CONSTITUTIOX DU SENSORIUM COMMUNE
Parmi les conquêtes les mieux assises de la physiologie contemporaine des centres nerveux, il faut ranger à juste titre, celle qui consiste à considérer les réseaux de l'écorce cérébrale, comme étant à la fois l'aboutissant ultime des impressions sensorielles, et en même temps le point de départ des manifestations de la motricité volontaire.
Cette conquête toute moderne, mise surtout en lumière par les travaux de Flourens (1) par ceux de Longet (2) et des physiologistes de notre époque, a été dans ces derniers temps singulièrement amplifiée par les recherches de Schiff (3) sur réchauffement des centres nerveux. Ce physiologiste démontre en effet dans une série de Mémoires du plus haut intérêt que la dispersion des incitations sensorielles dans les réseaux de l'écorce était accompagnée d'un dégagement de chaleur locale, et que suivant qu'il s'agissait de tel ou tel groupe d'incitation sensorielle, c'était tel ou tel territoire de l'écorce qui s'échauffait. En même temps les travaux d'Hetzig, de Ferrier, de Carville et Durel (4) faisaient connaître que
(1) Flourrens, Recherches expérimentales sur le système nerveux (2e édition), 1842.
(2) Longet, Anatomie et Physiologie du système nerveux, Paris, 1842. Hertwig, cité par Mûller, Manuel de Physiologie, 2e édition Paris, 1851, t. I, p. 777.
(3) Recherches sur réchauffement des centres nerveux. Archiv. de physiologie, 1870.
(4) Carville et Duret, Sur les fonctions des hémisphères cérébraux, Archiv. de Physiologie, 1875.
les phénomènes do la motricité obéissaient aux mêmes lois générales que ceux de la sensibilité, — et qu'il y avait aussi pour eux des territoires spéciaux dans l'intimité de l'écorce, et qui constituaient à leur usage de véritables centres d'émission, des centres psycho-moteurs comme on les a dénommés depuis.
An point de vue de la distribution terminale des impressions sensorielles, la physiologie expérimentale est donc implicitement arrivée à continuer un grand fait d'ordre physiologique, soupçonné depuis longtemps, pressenti à l'avance par tous les esprits logiques — l'existence d'une région cérébrale spécialement réservée à la réception des impressions scnsitives, et jouant vis-à-vis d'elles le rôle d'un réservoir commun, d'un sensorium commune (1).
Ce pas étant une fois accompli clans la direction du progrès, restait à en faire un autre, logiquement enchaîné aux données précédemment acquises, la délimitation des territoires sensitifs et moteurs l'écorce.
La physiologie expérimentale ayant ainsi permis de constater le rôle spécial de la substance corticale, au point de vue de sa participation aux actes de la vie nerveuse, — on a été naturellement amené à se demander, en voyant cette substance grise douée d'attributions multiples, servant d'une part de champ de dissémination pour les impressions sensorielles, et en même temps de centre d'émission pour des incitations motrices, — quelles riaient le^ zones de sa masse, qui étaient plus particulièrement en rapport avec l'une ou l'autre de ces propriétés? — en quels territoires se reproduisaient par exemple les phénomènes sensitifs? — en quels autres les phénomènes de la motricité prenaient-ils plus particulièrement naissance?
Sur cet intéressant problème de physiologie cérébrale, nous n'avons pas malheureusement d'expériences directes à mettre en avant. — Le seul raisonnement par analogie nous permet de proposer une solution approximative qui n'a en sa faveur que de simples vraisemblances.
Il y a dans les centres nerveux un appareil de premier ordre, la moelle épinîère, qui présente dans des proportions réduites, soit au point de vue
I Les impressions sensorielles n'arrivent pas toutes avec une vitesse égale dans les réseaux du sensorium; les unes sontjdus rapidemment perçues que les autres, chez le même sujet.
D'une autre part, ou sait qu'une même impression sensorielle n'est pas perçue en même temps chez des sujets différents et qu'il existe entre eux un écart de perception qui constitue ce qu'on appelle l'équation personnelle. Voy. à ce sujet les expériences de Kriès et Auerbach, Renie des sciences médicales, 1878, p. 'rl-2.