‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 67 sur 286 · DE L'ÉTAT DE SOMMEIL DES CENTRES NERVEUX · texte numérisé non relu

DE L'ÉTAT DE SOMMEIL DES CENTRES NERVEUX

tués à chercher quel était l'état du cerveau dans le sommeil, au point de vue des phénomènes circulatoires, et si les différentes phases d'anémie et d'hypérémie ne devaient pas être acceptées comme les causes fondamentales de la production du sommeil.

Sur ce point, les discussions des physiologistes ont été très nombreuses, et par cela même qu'il y avait un certain nombre d'entre eux qui disaient que le cerveau étaitischémié pendant le sommeil, il y en a eu, fatalement, d'autres qui soutinrent le contraire, et cela, malgré de nombreuses observations recueillies même sur l'homme vivant, lesquelles avaient fait constater que dans certains cas de plaies de tête, on avait vu le cerveau a nu, pâlir pendant le sommeil des blessés (1). Les expériences de Claude Bernard ont, dans ces derniers temps, donné gain de cause à l'opinion que nous avons soutenue, il y a plus de quatorze ans, et qui était la seule véritablement logique, alors que nous écrivions que le sommeil était accompagné d'un état d'ischémie cérébrale. - Gomment pouvait-on admettre, pensions-nous, qu'un organe qui est en repos puisse être en même temps en période d'éréthisme vasculaire (2)?

Il est donc actuellement admis comme une vérité physiologique bien démontrée que le cerveau pendant le sommeil devient exsangue et que la circulation se ralentit très notablement dans sa trame. L'accélération du courant sanguin et la richesse vasculaire correspondent au contraire a la phase d'activité.

Comment s'effectue la transition entre ces deux états divers du fonctionne^ nement cérébral? — Comment et par quel mécanisme le sang afflue-t-il et rétrocède-t-il, tour à tour, dans l'intimité de la trame cérébrale ?

Ici, encore, les conditions de la vie du cerveau se retrouvent avec les mêmes caractères que pour tous les autres tissus vivants de l'organisme. -

(1) Caldwell, dans un cas do plaie de tête avec perte de substance des os du crâne,, a constaté que lorsque le malade était plongé dans un sommeil c*^f j*1^^ TCau restait presque immobile dans son enveloppe, - que lorsqu .1 rêvait, il augmenta, de volume - et qu'il venait faire saillie au niveau de la perforation, lorsque les rêves avaient quelque vivacité. , n„a ,. ,„„„„„

Blummenbach, dans une circonstance analogue, a également remarque que le cerveau s'affaissait pendant le sommeil et que le réveil s'accompagnait d un afflux plus ; considérable de sang et d'une augmentation de volume, Archives générales de médecine,

(2) Claude Bernard, Leçons sur les anesthésiques, p. TU, 120 et suivantes. Regnard, fle la congestion cérébrale. Thèse, Paris, 1868.

Giroudeau, De la circulation cérébrale intime pendant le sommeil. Thèse, Pans,

Ces! l'activité fonctionnelle qui appelle la fluxion sanguine, c'est l'inactivité qui cesse de la maintenir une fois qu'elle a été appelée. Là où il y a stimulation physiologique, là il y a fluxion concomitante.

Pendant, .mi effet, toute la période d'activité diurne, alors que la cellule cérébrale est en exercice,— qu'elle produit ici des phénomènes d'activité intellectuelle, — là des réactions motrices, — qu'elle subit ailleurs des impressions et dégage des émotions, il y a corrélativement un afflux de sang dans chaque territoire isolé de l'écorce, et il y a en même temps, ainsi que Schill Ta démontré (1), un échauflement localisé qui s'opère.

Eo un mot, chaque mouvement vibratoire de l'élément nerveux devient une sorte d'appel compensateur qui suscite l'activié plus grande des courants vasculaires, laquelle se multiplie pour subvenir à la dépense de l'éréthisme nerveux. C'est là un fait réel, tangible, qui se passe dans toutes les autres régions de l'organisme, et dont les appareils érectiles, en particulier, nous offrent un spécimen apparent. — Dans les processus de la volupté physique, chaque stimulation directe qui sollicite les nerfs du gland n'a-t-elle pas immédiatement pour elTef de déterminer des réactions réflexes vaso-motrices, qui font affluer le sang là où il y a stimulation et de maintenir l'érection en permanence?

C'est donc l'activité dynamique seule de l'élément nerveux, la sensibilité organique mise en émoi, qui est la cause incilatrice, exclusive, de l'afflux du sang dans le cerveau; c'est elle qui aspire, en quelque sorte, les courants sanguins dans la sphère où elle se développe, qui maintient leur afflux et sollicite leur continuité; l'hypérémie cérébrale n'est donc qu'un phénomène secondaire et subordonné.

Hue va-t-il maintenant se passer aussitôt que cette force attractive, par suite de l'affaiblissement et la fatigue de l'élément nerveux, va, parallèlement, diminuer d'énergie?

Immédiatement, par cela même que la stimulation vitale devient languissante, la défluxion commence, et la circulation, par cela même, devient rare dans la trame même. — L'ischémie, consécutive à la période d'éréth.sme se présente ici avec les mêmes caractères qu'elle revêt dans les phénomènes généraux de la vie des tissus érectiles, dont la turgescence caractérise la période active, et la flaccidité la période de repos.

C'est donc ainsi, qu'il faut comprendre les phases diverses de la circulat.on cérébrale dans les périodes de la veille et du sommeil, et ne voir, dans

(1 1 Moritz Schiff, Recherches sur réchauffement des nerfs et des centres nerveux, à la «une de, irritations sensorielles et sensitives, Archives de physiologie, 1809 et 1870.

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