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DEDUCTIONS DE PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

Les considérations anatomiques que nous venons de présenter au sujet du mode de répartition du liquide sanguin dans la trame cérébrale, présentent encore un intérêt physiologique de premier ordre, en ce sens qu'elles permettent de jeter un certain jour sur une série de troubles dynamiques du cerveau qui font partie intégrante de la pathologie mentale :

1° Nous avons vu en effet que les artères terminales de l'un et de l'autre système présidaient à la nutrition de certains départements isolés, soit de Fécorce, soit des régions centrales, et qu'ainsi, — chaque petit territoire de substance nerveuse avait, en quelque sorte, son autonomie propre et sa vie nutritive isolément réglée.

On comprend de la sorte comment à un moment donné, lorsque des obstructions vasculaires, d'origine périphérique (thrombose, dégénérescences, athéromateuses, etc.,) se développent localement dans ces mêmes réseaux, il puisse en résulter soit des ischémies partielles, soit des ramollissements localisés avec nécrobiose des cellules nerveuses intéressées, soit même des hémorragies interstitielles localisées dans telle ou telle région — lésions multiples qui rendent ipso facto silencieuses les cellules des territoires envahis et qui amènent, suivant l'extension de la lésion, des désordres plus ou moins étendus ou des troubles partiels des facultés,

— tels que des pertes de la mémoire et l'obtusionplus ou moins prononcée des facultés intellectuelles.

La réalité delà doctrine des localisations cérébrales, et de l'indépendance fonctionnelle des différentes régions du cerveau découle, en quelque sorte, de l'examen anatomique que nous venons de présenter.

2° D'un autre côté celte indépendance d'irrigation sanguine des régions corticales et des régions centrales qui fait supposer que chacun de ces deux systèmes vasculaires peut à un moment donné, fonctionner d'une façon indépendante, n'est pas sans avoir une portée considérable dans l'interprétation physiologique d'un grand nombre de phénomènes morbides sur lesquels elle jette une nouvelle clarté et suscite pareillement de nouvelles interprétations.

Les recherches des physiologistes modernes, avec quelques variantes il est vrai, tendent toutes à considérer les réseaux de l'écorce cérébrale comme étant par excellence le domaine propre de l'activité psychique et intellectuelle; — et à voir, dans les noyaux centraux opto-striés, un substratum organique destiné à servir de support à un tout autre ordre de phénomènes. — Dans les couches optiques ce serait principalement les ^impressions sensorielles qui seraient, élaborées et transformées, — tandis \ que dans la substance grise du corps strié, ce serait au contraire les phénomènes de l'innervation motrice, qui auraient leur foyer d'émission.

Dans les conditions physiologiques d'activité cérébrale, il y aune synergie parfaite entre le fonctionnement des régions corticales et celle des régions centrales du cerveau. Les canaux d'irrigation dispensent çà et là le liquide nourricier d'une façon harmonique si bien que, les deux sphères d'activité nerveuse fonctionnent en quelque sorte sous des pressions égales.

— Mais, il est permis de supposer que sous certaines influences pathologiques, sous le coup de troubles spasmodiques ou paralytiques des nerfs

g,-, ANATÛMIK.

vaso-moteurs (1) retentissant sur les parois vasculaires, il puisse se faire des modifications profondes dans le mode de répartition de l'irrigation sanguine, et que, telle ou telle sphère d'activité nerveuse puisse être, soit gorgée de sang, soit privée de sang d'une façon isolée alors que sa congénère se'.trouve placée dans une situation inverse — il peut, en un mot, arriver telle ou telle circonstance dans laquelle, par exemple, les régions de l'activité psychique pourront être isolément en période de suractivité circulatoire alors que les régions centrales seront à l'état normal ou en période d'ischémie; — et telles autres circonstances inverses dans lesquelles ces mêmes régions centrales pourront à leur tour isolément entrer en période a'éréthisme, les régions de l'activité psychique demeurant soit à l'état normal, soit même en période d'ischémie concomitante.

On comprend ainsi quel trouhle ce défaut de synergie circulatoire est susceptihle d'entraîner dans l'ensemhle des fondions céréhrales, et comhien, ces changements survenus dans la circulation intime du cerveau sont aptes à apporter des perturbations inattendues dans l'évolution des facultés mentales. — Il se fait alors une dissociation des actes de la vie céréhrale qui se révèle par un défaut de cohérence spéciale.

Tantôt, ce sont les régions corticales, les sphères de l'activité psychique, qui seules entrent en période d'éréthismemorhide. — L'individu, sans être agité, sans cesser d'être maître de lui et de ses actes, se sent envahi par des trouhles émotifs étranges; — il a des frayeurs sans motifs, il est anxieux, il se reproche à lui-même des fautes imaginaires, c'est le délire mélancolique qui se révèle d'une façon complète. — Ou bien encore, lorsque ce sont les régions seules de l'intellect qui sont intéressées, — il sent ses idées (jui s'associent malgré lui, il ne peut modérer leur essor, et il est forcé de penser, et c'est une véritable fermentation incessante du travail intellectuel qui l'obsède sans discontinuité. Il subit malgré lui les effets de l'entraînement automatique des cellules cérébrales en période de surexcitation incoercible.

Tantôt au contraire ce sont les régions centrales qui entrent en période d'éréthisme, les sphères psychiques restant dans les conditions normales au point de vue circulatoire. Et alors suivant les départements envahis par la suractivité morbide, on assiste à des manifestations fonctionnelles de nature différente :

Suivant en effet que ce sont les noyaux sensoriels des couches optiques,

(1) Nothnagel, des Nerfs vaso-moteurs de l 'encéphale, d'où proviennent les filets nerveux vaso-moteurs du cerveau. {Annal, méd.psych., 1809, t. II, p. 123.)

ou ceux des corps striés qui sont plus particulièrement en jeu, on note alors des phénomènes variées d'expression. — Dans le premier cas, ce sont des troubles sensoriels de nature hallucinatoire, des illusions, des sensations hypocondriaques, qui éclosent sous mille formes diverses; — dans le second, ce sont des perturbations d'une tout autre nature, — des manifestations motrices insolites, des phénomènes automatiques, des impulsions variées qui se développent motu proprio, rien que parle jeu des activités nerveuses mises en jeu. L'individu inconscient assiste à ces évolutions, se sentant inhabile à les réprimer; et elles l'entraînent à l'action malgré lui.

Sans vouloir attacher plus d'importance qu'elle ne le mérite à l'interprétation de certains troubles discordants que l'on rencontre dans la pratique de la pathologie mentale, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'une théorie semblable, qui s'appuie sur des données anatomiques aussi précises que celles que nous avons précédemment exposées n'est pas sans avoir certains caractères qui lui donne quelque degré de vraisemblance.

J'ajouterai, comme confirmation des assertions précédentes, qu'il m'est souvent arrivé de constater dans un certain nombre d'autopsies du cerveau, d'aliénés, l'inégale répartition du travail fluxionnaire dans les différents départements du cerveau. J'ai vu en effet, tantôt, les régions centrales, cordicales fortement hjpemiées d'une façon isolée et, cela à l'exclusion les unes des autres. — Le travail de vascularisations restant cantonné dans une sphère spéciale du système. Nous avons indiqué plus loin ces particularités anatomo-pathologiques.

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