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I. — Influences prédisposantes intrinsèques

1° État cérébral héréditaire. — L'hérédité domine l'ensemble des phénomènes de la pathologie mentale avec la même suite, la même énergie quedans une même lignée on voit dominer les ressemblances physiques et morales (1).

L'individu qui vient au monde n'est pas un être isolé, abstrait de sa lignée, c'est un anneau d'une longue chaîne qui se déroule dans le temps et dont les premiers anneaux se perdent dans le lointain. — Il est relié à ceux qui le suivent et les influences ataviques qu'il apporte en naissant, il leur sert de support transitoire et les transmet à sa descendance. — S'il sort d'une race bien douée, bien complète, il apporte en naissant les caractères d'organisation qu'il doit, à ses ancêtres, il est apte au combat de la vie et à parcourir son chemin par ses énergies natives et ses vntus propres.

Mais inversement, s'il sort d'une souche qui est déjà revêtue d'une tare héréditaire, chez laquelle le développement du système nerveux est incomplet, il arrive au monde avec une organisation mal équilibrée, et ses défauts natifs demeurés à l'état de germes, et latents en quelque sorte, sont tout prêts à se développer, lorsqu'une cause occasionnelle viendra à les l'aire mettre en activité (2). Les irrégularités de la conlexture viscérale se

(I) Grainger — Stavard. Delà folie héréditaire, traduit par Dumesnil. Ann.Med. Psych. 1864, i. Il, p. 357.

Legrand du Saulle. De lu folie héréditaire. Paris, 1873.

Prosper Lucas. Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle.

Ribot, l'hérédité. Étude psychologique.

(2j Trélat, Des causes de la folie, influences héréditaires. Annales mnl. psych., 1856, p. 21, 175.

W. Jung, Conclusions d'un travail sur l'hérédité, Annales méd. psych., 1^07, i. I, p. 160.

transmettent donc fatalement de génération en génération avec des caractères similaires et constituent ainsi un héritage pathologique que nous subissons tous à des degrés divers (1).

Nous devons maintenant examiner sous quelles modalités apparentes se présente cette tare héréditaire qui dans la lignée va se transformer en maladie mentale.

Si les influences morbides héréditaires se perpétuent de génération en génération d'une façon fatale, il ne faut pas croire par cela même, qu'elles se suivent fatalement avec les mêmes caractères symptoniatiques, et qu'elles se copient, en quelque sorte, les unes sur les autres comme des tableaux fidèles.

Bien loin de là, et je dirai même qu'il faut considérer comme exceptionnels ces faits dans lesquels on cite l'exemple d'un état mental qui s'est transmis avec les mêmes caractères d'une génération à une autre (2).

Il est donc de la plushaute importance de pouvoir reconnaître les modalités diverses sous lesquelles se cachent les influences héréditaires pour pouvoir poser un diagnostic précis, et reconnaître dans une simple dissonnance mentale, un trouble d'origine héréditaire, là où d'autres personnes n'ont rien su discerner.

Ainsi, par exemple, chez les malades atteints de manie partielle, de pa-

(1) J'ai cité une série de cas relatifs à la transmission héréditaire des maladies du poumon et du cœur. Voir Luys, Thèse d'agrégation, 1863, des maladies héréditaires p. 73.

(2) Si les maladies héréditaires ne se présentent pas dans la majorité des cas chez les descendants avec les mêmes caractères typiques qu'elles avaient chez l'ascendant, néanmoins il faut reconnaître qu'il y a un certain nombre de faits cités par les auteurs desquels il résulte que des individus frappés d'une façon déterminée ont pu transmettre à leurs descendants le même genre de maladie dont ils étaient atteints. On a vu, dit Moreau (de Tours), le délire se reproduire chez les enfants avec les mêmes manières d'être qu'il avait présenté chez les parents. Tous les auteurs rapportent des cas de ce genre : les enfants perdent la tête, sont frappés des mêmes anomalies intellectuelles, sous l'influence des mêmes causes, à la même période d'existence que leur père et leur mère (1).

On trouve dans l'ouvrage de More (de la folie, t. I), un singulier exemple de cette coïncidence pathologique

Une femme accouchée depuis deux mois étant tombée malade, se sent portée à tuer son nourrisson. Une surveillance attentive l'ayant empêchée de donner suite à ce projet, elle guérit et devint une excellente mère.

Trente ans plus tard, sa tille étant devenue mère à son tour, éprouve pendant l'allaitement des hallucinations, elle entendait des voix qui lui ordonnaient de tuer son nourrisson et elle aurait cédé à cette impulsion, si on n'y avait pas mis ordre.

On trouve dans la science des observations de monomanie d'homicide héréditaire, de

(1) Moreau (de Tours), Psychologie morbide, p. 108.

il, s PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

ralysie générale, d'hallucinations chroniques, c'est peine perdue la plupart du temps, que de vouloir trouver chez les ascendants ^o^ symptômes morbidesde même nature similaires.

L'influence héréditaire se révélera à l'attention du médecin dans le commerce avec les parents, dans l'étude de leur manière d'être, de leur sensibilité morale, de leurs manies diverses et de la portée de leur esprit. Il reconnaîtra alors des particularités notables de leur vie privée, il verra qu'ils sont faibles d'esprit la plupart, qu'ils sont dépourvus d'énergie morale, incomplets et bizarres. — Physiquement qu'ils sont mal doués, de petite taille, d'une laideur anormale et véritablement pathologique, et qu'enfin, ils sont quelquefois affectés de surdité (1).

folie erotique ou religieuse, de démonomanie transmise d'une génération à une autre. Esquirol fait observer qu'il était parlé jadis de familles vouées au diable pendant plusieurs générations (Maladies mentales, t. I, p. 492). Mais de toutes les monomanies celles du suicide est la plus apte à se propager parmi les membres d'une famille. Sur 20 cas de cette espèce, Falret père a noté que 5 fois l'influence héréditaire survint. (Falret, De l'hypockondrie et dit suicide, Paris, 1822, p. 6.) Zimmermann rapporte qu'il existe en Suisse un village où il n'y a pas dans une famille démembre qui ne se suit pas volontairement tué (Falret, 1. c. p. 29). Ces impulsions morbidas sont d'autant plus remarquables qu'elles se montrent chez des gens parfaitement raisonnables, quelquefois même très intelligents et qui ne diffèrent du commun des hommes que par un mépris exagéré de la vie.

Moreau nie Tours) a cité avec détail un exemple frappant d'impulsion héréditaire au suicide, qui a fait six victimes en trois générations, et relatif à des individus qui malgré quelques excentricités n'avaient, paraît-il, pas présenté de perturbations mentales bien apparentes (Noreau (de Tours) loc. cit. p. ~3)(I). Nous ajouterons encore que les troubles d'origine puerpérale semblent dans une certaine proportion avoir des connexions héréditaires. Sur 57 cas de manie chez les nouvelles accouchées, Buroff a constaté l'hérédité iS fois; et à l'hôpital de Bethléem on l'aurait constatée 15 fois sur 111 cas. (Requin, Path. méd., t. IV, p. .

Nous avons cité ces exemples curieux de transmission héréditaire pour montrer qu'au moins dans un certain nombre de cas, cette transmission a paru réelle. .Néanmoins, malgré le nom des auteurs qui ont rapporté ces faits, je crois qu'ils ne doivent être acceptés qu'avec une certaine réserve. — C'est surtout dans le récit des choses du domaine delà pathologie mentale qu'il convient de se tenir sur ses gardes, de se méfier de certains récits qui sont empreints d'un caractère anecdoctique et de cerb'rtncs tendances au merveilleux.

(I) Dans cet ordre d'idées Wohlrah considère comme signes physiques d'une dégénérescence héréditaire : les anomalies de l'oreille externe, des yeux, des parties génitales, la petitesse du corps en général, un manque de développement des dents, une parésie uni-latérale du facial, des formes anormales du crâne, une formation vicieuse de la face, le diabète, etc.

Voir encore l'intéressant travail de Doutrebente : Etudes sur les aliénés héréditaires, Annales méd. psych. 18f'.'J, t. Il, p. 205.

(!) Les impulsions anx excès alcooliques paraissent aussi revêtir quelquefois un caractère héréditaire.

Voirie travail de Tajruet à ce sujet. De l'hérédité dans l'alcoolisme. Annales médico psych. 1877, t. II, p. 5.

Dans d'autres circonstances, on constate chez les ascendants un état habituel d'émotivité. Ils sont, comme ils disent, d'un tempérament nerveux; ils parlent avec emphase à propos d'incidents minimes, ils ont facilement des larmes dans la voix ou bien encore, ils sont émus des moindres incidents, ou bien ils sont sans cesse en mouvement, se dépensent en allées et venues stériles et se disent toujours très affairés. Ils se livrent souvent avec ardeur à des spéculations aventureuses qui compromettent leur fortune et leur réputation.

Cette catégorie spéciale d'individus dégénérés, quoique ne présentant pas encore un ensemble de troubles nettement définis qui les catégorise dans un cadre spécial de la pathologie mentale, manquent d'une manière générale de cet équilibre des facultés si nécessaire au mouvement régulier de la vie sociale, et qui permet de soutenir avec succès la lutte pour l'existence.

Ils vivent, ils durent, ils profitent de la fortune acquise par les ascendants, mais ils sont incapables d'engendrer et de produire quoique ce soit, de faire souche et d'élever une famille.

Ils ont encore l'aptitude à la reproduction; mais ils engendrent des produits qui comme eux sont abâtardis, avortés comme taille, et disgraciés au point de vue de la forme somatique et des facultés morales. Au bout d'un certain temps ces lignées de types dégénérés s'éteignent d'elles-mêmes, par l'inaptitude à la reproduction. Les derniers rejetons n'arrivent plus qu'à vivre pour eux-mêmes, sans avoir les puissances organiques de la reproduction.— C'est l'absence d'attraction vers la volupté physique qui les condamne au célibat, et s'ils cessent d'être célibataires, c'est la stérilité qui complète l'extinction totale d'une lignée dégénérée. La stérilité des unions doit donc être considérée comme une tare héréditaire impliquant un appauvrissement dégénératif de la puissance vitale des conjoints (2).

Dans quelles proportions les influences héréditaires se manifestent-elles chez les individus frappés d'aliénation mentale?

Ce problème malgré les nombreux matériaux statistiques accumulés dans les observations médicales, nous paraît trop complexe dans tous les éléments constitutifs pour pouvoir recevoir dès maintenant une solution satisfaisante.

L'incertitude vient du sujet en lui-même, des enquêtes plus ou moins sérieuses faites au sujet des malades, de la façon dont tel ou tel médecin considère tel ou tel symptôme apparent. Les uns, suivant leurs observations personnelles sont disposés à élargir, et les autres à rétrécir le cadre des ca-

(2) Morel, Traité des dégénérescences de l'espèce humaine, Paris, 1857.

ractères héréditaires clic/, les ascendants, si bien, — que tel sujet entrant dans l'asile pourra rire d'une façon différente taxé d'héréditaire ou de non héréditaire suivant que le médecin enquêteur aura telle ou telle idée sur les caractères des influences héréditaires.

D'un autre côte, un grand nombre de parents d'aliénés meurent à un âge peu avancé. On les considère comme indemnes, et cependant que de fois ne peut-on pas dire que l'ascendant est mort avant l'explosion de sa folie qui n'a pas seulement eu le temps de se développer (1).

On sait encore dans les grands asiles combien les renseignements sont peu précis, et combien les parents, rarement en contact avec les médecin-, fournissent de renseignements incertains. Ces résultats sont modifiés par ceux qui sont fournis par les statistiques faites dans un champ plus restreint d'observations, dans les asiles privés.

Dans ces conditions d'examen, les médecins plus rapproches des familles sont à même d'observer de plus près les influences héréditaires et de reconnaître ainsi qu'elles sont beaucoup plus accentuées et plus fréquentes que dans les résultats fournis par les statistiques des asiles publics.

11 y a encore une question fondamentale dont il n'est pas suffisamment tenu compte dans les recherches de la transmission des maladies héréditaires. C'est la difficulté de tomber juste dans l'appréciation des facteurs du produit de la conception. On est toujours certain de la transmission de l'influence héréditaire du côté maternel, et il n'en est pas toujours ainsi du côté paternel, le père véritable n'étant souvent pas celui que nuptiœ démonstrant.

Enfin il faut tenir compte dans l'appréciation des anciennes statistiques, des progrès de la science, et des modifications nouvelles que les cadres de la nosologie mentale sont en train de subir. — Ainsi, la paralysie générale si commune de nos jours, avec ses formes expansives et ses formes dépressives, était classée il y a quelques années encore soit dans la classe des manies, soit dans la classe des lypémanies. On comprend ainsi, comment les anciennes statistiques qui n'oni pas tenu compte de ces deux caractères de la maladie sont susceptibles de donner des résultais différents de ceux que l'on pourrait obtenir de la science contemporaine.

Les réflexions qui précèdent et qui nous ont été suggérées par l'examen

(1) J'ai rencontré plusieurs fois l'explosion tardive de la folie chez des sujets de soixante-quinze et soixante-dix-huit ans, n'ayant présenté pendant leur existence aucun trouble des facultés mentales. Dans deux cas, les enfants d'un sujet ont eu des accès d'aliénation à l'âge de vingt et vingt-cinq ans. Les cas étaient bien héréditaires, et cependant si les ascendants eussent succombé avant l'époque de l'explosion tardive do la folie, on ne les eut pas considérés comme héréditaires.

d'un grand nombre de statistiques nous permettent d'expliquer certaines discordances qu'elles présentent entre elles. Nous allons néanmoins rapporter quelques exemples destinés à fournir une certaine somme de documents afférents à la question qui nous occupe.

La statistique de Charenton avait fourni à Esquirol les renseignements suivants : — sur 13075 aliénés, il recueillit 339 cas d'admissions de cause héréditaire. D'après ses impressions personnelles et sans donner aucune statistique à cet égard, Esquirol pense que l'hérédité est la cause ordinaire des dérangements moraux chez les riches, et doit compter pour un sixième parmi les circonstances qui la produisent chez les pauvres (1).

Parchappe qui a pu dépouiller les statistiques d'une série d'établissements consacrés aux aliénés et qui portaient sur un certain nombre d'années, a rencontré 1682 cas d'hérédité sur 14362 cas d'admission, ce qui fait une proportion de 12 p. 100 (2).

Gintrac de son côté (3) a pu fournir les données suivantes : sur 9150 admissions il a rencontré 1586 fois la transmission héréditaire. — Ces totaux réunis à ceux de Parchappe donnent pour la transmission héréditaire la proportion de 13 p. 100.

Lunier, d'après ses relevés faits dans les asiles publics de France, a constaté que sur le chiffre des admis, l'influence héréditaire s'est fait sentir 63 fois sur 100 (4).

Les déductions fondées sur un nombre aussi considérable de cas nous paraissent offrir des garanties satisfaisantes; on remarquera cependant que les éléments dont se composent ces diverses statistiques sont loin d'offrir des résultats comparables.

Nous empruntons à l'ouvrage de Griesinger un aperçu sommaire de la statistique allemande (5).

Jacobi, sur 220 cas de manie 1/9°

Bergmann, hérédité directe 1/5°

— — directe ou indirecte ensemble t/3e

Hoogen, sur 187 cas, directe et indirecte ensemble. . . ,. l/3e

— directe 1/8°

Flemming, à Saxenberg l/5e

Damevow, à Halle sur 773 cas l/4e

(1) Esquirol, Maladies mentales, t. Il, p. 279, et t. I, p. 33.

(2) Parchappe, Recherches statistiques sur l'aliénation mentale, Roux, page 49.

(3) Mémoires sur l'influence de l'hérédité. (Mémoires de l'Académie de médecine, t. XI, p. 70).

(4) Lunier, Influence des événements de 1870-1871 sur le mouvement de l'aliénation mentale. Annales médico psych.,\81(>, p. 387.

(5) Die Pacte und Thérapie der psijchischen Krankheisen. Stuttgard, 18C0, p. 155,

Martini, à LeuJius, cl. issus élevées de la société ;i lo<-

— artisans I t«

Le même à Codlitz, sur 70 ras. 2 51

Schlager, à Vienne I 25°

Cel autour ne considère comme héréditaires que les cas où l'un des parents était atteint de folie au moment de la procréation du sujet devenu plus tard aliéné. Sur ces bases il n'est pas étonnant qu'il ait rencontré un rapport aussi faible.

Nous empruntons également à Griesinger les renseignements suivants sur les statistiques anglaises et américaines :

Webster à Bethléem (1848), sur 1708 admissions, a trouvé des faits de transmission héréditaire dans presque un tiers des cas. L'hérédité, d'après lui, serait un peu plus fréquente chez les femmes.

Skae, à Edimbourg, sur 21S cas, aurait également constaté l'hérédité chez un tiers des malades.

Dans une statistique générale des établissements anglais et irlandais, on

aurait trouvé, sur 44 717 aliénés du sexe masculin ==- de cas héréditaires, et sur 43 OUI femmes aliénés -^ Il est à peine nécessaire de dire que cette proportion nous parait de beaucoup inférieure à la réalité. A l'asile de Bloowringdale, dans l'État de New-York, la proportion des

cas héréditaires avait été de — pendant les années 1841 et 1849.

Dans l'établissement de New- York, spécialement consacré aux quakers l'hérédité directe se montre dans un -j- des cas, l'hérédité indirecte dans -g- La prédisposition héréditaire existe donc chez la moitié des malades (1).

Dans le rapport décennal de l'hôpital de Bethléem à Londres, M. le Dr Ilood a trouvé, pour la période de 1846 à 1845, les résultats suivants :

Sur 2729 admissions dont 1066 hommes et 1003 femmes, il s'est présenté 270 cas d'hérédité • le rapport est donc de 10 p. 100 (2).

M. le docteur Bini, à Florence, a vu pendant les années 1850 et 1851, les prédispositions héréditaires se manifester 104 fois sur 078 admissions : il y avait 182 cas douteux. Le rapport serait donc de 25 pour 100 (3).

M. le docteur Prichard, directeur de l'asile d'Àbingdon-Abbey, à Northampton a constaté pendant la période comprise entre le Ier janvier 1854 el le 31 décembre 1858, 18 cas de prédisposition héréditaire sur 58admis-

1 1) Julius, Beitràges. Britische Irrenheilkunde, p. 280.

(2) Annales médico-psychologiques, 1850. ■

(3) Surgio di stalistica del R. Manicomw diFirenze, p. ib'O.

sions. Le rapport est donc d'un tiers ; il faut se rappeler que l'établissement en question est exclusivement consacré à des malades appartenant aux classes élevées (1).

Les contradictions apparentes qui sautent aux yeux dans les statistiques diverses que nous venons de rapporter, peuvent aisément s'expliquer par des raisons satisfaisantes. L'attention plus ou moins sévère que les observateurs ont mise à étudier les antécédents de leur malades, les bases essentiellement dissemblables qu'ils ont choisies pour établir la proportion des cas héréditaires, enfin les conditions sociales des maladies qui ont été l'objet de ces recherches, tels sont assurément les motifs qui expliquent de pareilles différences dans les résultats obtenus.

Griesinger fait observer que les petites statistiques, celles qui ne portent que sur un nombre restreint de malades, donnent invariablement une proportion bien plus considérable que les autres : c'est là, sans doute, une conséquence bien naturelle des soins apportés h l'étude de chaque cas en particulier, dans les établissements où le petit nombre des sujets permet plus facilement de recueillir des observations détaillées.

C'est ainsi, que Marcé, dans sa pratique privée, est arrivé à dire que, à l'aide d'investigations minutieuses on peut dans les neuf dixièmes des cas constater l'influence héréditaire. — Les résultats de mon observation personnelle faite sur un grand nombre de malades depuis près de dix-huit ans, dans le même milieu social où Marcé a exercé, m'autorisent à admettre à peu près les mêmes conclusions.

Il est bon d'ajouter que si les influences héréditaires semblent s'accentuer de plus en plus, à mesure que l'on connaît mieux les antécédents des malades il est cependant des circonstances dans lesquelles l'hérédité semble ne pas avoir d'action immédiate.

Les lois de transmission héréditaire ont des caprices mystérieux en vertu desquels un certain nombre de sujets semblent échapper, au moins pendant une période de la vie, à l'influence de leurs ascendants. Il est en effet certaines familles dans lesquelles ce sont les filles qui sont toutes plus ou moins frappées, les garçons demeurant indemnes. Il en est d'autres dans lesquelles la proportion est renversée ; il en est d'autres encore dans lesquelles tantôt ce sont les premiers-nés, et tantôt ce sont les derniers-nés qui sont successivement atteints; de sorte que l'on peut dire que si les influences

(I) Stdtistic. reports of cases ofinsanity trested ofAbbingdon abbey, etc. Northampton,

tU PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

héréditaires se perpétuent d'une façon en linéique sorte i'atale, il y a cependant des exceptions qui échappent à la règle, et que ces exceptions sont soumises probablement à des lois que nous ignorons complètement. 11 .serait en effet liés curieux (et ce travail à notre connaissance n'a pas encore été commencé) de pouvoir établir à l'aide de laits bien observés la proportion exacte de sujets qui, issus de parents aliénés, échappent aux influences de l'hérédité morbide. Jusqu'à présent les statistiques plaident en faveur de la transmission héréditaire et nous n'avons pas de statistiques inverses, destinées à prouver dans quelle proportion celte immunité qui existe peut se révéler (1).

2° Influence des parents. — L'hérédité peut provenir à la fois du père et de la mère, et celle-ci est alors très grave et presque fatale. Dans la plupart des cas c'est, ou bien le père, ou bien la mère, qui seuls sont en cause ou bien un aïeul, ou bien un oncle dans la ligne collatérale. Quelquefois même la transmission héréditaire morbide saute d'une génération, la maladie se transmet du grand-père au petit-fils en épargnant la génération intermédiaire. Ces cas sont relativement rares.

Quant à L'influence directe exercée soit par le père, soit par la mère sur le produit de la conception, Baillarger(2) a démontré péremptoirement, ainsi qu'Esquirol n'avait fait que le supposer, que la folie se transmet plus souvent par la mère aux enfants que par le père, dans les — des cas. — Sur une statistique, eu effet, de 47>u observations d'hérédité il a noté que l'influence maternelle s'est montrée 271 fois et l'influence paternelle 18:2, et l'auteur arrive aux conclusions suivantes :

1° La folie de la mère sous le rapport de l'hérédité est plus grave que celle du père, non seulement parce qu'elle est plus fréquemment transmissible, mais encore parce qu'elle se propage à un plus grand nombre d'enfants.

2° La transmission de la folie de la mère est plus à craindre pour les tilles que pour les garçons; celle du père, au contraire, plus à craindre pour les garçons que pour les tilles.

(1) D'après une statistique qui s'étend du 1er janvier 1872 au 1er novembre 1876, Savages a reçu 1072 aliénés. Sur ce nombre 375 avaient des aliénés dans leur famille, 143 hommes et 232 femmes. C'est donc à peu près le tiers des malades qui héritent de la prédisposition héréditaire. 11 admet encore que l'hérédité maternelle est plus grave, et que la précocité intellectuelle est très souvent signalée chez les enfants de mères folles. Un point étiologique .à noter, c'est la fréquence de la phthisie des ascendants. Il semble que la tuberculose soit parfois souche de phthisie. La statistique de Bethléem donne 20 p. lot) d'aliénés à parents phthisiques. (Revue médicale, 1878, p. 210.)

(2) Baillarger, Annales médic9-psychol., 1844, p. 32s, 1.

Ces conclusions paraissent avoir été acceptées par la généralité des auteurs et sont conformes à la réalité des faits observés. Comme conséquence pratique il est bon d'ajouter que dans la presque généralité des cas la ressemblance physique de l'enfant soit avec son père, soit avec sa mère, implique du même coup une conformité dans les habitudes morales, si bien qu'étant donné un parent aliéné dans une famille, ceux de ses descendants qui lui ressemblent plus particulièrement se trouvent par cela même plus exposés que les autres à ressentir l'influence héréditaire.

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