DE L'AUTOMATISME. — ACTIVITÉ INTELLECTUELLE
natures en voie de dépression, l'évocation d'anciens souvenirs, certaines comparaisons d'une situation présente avec une situation passée, (phénomènes dérivant directement du travail automatique de l'intellect) — constituent par leur répétition renouvelée sous mille formes, une sorte de mouvement d'effervescence continue les régions émotives, qui est la préparation la plus efficace à toutes les perturbations mentales.
Nous voyons donc déjà ainsi combien dans l'ensemble des facultés mentales un rôle inégal doit être attribué à l'intellect proprement dit et au sens émotif dans toutes leurs manifestations. C'est partout et toujours l'émotivité qui est en jeu dans toutes les opérations de la vie psychique, et l'esprit n'intervient la plupart du temps que comme agent d'excitation passager ou permanent, au même titre que les incitations dérivées du monde extérieur — et, c'est à ce propos qu'il convient de répéter ce que Guislain a si bien exposé, à savoir le rôle capital du sens émotif clans le développement des psychopathies.
2° DE l'automatisme dans le domaine de l'activité intellectuelle proprement dite
Quand on examine le mécanisme intime des opérations de l'intellect proprement dit, en dehors de tous les éléments propres de la sensibilité émotive, on est tout surpris des caractères de fatalité avec lesquels ils se révèlent et de la régularité automatique qui les régit. — C'est dans ce domaine spécial, que l'automatisme propre des éléments nerveux règne en souverain : tout y est automatique, tout s'y fait d'une façon inconsciente, involontaire, et rien que par l'activité propre des éléments nerveux en action.
Ne savons-nous pas tous que la direction de nos idées (qui ne sont que d'anciennes impressions sensorielles emmagasinées à l'état de souvenirs) ne nous appartient pas? — nous croyonsles diriger tandis que nous ne faisons que les suivre. — Elles s'associent, parle fait de cette cérébration inonsa>tt£equeCarpenter a si justemement dénommée, — elles se groupent, elles s'appellent les unes les autres de mille manières, de la façon la plus bizarre et la plus imprévue sans que nous puissions directement corriger leur évocation. — Ne savons-nous pas tous combien la vue de certains objets évoque une série d'idées affines? — combien une simple assonnance verbale dirige malgré nous nos pensées dans telle ou telle direction? — Un mot en appelle un autre; une simple odeur suffit à évoquer une série de souvenirs. — Ne savons-nous pas tous combien nous ne pouvons
nous soustraire à l'obsession de certaines pensées qui, lorsque nous avons le cerveau fatigué (soit par le fait d'une migraine ou d'une hypérémie passagère), finissent par acquérir une intensité morbide et par créer ainsi en nous un endolorissement cérébral des plus pénibles.
L'anastomose des idées est tellement un phénomène physiologique involontaire que, lorsqu'un certain nombre d'entre elles se trouvent contemporainemenl rattachées ensemble comme les grains d'un chapelet, il suffi de susciter la premièrede la série pour qu'immédiatement une sorte d'entraî nement fatal appelle les idées congénères, qui sont inévitablement mises en éveil. — Le succès de certaines allusions, de certains sous-entendus, alors qu'en prononçant un mot on est certain que ce mot va loucher certaines cordes de la sensibilité morale, n'a pas d'autre mécanisme (1).
Les idées que certains orateurs manient d'une façon fréquente renaissent spontanément dans leurs discours, ils ont des lieux communs favoris des effets oratoires habituels sur lesquels ils reviennent à leur insu.
Dans un cadre plus restreint, tout le monde sait qu'il y a un grand nombre de personnes qui, dans la conversation simple, ne parlent par moments que par action réflexe. — Ils répèlent les mêmes phases à un moment donné avec les mêmes intonations, ils ont soit de véritables ritournelles favorites, soit des jurons habituels qu'ils articulent machinalement sans la moindre conscience.
L'automatisme et la cérébration réflexe dominent tellement les opérations delà spbère de l'esprit, que dans certains actes de la vie, dans la série des questions posées par chaque professeur à certains examens, on sait pa avance que sur tel ou tel sujet, telle question sera posée par un professeur donné — et, comme conséquence naturelle de ce phénomène d'observation psychologique, les candidats intéressés savent parfaitement se munir d'un vade mecum qui leur permet de faire face aux interrogations qui sortiront automatiquement de la bouche de leurs examinateurs.
Dans l'ordre des créations artistiques, il est notoire que l'influence primitive de certaines conceptions engendrées au début de la carrière d'un artiste se déroule automatiquement dans les créations de l'âge muret devient, en quelque sorte, une répétition inconsciente des premiers efforts. — Les giands maîtres, soit en peinture soit en musique, n'échappent pas à cette loi fatale, elles amateurs savent reconnaître dans un tableau ou dans une mé-
(1) On dit vulgairement, sous forme proverbiale, qu'il ne faut pas parler de corde dans la maison d'un pendu. — Et il suffit presque constamment de parler de berceau à certaines jeunes filles émotives, pour faire apparaître sur leur visage les rougeurs de la pudicilé, etc., etc.