, la plupart du temps, à l'état de verdeur, on a par cela seul fait des meilleures conditions de longévité aux malades qu'autrefois.
C'est ainsi que, d'après les résultats de mon expérience privée, j'ai pu sur 155 cas fixer la durée au minimum à un an, et au maximum à huit années.
La durée moyenne serait dans ces conditions de quatre à cinq ans, et j'ai excepté de ce tableau statistique un certain nombre d'individus qui n'ont été que dix ou quinze jours en observation et qui ont succombé à des accidents de congestion cérébrale aiguë.
Cette durée moyenne s'applique aux cas d'intensité moyenne, aux individus qui sont devenus rapidement amnésiques et déments.
Il est encore à noter que la durée a été plus prolongée chez les individus qui ont présenté les phases alternantes de l'excitation et de la dépression. Cette forme est moins rapidement mortelle que les formes franchement expansives ou franchement dépressives prises isolément.