DE L'AUTOMATISME. — PHÉNOMÈNES PATHOLOGIQUES
lodie la touche originale, l'esprit créateur qui se répète et se copie inconsciemment lui-même.
C'est encore en vertu de cette curieuse propriété automatique des éléments nerveux, que dans la lecture silencieuse, alors que nous ne faisons que de placer devant nos yeux les caractères graphiques, le travail cérébral de l'interprétation des signes s'opère incontinent en nous — et que, en nous promenant à travers les rues d'une ville soit à pied, soit principalement en voiture, nous sommes obsédés par la fatiguante occupation de lire les nombreuses affiches, les prospectus de toutes les couleurs qui s'étalent sur les murs, les enseignes qui passent devant nous et qui forcément, automatiquement, s'imposent à notre vue, nous forcent à les lire, et captivent notre attention (1).
En résumé, l'activité automatique est la propriété fondamentale de toute la vie nerveuse.
C'est elle, qui dans les ganglions périphériques, concentrée dans un petit rayon d'action, gouverne l'innervation locale d'un département vasculaire donné. C'est elle qui dans les régions plus élevées de l'axe spinal, régit le jeu des rouages de la machine vivante, règle les mouvements inspiratoires, ceux du cœur et ceux de la locomotion générale ; — c'est elle enfin qui, dans les sphères les plus élevées de l'activité nerveuse, dans les régions des phénomènes psycho-intellectuels, avec les milliers d'ouvriers inconscients qui s'y trouvent, préside à l'aide, à la genèse de la notion de la personnalité psychique et aux phénomènes de la perception consciente.
Elle devient ainsi sous des formes variées l'agent essentiel de toutes nos émotions, de toutes nos perceptions et de toutes nos volilions. Elle se confond, s'identifie avec les éléments de notre unité sentante et devient à notre insu, (par suite d'un mirage permanent de notre esprit,) l'agent exclusif de toute notre spontanéité.
Le rôle capital que joue l'activité automatique des cellules nerveuses, dans les manifestations régulières de la vie cérébrale, s'amplifie encore d'une manière des plus significatives dans les psychopathies, lesquelles sont toutes régies par les mêmes forces aveugles et inconscientes qui dirigent les processus de l'activité normale.
(1) C'est en effet dans cette incessante obsession des affiches multicolores qui attire l'œil, que gît la puissance des réclames industrielles qui s'étalent partout dans nos rues.
S A chaque pas on retrouve l'activité automatique, à chaque pas on la sent se révéler sous une forme ou sous une autre, soit dans la sphère émotive, soit dans la sphère intellectuelle, soit dans la sphère psycho-motrice, et ton jouis avec les mêmes caractères d'incoercihilité et d'inconscience. Ces! a juste litre, que Baillarger a signalé le premier le rôle important de l'automatisme dans l'évolution des maladies mentales : « Plus j'observe des aliénés, a-t-il dit, et plus j'acquiers la conviction que c'est dans l'exercice involontaire des facultés qu'il faut chercher le point de départ de tous les délires (1). »
S'agit-il, en effet, d'actes d'ordre purement intellectuel, dans lesquels les facultés de l'esprit seul sont en jeu ? — l'activité automatique se révèle alors d'une façon fatale et tout a fait impérative.
Les individus sentent que leurs idées leur échappent, qu'ils pensent, sans cesse et malgré eux à certaines choses qui leur répugnent, — qu'ils sont entraînés a parler malgré eux, à faire des grimaces, à dire des choses qu'il ne faudrait pas dire, à associer des idées extravagantes — que le désordre s'empare de leur esprit — qu'ils se sentent sous l'empire involontaire d'idées obscènes qui leur font horreur, et, ils ont conscience de ce combat intérieur et de celte lutte incessante de leur esprit qui s'agite et qui ne peut V être calme.
Dans cet ordre de phénomènes, j'ai eu l'occasion de rencontrer un jeune homme intelligent qui ayant subi une phase d'exaltation cérébrale me transmit par écrit, après la guérison les émotions par lesquelles il avait pas:é :
Ce jeune homme avait été occupé pendant plusieurs jours à faire des calculs d'intérêts composés, qui avaient déterminé chez lui une grande tension d'esprit. Vn soir, après dîner, il allait se mettre à dormir; il ne put goûter le repos, et je me mis, dit-il, sans la moindre volonté de ma part, à compter, à refaire exactement les mêmes problèmes qu'au bureau.
La machine cérébrale avait été lancée avec trop de force pour pouvoir s'arrêter, et ce travail involontaire durait malgré moi, malgré et contre tous les moyens que j'avais employés pour le faire cesser, c'est-à-dire trois ou cinq quarts d'heuiv environ.
Dans le même cercle d'idées, un autre jeune homme se plaignait souvent à moi qu'on le faisait toujours parler malgré lui, et qu'on le forçait à raconter malgré lui des enfilades de souvenu
S'agit-il de la mise en émoi des phénomènes de l'activité psychique? — L'individu absorbé, émotif, devient alors inquiet, anxieux sans motif. —
I Baillarger, Théorie de l'automatisme et Je l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination, Annales médico-psychol., 1856, t. VI, p. 188 et p. 51; Annales médicopsychol., 1855, p. 167.
•j Wesphall, dans une communication sur les idées fixes a cité une série de faits semblables rapportés dans la Revue des sciences médicales, 18 78, 019.