‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 256 sur 286 · IMBECILES · texte numérisé non relu

IMBECILES

Enfants arriérés. — Parmi la catégorie des faibles d'esprit, le groupe dos enfants arriérés constitue une série de types distincts qui forment en quelque sorte la transition entre l'état normal qui disparait, et l'état pathologique qui se caractérise.

Celte catégorie spéciale de petits êtres se distingue par une extrême lenteur dans le développement physique et moral, sans qu'il y ait chez eux cependant des difformités graves apparentes. Ils restent petits, grêles, fluets, quelquefois cependant leur taille acquiert un développement disproportionné avec leur âge. L'évolution des appareils sexuels se fait d'une façon tardive et incomplète.

Si on les examine avec quelques détails, on reconnaît qu'en général ils sont assez bien conformés. Ils ont la tète, principalement dans les régions frontales, peu développée; elle est irrégulière et quelquefois asymétrique. Chez d'autres, atteints d'hydrocéphalie ancienne, les bosses frontales sont proéminentes; les traits delà face sont irréguliers, épais; il y a du strabisme; le regard n'est pas horizontal, il est dirigé vers la terre et exprime une grande timidité. Ils parlent à voix basse; la tonalité phonétique est sans accentuation. L'émission de la parole est embarrassée. Les mouvements sont lents, la démarche hésitante.

Au point de vue intellectuel, ils diffèrent des imbéciles en ce qu'ils sont plus perméables aux ressources de l'instruction, qu'ils sont doués d'une force d'attention plus soutenue, et qu'ils n'ont ni leurs mouvements automatiques, ni l'habitude instinctive de grimacer et de sucer leur doigt. — Ils se souviennent assez bien des choses qu'on leur enseigne ; ils ont une certaine mémoire d'imitation qui leur permet d'écrire élégamment, de faire quelques dessins, de chanter, et même d'exécuter quelques morceaux de musique. Ils sont susceptibles d'un certain degré de discernement du bien et du mal. Dans les collèges, ce sont ordinairement eux qui constituent les types de

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paresseux fieffés. Ils ne peuvent suivre les exercices des classes et constituent le fond commun que l'on trouve à chaque promotion. C'est en vain que les familles multiplient leurs efforts pour leur faire suivre les cours à l'aide de répétitions supplémentaires; ils restent passivement stationnaires, leur inertie native les empêche de suivre la marche commune, et il faut avoir recours pour eux aux ressources d'une pédagogie spéciale. — S'ils ne peuvent s'élever au niveau commun des enfants de leur âge, néanmoins, à l'aide d'une culture appropriée, ils sont aptes, à un moment donné de leur vie, à se tenir au milieu de leurs semblables, et, dans les familles aisées, à pouvoir participer clans une certaine mesure aux avantages de la vie sociale.

Imbéciles proprement dits. — Les imbéciles simples se présentent généralement à l'observateur avec les allures propres des enfants de leur âge. Leur extérieur ne révèle pas, comme celui des idiots, l'état spécial de débilité mentale dans lequel ils se trouvent. Ce sont des individus assez régulièrement constitués, qui vont et viennent avec une allure normale, qui se présentent tantôt avec une certaine timidité, tantôt avec une hardiesse et un entrain hors de propos. Ils sont en général doux, faciles à vivre, et, sauf quelques moments d'impatience produits par des accès de colère spontanés ou des attaques convulsives, ils se façonnent régulièrement à la vie commune et acceptent volontiers la discipline des asiles.

A un examen plus attentif on peut reconnaître une série de défectuosités physiques et morales que nous allons exposer :

La tête est en général mal conformée; elle est plus petite que normalement. Quelquefois, dans certains cas de microcéphalie avec synostose complète des sutures, elle est dure, résistante au toucher, et donne la sensation d'une bille de billard. Dans d'autres circonstances elle est aplatie latéralement , ou bien encore cet aplatissement porte sur la région postérieure ; la nuque et l'occipital, dans ces cas, sont sur le même plan. On rencontre encore des crânes asymétriques avec des bosselures latérales ou des saillies antérieures qui tiennent aux défectuosités survenues dans le travail d'ossification des sutures.

La face présente aussi des irrégularités flagrantes. Elle offre quelquefois un élargissement considérable dans le sens latéral; d'autres fois une saillie des maxillaires inférieurs qui lui donne un aspect de prognathisme. La région frontale est peu développée et la plupart du temps aplatie d'avant en arrière ; le front est fuyant et rétréci.

La physionomie des imbéciles exprime une sorte d'inertie vague qui plane sur tous leurs traits. Elle leur donne un aspect de placidité silencieuse

et d'indifférence profonde, traversée par des éclats de rire soudains, qui surviennent sans qu'on sache pourquoi, d'une façon automatique. — Le regard est vague et incertain. Il n'est pas horizontal et dirigé vers l'interlocuteur, il est toujours abaissé et tourné vers la terre. L'appareil visuel es1 affecté très fréquemment de strabisme, de prolapsus de la paupière et en même temps de blépharile chronique et de kératite profonde, qui gênent l'exercice de la vision et déterminent souvent des cécités monooculaires on bioculaires plus ou moins complètes.

Les lèvres sont eu général volumineuses, irrégulières et mal découpée-. La lèvre inférieure tombante, la lèvre supérieure rétrécie par insuffisance de développement, laisse voir à découvert des dents mal rangées, chevauchant les unes sur les autres et frappées de carie prématurée. Au repos, la plupart des imbéciles ont la bouche entr'ouverte et laissent échapper leur salive. La cavité buccale présente aussi des défectuosités qui se résument dans une étroitesse des arcades dentaires, liée à une voussure exagérée de la voûte palatine. Celle-ci est quelquefois asymétrique. Le voile du palais a été trouvé divisé (1). Les oreilles sont tantôt larges et volumineuses: d'antres fois elles sont très petites: elles sont irrégulièrement implantées à gauche et à droite et semblent se détacher du crâne. La plupart du temps elles sont désourlées et mal conformées.

Le système pileux est régulièrement développé. Les imbéciles ont quelquefois une chevelure luxuriante, à poils raides, hérissés sur la tète. La barbe, chez les jeunes sujets et les imbéciles adultes, présente son imputation normale. Chez d'autres, au contraire, l'évolution du système pileux reste en roule. La peau du visage est glabre: au moment de la puberté le pubis est à peine pourvu de poils et l'on constate quelquefois la cryptorchidie.

Le corps des imbéciles simples se présente, la plupart du temps, ave<un développement proportionnel à l'âge indiqué. Néanmoins, d'une manière générale, la petitesse de la stature est la règle. Quelquefois ils sont chargés d'un embonpoint précoce, et c'est ainsi qu'on voit déjeunes polysarciques, faibles d'esprit, arriver à avoir un volume et un poids monstrueux pourleur âge.

La plupart sont atteints de difformités qui portent soit sur le système musculaire, soit sur le système osseux. Ils sont en effet frappés de contractures passagères ou permanentes dans tel ou tel membre, de pied bot, de déformations articulaires ou d'hémiplégie consécutive à des convulsions infantiles.

1 1) Bournevillc, Mémoire sur les conditions de la bouche chez les idiots. Pari?, 1863.

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L'activité motrice est au même niveau que l'énergie mentale. Ils sont la plupart du temps inhabiles à faire œuvre de leurs mains. Leurs mouvements sont hésitants et quelquefois troublés par des accès de chorée passagère. Us aiment à ne pas se dépenser et à rester en repos. On les voit pendant des heures entières demeurer debout, immobiles, les mains dans leurs poches, ou assis dans un fauteuil, occupés à contempler un point du sol, sans faire aucun mouvement.

Dans d'autres circonstances, ils subissent des périodes de surexcitation passagère, pendant lesquelles ils sont actifs, pétulants, loquaces même ; ils ne demandent qu'à s'agiter et qu'à faire croire qu'ils sont utiles et bons à quelque chose. Ces moments durent peu et l'inertie fondamentale reprend insensiblement son influence.

Les fonctions digestives s'exécutent avec régularité. On note des habitudes de gloutonnerie et des tendances incessantes à commettre des larcins, relativement à tout ce qui intéresse les choses de l'alimentation. C'est principalement du côté de la gourmandise que se trouvent concentrées les seules satisfactions qu'ils sont susceptibles d'éprouver.

Les fonctions menstruelles ne se développent que lentement chez les filles. La menstruation s'établit néanmoins avec quelque régularité; on a vu même des idiotes devenir mères. Chez les jeunes garçons le travail de la puberté se fait de même avec une certaine lenteur ; et c'est à ce moment que l'on signale principalement les habitudes de la masturbation. — Nous nous sommes déjà expliqué au sujet de la manière dont il fallait comprendre l'influence pathogénique de la masturbation sur le développement de l'idiotie. Dans la plupart des cas, en effet, cette phase d'éréthisme des fonctions génitales est sous l'empire des phénomènes de l'évolution de l'individu, ou bien entretenue par certaines conceptions morbides (1).

L'examen de l'état mental des imbéciles présente des défectuosités fondamentales aussi profondes que celles que nous venons de signaler dans leur constitution purement physique.

Chez l'idiot comme chez l'imbécile, ce qui domine comme phénomène psychopathique fondamental, c'est l'obtusion de leur personnalité psychique, de leur moi, et de son conflit avec le monde extérieur. Ils

(1) J'ai eu dans ma clientèle un jeune imbécile de vingt-deux ans qui pendant plusieurs années se livrait avec frénésie à la masturbation, non pas dans le but de se procurer des jouissances erotiques, mais pour se guérir, disait-il, de l'influence pernicieuse qu'exerçait sur son économie la rétention du sperme. Il fallait, disait-il, que la dernière goutte de sperme fut évacuée, et il se masturbait quelquefois jusqu'au point de déterminer l'émission d'un liquide sanguinolent.

n'ont qu'une notion vague et confuse de tout ce qui les environne, comme ils ont une notion vague et confuse île leur existence, de leur passé, de leur présent et de leur avenir.

Nous avons vu dans la partie physiologique de ce travail par quel artifice aussi admirable que simple se trouvait constituée en nous cette notion de notre unité, de notre personnalité psychique. — Nous avons vu comment celte notion, qui résume en elle-même toutes les forces vives de la vie nerveuse en travail, prenait naissance en nous, comment elle se développait insensiblement chez lejeune enfant pour devenir une abstraction, et comment chez l'adulte, elle constituait la synthèse unique de toute notre existence, le centre de toutes nos émotions, et le point de départ de toutes nos volontés.

Or, les défectuosités physiques que nous avons constatées dans l'organisation du système nerveux des idiots et des imbéciles, ne nous indiquent que trop combien, là où le substratum matériel vient à faire défaut, là aussi l'expression fonctionnelle satellite est pareillement absente.

Ces êtres incomplets, irréguliers dans leur contexture physique et morale, n'ont qu'une conscience vague et obtuse de leur existence matérielle. — Ils nesentent et ne voientle monde extérieur qu'à travers des sens incomplets ou mal constitués; leurs yeux, continuellement baissés, ne parcourent pas l'horizon en avant d'eux; leurs oreilles perçoivent lentement les sons; leui sensibilité cutanée est tellement émoussée qu'ils souffrent à peine des alternatives de la chaleur et du froid. Ils sont littéralement sans défense pour io> combat de la vie, et l'instinct de la conservation personnelle, qui est le corollaire immédiat de notre personnalité psychique en présence du monde extérieur, ne les porte qu'incomplètement à se pourvoir pour leur nourriture. S'ils étaient seuls et abandonnés, ils succomberaient promptement, faute de savoir trouver les aliments nécessaires à l'entretien de leur existence.

Chez eux tous les actes de la vie nerveuse ne s'accomplissent qu'avec une extrême lenteur.

Si la sensibilité physique aux alternatives de la chaleur et du froid est peu développée, s'ils ont une certaine paresse à percevoir les impressions qui leur arrivent du monde extérieur, la sensibilité mentale, l'émotivité est pareillement dans des tonalités basses et peu susceptibles d'entrer en éréthisme. On les voit bien s'exciter parfois, devenir inquiets, anxieux, témoigner de la joie à avoir des friandises ou à posséder des rubans et des objets de parure, mais cette émotion est de nature égoïste, et on ne les voit guère spontanément, dans les cadres restreints de leur activité, faire ce que dans le

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monde on nomme une bonne action, et partager, par exemple, leur? friandises ou leurs parures avec leurs compagnons. — On les voit plutôt animés de tendances inverses, s'exercer à nuire, à commettre des indélicatesses, des vols, et en un mot développer les penchants d'une nature mauvaise, faire du mal à des animaux, sans motif ou se livrera des brutalités vis-à-vis de leur entourage.

L'activité spontanée de l'esprit, la curiosité pour s'instruire, sont encore chez les imbéciles des aptitudes très imparfaitement développées. — Ils ne s'intéressent à rien, ils vivent au jour le, jour; le manger, le boire et le repos étant leurs seules préoccupations. Si l'on cherche à capter leur attention sur un certain point pendant quelque temps, on reconnaît bien vite l'inanité de ses efforts. Us ne vous suivent pas, ils sont immédiatement distraits et ne peuvent être ramenés qu'à l'aide d'incessantes sollicitations.

Quant à la mémoire, elle est la plupart du temps faible, paresseuse et lente à mettre en action. Ce n'est que par des artifices multipliés d'une pédagogie patiente que l'on arrive, par exemple, à leur donner quelques rudiments d'instruction, et, dans certains cas, à leur apprendre à lire, à écrire et à compter avec une certaine régularité. — Mais que d'efforts soutenus ne faut-il pas pour inculquer à ces organisations réfractaires les éléments de l'alphabet! — Que de patience et d'application pour leur apprendre à grouper des syllabes et à exprimer les objets extérieurs en sons phonétiques appropriés! — Là en moyenne où l'on arrive chez un enfant bien constitué en quelques mois seulement d'études, chez certaines natures imbéciles il faut compter par années pour arriver aux mêmes résultats. Et encore, ces résultats artificiellement conquis sont-ils la plupart du temps instables. — Pour les conserver tels quels il faut persévérer sans cesse, entretenirpar une culture incessante les acquisitions faites, sous peine de voir l'édifice s'écrouler devant la force de l'inertie première.

Néanmoins on développe par la culture chez les imbéciles certaines facultés et certaines aptitudes spéciales que l'on est tout étonné de voir arriver à un certain degré de perfectionnement. — C'est ainsi qu'il en est quelques-uns chez lesquels la culture de la musique, en tant que partie instrumentale, arrive à un certain degré de perfection; d'autres reproduisent des dessins avec une habileté notable, ou bien exécutent des travaux mécaniques d'une façon très habile (1).

(1) Griesinger rapporte que dans l'asile d'idiots d'Earlswood à Londres il a vu un jeune homme qui avait fait tout seul un modèle remarquable d'un vaisseau de guerre. — Cet individu avait un esprit très borné; en particulier il n'avait aucune idée des nombres. (Loc. cit., p. 432).

Morel parle d'un idiot qui ne prononçait pas un mot et qui avait un talent remar-

('.liez d'autres ce sont des aptitudes au calcul qui dominent, et ce n'est pas sans un certain étonnement qu'on leur voit faire des opérations de mathématique assez compliquées 1 1).

Ce sont là en effet des résultats curieux au point de vue de la stricte pédagogie, mais qui sont bien loin d'impliquer des opérations de jugement et des actes complets d'un cerveau normalement développé. Au point de vue physiologique, cène sont que de véritables actions réflexes cérébrales que l'on développe par imitation dans certains territoires de l'écorce et qui •cutent automatiquement sans la moindre spontanéité, et par l'effet de l'habitude. — Il suffit quelquefois de faire une transposition dans un air de musique pour mettre le petit exécutant dans un grand embarras; de changer l'ordre d'une table de multiplication pour que le jeune sujet qui la déchiffre soit interrompu: ou bien encore il suffit, pour se convaincre de l'état de pauvreté des facultés d'ensemble chez ces jeunes sujets, de leur adresser quelques questions sur les données les plus simples de la vie coulante : — de leur demander inopinément à quel jour de la semaine on se trouve, à quel jour du mois ; — de leur faire faire quelques calculs imprévu.- avec de la monnaie ; de leur demander quel est l'objet de leurs désirs, etc. — On est autant surpris de leur silence et de leur embarras que de leur absence complète de spontanéité.

Ces défectuosités des facultés supérieures laissent naturellement le champ libre aux incitations de la vie organique et aux tendances impulsives qui se révèlent quelquefois d'une façon violente et automatique.

C'est ainsi que chez les imbéciles qui ont des appétitions vers les satisfactions erotiques, vers la gourmandise ou vers l'ivrognerie, on les voit s'engager dans des opérations combinées qui exigent un certain effort d'ottention. Pour satisfaire leur passion, ils sont susceptibles île se livrera des calculs, a des méditations tout à fait en désaccord avec leurs habitudes.

Dans d'autres circonstances, ce sont quelquefois des idées inspirées par un sentiment de vengeance et de jalousie, d'autres fois de- impulsions d'origine hallucinatoire, qui 1er: poussent à commettre des actes coupables, là ne- incendies, là des meurtres, et dont l'inconscience éclate la plupart du temps d'une façon manifeste. — Ils sont entraînés sur cette pente fatale

quablc sur le tambour. Son grand-père avait été tambour-major, son père avait été tambour, el -on frère avait toujours le désir lui-même de se faire tambour. (Eludes cliniques, t. 1, p. c>.

I J'ai connu un jeune garçon qui pendant une période il'1 plusieurs années a passe pour un petit phénomène au point de vue de ses aptitudes à résoudre certains problèmes île mathématique compliqués. Cette aptitude n'a duré qu'un certain temps, et au bout de ■ ml..'- dan- un état d'obnubilation mentale progressif.

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comme certains épileptiques qui se livrent à des atrocités sous l'impulsion d'accès vertigineux, et qui, une fois revenus au calme, n'en gardent aucun souvenir (1).

Les sentiments affectifs sont chez les imbéciles et les faibles d'esprit aussi rudimentaires que les manifestations de leur intelligence. Là où celles-ci font défaut, les élans du cœur sont du même coup annihilés. Comme de véritables aliénés on ne les voit pas se rechercher, on ne les voit pas s'allier entre eux; ils ont peu de tendance à la camaraderie, et, vis-àvis de leurs parents et de leurs proches, tous leurs témoignages d'affection sont plus intéressés que sincères.

La parole, qui estle critérium si fidèle de l'état des facultés mentales, est pareillement troublée soit dans ses phases préparatoires (langage mental) , soit surtout dans ses moyens d'expression phonétique (articulation des sons),

Là où la pensée, l'émotivité, la personnalité consciente sont plus ou moins alanguies, l'expression verbale qui en est la manifestation apparente est proportionnellement annihilée.

Ainsi chez les imbéciles la parole est presque toujours sollicitée et rarement spontanée. — Quand ils parlent, tantôt l'accentuation est sonore plus qu'il ne convient, d'un timbre bizarre quelquefois, eunuchoïde, tantôt elle est lente, inexpressible, et le son ne semble sortir qu'à regret. Quand il sort, son émission est embarrassée, il y a du bégayement, du zézayement, les syllabes sont répétées par une véritable hésitation ; il y a, en un mot, la plupart du temps, un vice dans l'expression verbale, qui exprime les défectuosités des régions de l'innervation centrale qui lui donnent naissance.

Les imbéciles, par cela même qu'ils sont des êtres pathologiques, sont susceptibles d'éprouver comme les aliénés ordinaires des troubles spéciaux qui traversent leur existence et viennent compliquerleur situation. — C'est ainsi qu'on les voit s'émotionner quelquefois à propos de minimes incidents, et cela d'une façon tout inopinée. Ils sont pris d'inquiétude vague, ou, à un degré plus avancé, d'émotions terrifiantes, accompagnées quelquefois de phénomènes convulsifs. Ils ont ainsi de véritables hallucinations à la suite desquelles ils deviennent irascibles, querelleurs, et sujets à des impulsions subites comme les épileptiques. Ils sont pris quelquefois d'exci-

(1) Mandsley, Le crime et la folie, 1880, ch. y.

Welter, Etude sur l'idiotie au point de vue de la responsabilité (Ann. tnéd.-psijchol., 1874, t. II, p. 123).

tation délirante qui peut durer plusieurs jours et revêtir la forme d'accès d'intensité variable. On constate même quelquefois que dansées moments leurs facultés acquièrent une extrême acuité, qu'ils s'expriment avec facilité et qu'ils présentent le tableau d'une verdeur d'esprit tout à l'ait insolite.

Dans d'autres circonstances ils sont susceptibles de tomber en lypémanie. Ils deviennent tristes, silencieux, taciturnes; ils perdent les éléments du vocabulaire dont ils disposaient, et finissent, d'imbéciles simples qu'ils étaient, par tomber dans un véritable étal d'idiotie ou de démence incurable, et par passer leur vie dans un état d'excitation et de dépression alternantes (1).

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