‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 71 sur 286 · DU SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

DU SOMNAMBULISME

vidus en cet état étant aptes à se mouvoir alors qu'ils paraissent endormis, ce sont les régions psycho-motrices de l'écorce qui, chez eux, continuent à veiller et à dérouler une série d'actes variés pratiqués à l'avance, rien que par un consensus préétabli et leur activité propre.

L'activité des cellules psycho-motrices représente donc, sur une plus grande échelle et dans des proportions plus vastes, le rôle isolé de certains groupes de cellules nerveuses qui dans les rêves continuent à rester actives. Dans le somnambulisme, ce sont les régions psycho-motrices seules qui rêvent et qui sont actives, pendant que les régions de la personnalité psychique sont tout à fait inertes. — L'individu est, en quelque sorte, scindé en deux parties. Tandis que les portions les plus élevées hiérarchiquement, de lui-même, celles où s'élaborent ses impressions, ses volilions, celles où sa personnalité vit et sent, sont passagèrement endormies et silencieuses ; les autres portions de lui-même servant d'habitude à ses manifestations extérieures, se mettent alors en mouvement et, de subordonnées qu'elles étaient accaparent le rôle principal.

Le somnambule marche, en effet, pendant son sommeil, il se promène, il accomplit certains actes avec dextérité; et la régularité de ses mouvements est d'autant plus grande que ses activités automatiques ont un champ plus libre et qu'il n'est pas interrompu. Le somnambulisme obéit à un véritable entraînement, tout à fait automatique et qui se développe en vertu d'habitudes acquises, par une sorte de mémoire spéciale des régions psycho-motrices, ou par l'incitation des préoccupations antérieures ayant, en quelque sorte, donné une orientation latente aux actes de sa motricité.

Un somnambule, cordier de son état, au moment où son accès le prenait, continuait l'opération qu'il était entrain d'accomplir ; à toute heure du jour, soit qu'il fût au milieu de son travail ou qu'il marchât, ou qu'il se tint debout, son sommeil était subit. — Tombait-il en cet état en filant une corde, il continuait son travail comme s'il était réveillé ; marchait-il, il poursuivait son chemin et toujours sans dévier. Un jour étant à cheval, il fut pris de son accès et continua sa route. Arrivé à destination, après avoir dételé son cheval, il fut saisi d'étonnement et d'effroi lorsqu'il se réveilla tout à coup dans un lieu où il ne pensait pas être (1).

Un religieux, une nuit dans un accès de somnambulisme, se lève, prend un couteau et se dirige vers la chambre de son supérieur pour l'assassiner. Il s'approche de son lit, il ne voit pas que celui qu'il cherche est absent et

(1) Fait cité par Maury, rapporté par Legrand du Saulle, le Somnambulisme naturel, Annales médico-psych., 1863, t. I. p. 89,

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se tient à l'écart, et qu'il y a dans la cellule une lampe allumée. Néanmoins, il va droit au lit et, à plusieurs reprises, plonge son couteau à travers la couverture, croyant ainsi transpercer le corps de son supérieur. Cet acte consommé, il s'en retourne, et le lendemain il n'en conservait aucun souvenir, il croyait seulement avoir fait un mauvais rêve (1).

Dans le même ordre d'idées, on lira avec grand intérêt une observation rapportée avec détail par Mesnet, qui démontre chez les somnambules la subordination des actions motrices à certaines conceptions persistantes. — Il s'agit, d'une dame somnambule qui à chaque accès faisait des tentatives de suicide. A ce moment, elle trouvait une foule de ressources pour arriver à son but. Elle obéissait d'une manière purement automatique aux conceptions implantées dans son esprit, fermée qu'elle était aux impressions du dehors, sans prendre garde aux personnes qui l'épiaient, et lorsqu'elle se réveillait, elle témoignait aux assistants son étonneinent de les voir et demandait le motif de leur présence (2).

•1° de l'état de sommeil des appareils cérébelleux et spinaux.

L'étude de la période d'inactivité des centres nerveux soulève encore au point de vue physiologique des questions du plus haut intérêt. — Il va de soi que les lobes cérébraux étant aptes à tomber régulièrement toutes les nuits en période de collapsus, les autres appareils de l'innervation centrale doivent subir les mêmes phases de torpiditéet qu'il doit y avoir dans la vie des cellules du cervelet, de la protubérance et de la moelle épinière les mêmes alternances de repos et d'activité diurnes et nocturnes.

On est donc directement amené à poser cette question : — le cervelet, la protubérance et tous les segments de l'axe spinal, dorment-ils aussi à leur manière, en même temps que le cerveau?

Relativement au cervelet, nous n'avons aucune donnée précise à mettre en avant. La simple logique nous porte à admettre que les appareils de l'innervation cérébelleuse, qui sont si intimement combinés avec les éléments de la base du cerveau, doivent subir les mêmes oscillations biolo-

(1) Legrand du Sàulle, Mémoire cité.

(2) Mesnet, du somnambulisme au point de vue pathologique, Archives yènérales de médecine, série V, t. XV.

Extase erotique, avec phénomènes de s uambulisme, guérison, les mystiques extatiques du moyeu âge. Annales mmicô-psych., 185-2, t. II, p. 290.

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