IMBÉCILLITÉ. — IDIOTIE
moral, que cet arrêt soit antérieur ou postérieur à la naissance ; et il exprime ainsi l'état d'une obnubilation mentale liée à un vice congénital et à une tare héréditaire. — Esquirol s'est ainsi bien appliqué à distinguer l'idiotie de la démence, phase ultime des vésanies. Pour lui, la démence est la dernière étape des troubles spéciaux qui ont ébranlé la trame cérébrale pendant la période adulte, tandis que l'idiotie est une imperfection native des facultés mentales, due à un arrêt de développement des instruments de la pensée. — L'homme en démence, dit-il, est privé des biens dont il jouissait autrefois : c'est un riche devenu pauvre; l'idiot a toujours été dans l'indigence.
Malgré ces caractères particuliers qu'elles empruntent à leur origine organique et à leur mode d'évolution, les manifestations de l'idiotie et de l'imbécillité n'en constituent pas moins un groupe nosologique spécial qui a sa place naturelle marquée dans le domaine des maladies mentales.
Les idiots, les imbéciles, malgré des apparences décevantes sous lesquelles ils se présentent quelquefois et qui tendent à les faire considérer comme des êtres doués d'un certain discernement, n'en sont pas moins, au point de vue des manifestations régulières de la vie sociale, de véritables aliénés. — Doués d'une constitution imparfaite au point de vue des appareils de l'innervation centrale, ils sont des êtres incomplets, incapables de voir, de sentir, de comprendre les choses de la réalité, suivant le sens commun à la généralité des hommes. Ils sont par cela même à l'état de véritables non-valeurs en dehors des principes généraux de la vie sociale, et c'est à juste titre que la médecine mentale les revendique comme ses tributaires, qu'elle les étudie comme des cas pathologiques, et que, devant la loi, elle les protège la plupart du temps, en demandant pour eux le bénéfice des circonstances atténuantes de l'irresponsabilité, appuyée sur le fait d'une organisation originellement incomplète.
Nous verrons en effet dans le détail analytique de la symptomatologie qui va suivre, que la vie des imbéciles et des idiots traverse quelquefois des phases dangereuses, et que, loin de s'écouler dans une placidité atonique complète, on la voit quelquefois s'illuminer d'éclairs soudains suivis d'orages violents. — C'est ainsi que certaines natures, à instincts pervers, sont susceptibles, à un moment donné, après avoir été longtemps tranquilles, de s'exciter soudain, de devenir violentes, féroces, de porter avec elles l'incendie, et de commettre, sous l'influence d'hallucinations ou d'impulsions subites, les crimes les plus imprévus et les plus inexpliqués.
On ■ fait de nombreuses tentatives pour introduire une classification rationnelle au milieu de cette série infinie de types dégénérés, qui commencent à l'imbécillité simple et s'étendent jusqu'à l'idiotie la plus profonde. Jusqu'à présent tous les efforts sont vernisse heurter devant des difficultés insurmontables, et qui se résument dans la variété individuelle des formes, d'une part, et — d'autre part, dans la mutabilité des mêmes formes chez le même individu. Car il arrive communément ceci, que tel individu qui, à un moment donné de son existence, est considéré comme un imbécile simple, peut, par défaut de soins ou abandon, s'abaisser de plusieurs lans l'échelle et devenir un idiot complet. — De même un individu dans les mêmes conditions premières peut, sous l'influence d'une culture intelligente, de soin- assidus, s'élever de plusieurs degrés et arriver ainsi à perfectionner les conditions originelles de sa nature.
C'est ainsi que Dubois (d'Amiens) (1), Henke, Spilmann, lielhomme (2), Hoffbàuer, Scipion Pinel, ont essayé tout à tour de faire des classifications diverses correspondant à des type- définis. Leurs efforts sont restés inutiles, faute d'une base initiale suffisante, la connaissance précise des lois de formation du cerveau et de son évolution naturelle suivant les âges. — Les uns ont vu des caractères typiques là où d'autres ne reconnaissaient que des nuances, si bien que l'un admettait cinq classes d'idiots par exemple tandis qu'un autre trouvait des éléments pour constituer soit quatre classes Il illi (3), Marré), soit même sept classes d'idiots (Scipion Pinelj. Morel a pareillement essayé de faire une classification pour ce groupe spécial de psyehopathies, en lui appliquant les données étiologiques générales qu'il avait appliquées à la classification des autres groupes, sans songer qu'en cherchant à appuyer une classification nosologique sur une donnée étiologique la plupart du temps inconnue ou impossible à vérifier, l'étiologie — en faisant, comme il l'a fait, des idioties éclamptiques, épileptiques, paralytiques, il ne faisait que d'enregistrer deux symptômes concomitants, sans indiquer lequel des deux était le facteur primordial, et quel était le véritable lien de subordination qui les unissait (i).
En présence des données insuffisantes de la science contemporaine dans ce groupe spécial de maladies mentales, et faute de pouvoir rattacher d'une façon scientifique les troubles psychiques de l'idiotie à des lésions encé-
(I) Dubois (d'Amiens), Mémoires de l'Académie de médecine, 1837, t. V, p. 553.
(-2) Belhomme, Essai sur l'idiotie, thèse, 1824.
(3) Bartb, Idiotie, thèse inaugurale de Strasbourg, 1862.
i l; Morel, Traité des dégénérescences de l'espèce humaine, 1857.
Ireland,On the classifications and prognosis ofidiocy (Journal of mental science, 18~- .
Voisin, Ann. médico-psychol . 1843, 5iJ2; ei t. II, p. iGO.