‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 51 sur 286 · DE LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

DE LA MEMOIRE

J'ai proposé de comprendre sous la dénomination de phosphorescence organique (faille d'un meilleur mot) cette aptitude spéciale des éléments nerveux, en vertu de laquelle une fois qu'ils ont été ébranlés par une incitation extérieure, ils restent dans l'état où ils ont été ainsi fortuitement placés, et continuent à dégager des vibrations neuveuses comme on voit certains corps phosphorescents qui ayant emmagasiné la radiation solaire continuent dans l'obscurité à dégager des ondes lumineuses (1).

Pour les régions périphériques du système nerveux, celle persistance des impressions incitatrices est un phénomène indéniable. — Tout le monde sait que les impressions lumineuses persistent sur la rétine pendant un temps appréciable, 32 à 35 secondes, suivant Plateau, après la disparition de la source lumineuse. C'est là évidemment un phénomène physiologique comparable à la radiation phosphorescente d'un corps inorganique. — Tout le monde sait encore qu'un charbon incandescent que. l'on fait tourner au bout d'une corde donne aux yeux la sensation d'un cercle lumineux, par suite de la fusion d'une série d'impressions successives — que lorsqu'on a examiné avec attention des tissus histologiques au microscope, il arrive fréquemment que trois ou quatre heures après l'examen, en fermant les yeux, on retrouve au fond de son œil l'image des mêmes objets, laquelle est un véritable souvenir de leur passage.

(1) Niepce de St. -Victor, dans une, série do mémoires présentés à l'Académie des sciences (Comp. rendusde L'Acad. des sciences, 1857, t. XLV, p. <S11 et t. XLVI, p. 418), a montré que les vibrations lumineuses pouvaient être emmagasinées sur une feuille de papier et persister à l'état de vibrations obscures pendant un temps plus ou moins Long, prêtes à apparaître sous l'action d'une substance révélatrice.

D'une autre part, la pratique journalière de la photographie par le collodionsec vient encore démontrer la persistance des vibrations lumineuses obscures dans les régions insolées de la plaque sensible. Lorsque, sur une plaque impressionnée on développe quelques mois après l'exposition une image latente sous l'influence d'un liquide révélateur, on l'ait apparaître un véritable souvenir persistant du soleil absent.

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