C. — DE L'ÉTAT DE SOMMEIL DES CENTRES NERVEUX
1° DE L'ETAT DE SOMMEIL DU CERVEAU PROPREMENT DIT. CONDITIONS QUI LE DETERMINENT
L'état de sommeil, au point de vue de la dynamique cérébrale, représente la période de repos de la cellule nerveuse qui a dépensé toutes ses réserves spécifiques, et récupère en silence toutes ses énergies perdues.
Le repos momentané de la cellule cérébrale, le sommeil du système nerveux, représente une des phases de la vie générale de tous les êtres vivants. Là où il y a eu à un moment donné, sensibilité, émotivité, énergie motrice dépensée; là où il y a eu, en un mot, une manifestation dynamique quelconque qui s'est accomplie, il y a fatalement une usure de forces actives, une dépense opérée, et par suite une fatigue inséparable, et un besoin de repos fatalement ressenti et fatalement subi.
L'activité, le repos, sont donc des termes complémentaires de la vie des cellules vivantes qui se commandent l'un l'autre.
C'est ainsi que les cellules de l'estomac, les cellules du foie, les cellules de toutes les glandes et de tous les appareils organiques, entrent à un moment donné en une période d'éréthisme, sécrètent avec intensité, déversent au dehors les produits de leur sécrétion, et une fois l'acte de sécrétion accompli, tombent dans une période de collapsus, — véritable phase d'inertie fonctionnelle, qui est pour elles ce qu'est l'état de sommeil pour leurs congénères du cerveau. Nos muscles n'ont-ils pas, eux aussi, à mesure qu'ils se sont contractés, besoin d'un repos réparateur? — et ne savons-nous pas tous, combien la fatigue musculaire, consécutive à l'exercice trop prolongé, exprime la dépense produite par l'action motrice accomplie, et l'usure des instruments qui l'ont produite?
L'examen de ce qui se passe pour les cellules nerveuses, considérées isolément en tant qu'individualités anatomiques distinctes, nous permet de
comprendre l'évolution des phénomènes du sommeil, dans ce qu'ils ont
d'élémentaire en eux-mêmes.
Lorsque une impression intérieure a été portée par sa durée au delà des limites naturelles que l'élément nerveux peut supporter, lorsque, par exemple, les cellules de la rétine ont été trop fortement excitées, il en résulte une sorte de fatigue locale, de sommeil partiel qui fait que l'élément nerveux engourdi, devient inhabile à continuer ses fonctions.
Ainsi lorsque, par exemple, sur un fond noir qui laisse en repos les cellules de la rétine, on fixe un disque blanc qui sollicite l'ébranlement d'un petit groupe d'entre elles d'une façon prolongée, et qu'on épuise ainsi leur sensibilité, il en résulte une fatigue locale, un état d'hébétude et d'inertie fonctionnelle de ces mêmes cellules impressionnées, si bien — qu'après avoir reporté la vue sur un champ blanc, on croit y voir un disque noir, par suite de la fatigue, et de l'usure partielle de la sensibilité d'une région.
Il est trè* vraisemblable que les appareils de l'innervation centrale, composés de milliers d'éléments sensitifs, subissent dans leur ensemble les mêmes élats de fatigue et d'énervement que subit chaque élément nerveux considéré isolément en lui-même. — Ils sont dans la nécessité de se reposer à un moment donné et de reconstituer chacun à sa façon, et suivant ses vertus spécifiques, les réserves d'innervation qu'ils ont dépensées dans la période de leur activité préalable. — L'essence de la période de sommeil est donc d'être en elle-même un phénomène d'ordre purement vital, lié indissolublement à la phase de l'activité et réglé exclusivement par elle.
Là où \\ y a une cellule vivante, sensitive ou motrice, du moment qu'elle a fonctionné et déchargé son incitation, elle se repose forcément, indépendamment de tout ce qui l'entoure. C'est la sensibilité nerveuse qui a été mise à contribution, c'est elle seule qui est en cause, qui subit la dépense et l'état torpide.
Les conditions spéciales des variations de la circulation, auxquelles on a fait jouer un rôle si important dans la genèse du sommeil, ne sont que des phénomènes secondaires, qui peuvent bien aussi amener l'état torpide de la cellule, par l'ischémie passagère, mais qui, en définitive, ne jouent qu'un rôle de second ordre dans l'évolution du sommeil, lequel est essentiellement provoqué par l'usure de la sensibilité propre de la cellule nerveuse.
Sans tenir compte de ce qu'il y a d'essentiellement physiologique et vital dans la façon dont nous venons d'expliquer la genèse du sommeil des centres nerveux, un certain nombre d'auteurs, laissant de côté ce point de vue capital et incontestablement le seul intéressant de la question, se sont éver-