‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 75 sur 286 · DU SOMMEIL CHEZ LES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

DU SOMMEIL CHEZ LES ALIÉNÉS

générale, d'autant plus accusées que le malade a mieux récupéré ses forces.

Les hallucinés, les lypémaniaques anxieux, en général, dorment peu. Ils se réveillent souvent la nuit, ils ont des terreurs subjectives, ils réclament le secours de leur entourage, ou bien ils ont des préoccupations persistantes, relatives à des idées fixes. Les hallucinations sensorielles et viscérales résonnent pendant la nuit avec plus d'intensité dans leur sensorium et les tiennent très longtemps en éveil. — On les croit au milieu de la nuit profondément endormis, et on est tout étonné de les voir les yeux ouverts, en train de marmotter entre leurs dents quelques paroles vaines, dont ils ne comprennent pas le sens si on vient à les interpeller à leur sujet. — C'est, principalement, à la suite de ces périodes de suractivité nocturne des processus hallucinatoires que l'on voit les caractères de certains délires changer de face et d'objet, ainsi que nous en avons cité des exemples. Les malades se'lèvent inconsciemment, comme des somnambules, ils défont leur lit, cherchent le lit de leur voisin, essayent de sortir de leur chambre, sans se douter de l'heure de la nuit à laquelle ils se trouvent et des dangers qu'ils peuvent courir.

Chez les lypémaniaques en stupeur le sommeil véritable n'est pas aussi profond ni aussi prolongé qu'on serait tenté de le croire, car en même temps qu'il y a stupeur, il y a pareillement une suractivité de quelques régions cérébrales qui entretiennent un certain état d'éréthisme localisé, de sorte que dans ce cas le sommeil est incomplet, et la période de repos est relativement peu réparatrice.

Chez les déments plus ou moins avancés le sommeil est en général profond et régulier, du moins chez ceux qui n'ont plus d'hallucinations. Ils se reposent sans changer de place, et le matin on les retrouve dans la position où on les a quittés le soir.

Il y a seulement une particularité à noter et que j'ai rencontrée chez un certain nombre de sujets partiellement en démence; c'est la difficulté et la lenteur qu'ils éprouvent à pouvoir se réveiller. — Chez l'homme sain le réveil se fait tout d'une pièce, aussitôt que la lumière vient frapper la vue, les cellules cérébrales entrent tout de suite en vibration, parce qu'elles sont saines et alertes. Chez les sujets en question, le réveil du cerveau ne se fait que d'une façon irrégulière, lente et progressive. — On les appelle, ils sont longs à répondre, ils ouvrent des yeux hébétés et ne comprennent pas ce que l'on leur demande ; on les met debout, on les fait marcher, ils

marchent, mais ne parviennent à s'éveiller complètement qu'après avoir

fait un certain nombre de pas devant eux.

C'est là évidemment un phénomène qui doit être rapporté à un état d'inertie et de langueur de certaines régions perceptives du sensorium qui ont perdu leur énergie première et qui cessent de réagir avec vigueur en présence des incitations physiologiques.

Chez les alcooliques, dans les périodes aiguës de leur intoxication le sommeil est presque complètement nul et entrecoupé d'apparitions terrifiantes qui sont plus ou moins le reflet d'impressions persistantes. Ce sont ces impressions, ainsi que l'a si judicieusement indiqué Lassègue (1), qui déterminent si fréquemment chez eux ces rêves bizarres fantastiques accompagnés d'excitations et qui donnent une allure si caractéristique à leurs conceptions délirantes.

(1) Lassègue, Archives de médecine, septembre ÎNT'J.

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