DU SOMMEIL DES APPAREILS SPINAUX
Le collapsus du sommeil peut quelquefois revêtir des caractères d'une grande intensité, et, sans parler de la maladie du sommeil si curieuse à certains égards, et qui ne semble être l'apanage que de certaines races, on rencontre quelquefois dans la pratique médicale courante, des cas de somnolence incoercible dans lesquels les sujets en proie à une incessante obsession sont obligés d'y céder.
Je cite à l'appui l'observation suivante d'un cas de sommeil incoercible, recueillie dans mon service et qui est accompagnée de l'examen nécroscopique de la région bulbaire.
Il s'agit d'une femme de soixante-dix-sept ans qui était devenue amaurotique en perdant successivement les deux yeux à quelques années d'intervalle; les douleurs céplialalgiques qui avaient accompagné la perte de la vision disparurent lorsque la cécité fut complète.
Cette malade entrée à la Salpètrière depuis plusieurs années vivait de la vie commune sans attirer l'attention d'une façon spéciale. Quelques jours avant son entrée à l'infirmerie, la surveillante de son dortoir s'aperçut qu'elle devenait indolente, qu'aussitôt après avoir pris ses repas, elle était lourde, qu'elle ne causait plus, qu'elle s'endormait en mangeant et qu'en somme ses habitudes avaient changé. Une fois entrée à l'infirmerie, nous pûmes pendant trois mois environ l'avoir en observation. Nous constatâmes qu'elle était en état continuel de somnolence, qu'elle était complètement amaurotique et que, même étant assise sur son lit, au moment où elle prenait ses repas elle s'endormait malgré elle. Venait-on à la placer sur une chaise, elle s'endormait quelque temps après. Venait-on à lui adresser quelques phrases elle répondait d'une manière correcte mais elle ne parlait jamais spontanément; elle sentait son état, elle s'en plaignait et disait tristement qu'elle ne pouvait faire autrement que de dormir. On la trouva morte subitement dans son lit, un matin. Elle avait succombé à une hémorragie qui avait envahi les deux poumons.
A l'autopsie, j'ai constaté que le cerveau était très ferme et les méninges légèrement injectées, les artères de la base étaient très athéromateuses, l'extrémité postérieure du lobe occipital était mollasse, jaunâtre et ramollie, ce foyer de ramollissement avait environ 2 à 3 centimètres d'étendue. La coloration de l'écorce, en général, était blafarde, pâle, d'une teinte de café au lait clair, les replis étaient irréguliers, sans trace d'atrophie apparente; son épaisseur à différentes régions me parut moindre qu'à l'état normal, pas de capillaires apparents. La substance blanche était sèche, poisseuse, dépourvue de vaisseaux ; il en était de même des corps striés qui élaient pâles ; les couches optiques avaient une teinte générale blafarde sans qu'il fût possible d'y reconnaître des noyaux indépendants ; le cervelet ne présentait rien d'anormal, les corps rhomboïdaux étaient seulement décolorés.
La substance grise de la région bulbaire présentait des lésions très curieuses, qui consistaient dans de petits foyers de ramollissement grisâtres fusiformes, disséminés au nombre de cinq dans son épaisseur, et dans lesquels venaient se ramifier de petites artérioles athéromateuses.
Quant aux nerfs optiques, ils étaient grisâtres et atrophiés; la bandelette réduite à des filaments grisâtres, était devenue une toile mince. Les quadnjumeaux étaient atrophiés de deux côtés et les corps genouillés étaient d'une coloration blafarde.
|s. PHYSIOLOGIE.