‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 33 sur 286 · SYSTÈME DE LA CIRCULATION CORTICALE · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE LA CIRCULATION CORTICALE

Le sang est apporté aux circonvolutions par les trois artères cérébrale antérieure, cérébrale moyenne et cérébrale postérieure qui émergent directement de l'hexagone de Willis (fig. 22). —Ces trois artères qui se répartissent dans les régions différentes obéissent néanmoins dans

leur mode ultime de distribution aux mêmes lois. Leurs troncs se divisent en rameaux, et en ramuscules, secondaires, tertiaires, etc. Les réseaux qui résultent de ces canaux vasculaires, de plus en plus ténus, s'étalent sur la pie-mère et constituent ainsi une membrane essentiellement vasculaire qui se développe à la surface des circonvolutions, les suit dans leurs anfractuosités et forme un réticulum continu destiné à pénétrer ultérieurement dans l'épaisseur de l'écorce.

Il y a tout d'abord un fait capital à noter au sujet de la distribution des artères cérébrales telle que nous venons de l'indiquer, c'est que, chacune d'elles est destinée à l'irrigation d'un territoire particulier de l'écorce et que d'une autre part les moyens d'anastomoses entre les régions corticales irriguées par chaque tronc primitif, sont relativement très rares. Il y a seulement, suivant Duret, dans les limites de chaque territoire vasculaire des anastomoses suffisantes pour permettre l'injection des trois artères par

une seule d'entre elles, à condition que la matière de l'injection soit suffisamment pénétrante.

1° Distribution de la cérébrale antérieure. — L'artère cérébrale antérieur.' n.iit delà carotide interne (fig. 22 : 4 et 4' ; et fig. 23:1), se dirige directement en avant et pénètre dans la scissure inter-hémisphérique après avoir donné la communicante antérieure, et atteint bientôt le genou du corps calleux. Elle se réfléchit alors de haut en bas parallèlement à la circonvolu-

Fic. -Jl.

tion calloso-marginale dont elle suit la direction et après être arrivée au niveau du lobe quadrilatère s'épuise dans cette région (fig. 23)

Les branches principales qu'elle fournit sont les suivantes : — 1" Une branche antérieure qui prend naissance au niveau du genou du corps calleux, se dirige en avant et en bas pour se terminer dans le lobe orbitaire (fig. 22 :2). Elle fournit à la partie interne et antérieure de la lrc frontale et aux deux circonvolutions qui limitent le sillon olfactif.

La branche moyenne (fig. 22 : 3) la plus volumineuse, se porte en haut et en arrière. Elle fournit des rameaux à la face interne delà lrc frontale et au lobule paracentral(fig.22:4). Un certain nombre d'autres rameauxvont encore se répartir sur la face externe de l'émisphère correspondant.

La branche postérieure divisée en rameaux secondaires va s'épuiser dans le lobe carré (fig. 22 : 5).

La cérébrale donc antérieure est destinée à l'irrigation de plusieursdépartements nettement définis de l'écorce : le lobeorbitaire le lobe paracentral et le lobe carré qu'elle tient ainsi sous sa dépendance.

2° Distribution de la cérébrale moyenne. — L'artère cérébrale moyenne ou artère de Sylvius (fig. 21 : 1 ; et fig. 21 : 6 et 6') est la plus volumineuse des trois cérébrales. Elle fait suite à la carotide interne et pénètre aussitôt dans la scissure de Sylvius, dans laquelle elle rampe, et dont elle suit la direction.

Au niveau de l'insula de Reil, elle se divise en quatre branches flexueuses qui séparent les circonvolutions de ce lobule, remontent ensuite sur la face externe de l'hémisphère et vont, chacune isolément, se répartir dans un terriloire propre.

La première (fig. 2i) se porte directement en avant au niveau de la 3e frontale dont elle constitue l'artère nourricière par excellence.

La deuxième gagne la frontale ascendante qu'elle parcourt de bas en haut jusqu'au voisinage du lobe paracentral (artères de la frontale ascendante.)

La troisième gagne la circonvolution pariétale ascendante et se distribue dans son épaisseur.

La quatrième qui est, en quelque sorte, la terminaison de l'artère sylvienne se dirige directement en arrière et s'épuise en fournissant des rameaux aux différentes régions du pli courbe, en même temps qu'à la temporale.

Le territoire d'irrigation de l'artère syl vienne est, comme on peut le voir, limité à la partie moyenne du lobe cérébral. Il est borné en avant par le territoire de la cérébrale antérieure, et en arrière par celui de la cérébrale postérieure (1).

Ces territoires principaux forment à leur tour des territoires secondaires dont la circulation devient d'autant plus indépendante que l'on s'éloigne plus des troncs d'origine.

3° Distribution de la cérébrale postérieure. — Une fois que les deux vertébrales se sont réunies pour former le tronc basilaire, celui-ci à son tour se bifurque et chaque branche de bifurcation constitue le tronc de la cérébrale postérieure. Celles-ci constituent les bords postérieurs de l'hexagone. Elles se portent directement, en arrière en suivant les parties latérales de la fente de Bichat, et gagnent la portion interne du lobe postérieur pour

(1) On peut se rendre compte en voyant la distribution de la sylvienne et des régions psycho-motrices auxquelles elle va porter la vie, combien les embolies et les thromboses qui siègent dans son épaisseur sont susceptibles de rendre silencieuses ces mêmes régions psycho-motrices et par suite d'amener des hémiplégies subites, par arrêt instantané du cours du sans.

se perdre dans les circonvolutions occipitales. Chaque cérébrale postérieure fournit trois branches principales :

Ie Une branche antérieure qui va se distribuer dans la région de la corne sphéroïdale et à la face externe du lobe temporal (lig. 22);

2" Une branche moyenne qui se porte vers la partie moyenne des mêmes circonvolutions et se distribue à la 2e et 3e temporale, ainsi qu'à la i'usiforme(fig. 23, et 6g. -2-2 : 7);

3e La branche postérieure (fig. 23) qui peut être considérée comme la terminaison de l'artère, se dirige directement en arrière, s'épuise dans les circonvolutions occipitales et en particulier dans la circonvolution du coin.

4° Terminaison des artères cérébrales dans l'épaisseur de l'écorce. — Les rameaux artériels, dont nous venons d'indiquer les dispositions principales se divisent dichotomiquement, chaque branche secondaire et tertiaire sYnvoyant réciproquement des ramuscules de communications.

11 résulte de cette division et subdivision progressive des troncs principaux un vaste réticulum vasculaire continu qui forme à lui seul la piemère presque entièrement et suit les plis de l'écorce dans toutes leurs ondulations.

Il nous reste à examiner maintenant comment ces capillaires pénètrent dans l'écorce et quelle est leur distribution ultime?

Lorsque en effet on enlève légèrement la pie-mère à l'aide d'une pince, lorsqu'on pratique des coupes minces des différentes circonvolutions, on voit aisément que de la face profonde de cette membrane vasculaire se détache un nombre infini de filaments capillaires qui pénètrent par un trajet convergent dans la substance grise, et même jusque dans la substance blanche (fig. 25).

L'étude de pièces convenablement injectées de l'écorce cérébrale permet de constater, ainsi que Duret l'a parfaitement indiqué, que les artères qui se distribuent dans les circonvolutions se divisent en deux groupes :

Les unes se rendent à la substance blanche, ce sont les artères médullaires, et les autres se distribuent exclusivement dans la substance grise, ce sont les artères corticales.

Les artères médullaires (fig. 25:1, 1,2 et 2 ) destinées à la substanceblan cheau nombre environ de 12 à 15 pour chaque circonvolution, traversent directement toute l'épaisseur de la substance grise, en abandonnant ça et là sur leur passage, quelques ramuscules, et, sous forme de tractus à direction

convergente, se distribuent dans la substance blanche en constituant des mailles à grand diamètre longitudinal.

Elles forment ainsi les canaux nourriciers de la substance blanche, qui

FlG. 25. — Distribution des artères corticales (1)

proviennent directement des réseaux de la périphérie corticale, et ne paraissent pas avoir de communication directe avec les canaux d'irrigation des noyaux gris centraux.

Les artères corticales (fig.25 : 3 et 3') exclusivement réservées à la subs tance grise dans laquelle elles se terminent, forment un réseau beaucoup plus riche, très serré, et dont les mailles sont polygonales ou plus ou moins arrondies. Ces réseaux vont en se rétrécissant dans certaines régions, et arrivent même à former des mailles de plus en plus serrées qui enserrent un certain nombre de cellules nerveuses dans leur cercle propre.

Les veines nées des capillaires de la substance blanche et de la substance grise, par un trajet inverse rapportent le sang vers la surface du cerveau. Elles sont dépourvues de valvules, facilement dilatables, anastomosées fréquemment entre elles dans leur parcours, et, suivant les régions dont elles émergent, se déversent dans les sinus de la dure-mère les plus rapprochés.

(1) Figure empruntée au travail de Duret.

:h ANATOMIE.

SYSTÈME DE LA CIRCri. ATION CENTRALE OU DES NOYAUX OPTO-STHIES.

Le système dos canaux vasculaires qui porte le sang au corps strié et à la couche optique forme, comme nous l'avons dit, un système à pari, nettement isolé, et n'ayant que des communications très imparfaites avec les dernières ramifications du système vasculaire de l'écorce.

Les artères qui constituent cet ensemble naissent toutes directement soit de l'artère syl vienne, soil delà cérébrale postérieure. Elles sont en général volumineuses et forment des troncs isolés qui s'élèvent verticalement dans l'épaisseur de la substance grise qui leur appartient. Elles affectent (fig. 22:8 et 8' ; et fig. 23 : 10 et 11) au moment de leur émergence une disposition spéciale sous forme de bouquet, que Heubner a judicieusement comparée à ces jeunes rejetons qu'on voit dans les forêts pousser à la base des arbres.

Elles se ramifient les unes dans le corps strié, les autres dans la couche Optique :

Artères du corps strié. — Elles naissent directement de la cérébrale antérieure et de la cérébrale moyenne.

Celles qui naissent de la cérébrale antérieure sous forme d'un chevelu pénètrent la substance du corps strié pour se perdre dans les régions les plus antérieures, (fig. 22, et fig. 23: 11)

Celles qui naissent de la cérébrale moyenne sont plus nombreuses et plus volumineuses.

— On les voit à la base du cerveau pénétrant directement dans la substance grise du corps strié par sa partie inférieure que l'on désigne ordinaidinairement sous le nom d'espace perforé antérieur. Une fois qu'elles ont pénétré dans la pulpe striée elles forment deux groupes : les artères striées internes, les artères striées externes.

1° Artères striées externes. — Ces artères se répandent en formant une sorte d'éventail sur la surface externe du noyau lenticulaire ou extraventriculaire du corps strié, entre ce noyau et la capsule externe (fig. 23). Elles forment en cette région deux groupes secondaires : le groupe des artères lenticulo-striées qui restent cantonnées dans ce département spécial, et le groupe des artères lenticulo-optiques, dont une partie va se jeter dans les régions antérieures de la couche optique.

Parmi les artères lenticulo-striées qui serpentent entre le noyau du corps strié et la capsule externe, dans un espace celluleux spécial, lâche

et dilatable, se trouve un rameau, verticalement dirigé et qui est le plus souvent le siège soit d'anévrisme, soit de rupture spontanée — c'est cette artère spéciale que Charcot désigne sous le nom d'artère de l'hémorragie cérébrale. — La disposition particulière des artères lenticulo-striées placées dans l'interstice celluleux qui sépare le corps strié de la capsule externe, explique en effet la disposition linéaire et de certains foyers hémorragiques, et la fréquence relativement plus grande des hémorragies du corps strié en cette région d'élection.

2° Artères striées internes — Ces vaisseaux pénètrent directement dans les régions internes du corps strié et s'y distribuent de bas en haut, en passant à travers les différents segments de la capsule interne. Ils gagnent ainsi le noyau intraventriculaire, dans lequel ils s'épuisent.

Artères optiques (fig. 23 : 10). Les artères optiques assez irrégulières dans leur mode d'origine présentent les dispositions générales suivantes : Elles naissent de la cérébrale postérieure pour la plupart; elles présenten deux groupes principaux :

1° Les artères optiques postérieures et internes, qui naissent de la cérébrale postérieure, pénètrent dans les trous de l'espace perforé postérieur et se rendent aux parois du ventricule moyen, et aux parties internes de la couche optique.

Les artères opliques postérieures et externes (fig. 23: 13) tirent pareillement leur origine de la cérébrale postérieure, en dehors du pédoncule cérébral, et se distribuent au niveau des régions postérieures et externes de la couche optique.

Les couches optiques reçoivent encore d'autres canaux artériels, dont le mode d'origine et de distribution sont très variables et dont la description minutieuse n'a pas d'intérêt pratique immédiat.

Les rameaux artériels qui constituent le système central de l'irrigation du cerveau présentent encore les particularités suivantes à noter :

Ils sont relativement d'un calibre très volumineux. —Leur diamètre varie entre un demi-millimètre et un millimètre, de plus ils affectent une direction qui se rapproche de la verticale, condition particulière qui prédispose aux ruptures, principalement pour les artères striées, et par suite à la fréquence des hémorragies dans cette région. — D'autre part, ils forment, pour la plupart, des artères terminales (fig. 25) c'est-à-dire qu'ils ne se dispersent pas en présentant des anastomoses avec les artères voisines, mais qu'ils se distribuent dans un territoire isolé qu'ils tiennent d'une façon exclusive sous leur dépendance — Grâce à cette disposition pénicillée on peut donc dire

f>.i ANATOMIK

qu'il y a dans le cerveau, aussi bien dans le système des artères corticales que dans celui des artères centrales toute une série de départements isolés, d'un rayon plus ou moins étendu, qui reçoivent isolément leur

Fig. 25. — Artenole île l'encéphale avec ses rameaux de terminaison. Figure empruntée à l'ouvrage de Duret.

liquide nourricier et qui, par cela même à un moment donné sont doués d'une véritable autonomie fonctionnelle qui leur permet de vivre isolément et de s'abstraire de la vie générale ambiante.

Page 1