DE L'AUTOMATISME. — PHÉNOMÈNES PATHOLOGIQUES
Il a peur, et il sait qu'il a tort d'avoir peur. — Il sent qu'il est entraîné à pousser des gémissements et il ne peut se maîtriser ; il se voit dans un rôle impossible qui va le rendre ridicule, etc.
Dans d'autres circonstances, il s'agit de certains délires partiels, de nature hypochondriaque, constitués par la combinaison de l'élément intellectuel et de l'élément émotif.
L'individu envahi a tout d'abord une sensation subjective d'origine viscéral6j — il a par exemple la sensation d'un ver solitaire qui circule dans son intestin ou bien de l'oblitération de son gosier. Son esprit s'associe automatiquement à la sensation protopathique pour la développer, lui donner un corps, et en tirer les conséquences.
On voit alors ces hypochondriaques employer à dépeindre une sensation purement subjective, les ressources d'une logique suivie et une ténacité incroyable — ■ ils racontent sous mille formes les pérégrinations, les allures du ver imaginaire, ses manières d'être, ses goûts mêmes, les façons dont ils le combattent, etc., ils expliquent encore comment ils refusent les aliments, comment l'oblitération du gosier est un obstacle insurmontable. — Ce raisonnement est approprié et démonstratif. — On peut obtenir avec ces malades un acquiescement provisoire, mais, comme avec les paroles on n'éteint pas l'incitation subjective qui suscite les conceptions systématisées, le délire reparaît fatalement de lui-même.
S'agit-il encore des régions psycho-motrices qui normalement sont les foyers d'émission des mouvements volontaires? — L'activité automatique des éléments nerveux se révèle alors avec des caractères étranges.
On voit alors les régions motrices subordonnées d'habitude, en pleine insubordination se mettre en action d'elles-mêmes, comme on voit dans les irritations des régions motrices de la moelle, cet état d'irritation se révéler au dehors par des secousses tétaniques accomplies en dehors de la participation consciente de l'individu.
Ici alors, cène sont plus des pensées ni des paroles, mais bien des actes morbides automatiques, des impulsions motrices coordonnées qui se révèlent.
Les malades sont entraînés à agir, à casser, à briser ce qui est à leur portée, et cela, sans passion, sans fureur, comme entraînés par des forces aveugles. — ils n'ont aucune conscience de ce qu'ils font, la plupart du temps, ou s'ils en conservent le souvenir, ils disent tous que c'était plus fort qu'eux — que c'était à leur corps défendant qu'ils out accompli tel ou tel acte, et qu'ils ne pouvaient se contraindre.
Enfin, si nous étendons plus loin l'observation, nous voyons encore que les phénomènes morbides de l'automatisme ne sont pas susceptibles de se localiser la plupart du temps dans une sphère isolée de l'activité nerveuse — mais qu'au contraire, ils sont aptes à se généraliser, à s'étendre au loin et à se propager dans tous les éléments du système qu'ils font successivement entrer en période d'éréthisme.
C'est ainsi que l'accès de manie avec ses modalités les plus variées, avec ses conceptions délirantes, ses agitations incessantes, ses mouvements tumultueux, représente l'expansion la plus complète de l'activité automatique des éléments nerveux passés à l'état incoercible, — c'est un embrasement général de la vitalité propre de tous les éléments nerveux, et cbaque groupe isolé, chaque territoire de substance nerveuse en période d'éréthisme, dégage à flot s continus les énergies spécifiques dont il est animé, en présentant ainsi le tableau du désordre le plus complet de l'activité nerveuse en pleine révolution.
D'après cette façon toute physiologique de considérer les phénomènes de l'activité cérébrale, tant dans ses conditions normales que dans ses conditions pathologiques, nous voyons que c'est partout l'activité automatique qui, avec des degrés variés, est toujours sous-jacente à tous les désordres, et dirige la mise enjeu de toutes les opérations. — Réglée et méthodiquement répartie, elle représente l'état normal et la moyenne physiologique déréglée et exubérante, elle représente le délire partiel ou généralisé. — Inversement l'énergie vitale vient-elle à diminuer dans l'élément nerveux, l'activité automatique rétrocède en même temps. Elle tombe au-dessous de son niveau, et alors ce sont des phénomènes d'ordre inverse qui se révèlent, c'est l'étal dépressif, avec des modalités d'autant plus accusées que la cellule nerveuse est plus profondément frappée de torpidité, c'est encore dan- l'étude de l'activité automatique descendue au-dessous de son zéro physiologique qu'il faut rechercher l'explication des phénomènes de la torpidité lypémaniaque