‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 27 sur 286 · SYSTÈME DES FIBRES COMMISSURANTES · texte numérisé non relu

SYSTÈME DES FIBRES COMMISSURANTES

Le système des fibres commissurantes représente, avons-nous dit, l'ensemble des fibres qui relient entre elles les régions homologues de chaque hémisphère.

Constituées comme tous les éléments nerveux à leur émergence, sous forme de fibrilles grises au sein du réticulum de l'écorce, elles deviennent insensiblement fibrilles blanches et forment une série de fibres arciformes juxtaposées les unes au-devant des autres suivant l'axe antéro-postérieur du cerveau.

Elles peuvent être idéalement conçues sous la forme d'une série d'U dont les brandies droite et gauche plongeraient dans les régions homologues de chaque hémisphère, et dont la portion médiane libre, placée au-devant de celle des portions libres congénères, constituerait un plan continu qui n'est autre chose que la voûte du corps calleux (fig. 14: 1 et 1'; fig. 16 : 1 et I).

Ces fibres curvilignes commissurantes se retrouvent pour toutes les régions de l'écorce, aussi bien pour les circonvolutions postérieures que pour les circonvolutions supérieures, pour les inférieures, les moyennes et les antérieures. — Elles forment un système complet de fibres arciformes transversalement dirigées, comme un pont, entre les deux lobes, et contribuent ainsi à limiter en les clôturant les cavités centrales du cerveau (1).

Elles présentent des positions variées suivant qu'on les examine dans telle ou telle région :

Dans les régions antérieures (fig. 14 : 1 et 1', 2 et 2'), elles sont consituées par deux groupes de fibres curvilignes qui s'adossent par leur convexité en forme d' X. Cette disposition correspond au moment de la réflexion du corps calleux en avant.

Au niveau du corps strié, les fibres commissurantes des régions supérieures représentent des fibres curvilignes arciformes, tandisque dans leurs

le faisceau interne du pédoncule cérébral seul dégénéré s'éteindre dans la protubérance. (Progrès médical, 1879, p. 777.) il) Voy. Luys, Iconographie photographique, pi. XXXVIII, XXXIX et XL.

régions inférieures les mêmes éléments représentent des éléments fibrillaires incurvés deux fois sur eux-mêmes pour embrasser la substance

Fig. 14.

Fig. 15.

grise du corps strié (fig. 15 : 6 et 6'.) — La commissure blanche est la dernière expression de ce système de fibres, qui, dans les régions inférieures du cerveau sert à commissurer les régions grises du lobe sphénoïdal fig. 46:6 et 6') (fig. 16).

Fig. lu.

Dans les régions cérébrales postérieures, les fibres commissurantes représentent des courbes adossées par leurs portions libres (fig. 17): la concavité des supérieures regarde en haut (1), la concavité des inférieures regarde en bas (2) (fig. 17).

(1) Observations d'absence du corps calleux avec imbécillité. (Ann. médico-psy., t. I p. 296.)

(2) Sander, Absence du corps calleux. (Ann. médico-psy., t. II, p. 289, 1869.)

Les circonvolutions rudimentaires des corps goudronnés sont commissurées par un système de libres transversalement dirigées et désignées sous le nom de Psalterium.

Dans certains cas pathologiques, dans certaines formes d'idiotie, ce système spécial de libres commissurantes peut faire défaut. — On cite en elïet

l'iG. 17.

un certain nombre de cas dans lesquels le corps calleux a manqué. L'arrêt de développement des facultés intellectuelles s'en est suivi.

Dans d'autres circonstances on rencontre quelquefois des dégénérescences localisées dans un point d'un hémisphère qui se propagent dans l'hémisphère du côté opposé par l'intermédiaire des fibres commissurantes, qui participent à la dégénérescence.

Ainsi, en résumé, on voit combien en réalité la structure et l'agencement des pièces de l'appareil cérébral peut se résumer sous des formules simples e! facilement compréhensibles :

4° Chaque lobe est constitué essentiellement par une région de substance grise disposée sous forme onduleuse (l'écorce) et représentant une sphère creuse ; puis, par des noyaux centraux, différents les uns des autres par leur nature, — leur constitution, — leurs aptitudes — dynamiques, et occupant le centre même de cette sphère creuse.

Les fibres blanches relient ces noyaux avec les régions diverses de la périphérie corticale, et c'est grâce à ce simple mécanisme que les régions centrales propagent les ébranlements qui leur arrivent par la voie sensorielle jusque dans les régions périphériques de l'écorce; — et réciproquement, c'est par le même mécanisme que les ébranlements engendrés dans

les zones périphériques de l'écorce trouvent dans les mêmes fibres convergentes des voies naturelles par lesquelles les incitations qu'elles engendrent peuvent être directement exportées au dehors (fig. 9 et fig. 10).

Il y a donc, entre les régions centrales et les régions corticales un perpétuel mouvement, un va-et-vient d'incitations et de réactions de toutes espèces qui se succèdent à tout instant du jour, rien que par le jeu naturel des parties en action.

On comprend ainsi :

1° Comment, les couches optiques n'étant en quelque sorte qu'un amas de cellules agglomérées sur le trajet des impressions sensorielles, celles-ci y sont directement transformées au moment de leur passage, et dardées à partir de ce point dans les différents départements de l'écorce; et comment— les éléments de l'écorce sont ainsi tributaires de l'activité des cellules des couches optiques, qui leur apportent incessamment le tribut des ébranlements du monde extérieur ;

Comment les cellules corticales sont secondairement ébranlées par l'arrivée des incitations extérieures, qui se dispersent dans leurs réseaux et leur communiquent le mouvement et la vie;

Comment ces incitations sensorielles, dardées dans les réseaux de l'écorce comme dans un vaste réservoir commun qui les reçoit et le? lrsLttsiorme(sensoriumcommuné), sollicitent des synergies nouvelles, — développent le mouvement automatique dans des milliers de cellules tributaires; et finalement, comment — ces mêmes ébranlements sensoriels primitifs, après avoir, comme des forces vives en activité, sollicité çà et là des réactions appropriées et des émotions, vont s'éteindre dans les régions spéciales affectées à la motricité pour se révéler au dehors. C'est alors que, sous forme d'incitations volontaires, elles apparaissent de nouveau dans ce même monde extérieur au sein duquel elles ont pris naissance.

L'ébranlement primitivement sensitif, arrivé dans le sensorium sous forme de courant centripète, opère donc un véritable circulus à travers l'organisme. Il se transforme suivant les milieux qu'il traverse, et, à partir des régions psychiques, gagne les centres psycho-moteurs, les noyaux du corps strié, les noyaux sous-optiques qu'il actionne successivement, et, en dernier lieu, se manifeste au dehors sous forme de courants centrifuges à manifestations motrices volontaires (fig. 9 et 11).

Nous voyons donc, en un mot, combien la disposition naturelle des appareils cérébraux dont nous venons d'exposer les rapports, va nous permettre d'asseoir sur un point d'appui solide les bases d'une physiologie cérébrale

rationnelle. — Nous voyons ainsi que toutes les actions dynamiques du cerveau se trouvent en définitive réductibles à de véritables processus réguliers, et décomposables chacun isolément en réactions dynamiques calquées sur le même plan que celles qui se passent à travers les réseaux gris de l'axe spinal et que l'on décrit sous le nom de processus réflexes.

Les phénomènes de l'activité cérébrale évoluent suivant les mêmes modalités : Ils présentent tous :

1° Une phase d'incidence, qui correspond h l'arrivée de l'impression sensorielle et au moment où elle est disséminée dans les réseaux du sensorium;

2° Une phase de propagation, pendant laquelle l'impression sensorielle entre en conflit avec l'activité psycho-intellectuelle et sollicite la réaction de la personnalité consciente.

3° Une phase d'émission, pendant laquelle l'incitation primordiale, devenue consciente, se manifeste au dehors par une série de phénomènes de motricité volontaire.

C'est en suivant cet ordre d'idées que nous exposerons les principaux points qui intéressent la physiologie du cerveau, et que nous essayerons de montrer, chemin faisant, les différents troubles que ces fonctions primordiales sont susceptibles de présenter à l'observateur dans l'étude des psychopathies (1).

()) Yoy., pour l'étude du cerveau, les principaux auteurs suivants : Longet, Anatomie et physiologie du système nerveux. 1847;

Flourens. Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système ner~ i eu i . 21 édition ; Sappcy, Traité d'anatomie, 3e édition, 1877: Vulpian, Leçons sur la physiologie du système nerveux, 1866; Luys, Recherches sur le système nerveux, 1866; Huguenin, Anatomie des centres nerveux, 1879; Poincaré, Leçons sur lu physiologie du système nerveux, 181

Page 1