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DES MANIFESTATIONS VOLONTAIRES

d'une façon aussi automatique, aussi fidèle que celle dont nos émotions se révèlent au dehors en manifestations motrices.

Ainsi, quand nous exprimons certaines pensées simples, certaines appréciations d'ordre physique, que nous disons, par exemple — l'atmosphère est froide, le milieu ambiant est trop chaud, etc., ces mots expriment une série d'impressions personnelles, c'est notre sensibilité intime qui est saisie physiquement par le chaud, par le froid. — Elle réagit alors d'une façon dissemblable et tend à exprimer sa nouvelle manière d'être. Or, comme par un long apprentissage, commencé dès l'enfance, on l'a éduquée à savoir que l'impression de l'abaissement de la température se signifiait oralement par le mot : froid, et que l'impression de l'élévation de la température s'exprimait par le mot : chaleur, — la mémoire aidant, nous sommes arrivés quotidiennement à nous prononcer tant sur les choses du monde physique, que sur les choses du monde moral, et à formuler une série de jugements et d'appréciations dans lesquels notre personnalité saisie, exprime en sons phonétiques ou graphiques spéciaux les différents modes suivant lesquels elle est impressionnée.

Il s'est établi dans le cerveau humain, dès les premières lueurs de son activité, une suite non-interrompue de courants nerveux allant incessamment des cellules du sensorium aux différents groupes des cellules psycho-motrices satellites, — si bien, qu'en vertu de ces rapports intimes des régions sensitives et des régions motrices, chaque mouvement émotif associé à un ébranlement intellectuel, se trouve avoir acquis un moyen d'expression somatique coordonné, régulièrement adopté, qui devient par l'habitude, soit sous la forme orale, soit sous la forme écrite, la figuration exacte de la pensée qui le met en œuvre.

Cela est si vrai qu'on peut dire qu'il y a en nous pour la production de toute espèce de mouvement volontaire, pour la production du langage oral ou du langage écrit, pour les gestes d'expression, le jeu des instruments de musique, etc., des aptitudes latentes organisées par l'apprentissage et l'étude, qui attendent en silence leur moment d'action.

L'homme qui exprime en public sa manière de sentir, sa pensée, ne doit pas rechercher son vocabulaire et être inquiet pour trouver ses moyens d'expression. Il sent instinctivement que pour parler il doit être préparé. — L'homme qui écrit, qui sait ce qu'il veut dire, n'a qu'à laisser aller sa plume pour tracer sa pensée. — L'homme qui touche un instrument de musique n'est pas inquiet du jeu de ses doigts pour chaque exercice. En un mot, la mémoire des mouvements à accomplir est toujours présente et, sans que nous y participions effectivement, les moyens d'expression se déroulent

d'eux-mêmes, comme lorsque nous voulons marcher, nous avons la conscience intime de l'étal de nos forces musculaires tenues en réserve.

C'esl en raison de celte solidarité intime entre les régions purement psychiques et les régions psycho-motrices de l'écorce, que Ton voit certaines actions cérébrales se développer souvent (Tune façon inconsciente et automatique, comme des simples réactions réflexes, rien que par le jeu spontané i i l'activité automatique de certains centres psychomoteurs. — C'est ainsi qu'il existe un grand nombre de locutions qu'on répète automatiquement, sans la moindre participation consciente, les phrases par lesquelles on s'interpelle en se saluant par exemple. — Certains jurons sont exclusifs à certaines personnes, — de même pour certaines phrases que l'on répète à son insu dans un discours, pour certains mouvements de rire involontaire dont on est quelquefois surpris.

C'est encore en vertu du même mécanisme de l'activité indépendante des régions psycho motrices du cerveau que l'on voit se développer des phénomènes du somnanbulisme.

Alors que les cellules du sensorium et les régions où siège la personnalité consciente sont en période de sommeil, — celle des régions psychomotrices continuent à être en éréthisme. Or, comme elles ont été (suivant la nature des occupations ou l'état mental actuel de l'individu envahi) orientées dans lelle ou telle direction, — en vertu de ce travaillaient d'adaptation à une incitation irradiée du sensorium, elles continuent leur période d'activité et traduisent des conceptions intimes conservées à l'état latent, sans aucune participation consciente (1 ).

En résumé, l'acte volontaire, en tant que manifestation extrinsèque de la personnalité consciente entraînant la responsabilité, est un phénomène psychique dans son essence, et qui implique la participation de toutes les forces vives de l'individu vivant.

Pour être régulier et physiologiquement valable, il faut qu'il émane d'un jugement régulièrement accompli et que ce jugement primordial soit luimême d'accord avec l'appréciation générale du commun des hommes et dirigée suivant le sens commun à tous. L'acte de la volonté n'est donc pas toujours, ainsi que nous le disions au début, un phénomène secondaire et subordonné, c'est une traduction tangible d'un état spécial de l'esprit qui l'incite et ne fait que de répercuter au dehors les incitations directes de la sensibilité intime ("2).

(1) Lnys, Actions réflexes du cerveau. Paris, 1874, p. Gi, 6ô, 83.

(2) Voy. Billod, Considérations psychol. sur la volonté. Annal, méd. psych., 1847, p. 15.

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