CONSANGUINITÉ
L'influence des unions consanguines peut avoir des effets opposés suivant que l'on considère l'état des géniteurs. Il est évident en effet, que lorsque ce sont des types d'individus bien faits et bien complets qui s'unissent, quoique ayant des affinités originelles, les produits sont pareillement irréprochables. Il se passe ici pour l'espèce humaine ce qui a lieu pour la reproduction de belles races animales, et la zootechnie enseigne combien l'influence de la race et du sang se perpétuent fidèlement dans une même lignée, quand on a soin de se placer dans les conditions les plus favorables à la perpétuité des types, à l'aide de sélections intelligentes.
L'espèce humaine qui occupe pourtant les hauts degrés de la série des êtres est, au point de vue de sa propre perpétuité d'une indifférence déplorable, et alors que l'on cherche à améliorer nos races domestiques, la race de l'homme dégénère par suite d'unions mal assorties, sous la dépendance des préjugés sociaux et de l'obligation de soumettre les unions à certaines convenances de fortune et de famille. — Il résulte ainsi, la plupart dutemps d'unions consanguines, que certaines tares héréditaires, loin de se contrebalancer par le croisement, s'ajoutent les unes à la suite des autres pour donner naissance à des produits dégénérés; on note ainsi l'abaissement de la taille, certaine faiblesse de complexion, un défaut d'activité et de vigueur morale chez les produits, etc., etc.
C'est à des alliances consanguines multipliées qu'Esquirol attribuait
Francis Devay, Du danger des mariages consanguins au point de vue sanitaire. Paris, 1857, Annal, médieo-psych. 1857, 467. Voir aussi : Boudin, Dangers des unions consanguines et nécessité des croisements dans l'espèce humaine et parmi les animaux. Annales d'hygiène, 1862, t. XVIII, p. 1 et suiv.
Auguste Voisin, Etude sur les mariages entre consanguins dans la commune de Bâti. Ann. méd. psijcli. t. II, d. 131, 1866; et Annales d'hygiène publique »l de médecine légale, 1856.
l'abâtardissement de la race et la fréquence de la folie dans l'aristocratie
espagnole el française, à la fin du dernier siècle (l), dont les membres sont presque tous parents.
Dans d'autres circonstances, les mariages consanguins, quand ils ne se terminent pas par la stérilité, donnent naissance à des enfants d'un développement organique incomplet, affectés de surdi-mutité (2), de polydaclylic, d'albinisme, d'hydrocéphalie, de scrofule, de rachitisme, d'idiotie, etc.
Chez les sectes religieuses qui repoussent l'alliance des étrangers le nombre des aliénés est proportionnellement plus considérable. Nous avons déjà relaté les résultats constatés à l'asile de New- York consacré aux quakers, chez lesquels l'hérédité directe se montre dans un -j-das cas, l'hérédite indirecte dans -g" Cette influence se fait pareillement sentir en Angleterre, suivant Esquirol, chez les catholiques qui s'allient tous entre eux (3).
Suivant Lunier (4) la folie serait plus commune chez les juifs que chez les protestants et les catholiques, ce que l'on pourrait attribuer suivant lui à la fréquence, notamment chez les israélites, des mariages consanguins. La différence est beaucoup moins constante entre les catholiques et les protestants (5).
Dans les statistiques de ma clientèle privée, j'ai été particulièrement frappé de la part relativement considérable que les israélites des classes riches payent à la folie. D'après mes relevés, cette part serait environ de 2 sur 100 malades; la consanguinité doit évidemment avoir une'part dans ce résultat.
u HABITUDES ALCOOLIQUES DES PARENTS
Influences maternelles pétulant la gestation.
a. Les habitudes alcooliques des parents ont encore une fâcheuse influence sur les produits de la conception qui doit entrer en ligne de compte comme facteur pathogénique héréditaire.
(1) Esquirol, Maladies mentales, p. 3'î, t. I.
Ci) Manière, Gazette médicale, 184G, p. 225.
(3) Bertillon, Des mariages consanguins, mémoire lu a la société d'Anthropologie, 1<S71.
Esquirol, Maladies mentales, t. I, p. :!3.
(•4) Lunier, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, p. 304, t. XV.
(5) Il résulte des documents recueillis par Legoyt que les maladies mentales sont très fréquentes clicz les Juifs.
En Bavière, en Hanovre, dans la Silésie prussienne et le Wurtemberg, des recensements spéciaux ont mis en lumière le fond de cette tendance : tandis que les catho-
Sur 56 idiots ou imbéciles, Moreau (de Tours) a trouvé 12 fois des habitudes d'ivrognerie chez les parents. J'ai pu constater, dit Guislain (1), l'origine de toute une génération d'aliénés, composée de différents frères et sœurs, tous issus d'une mère qui avait fait une consommation si considérable de liqueurs fortes que pendant toute une série d'années elle se trouvait dans un état d'ivresse continuelle; jamais cette femme n'avait été aliénée, son mari ne l'avait pas été, pas plus qu'aucun membre de leur famille, de manière que toute une descendance d'aliénés était directement le résultat de cette union. Un certain nombre d'auteurs ont signalé l'action funeste de l'ivresse de la mère et surtout du père, au moment de la conception.
Il résulte en effet de confidences intimes recueillies avec discernement de la bouche des parents, qu'un certain nombre d'enfant atteints d'idiotie ou d'épilepsie paraissent avoir été engendrés dans une période de saturation alcoolique.
Les conséquences héréditaires de l'alcoolisme se traduisent encore sous d'autres formes. Suivant Morel (2), les descendants d'ivrognes fournissent une proportion notable d'épileptiques, de sourds-muets, de scrofuleux, d'hydrocéphales. Ils sont généralement sujets à des convulsions qui en emportent un grand nombre ou qui laissent à leur suite des difformités diverses : — strabisme, arrêts de développement, etc., etc., de plus ces êtres dégénérés sont frappés souvent d'impuissance reproductive, ou bien s'ils ne sont pas stériles, leur descendance n'est pas viable.
b. Les influences pathologiques spéciales dans lesquelles certaines mères ont été exposées pendant la gestation ont été susceptibles d'avoir une impression funeste sur le produit de la conception (3).
J'ai vu chez plusieurs familles de ma clientèle privée, ayant des membres
tiques fournissent un aliéné sur 2006, les protestants sur 2022, les juifs fournissent un aliéné sur 1554.
Par contre les suicides peuvent être plus rares chez les juifs que chez les protestants et les catholiques.
Annales médico-psych. t. I, 1871, p. 157.
(1) Guislain, Leçon sur les phrénopathies , t. II, p. 92.
Martin, De l'alcoolisme des parents comme cause d'épilepsie chez leurs descendants.
(2) Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, Paris, 1857.
(3) Bayard, Considérations médico-légales sur l'influence des impressions physiques et morales pendant la grossesse. Ann. ?nédico-psych. 1851, p. -473. — Ann. medico-psycho. 1879, t. I, p. 48.
Influence des émotions de la mère pendant la grossesse sur le produit de la conception.— Grichton Brocwn. Ann. medmo-psycho. 1861, p. 306
22g PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
sains un seul faire exception, et clans ce cas, l'individu faisant exception avait été porté aumilieudes péripéties de la guerre de 1870. Une dame qui avait eu trois enfants sains et bien constitués donna le jour à une fille qui à l'âge de six ans devint imbécile. Pendant la gestation cette dame qui habitait les colonies avait été prise d'accès très violents répétés de fièvre intermittente.