PHASES DIVERSES DE L'ÉTAT DE SOMMEIL CÉRÉBRAL
Le passage de la période de l'activité diurne à celle du collapsus du sommeil présente, pour les appareils encéphaliques les particularités suivantes :
Ainsi, pour le sommeil du cerveau proprement dit, il est incontestable que dans l'immense majorité des cas, c'est par la fatigue propre de la rétine à supporter la lumière, que débute le processus qui conduit au sommeil complet.
Nous savons tous en effet, quel rôle prépondérant jouent les impressions visuelles dans la mise en activité des réseaux du sensorium. — Ce sont elles
qui, dès les premiers rayons du jour ébranlent directement les réseaux rétiniens, et simultanément mettent en éveil les régions visuelles du sensoriioii. Ce sont encore les mêmes impressions visuelles, qui pondant toute la durée de la journée, sans désemparer, sans faiblir un seul instant, stimulent incessamment notre perception optique du monde extérieur, et tiennent l'esprit au courant de tout ce qui se passe dans le champ visuel. C'est donc la sensibilité de l'appareil optique qui sollicitée la première, use le plus vite ses ressources et, par cela môme succombe la première à la fatigue; et, dans l'appareil optique, c'est la rétine qui tout d'abord est atteinte.
L'analyse des phénomènes qui se succèdent dans l'appareil visuel révèle les particularités suivantes : — c'est d'abord, la membrane extérieure, la conjonctive, celle qui est directement en rapport avec l'atmosphère ambiante, qui réagit la première. Une sensibilité spéciale, provoquée peut-être par l'action de la lumière sur les plexus nerveux qui l'animent, se développe sous l'influence de la fatigue; une certaine sensation de froid, d'engourdissement, se développe et amène le clignement des paupières, et, ensuite, certains mouvements de mains pour frotter les yeux et réveiller la sensibilité de cette muqueuse qui s'alanguit.
En même temps, la sensibilité de la rétine est très nettement atteinte; elle se fatigue, elle ne distingue plus que très incomplètement les objets ambiants, les caractères d'imprimerie entre autres, elle devient difficilement excitable et en quelque sorte anesthêsique pour les vibrations lumineuses (l).
Les régions cérébrales satellites, celles qui pendant l'activité diurne sont particulièrement sollicitées par les vibrations lumineuses, subissent simultanément la même phase d'épuisement; elles sentent la fatigue, refusent le service et, malgré tous les efforts de la volonté, demeurent réfractaires à toutes les sollicitations. La perception des choses extérieures, cesse de s'opérer; — un voile s'étend peu à peu entre la personnalité psychique et le inonde extérieur qui s'efface peu à peu (fig. 27). Dès lors, les plexus des cellules cérébrales sont envahis par l'inertie du sommeil, et cet étal nouveau dans lequel ils sont placés, s'étend de proche en proche dans les régions ambiantes, et détermine peu à peu ce silence général qui s'é-
(I) La fatigue des cellules de la rétine a une importance telle dans révocation du sommeil, que lorsque l'on vient artificiellement à développer cette fatigue soit par la fixation d'un objet brillant, soit par l'éclat de la lumière électrique, on voit chez certains sujets d'une giande inipressionnabilité nerveuse, ou même chez les animaux et les gallinacées en particulier, un état hypnotique se manifester rapidement. (Expériences Faites dans le laboratoire de Charcot à la Salpêtrière, 1877.)