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A. DES SILLONS CÉRÉBRAUX

L'étude de la morphologie cérébrale a pris, dans ces derniers temps. une telle importance, tant au point de vue de l'anatomie humaine qu'au point de vue des localisations fonctionnelles proprement dites, qu'il nous paraît indispensable, même à propos d'études sur la pathologie mentale, de retracer succinctement les caractères normaux des différents plis de l'écorce, afin de mettre en lumière les caractères pathologiques que présente, dans la plupart des cas, le cerveau des aliénés, et d'avoir pour leur appréciation un point de départ fixe.

On ne peut, actuellement, que pressentir les données intéressantes que l'étude de la morphologie cérébrale pathologique tient en réserve poulies recherches de la pathologie mentale. — Depuis les quelques années déjà que notre attention a été dirigée vers cet ordre de recherches, j'ai rencontré presque constamment, sur les cerveaux d'aliénés des vices de conformation, des anomalies très significatives dans les plis de l'écorce:

Ce sont tantôt des hypertrophies localisées dans un lobe qui se révèlent, ce sont tantôt des atrophies partielles, et l'élargissement d'un sillon que l'on rencontre, etc., etc. ; lésions significatives en elles-mêmes, qui révèlent soit un vice héréditaire dans la disposition des parties élémentaires du cerveau, soit des anomalies dans le développement, soit même des dégénérescences acquises, etc.

Plus nous irons dans l'étude approfondie des plis de l'écorce cérébrale, olusnous arriverons, j'en suis certain, à la démonstration de cette loi générale et logique que le cerveau de l'homme aliéné diffère autant du cerveau

(I) Pansch, Scissures et sillons du cerveau. (Revue des sciences médicales, 1878, p. 406;

Pozzi, Dict. encyclopédique, art. Circo>yolutic»'s :

Ecker.

de l'homme sain, que l'ensemble de ses facultés morbides diffère de l'ensemble des facultés de l'homme régulièrement constitué. — Pour arriver à ce résultat précis, qui sera destiné à donner à la médecine mentale des hases réellement scientifiques, il y a beaucoup à faire, et je dirai même : tout est à faire. — 11 faut créer une étude approfondie des types normaux des plis cérébraux, savoir là où commence l'état normal, là où commence l'état anormal; — comment le développement de tel ou tel lobe s'opère suivant les âges, suivant les sexes, suivant les race- : el ce n'esl qu'à ce prix qu'on pourra avoir des données précises qui permettront d'arriver à ces conclusions ultimes que j'ai précédemment formulées.

Je me suis efforcé dans la description qui va suivre, de répondre aux conditions que je viens d'exposer : j'ai autant que possible tracé la direction des plis corticaux d'après la comparaison faite chez plusieurs types d'individus normaux, jeunes el vieux, de sexe différent; je me suis surtout attaché à prendre pour modèle le cerveau d'individus dont les habitudes, le caractère et l'état des facultés intellectuelles m'étaient connus; ce qui m'a permis d'exprimer en quelque sorte un étal moyen des plis de l'écorce.

L'étude de la morphologie cérébrale peut être faite à l'aide de deux procédés descriptifs, parallèlement mis en usage. — On décFit d'abord les sillons d'une façon complète el ensuite les plis cérébraux qui les environnent ; celle méthode a pour elle une valeur scientifique de premier ordre, mais elle expose à des répétitions qui fatiguent l'esprit et à des redites stériles; — d'une autre part, en s'étendant trop sur la description des silluns. on n'arrive à rien de précis, car on ne fait que la description du vide. — Au point de vue de l'application à la pathologie mentale, j'ai préféré me limitera indiquer seulement d'une façon sommaire les sillons cardinaux, comme points de repère, et appeler l'attention de préférence sur les plis considérés en eux-mêmes, — sur leur configuration générale et leurs connexions; car, ce qu'il importe le plus au médecin aliéniste de connaître, n'est-ce pas de savoir si tel ou tel pli, tel ou tel lobule ne sont pas plus ou moins hypertrophiés? s'ils ne sont pas atrophiés ou amaigris? — quels sont ceux qui font défaut? de façon à pouvoir reconnaître par cela même, combien l'équilibre des fonctions cérébrales est plus ou moins compromis dans son ensemble 1 1 1 .'

(1) Ceci étant admis, voici la méthode que nous employons d'habitude pour nous rendre compte de l'état de circonvolutions sur un cerveau frais.

I.e cerveau, une fois sorti de la cavité crânienne et placé sur une table, est séparé de la moelle allongée par une incision qui passe au niveau du bord supérieur de la pro-

A. — FACE i:\TIR\i; DES LOBES CEREBRAl~X

Des sillons de la face externe.

La face externe du cerveau présente à noter trois sillons principaux, qui sont, en quelque sorte, les lignes méridiennes qui régissent l'ordonnancement des circonvolutions ; ce sont :

1° La scissure de Sylvius;

2° Le sillon de Rolando;

3° La scissure pariéto-occipitale (fig. 18).

1° La scissure de Sylvius se présente sous l'apparence d'une fente

Fig. 18.

dirigée obliquement de bas en haut et d'avant en arrière. — Elle offre en avant une bifurcation sur laquelle la 3e frontale est en quelque sorte à

tubérance ; les lobes droit et gauche sont ensuite isolés à l'aide d'nne incision antéropostérieure passant par le milieu du corps calleux.

Chaque lobe est ensuite dépouillé de ses membranes et, sa face interne reposant sur la table, on procède à l'examen de la face externe près de la face interne successivement.

cheval, et se perd en arrière au niveau du pli courbe. — Elle loge dans sa partie profonde une artère cérébrale très importante (fig. 23), l'artère sylvienne, qui se distribue aux circulations de l'insula, à la 3° frontale, à la temporale etc., et, c'est elle dont les oblitérations fréquentes amènent si souvent, quand elles siègent à gauche, les troubles de l'aphasie (fig. 21 :6). Au fond de la scissure sylvienne on voit encore, en écartant légèrement ses bords, les plis de l'insula de Reil, disposés en forme d'évantail. La scissure de Sylvius sert de limite à sa terminaison au lobe temporal, qu'elle sépare du lobe pariétal.

2° Le sillon de Rolando (fig. 18 : B), très manifestement apparent chez l'homme et chez les primates coupe obliquement la direction de la scissure de Sylvius; sa direction est oblique, de bas en haut et d'avant en arrière. Il s'étend jusqu'à la ligne courbe hémisphérique. — La direction du sillon de Rolando étant constante, elle sert de limite pour déterminer une région spéciale de l'écorce, la région frontale : ainsi toute la portion de l'écorce qui est au-devant du sillon de Rolando constitue le lobe frontal ; tout ce qui est en arrière constitue les lobes pariétal, temporal et occipital.

3° La scissure pariéto-occipitale (fig. 18 : C), très sensiblement parallèle à la ligne courbe de l'hémisphère, représente une scissure curviligne dont la concavité regarde en bas et en avant.

Cette scissure sectionne le lobe pariétal de l'hémisphère en deux régions inégales : 1° une région supérieure, région pariétale supérieure; 2° une région inférieure, région du pli courbe, région pariétale inférieure.

Cette scissure est souvent très élargie chez les aliénés, par suite de l'atrophie et de l'amaigrissement des plis circonvoisins.

Ainsi donc ces sillons, qui sont en quelque sorte les lignes méridiennes qui règlent la topographie de l'écorce, interceptent des espaces assez régulièrement délimitées, qui permettent de dénommer quelques circriptions de l'écorce. — Nous savons déjà : 1° que toute la portion du cerveau qui est en avant du sillon de Rolando constitue le lobe frontal ; — 2° que le lobe pariétal, situé en arrière du sillon de Rolando, est divisé en deux régions, pariétale supérieure et pariétale inférieure, par la scissure pariéto-occipitale.

Le lobe temporal situé au-dessous des écorces précédentes est isolé des régions précédentes par la scissure de Sylvius.

Ces points de repère étant pris, nous allons passer à l'examen des plis cérébraux considérés en eux-mêmes.

DES PLIS CEREBRAUX Lobe frontal.

Le lobe frontal, limité ainsi que nous venons de l'indiquer, présente à considérer :

1° la circonvolution frontale ascendante, qui borde en avant le sillon de Rolando;

2° la première, la deuxième, la troisième circonvolutions frontales, qui, sous forme de lignes sinueuses concentriques, vont s'insérer, en s'étageant les unes sur les autres, sur la frontale ascendante, comme des paquets de fibres musculaires d'origines différentes vont s'insérer sur un tendon commun.

1° — Frontale ascendante (fig. i8 : 1). Cette circonvolution, qui forme la lèvre antérieure du sillon de Rolando, se présente sous forme d'un pli volumineux, dirigé directement de bas en haut et d'avant en arrière. — Elle commence inférieurement par une anse anastomatique dont la pariétale ascendante fait les frais ; elles reçoit bientôt en avant l'insertion de la troisième frontale, et, sous forme d'un pli irrégulier présentant des renflements et des étranglements qui donnent à sa surface un aspect plus ou moins accidenté, intestiniforme, elle va, au niveau de la ligne courbe cérébrale supérieure, en arrière du sillon de Rolando, se confondre par continuité de substance, avec la même circonvolution pariétale ascendante à laquelle elle est déjà inférieurement unie.

Ces deux circonvolutions, frontale et pariétale ascendantes, sont en quelque sorte des circonvolutions sœurs, strictement géminées. Chemin faisant, la frontale ascendante, après avoir reçu le contingent de la troisième frontale inférieurement — reçoit celui de la deuxième dans sa portion moyenne, et celui de la première frontale dans sa portion supérieure.

Le mode d'annexion de ces différents contingents varie dans les cas pathologiques, et il n'est pas rare de rencontrer des anomalies nombreuses à ce sujet. Suivant, en effet, que les circonvolutions tributaires sont plus ou moins développées, l'état de la frontale ascendante trahit d'une manière fidèle ces différentes oscillations; de sorte qu'elle est susceptible de présenter des bosselures et des rétrécissements qui sont, à proprement parler,

le reflet « 1 «^ l'étal des circonvolutions avec lesquelles elle est en connexion.

On sait quel rôle important les recherches récentes de la physiologie expérimentale, unies à celles de l'observation clinique, ont fait jouer aux circonvolutions marginales dans les manifestations de la motricité volontaire. C'est le long de la continuité des circonvolutions marginales que Ferrier a placé la plupart des centres psycho-moteurs qu'il a décrits. Ce sont pareillement les mêmes régions que les travaux de Charcot ont signalées comme étant par excellence des régions motrices de l'écorce (I).

■1 — Première frontale (fig. 18 : 2). Les trois circonvolutions frontales, ainsi que les circonvolutions du lohe orhitaire, sont toutes plus ou moins directement trihutaires de la frontale ascendante.

Elles peuvent être idéalement conçues sous la forme de trois lignes eourbes inscrites dans la concavité les unes des autres. En raison de leur situation topographique, elles présentent un trajet et des proportions variées. La première, qui est du rayon le plus étendu et enveloppe par conséquent les autres, se trouve supérieurement située.

Vient ensuite la deuxième frontale (fig. 18 : 3), séparée de la précédente par un sillon fixe, sillon frontal supérieur (fig. 18 : D), qui normalement, dans les cerveaux sains, doit être distinct et respecté jusqu'à la région.

Puis enfin la troisième frontale, inscrite dans la concavité de la précédente et dont la courbe est du plus petit rayon (fig. 8 : 4). Elle est pareillement séparée de la précédente par un sillon, sillon parallèle au frontal inférieur, qui dans les conditions normales doit être nettement creusé et distinct jusqu'à la région obitaire.

La première circonvolution frontale (fig. 18 : 2 et 2'; et fig. 21 : 1 et 1') est constituée par un pli épais, lar^e, bien développé chez les jeunes sujets. Elle a une direction curviligne et limite nettement les régions antérieures du cerveau. Cette circonvolution appartient à la fois à la face externe de l'hémisphère et cà sa face interne. Elle est à cheval sur chacune d'elles; sa forme est par conséquent angulaire; elle présente à considérer une face externe et une face interne; et a un bord angulaire qui sépare les deux faces.

La face interne (fig. -21 ), parcourue par des sinuosités et des incisures variées, commence inférieurement par une portion rétrécie, qui s'élargit à mesure qu'elle s'élève. Elle présente une forme légèrement plane et va

(1) Bourdon, Recherches cliniques sur les centres nerveux des membres. — Lues à l'Acarl. de médecine, 1877.

se perdre par continuité de substance dans le lobe pàracenlral ou ovalaire (fig. 21 :2 et 2'). Elle est séparée de la circonvolution calloso-marginale par un sillon régulier, qui la délimite avec précision et qui cependant est interrompu par des ponts de communication (fig;. 20 : A, A, sillon calloso-marginal).

La face externe de la frontale est au contraire convexe, ouduleuse et parcourue par une série de petites dépressions ; elle commence à paraître très nettement à la face interne de l'hémisphère sous forme d'un pli curviligne ayant une origine commune avec la calloso-marginale. Ce pli se dilate rapidement, s'épaissit et forme une masse allongée de substance grise, à cheval sur la face interne et sur la face externe de l'hémisphère. Elle s'élève graduellement dans une direction courbe sur la face externe de l'hémisphère, et se perd par continuité de substance avec la frontale ascendante. En celte région la première frontale normalement présente un épaississement très notable.

Le bord angulaire qui sépare la face interne de la face externe n'est autre que la ligne supérieure de limite de l'hémisphère cérébral. Cette ligne présente, vue de profil, des courbures variées, dont il est intéressant de prendre les contours afin de les comparer avec celles des cerveaux anormaux (pi. VII et VIII).

Les régions frontales étant considérées comme le siège des facultés intellectuelles, il est curieux de constater chez les anciens déments, chez certains hallucinés chroniques, combien ces mêmes régions sont susceptibles d'un déchet considérable, et combien le travail d'atrophie est caractéristique.

Suivant Ferrier(l), la région spéciale de la première frontale qui correspond à son point d'insertion sur la frontale ascendante serait le centre psycho-moteur du membre supérieur. Il est à noter que, contrairement à cette opinion, j'ai rencontré dans deux cas, une atrophie de cette région consécutivement à une ancienne amputation de la jambe.

Deuxième frontale. Le type normal de cette circonvolution est très difficile à définir; ses origines, sa masse, ses terminaisons présentent, même chez les sujets sains, les plus grandes irrégularités; chez le même sujet elle est très différente, la plupart de temps, à droite et à gauche.

(1) Ferrier, les Fonctions du cerveau, p. 478 et suiv. — Voy. encore Carville et Duret, Mémoire sur les fonctions des hémisphères cérébraux. (Archives physiolog., 1874, p. 481 et suiv.)

En général, le volume de la deuxième frontale esl à peu près égal à celui dos circonvolutions congénères. Cette circonvolution présente ceci de particulier : c'est qu'au lieu de former un pli simple, homogène, elle se trouve subdivisée chez les sujets intelligents par un sillon le long de sa continuité, 4-e qui la rena ainsi la plupart du temps bifide. — Au niveau des régions susorbitaires les extrémités antérieures de la deuxième frontale se subdivisent souvent en replis tortueux, irrégulièrement constitués. Cette disposition se rencontre le plus souvent dans le lobe droit.

La deuxième frontale, se présente ainsi que nous l'avons indiqué, sous forme d'un pli curviligne inscrit dans la concavité de la première frontale, dont elle est séparée par un sillon qui doit complètement l'isoler, à l'état normal. (Je suis porté à croire que les anastomoses qui existent entre la première et la deuxième doivent être considérées comme des dispositions irrégulières.)

Elle naît inférieurement dans la région orbitaire, de la branche antérieure d'un tronc commun avec la troisième frontale (fig. 18 : 3 et fig. "20 : 1) à l'aide de deux ou trois racines grêlées et onduleuses, effilé es à leur origine et conçues sur le même plan que celle de la première frontale. — Ces deux racines se juxtaposent peu à peu, pour former la masse même de la circonvolution, laquelle, ainsi constituée, se dirige, en décrivant plusieurs ondulations, vers la partie moyenne de la frontale ascendante, sur laquelle elle s'insère à une hauteur variable.

Ce mode d'insertion présente de grandes anomalies.

Normalement l'insertion se fait par un seul tronc. Dans d'autres circonstances elle se fait par deux troncs simultanés qui correspondent à la bifidité persistante de la circonvolution. — Dans certaines circonstances l'insertion inférieure est très éloignée de celle du tronc supérieur; elle a lieu aux environs de la troisième frontale. Il se fait par suite de cette disposition, un élargissement considérable du sillon habituel de la région. J'ai rencontré cette anomalie dans certaines formes d'idiotie.

Suivant Ferrier, le point d'insertion de la deuxième frontale avec la frontale ascendante correspondrait à l'innervation des muscles de la face.

Dans un cas d'ancienne amputation de la cuisse, j'ai rencontré une atrophie localisée dans une portion de la deuxième frontale du côté opposé à l'amputation. Un cas semblable a été rapporté par Ledouble et Violet 1).

Troisième frontale. — La troisième circonvolution frontale, dont le rôle (l)Cerveau d'amputé de la cuisse droite (Arehiv. médico-psych., 187.1. p. 148, janvier).

dans la faculté du langage articulé a été si nettement mis en lumière dans ces derniers temps, est celle qui occupe parmi les circonvolutions la situation la plus inférieure (fig. 48 : 4). C'est elle qui a le rayon le plus court et qui se trouve emboîtée dans la concavité de la deuxième, dont elle est séparée par un sillon curviligne (sillon frontal inférieur, E).

Pour bien comprendre l'origine et les rapports de cette circonvolution, il convient de la considérer à son point d'émergence, au niveau de la région orbitaire.

En examinant en effet celte région orbitaire, qui n'est point un lobe autonome, comme on la décrit d'habitude (fig. 20 : 2 et 3) mais bien le foyer d'émergence des circonvolutions frontales; on constate au niveau du bord externe de cette région un pli cérébral vigoureusement constitué, trapu, qui après un court trajet se divise immédiatement en deux troncs, e tronc antérieur se dirige en avant et en haut, et forme des flexuosités qui se confondent peu avec celles de la 2e frontale, dont elles peuvent être considérées comme les véritables origines.

Le tronc postérieur s'écarte brusquement de son congénère à angle droit, se dirige en arrière et forme directement un pli curviligne flexueux, replié deux ou trois fois sur lui-même et qui constitue le corps même de la 3e frontale.

La 3e frontale qui se trouve ainsi dès son origine greffée sur un tronccommun avec la 2e frontale, gagne directement la partie inférieure de la frontale ascendante après avoir décrit plusieurs flexuosités et va se perdre avec elle par continuité de tissu (fig. 18 : 4).

L'excitation de cette région, chez les animaux, détermine suivant Ferrier l'ouverture de la bouche et les mouvements de la langue. Le centre des mouvements phonomoteurs semble donc localisé dans ce point.

Chez une sourd-muette, j'ai trouvé à gauche la 3e frontale très notablement atrophiée et réduite à l'état de moignon.

LOBE PARIETAL Circonvolution pariétale ascendante

La circonvolution pariétale ascendante (fig. 18:5) est située en arrière'du sillon de Rolando parallèlement à la frontale ascendante. Elle joue vis-àvis des plis de la région postérieure du cerveau le même rôle d'appareil de concentration que joue la frontale ascendante vis-à-vis des trois frontales. ltjts 5

Elle naît par continuité de substance, inférieurement de la frontale ascendante, sous forme d'une anse curviligne à concavité supérieure, puis comme sa congénère elle s'élève flexueuse, serpentine, obliquement en arriére vers les régions supérieures du cerveau pour s'inoscnler en partie avec elles supérieurement, comme elle l'a déjà fait à la partie inférieure.

Elle contribue ainsi à la formation de ce lobule isolé qni existe à la face interne et supérieure de l'hémisphère et que l'on décrit sous le nom de lobule ovalaire ou paracenlral (fig. 19 : 2). A sa partie supérieure la pariétale ascendante, au lieu d'être renflée comme la frontale, présente au contraire un aspect effilé qui rappelle assez bien celui d'une tête de sangsue.

Gomme sa congénère la frontale ascendante, la pariétale ascendante sert d'appareil de concentration aux plis cérébraux irradiés des régions cérébrales postérieures. Ainsi dans sa portion inférieure (fig. 18: 0) elle reçoit le contingent des éléments du pli courbe qui vient se fusionner avec elle; ce contingent spécial au point de vue de la symétrie de l'ensemble peut être comparé aux plis de la 3e frontale.

Dans sa partie supérieure elle reçoit pareillement un affluent non moins important, c'est le système du lobe pariétal supérieur, qui vient soit par un seul courant soit par deux courants indépendants se confondre avec elle (fig.. 18: 8.)

D'après les recherches modernes, la pariétale ascendante ainsi que la frontale ascendante serait une région exclusivement motrice.

PourFerrier, elle serait le centre de mouvement du membre inférieur. Il est probable néanmoins que cette région joue un certain rôle dans la motricité du bras, car Duguet l'a trouvée atrophiée dans un cas d'ancienne amputation de l'épaule (1) et dans un autre cas on l'a pareillement trouvée amincie, et tout à fait grêle chez un sujet atteint d'atrophie congénitale du bras (2).

Dans certaines formes d'excitation chronique, de turbulence maniaque, j'ai trouvé pareillement les mêmes régions de la frontale et de la pariétale ascendante, en quelque sorte, en période d'eréthisme par suite d'hypérémies considérables survenues dans ces régions (pi. V, fig. 6).

Le lobe pariétal comprend deux divisions : le lobe pariétal supérieur, et le lobe pariétal inférieur ou pli courbe.

(J) Duguet. — Communication à la Société méd. des hôpit. 1876. (2) Sée, Société de chirurgie, 1879.

Le lobe pariétal supérieur auquel appartient le groupe des circonvolutions du lobe carré qui ne se voit bien qu à la face interne de l'hémisphère (fig. 9: 3) représente une région très nettement délimitée de l'écorce.

11 suffit en effet, d'avoir un cerveau en main pour reconnaître directement que le lobe carré et le lobe pariétal supérieur ne forment qu'un seul et même département de l'écorce, ayant en même temps vue et sur la face interne, et sur la face externe de l'hémisphère (1).

Le lobe pariétal supérieur, séparé du pli courbe par la scissure pariétooccipitale (fig. 18 : C) représente un territoire spécial, tantôt condensé en une masse arrondie, globuleuse et allongée, d'autres fois disposé sous forme de flexuosités irrégulières. — 11 se relie tantôt par une, tantôt par deux racines avec la pariétale ascendante. Au point de vue des analogies, le lobule pariétal supérieur avec ses flexuosités et ses renflements représente en arrière du sillon de Rolando d'une façon équivalente le type de la première frontale dans ses rapports (2) généraux avec la frontale ascendante.

Fig. 19.

Pariétale supplémentaire (fig. 19: 1) (3). — A la description de la région pariétale se rattache celle d'un pli spécial, parallèle à la pariétale ascendante, que j'ai signalé le premier sur le lobe gauche presque exclusivement, et qu'en

(1) Nous avons signalé une disposition semblable pour la première frontale qui est, à la chevalure, la face interne et la face externe de l'hémisphère.

(2) Bourdon, Recherches cliniques sur les centres moteurs des membres, discours prononcé à l'Académie de médecine, 1877.

(3) Luys, Bulletin de la Société de biologie, 1876.

raison de ses connexions, j'ai proposé d'appeler pariétale supplémentaire.

Celte circonvolution souvent très nettement accusée, se présente sous l'apparence d'un pli parallèle à la direction de la pariétale ascendante dont elle esl séparée par un sillon spécial. — Elle se branche intérieurement sur la temporale, s'élève ensuite légèrement oblique en haut, et, après avoir contracté des relations avec la région du pli courbe, va se perdre dans les flexuosités du lobe pariétal supérieur dont elle semble être une prolongation aberrante.

Elle est variable suivant les sujets et présente des proportions différentes, depuis le moment on apparaissant sous forme d'un petit bourgeon à peine saillant an pourtour du pli courbe, jusqu'au moment ou elle est très nettement constituée sous forme d'un pli homogène légèrement ondulé et aussi large que la pariétale ascendante elle-même. J'ai rencontré beaucoup plus fréquemment ce pli surnuméraire sur le lobe gauche. Je l'ai rencontré rarement existant des deux côtés en proportion égale. Je l'ai pareillement'rencontré soit à droite soit à gauche dans les cerveaux d'aliénés.

Lobe pariétal inférieur (système du pli courbe).

Le lobe pariétal inférieur est constitué par le pli courbe. Le système du pli courbe représente un ensemble de plis corticaux conjugués partiellement les uns avec les autres et rattachés indirectement aux pièces centrales, c'est-à-dire à la pariétale ascendante. — Le système des plis qui le constituent peut être comparé à un T dont la branche horizontale serait curviligne et dont la branche verticale serait représentée par la circonvolution lre temporale qui vase confondre dans cette concavité (tig. 17).

La portion curviligne est constituée par une circonvolution à flexuosités multiples placée transversalement par rapport à l'axe de l'hémisphère. Les rapports généraux sont les suivants :

En haut la portion convexe de cette circonvolution répond au lobe pariétal supérieur dont elle est séparée par un sillon, la scissure pariétooccipitale (fig. 18 : C) laquelle la délimite régulièrement dans tout son parcours. Ce bord supérieur envoie çà et là quelques prolongements de passage vers le lobule pariétal supérieur.

L'extrémité postérieure de ce pli courbe s'infléchit en arrière en prenant une direction descendante (fig. 18 : 10).

De là, tantôt à l'aide d'un simple pli de passage, tantôt par deux plis parallèles il va se confondre avec les circonvolutions les plus éloignées

du lobe occipital qui se trouve ainsi méciiatement rattaché aux régions centrales.

L'extrémité antérieure au contraire se dirige directement en avant et, s'infléchit plus ou moins après une série de flexuosités dont l'une, plus accentuée, constitue le lobule du pli courbe, pour se brancher par continuité de substance sur la pariétale ascendante. Cette insertion a lieu à l'opposite à peu près du point dans lequel la 3e frontale vient se brancher sur la frontale ascendante.

La concavité de l'anse du pli courbe que nous venons de décrire est occupée à son tour par deux plis à direction ascendante qui représentent, ainsi que nous l'avons précédemment indiqué, la branche verticale du T auquel nous avons comparé tout ce petit système. Ces plis affluents sont la lre et la 2e temporales (fig. 48 : 11 et 12).

La lre temporale qui représente la racine inférieure du pli courbe se montre sous la forme d'un pli légèrement ondulé émergeant de l'extrémité antérieure du lobe sphénoïdal (fig. 20:4) et bordant la scissure de Sylvius. Elle suit une direction légèrement ascendante d'avant en arrière, se recourbe ensuite, au niveau de la limite supérieure de la scissure sylvienne en se confondant par continuité de substance avec celle du pli courbe.

La 2e temporale, quand elle est régulièrement constituée présente une disposition similaire, séparée de la lrc temporale par un sillon constant, le siilon ou la scissure parallèle, cette circonvolution qui se dirige parallèlement à la précédente va se perdre, en suivant un trajet légèrement ascendant dirigé d'avant en arrière, dans les régions postérieures delà concavité du pli courbe sous forme de flexuosités irrégulières.

Ce système spécial de plis cérébraux qui constitue le système du pli courbe sert donc indirectement de moyen de conjugaison à différents départements de l'écorce cérébrale. — Grâce à lui, les circonvolutions lre et 2e temporales qui se branchent dans sa concavité sont déjà rattachées ; — les occipitales viennent aussi apporter leur tribut par deux plis de passage qui servent de trait d'union. — Tl en est de même des groupes de la face interne qui par des plis de passage sont reliés au lobule pariétal supérieur et médiatement au pli courbe; si bien que cette circonvolution curviligne est déjà par elle-même un appareil de concentration pour les circonvolutions voisines, et, comme elle est reliée en outre par sa branche antérieure à la pariétale ascendante (laquelle par sa congénère frontale ascendante est reliée aux différentes régions de l'écorce), il résulte de cette disposition simple que — les différentes régions corticales sont strictement solidarisées les unes aux autres, — que les régions postérieures sont rattachées aux an-

érieures les supérieures aux inférieures, et que les courants nerveux

trouvent ainsi des voies toutes naturelles pour se disséminer à travers l'écoree dans toutes les directions.

Suivant Ferrier, la circonvolution du pli courbe serait en rapport avec les fonctions visuelles. L'excitation de cette région donnerait lieu à des mouvements des yeux qui seraient dirigés du côté opposé. Les faits cliniques que j'ai eu l'occasion d'observer jusqu'à présent ne concordent pas avec cette localisation des impressions visuelles (1).

Lobe temporal.

Le lobe temporal très nettement limité dans sa portion supérieure par la scissure de Sylvius est déterminé d'une façon irrégulière dans ses régions inférieures. — Il comprend deux circonvolutions : la l,c et la 2° temporales (fig. 18 : 11 et 12).

La l'c temporale est représentée par un pli obliquement dirigé de bas en haut et d'avant en arrière limité par la scissure de Sylvius. — En étudiant son mode d'émergence sur des cerveaux convenablement préparés, on voit qu'elle a une origine commune au niveau de l'extrémité antérieure du lobe sptiénoïdale avec la 2e temporale qui est en dedans d'elle, (lig. 11 : 4).

Elle se sépare de la 2e temporale par un sillon très nettement continu (sillon parallèle) et sous forme d'un pli légèrement llexueux s'élève en liant et en arrière pour se perdre par continuité de substance, ainsi que nous l'avons indiqué, dans la concavité de l'anse du pli courbe.

Suivant Ferrier, la 1,c temporale serait en rapport avec la perception des impressions auditives. L'incilation électrique portée sur des animaux dans les régions correspondantes déterminerait suivant lui le redressement de l'oreille du côté opposé.

La 2° temporale est située en dedans de la précédente avec laquelle elle a une origine commune; un sillon irrégulier les sépare l'une de l'autre. Au bout d'un certain parcours elle s'en détacbe, devient indépendante, et se divise en deux plis contournés interrompus la plupart du temps, et qui

(li Le pli courbe n'est ni le siège de la perception des impressions visuelles ni le centre des mouvements des yeux. — Gallopain, Afin. méd. psijcho., 1879, t. II, p. 117.

donnent à cette région du cerveau une irrégularité qui échappe à toute description suivie. Ces plis vagues sont ordinairement indiqués sous la dénomination de lre et 2e temporales (fig. 20 : 5 et 6 ; et fig. 18 : 12).

La portion relativement supérieure de ce territoire cortical, après avoir décrit quelques flexuosités plus ou moins serpentines, va se perdre dans la concavité du pli courbe.

La portion relativement inférieure que l'on décrit quelquefois comme une troisième temporale et qui est une bifurca tion de la précédente offre encore plus d'irrégularités et de confusion. Cette région du cerveau est en effet un des territoires dans lesquelles les points de repère font presque toujours défaut. Tout y est vague, et c'est le domaine de l'irrégularité par excellence; aussi comprendon combien il est difficile de donner une topographie exacte d'une disposition normale. — Ce que l'on peut dire seulement, c'est que les flexuosités onduleuses qui constituent la partie bifide de cette deuxième temporale se dirigent d'avant en arrière , séparées inférieurement par un sillon très net de la circonvolution fusiforme, et qu'elles vont se perdre par continuité de substance avec les circonvolutions occipitales inférieures (fig. 20:6).

FlG. 20. — Face inférieure du lobe cérébral. — i, 2, 3, origines de la 3e frontale. — 1° sa branche antérieure de bifurcation ; 2e sa branche postérieure ; 3° sa racine d'origine. — 4, première temporale. — 5 e 6, deuxième temporale. — 1, plis fusiforrues.

A.YUOMIE.

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(Fig. 2I.J

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