DES RÊVES NORMAUX
C'est encore à cette même propriété fondamentale des cellules cérébrales, leur automatisme propre qu'il faut s'adresser pour avoir une idée rationnelle et vraiment physiologique des rêves.
Les rêves, en effet, ne sont que des phénomènes d'ébranlement de certains groupes de cellules nerveuses qui, pendant l'état de veille ayant été fortement sollicitées, continuent à vibrer et à rester en période d'éréthisme alors que celles de leur entourage sont déjà devenues silencieuses et plongées dans la phase torpide du sommeil.
Lorsqu'on effet, au milieu des mille agitations de l'activité diurne, une impression extérieure vive et stimulante a vivement ébranlé les réseaux de notre sphère perceptive, cette impression ne s'éteint pas surplace. — Le groupe de cellules fortement excité s'élève à un certain degré d'éréthisme extra normal, et continue à vibrer en raison de sa sensibilité propre mise à contribution, et de ses énergies automatiques sollicitées. De là, cette persistance spéciale des ébranlements de la veille qui se survivent en quelque sorte à eux-mêmes, en vertu de cette propriété qu'ont les éléments nerveux de retenir dans leur trame et d'emmaganiser les traces des ondulations vibratoires qui les ont sollicités.
Mais ce ne sont pas seulement certaines régions spéciales du cerveau, qui ont reçu comme des plaques photographiques les incitations extérieures, qui continuent à vibrer une fois qu'elles ont été ébranlées.
Les mêmes propriétés de persistance vibratoire se retrouvent encore dans les régions émotives proprement dites. Celles-ci en effet sont susceptibles de conserver dans leurs réseaux les traces des sollicitations extérieures qui les ont mises en mouvement et de les faire revivre pareillement, à propos d'une conception de l'esprit contemporaine ou d'une autre émotion congénère. — Ne savons-nous pas, en effet, qu'à propos de
certaines apparitions hypnotiques nous sommes tantôt disposés à la joie, et le plus souvent, à l'anxiété et à la terreur et même quelquefois, à de véritables cauchemars.
De même que dans les conditions normales de la vie psychique, c'est la .sphère émotive qui est le point de départ des incitations de toutes sortes, de même dans révolution du rêve, c'est encore elle qui est la première en cause et, en quelque sorte, l'élément incilateur par excellence.
.Nous avons indiqué précédemment en vertu de quelles forces aveugles les phénomènes émotifs se développaient en nous à l'état normal, — comment — lorsque par l'apparition d'un signe physique, d'une parole pathétique, toutes les notes de la sensibilité morale pouvaient être inopinément mises en jeu, en vertu de cette activité automatique des éléments constitutifs de la sphère émotive. Eh bien! — pendant la période du sommeil, alors que les ébranlements de la veille se sont plus ou moins amortis dans telle ou telle région, on comprend très bien comment lorsqu'on a été ébranlé par une émotion poignante, — - ce choc intime continue à vibrer encore et à nous poursuivre de ses obsessions. On sait qu'un grand nombre de personnes pendant leur sommeil prononcent quelquefois à voix haute des paroles, des phrases même inconscientes qui trahissent l'activité persistante des régions émotives. Ce sont là des phénomènes d'observation banale que tout le monde a l'occasion de vérifier quotidiennement.
On est amené encore à reconnaître l'existence de manifestations plus complexes, et qui présentent les plus grandes analogies avec ces phénomènes d'émotivité subjective spontanés, dont nous avons déjà parlé, et qui constituent une analogie de plus entre les rêves et la folie.
Sous l'influence en effet de l'apparition de certaines scènes pathétiques, ou de tableaux émouvants qui surgissent dans l'esprit pendant le sommeil avec une netteté et une précision incroyables, on est tout surpris de se voir envahi par une émotion appropriée. —On est pris de terreur, on veut fuir, on sent l'horreur de la situation, on souffre dans toute sa personne. Bien plus en présence de ces apparitions subjectives, les battements du cœur s'accélèrent, la respiration devient anxieuse, et il arrive quelquefois que l'intensité du choc émotif qui s'opère en nous, comme une véritable décharge électrique, est telle qu'elle nous réveille en sursaut avec un sentiment d'épuisement nerveux et un point douloureux dans le cerveau.
C'est en vertu du même mécanisme, auquel viennent s'ajouter la plupart du temps des incitations périphériques irradiées des réservoirs spermatiques, que les émotions de la volupté se développent et se résolvent en éjaculations. L'apparition spontanée de certaines formes, le souvenir de certaines situa-