‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 88 sur 286 · CAUSES QUI AGISSENT SUR LES RÉGIONS ÉMOTIVES ET SENSITTVBS · texte numérisé non relu

CAUSES QUI AGISSENT SUR LES RÉGIONS ÉMOTIVES ET SENSITTVBS

Après avoir passé en revue le rôle et la portée des influences héréditaires dans le développement des maladies mentales, nous allons aborder l'étude des causes morales qui, elles aussi, ont une influence de premier ordre dans l'apparition de cet ordre de troubles morbides. Sous cette dénomination de causes morales, nous englobons les incitations qui frappent sur la sphère émotive proprement dite, et celles qui ont leur action directe sur des phénomènes intellectuels; nous réunissons ces deux modes d'irritation de l'appareil cérébral sous la dénomination de suractivité prolongée du cerveau (1).

Dans la presque majorité des cas, les influences d'ordre moral portent d'emblée leurs actions perturbatrices dans les régions du sens émotif. — Suivant Guislain (2), c'est principalement par un trouble primitif de la sen^ sibilité morale que la folie débute dans les neuf dixièmes des cas, et les troubles de l'esprit n'y ont qu'une part relativement restreinte.

C'est, en effet, presque constamment par une émotion prolongée, un chagrin, une déception, une commotion morale quelconque, que l'on voit les désordres apparaître. — L'émotion pathologique se développe suivant les mêmes procédés que l'émotion normale. L'individu frappé sent d'abord le choc extérieur, il réagit ou s'affaisse, et alors c'est la dépression qui se décide tout d'abord, et les troubles de l'esprit ne

(1) Vedié, Etudes sur l'action des causes morales an point de vue de l'aliénation mentale. Thèse, Paris, 1872.

(2) Guislain, Leçons sur les phrénopathies, t. II, p. 170 et suiv.

230 PATHOLOCIE GÉNÉRALE.

l'oni que suivre, et s'adapter, comme des actions réflexes automatiques, aux houilles émotifs primitifs.

Nous avons insisté précédemment sur les conditions physiologiques gêné raies et spéciales qui président au développement et à l'entretien des phénomènes de la sensibilité psychique. Nous avons montré comment cette sensibilité inhérente au réseau ilu sensorium était apte à se perpétuer, en raison même des propriétés naturelles de son substratum organique, à l'étal d'eréthisme persistant, pendant un temps prolongé, une fois qu'un ébranlement était venu à se propager dans ses réseaux, — comment les réserves de l'intelligence étaient destinées a la maintenir en cet état, et à l'aviver par des souvenirs incessamment répétés, et comment enfin, dans ce domaine spécial du sens émotif et de la sensibilité psychique, tout était organisé pour la persistance des impressions irradiées du monde extérieur. — Que celles-ci soient agréables ou pénibles, en raison même des lois de l'organisation de la sensibilité psychique, elles sont reçues, subies, emmagasinées en nous pour s'incorporer en nous, et vivre de notre substance; nous ne pouvons nous soustraire à leur invasion, et par cela même que nous sommes sensibles et émotifs, nous ne pouvons pas sentir une impression donnée et ne pas souffrir.

Qu'arrive-t-il alors lorsqu'un ébranlement extérieur vient à retentir en nous et à mettre enjeu notre sens émotif?

Cet ébranlement, en raison même de la sensibilité, naturelle des régions où il s'abat, est ressenti comme choc, — mais une fois produit, ce choc ne s'éteint pas sur place; il continue à vibrer, à se survivre à lui-même et à se perpétuer en nous, et malgré nous, d'une façon persistante, comme une épine implantée dans nos tissus. Plus l'impression première aura été profonde, plus l'impression aura de ténacité, plus l'obsession sera prolongée. Et, si l'on ajoute à ces conditions d'émotivité spéciale du sensorium — l'aptitude qu'ont ses éléments à avoir une activité automatique propre à devenir spontanément émotifs, on comprendra ainsi combien la douleur morale trouve en nous de ressources multiples pour s'alimenter, s'aviver sans cesse à nos dépens, et arriver ainsi à développer localement un point douloureux fixe.

On comprend encore comment ces états émotifs morbides ainsi constitués sont aptes à avoir des retentissements, à distance, sur les différentes régions de la vie végétative. — C'est ainsi qu'à la suite de tous ces é!)i\'inlements\rordre*moral, on voit apparaître des anxiétés respiratoires concomitantes, des troubles des fonctions digestives, des spasmes variés du

Page 1