DE L'AMNÉSIE
lions d'ébranlements contemporains qui se connaissent les uns les autres omme les individus d'une seule et même promotion. Ils s'appellent les uns à la suite des autres, une fois que le premier anneau de la série a été ébranlé. — Comment encore, par cela même qu'ils sont en conflit avec les éléments de notre personnalité psychique ces mêmes ébranlements persistants sont aptes à la mettre dans une situation émotive déterminée;
et comment alors, un incident quelconque qui évoquera un de ces sou.
venirs primordiaux aura la faculté, par cela même, d'évoquer fatalement les mêmes émotions concomitantes et contemporaines du moment de l'imprégnation première.
Un objet quelconque qui frappe notre vue et qui nous rappelle une personne chérie est apte par cela même à susciter un état émotif de satisfaction intime. L'émotion est liée directement à l'impression extérieure. Un autre objet, une phrase, une odeur surtout, fera revivre par le même mécanisme des émotions agréables ou pénibles, par cela même que cette impression primordiale aura été provoquées au milieu de circonstances qui nous auront impressionnés tout d'abord dans telle ou telle direction.
L'émotion suit donc fatalement le souvenir, et devient ainsi le complé ment inséparable de son évocation.
D'après le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur les propriétés dynamiques des cellules cérébrales, et qui se résument clans des phénomènes de sensibilité, de réaction spontanée et de conservation pendant un temps plus ou moins prolongé, d'incitations sensorielles, on voit combien ces propriétés fondamentales des éléments nerveux sont simples en ellesmêmes et complexes dans leurs manifestations. — Elles deviennent, combinées de mille manières les unes avec les autres, les éléments primordiaux à l'aide desquels nos pensées, nos émotions, nos volontés se survivent à ellesmêmes, et se manifestent au dehors, et c'est ainsi qu'elles résument en elles seules, comme propriétés élémentaires toutes les activités de la vie du cerveau, et servent en quelque sorte de guides naturels pour leur interprétation physiologique.
2° PHÉNOMÈNES PATHOLOGIQUES. AMNESIE (1).
D'après ce que nous avons indiqué précédemment, les éléments de la substance cérébrale travaillent silencieusement et automatiquement aux
(i) Yoy. au sujet de l'enchaînement automatique de certaines phases et de certaines formes d'amnésies partielles consécutives à des traumatismes cérébraux, le très intéressant travail de Durieu inséré dans la Gazette des hôpitaux, 1877.
Voy. en outre la très intéressante communication de Motet, sur un cas d'amnésie tem-
opérations de la vie commune; ils s'associent entre eux, correspondent par les voies mystérieuses de leurs anastomoses, et conservent dans leur intimité les prolongations posthumes des ébranlements passés, ils concourent donc normalement à la production des manifestations de la mémoire, et, isolément, dégagent des souvenirs, comme les corps illuminés et phosphorescents dégagent à distance les ondes lumineuses qu'ils ont emmagasinées.
Cette aptitude merveilleuse de la cellule cérébrale se maintient indemne et vivace tant que les conditions de son intégrité organique sonl respectées. Quand il n'en est plus ainsi, le foyer lumineux s'éteint, les traces d'anciens souvenirs disparaissent et alors, localement, on voit des disparitions partielles de la mémoire se manifester; et par suite, des espaces vides des amnésies partielles, apparaître dans l'ensemble des facultés mentales (1). C'est du peste le propre de la plupart des psychopathies de déterminer un affaiblissement général de la faculté perceptive des impressions extérieures; la plupart des aliénés absorbés par la subjectivité ne gardent qu'un souvenir imparfait de ce qu'ils viennent de dire ou de faire. Par cela même qu'ils ne sentent plus le milieu ambiant normal, ils sont comme anesthésiés clans ces régions perceptives et ne conservent pas plus la trace des incitations extérieures, que l'individu atteint d'une hémianesthésie cutanée ne conserve le souvenir du pincement ou de la piqûre qu'on a pratiquée sur lui; — c'est ainsi que certains déments, par exemple, oublient de prendre leur repas; — dans les rues de leur ville, ils s'égarent, ils ne reconnaissent plus les endroits qu'ils traversent. Pour s'habiller, si on ne les surveille pas; ils ne savent plus comment passer leur pantalon ou leur gilet, etc., etc.
Ce sont principalement les paralytiques qui sont le plus fortement touchés au point de vue de l'abolition rapide des souvenirs récents. Le mouvement d'hypérémie congestive qui, dès le premier temps, comme une nappe de sang se répand dans les réseaux sous-méningés de l'écorce, est accompagné d'un travail d'exsudat interstititiel très intense, au sein duquel les cellules du sensorium sont en quelque sorte engluées. Elles cessent alors de communiquer avec le dehors et de recevoir les vibrations sensorielles; aussi rien n'arrive-t-il plus jusqu'à elles. — Elles deviennent silencieuses, elles se désorganisent et l'amnésie fait de rapides progrès.
On peut surtout constater cet état dans la première période, alors que ces malades demandent à sortir de l'asile, qu'ils acceptent avec la plus naïve crédulité les explications qu'on leur donne, et lesmotifs plus ou moins plau-
poraire survenue chez une dame à la suite d'une chute avec commotion cérébrale légère. (Union médicale, 1879, 11° 07, p. 951.) (1) Cas d'amnésie par Thomas Uuss, Annal, médico-psych., 1851, p. 305.