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MÉCANISME DE L'ACTION DES CAUSES MORALES

Il résulte donc de ces curieux rapports que, la cellule nerveuse et l'irrigation sanguine sont susceptibles, alternativement, de s'influencer l'une l'autre. — Tantôt c'est l'afflux direct du sang qui- sollicite et entretient l'éréthisme de l'élément nerveux. — Tantôt, c'est l'élément nerveux luimême qui tout d'abord sollicité, réagit sur la circulation et appelle à son aide les courants sanguins. — Nous allons voir en effet, quelle part considérable ces deux facteurs réunis sont susceptibles déjouer dans la genèse des psychopathies, sous la dénomination des causes morales.

Le mécanisme intime de l'action des causes morales dans les productions des troubles psychiques, se résume toujours dans sa formule élémentaire, à un ébranlement primordial prolongé, appelant à sa suite une fluxion persistante, laquelle devenue à son tour permanente, en raison de la persistance de la cause incitatrice, détermine alors des hyperémies chroniques avec toutes leurs conséquences.

Que se passe-t-il en effet, lorsqu'à la suite d'un choc moral, d'un accès d'ébranlement dépressif, les régions émotives ont été profondément remuées? — La physiologie expérimentale avec les travaux de Lombard, de Schiff, etc., nous répond que là où il y a les saisissements émotifs, là se fait un afflux de sang concomitant, la stimulation amenant fatalement la fluxion consécutive.

Ce n'est pas tout, cet ébranlement émotif n'est pas un acte transitoire fugitif et qui passe; la peine morale, le chagrin avec toutes ses amertumes ne s'éteint pas chez l'homme adulte avec rapidité, lorsqu'il est profond. Lorsqu'il a saisi la personnalité psychique dans toutes ses profondeurs, il s'y implante, il s'y éternise, car, il y est entretenu par toutes les incitations multiples qui alimentent la sensibilité morale — il est alimenté sur place par les souvenirs qui l'avivent sans cesse et lui donnent une intensité nouvelle. — Si bien, que ce choc moral devient un ébranlement persistant — et comme il a appelé avec lui un mouvement fluxionnaire concomittant, ce mouvement fluxionnaire s'éternise avec lui et devient à son tour un accompagnement obligé qui amène avec lui des éléments destructeurs de la vitalité des éléments nerveux.

C'est le sang qui fait vivre les éléments nerveux, mais c'est aussi le sang qui arrivant en excès, les use, les consume et devient aussi l'agent de leur ruine hislologique.

Lorsqu'il est réparti en excès dans les réseaux de la trame nerveuse, il devient pour eux un élément d'excitation continue qui les porte à une phase d'éréthisme continu et leur fait brûler en peu de temps leurs luvs 13

^serves. — Une fois la fluxion sanguine devenue persistante et chronique, ces conditions nouvelles de la circulation interstitielle deviennent l'occasion de désordres irrémédiables. — Avec l'accélération des courants sanguins, avec leur stagnation persistante, c'est tantôt l'exsudation plastique, tantôt l'exsudation granulo-graisseuse qui s'ensuivent fatalement et, — comme conséquence, la cellule cérébrale plongée dans un indien nouveau, impropre à sa vie nutritive, subit fatalement les influences nocives qui l'entourent et commence sa phase régressive, dont le dernier ternir est la dissociation élémentaire.

C'est ainsi que, sous une formule générale, l'évolution des psychopathes peut se résumer en une série de processus qui se succèdent régulièrement, à la suite les uns des autres et qui, commençant de la même manière. arrivent aux mêmes phases terminales, l'usure de la cellule nerveuse et la démence.

Dans les premiers temps c'est une suscitation d'ordre vital, un ébranlement des cellules du sensorium qui donne le signal, puis dans une seconde phase apparaît l'élément vasculaire avec tous ses caprices, avec toutes les perturbations nutritives qu'il traîne à sa suite; et enfin arrive, comme conséquence ultime, le délabrement profond, consécutif à l'excès de travail, et la mortification partielle des éléments de la sphère psychointellectuelle.

Surexcitation primordiale de Pémolivité, troubles vascul aires consécutifs, désagrégation terminale des éléments nerveux, telles sont les étapes successives que parcourt la vie de la cellule nerveuse une fois qu'elle esl entrée dans le domaine de l'activité anormale.

Les mêmes processus à effets destructifs se rencontrent encore dans les troubles cérébraux qui ont pour origine une incitation prolongée de la sphère purement intellectuelle. — Les travaux prolongés de l'esprit, les veilles aussi bien que les émotions et les chagrins, sont susceptibles d'entraîner avec eux des congestions concomitantes, qui, passagères d'abord, finissent par devenir chroniques. En vertu du même mécanisme, il n'est pas rare de rencontrer, chez certains sujets prédisposés qui ont dépassé leurs forces cérébrales naturelles et se sont ainsi surmenés, des troubles congestifs à marche envahissante, suivis d'hébétude progressive et souvent même de la paralysie générale.

J'ai vu, pour ma part, un certain nombre de malades, voués pendant leur teunesse à des travaux intellectuels au-dessus de leur portée, qui ont

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