DIFFICULTÉS DU DIAGNOSTIC DE LA PERIODE PRODR05IIQUE
Les progrès accomplis depuis le commencement du siècle dans l'étude des maladies mentales, en isolant au milieu du groupe des vésanies, un type nosologique nouveau, la paralysie générale, avec son étiologie, sa symptomatologie, son allure et ses caractères essentiels, ont porté un grand coup aux anciennes classifications des maladies mentales, créées par Pinel et Esquirol ; — en ce sens, qu'ils ont permis de distraire tout naturellement du groupe des anciennes vésanies la manie, la lypémanie, toute une série de cas isolés confondus naguère avec elles, et aujourd'hui rentrant directement dans la description propre de la paralysie générale telle qu'elle est actuellement constituée.
Le diagnostic de la paralysie générale devra donc tout d'abord, d'une façon sommaire, avoir pour objet, un cas isolé étant donné, de le comparer avec les anciens types dont il présente quelquefois les apparences et d'en faire la différenciation ; — de reconnaître, par exemple, si l'on est en présence d'un accès, soit de manie, soit de lypémanie franche, etc.
C'est donc dans les phases embryonnaires de la paralysie générale que le diagnostic est le plus difficile à faire, parce que ses signes psychiques ou somatiques sont encore fugitifs et mal dessinés. — Néanmoins la science du diagnostic s'est enrichie dans ces derniers temps de données positives spéciales, douées d'une valeur séméiologique propre, qui permettent de signaler les débuts encore obscurs d'une maladie à échéance lointaine.
C'est ainsi que les perversions du caractère survenues chez certains
(1) Drouet. Etudes cliniques sur le diagnostic delta paralysie générale. (Ann. médicopsychol , 187 J, p. 35 et 182).
individus, certains actes d'immoralité inconsciemment accomplis chez d'autres en pleine lucidité, — tels que l'action de voler dans les endroits publics, de dérober des objets de minime importance, de manquer de tenue, de négliger les soins de sa personne, de devenir querelleur; la dipsomanie, etc., deviennent pour le médecin exercé comme autant de signes lixes, ayant une valeur séméiologique propre. — Si bien qu'en joignant à ces perturbations morbides la présence de certains troubles d'ordre psychique et somatique déterminé, on arrive actuellement à faire le diagnostic de la paralysie générale, d'une façon précise et prématurée, alors qu'il y a trente ans à peine on ne pouvait la diagnostiquer que lorsqu'elle était déjà arrivée à sa deuxième période.
On comprend donc quel intérêt il doit y avoir pour le sujet envahi à dépister sa maladie dès ses premières phases, afin de pouvoir, dès le début, opposer quelque obstacle au progrès du mal, — chose capitale; — car il est reconnu en pathologie mentale, que plus les maladies sont prises à leur période initiale, plus elles ont de chance d'être notablement amendées par le traitement.