POIDS ET VOLUME DU CERVEAU
Les détails que nous avons donnés précédemment au sujet de l'exiguïté de la capacité crânienne impliquent déjà l'idée d'une atténuation très notable dans la masse et le volume de l'encéphale.
Lélut, cité par Foville (3), a en effet constaté que la moyenne du poids du cerveau des idiots était de 1/11 au-dessous de la moyenne des cerveaux normaux.
(1) Griesinger, loco citato, p. 429.
(2) Voyez les très intéressantes Recherches anatomiques et mathématiques de Gustave Le Bon sur la mensuration du crâne et le volume du cerveau (Revue d'anthropologie, 1* série, p. 27).
(3) Foville, Dictionnaire des sciences médicales, article Idiotie, p. 371.
Le poids moyen du cerveau des idiots mesuré par Crochley Claphem serait de 1 ISS grammes pour les hommes et de 1057 pour les femmes, pris à un âge moyen de vingt et un ans. On voit la différence puisque, suivant Vagner, le poids moyen du cerveau serait de 1410 grammes pour les hommes de la race blanche et de 1262 pour les femmes (1).
Dans les conditions de l'évolution normale, la boîte crânienne et son contenu suivent un développement parallèle et une ampliation régulière.
11 arrive cependant des conditions fortuites dans lesquelles ce consensus e>l interverti, et alors c'est la boîte crânienne qui est frappée d'un développement hâtif, qui s'ossifie prématurément, et arrive en quelque sorte à l'état adulte avant son heure. — Dans ces cas, lorsque surtout les sutures de la base participent au travail pathologique qui s'accomplit dans celles de la voûte, la claustration du cerveau est faite prématurément; il est arrêté dans son mouvement d'expansion et reste alors tel qu'il était au moment où il a été emprisonné par la synostbse complète des sutures. Ce sont ces cas qui constituent les véritables microcéphalies dans lesquelles on constate chez des sujets âgés que le cerveau est petit, régulier cependant, et présente en miniature l'état d'un cerveau normalement constitué (2).
Dans d'autres circonstances, la déviation des phénomènes nutritifs, au lieu de se porter du côté de l'enveloppe crânienne, se dirige isolément sur la masse encéphalique. Celle-ci reste en quelque sorte en arrêt de développement, et alors que la boîte osseuse continue à s'accroître suivant ses lois naturelles, on est tout étonné lorsqu'on vient à l'ouvrir de rencontrer un cerveau qui n'est point en contact avec elle, dans lequel c'est quelquefois tout un lobe ou une portion de lobe qui viennent à manquer. — Le volume du cerveau est ainsi réduit d'une façon notable et l'on constate encore que certaines régions de la masse encéphalique, les noyaux optostriés, les pédoncules, certains lobes du cervelet, sont parallèlement frappés d'agénésie concomitante. — Dans certains cas d'atrophie unilatérale d'un lobe, le lobe demeuré sain parait être frappé d'une sorte d'hypertrophie. Il n'en est rien, car j'ai vérifié dans un cas semblable que le poids d'un lobe atteint de cette pseudo-hypertrophie n'avait que le volume et le poids d'un lobe régulièrement constitué à l'âge moyen du sujet.
L'asymétrie des lobes du cerveau, sans lésion destructive bien considérable, peut s'élever, surtout chez les épileptiques, à un écart de 30 à 40 grammes entre chaque lobe.
(I) Ducatte, loco citato, p. 25.
Marcelli etTamburini, Étude sur les idiots (Revue cl'anthropoL, 1878, p. 542;.
(2 Baillarger cite des faits dans lesquels des fontanelles étaient déjà oblitérées à la
Baillarger et Gratiolet ont décrit le cerveau d'un Aztèque du sexe féminin qui était parfait dans sa forme et ne présentait pas de trace d'encéphalite; mais il était si peu développé, qu'il ressemblait au cerveau d'un fœtus de sept à huit mois.
Dans certaines circonstances, l'ensemble de l'encéphale parait hypertrophié et présenter ainsi une masse plus considérable qu'on ne serait porté à le supposer. — Ainsi Baillarger a rapporté le fait d'un enfant de quatre ans dont le cerveau pesait 1305 grammes, autant, sinon plus, que la moyenne du cerveau des adultes. Il a également cité un autre cas, relatif à un enfant dont le corps pesait 23 kilogrammes et dontle cerveau pesait 1160 grammes. Briquet et Delasiauve ont vu des cas semblables (1).
On pourrait à juste titre se demander si, dans ces cas, il s'agissait bien d'une véritable hypertrophie cérébrale avec augmentation proportionnelle des éléments actifs de l'innervation, cellules nerveuses et tubes nerveux; — ou bien, d'une pseudo-hypertrophie caractérisée par une augmentation de la substance interstitielle amorphe ou de la névroglie, sans que cette exubérance de substance organique implique en quoi que ce soit une augmentation générale des éléments nerveux.
Ce que j'ai eu l'occasion de constater directement, dans un cas d'hétérotopie de la substance grise dont on a décrit des cas analogues sous le nom d'hypertrophie de la substance grise, me porte à penser que cette manière de voir est en accord avec la réalité.
Certains auteurs en effet ont noté dans l'examen de certains cerveaux d'idiots des accumulations insolites de substance grise au milieu du centre ovale et des parois des cavités ventriculaires. Ils en ont fait des hypertrophies de la substance grise. Stahl, Rosch, Nieps, ont déjà décrit des altérations de cette nature et Virchow les a rangées dans la classe des lésions hétérotopiques. — Dans un cas semblable à celui auquel je viens de faire allusion, la substance grise, qui paraissait hypertrophiée, se présentait sous l'apparence de masses mamelonnées, d'une coloration semblable à celle de la substance grise de l'écorce, et située principalement dans les cavités ventriculaires latérales. Ces masses insolites étaient constituées uniquement par de la matière amorphe grenue, parcourue par des réseaux capillaires abondants, par des éléments de névroglie, sans que j'aie pu y reconnaître d'une façon bien nette la présence d'éléments nerveux.
naissance (Académie de médecine, juillet 1856). Cruveilhier a vu des cas où les sutures étaient déjà ossifiées à l'âge de dix-huit mois.
(1) Baillarger, Bulletin de l'Académie de médecine, juillet 1856, et Gazette hebdomadaire, 1859.