ACTIONS MOTRICES
Chez les aliénés les manifestations de la volonté sont troublées, incohérentes avec les notions communes, parce que les opérations préalables qui les sollicitent sont elles-mêmes vicieusement engendrées.
L'individu réagit à faux, parce que son sensorium est faussé dans la façon dont il perçoit les incitations extérieures. Il sent faux, parce qu'il est halluciné et illusionné, parce qu'il a perdu la mémoire, parce qu'il s'opère en lui des conceptions autogéniques, qui forment comme un écran artificiel qui l'empêche de voir le monde et les choses telles qu'elles sont, et telles que les voient et les sentent les autres hommes.
Tel paralytique, par exemple, qui perd la mémoire, dans le même jour, délivre volontairement trois testaments à trois personnes différentes, — tel autre, en proie à une phase d'excitation des régions motrices, se sent fort, infatigable et fait de longues courses insensées, à la suite desquelles il tombe épuisé, — tel autre refuse de s'alimenter parce qu'il a une perversion du goût subjective et qu'il se figure qu'on met du poison dans ses aliments, — tel autre est sans cesse en mouvement, change fréquemment de domicile, parce qu'il entend des menaces autour de lui et veut éviter des poursuites de la police.
Partout, en un mot, où nous constatons des aberrations dans les actions des individus, nous voyons se dérouler les conséquences logiques de la subordination des actes de la motricité volontaire aux incitations émanées de la sphère psychique en raison des enchaînements inéluctables que nous avons indiqués. — L'acte de l'aliéné est toujours logique, et s'il tombe à faux, s'il sort du sens commun, il n'est pas incriminable en lui-même, il ne fait que mettre en saillie les désordres profonds des régions-mères sensitives, où s'engendrent les incitations premières.
2° ENCHAINEMENT DES PROCESSUS DE L'ACTIVITÉ CÉRÉBRALE OUI SE RÉSUMENT EN ACTES DE MOTRICITÉ
L'incitation motrice de la volilion, conçue ainsi que nous venons de l'expliquer (comme l'expression directe d'un état émotif primordial de la sphère psycho-intellectuelle), tend de plus en plus à se propager à distance et à gagner ses voies naturelles d'émission.
De même que dans les réseaux gris de la moelle, les incitations sensitives transportées dans les cornes postérieures se propagent vers les cornes antérieures, fatalement par la disposition naturelle des parties, et tendent à sortir de l'organisme par la voie des racines antérieures, — de même pour l'appareil cérébral, les processus sensitivo-moteurs émergés des sphères
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psychiques tendent insensiblement à se rapprocher de leurs régions d'émission qui sont leurs portos de sortie naturelle. Ici commence la troisième phase du processus de la volition en activité.
Une fois que les centres psycho-moteurs de l'écorce ont été sollicités isolément, chacun d'eux réagit à sa manière sur un département spécial de la motricité, comme les différents noyaux des cornes antérieures de la moelle, lorsqu'ils ont été isolément mis en réquisition.
Tout d'abord l'incitation motrice se propage soit dans les réseaux gris du corp- strié, à l'aide des fibres blanches cortico-striées (figure 9 et 11), soit dan- les différents noyaux gris des régions sous-optiques.
A partir de ce moment, l'incitation volontaire entre en conflit avec des éléments dynamiques nerveux au sein desquels elle se transforme. Dans tous ces départements nouveaux, elle rencontre les réseaux qui émanent des pédoncules cérébelleux lesquels serpentent de tous côtés à la base du cerveau, et constituent par cela môme en ces régions comme une sorte d'atmosphère nerveuse à l'état de tension continue.
Le stimulus volontaire entre donc en conflit avec une puissance dynamique nouvelle et s'associe l'innervation cérébelleuse, en traversant les régions spéciales où elle se dissémine.
Investi de cette puissance dynamique adventice, il se propage delà vers les segments successifs de l'axe spinal, à l'aide des différents groupes de libres blanches qui réunissent le corps strié, les noyaux SOUS-optiques aux différents segments de l'axe spinal (fig. 16-4 et -ï ). Ces segments qui représentent des appareils coordonnés, tous prêt- à partir, n'attendent que l'arrivée de l'étincelle irradiée des régions psycbo-motrices île l'écorce pour opérer leur décharge, sur les racines motrices. — Elle a lieu par le fait de sa préî dès lors, la libre musculaire fatalement soumise à l'incita-
tion stimulatrice qui la suscite obéit passivement, se contracte, et exprime ainsi après maints détours, l'ébranlement moteur volontaire, commencé dans les régions àasensorium sous forme d'un simple ébranlement psychique. Celui-ci s'est peu à peu transformé grâce aux milieux nouveaux avec lesquels il a été en conflit. Il se résume à être en fin de compte une simple stimulation somatique actionnant la fibre musculaire, au même titre qu'une décharge électrique ou un -impie excitant physique ou chimique.