‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 91 sur 286 · AGE · texte numérisé non relu

AGE

Les perturbations mentales se révèlent à toutes les périodes de la vie, on les rencontre à différents degrés de fréquence, dans l'enfance, la période adulte et même dans la vieillesse.

Dans l'enfance, avant la puberté, on rencontre quelquefois des exemples de perturbation mentale. — La plupart du temps, ces perturbations dépendent de certains vices organiques de l'appareil cérébral et se présentent sous forme d'affaiblissement intellectuel avec excitation, et allant jusqu'à l'idiotie. D'autre part, on constate l'existence des véritables troubles psychiques qui présentent en miniature ceux dont la période adulte présente des spécimens développés,

Pinel, sur cent onze malades n'en trouva que quatre au-dessous de vingt ans (1). Esquirol a vu trois enfants, l'un de huit ans, l'autre de neuf ans, et une jeune demoiselle de quatorze ans, atteints tous les trois de manie. Il a été également consulté pour un jeune mélancolique de onze ans. Aubanel etThore ont noté pour l'année 1839 à Bicètre, huit cas de manie et un cas de mélancolie chez des enfants âgés de onze à dix-huit ans, et Lepaulmier sur trois années du registre d'admissions à Bicêtre a constaté que le chiffre des adultes reçus au-dessous de dix-huit ans était de dixsept seulement (2).

Griesinger a cité un certain nombre de faits semblables et entre autres un cas remarquable de manie consécutive à l'épilepsie, chez un enfant de cinq ans, puis un cas de mélancolie avec hallucination à la suite de l'épilepsie chez une fdle de quatorze ans, et un cas de folie consécutive à la fièvre typhoïde chez un garçon de dix ans (3).

(1) Pinel, ouvrage cité, p. 456.

(2) Lepaulmier, Des affections mentales chez les enfants, et, en particulier, de la manie, 1856, p. 9.

(3) Griesinger, traduction, p. 172.

De seize à vingt-cinq ans, les maladies mentales sont pins fréquentes que pendant l'enfance, mais c'est surtout dans la période de l'âge adulte entre vingt-cinq et cinquante ans, que l'on trouve un plus grand nombre de cas d'aliénation.

Dans les premières années c'est principalement la manie qui domine; la paralysie générale débute rarement avant vingt-cinq ans, et si les hommes pavent à celte maladie un tribut considérable, les femmes, d'un autre côté, sont assujetties pendant la période adulte aux influences de la vie utérine qui ont un si grand retentissement sur l'harmonie des fonctions mentales.

— Nous verrons, en effet, que certaines formes de lypémanie anxieuse, apparaissent particulièrement chez les femmes au moment de la période critique.

A partir de cinquante à soixante ans les explosions des désordres psychiques primitifs sont, rares, on ne constate plus à cette époque de la vie, que des réduites à longue portée, d'accès antérieurs. Néanmoins il n'est pas rare de rencontrer dans la vieillesse (et j'ai moi-même eu l'occasion de rencontrer des cas semblables), des accès d'excitation maniaque, des phénomènes hallucinatoires chez des vieillards de soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-deux ans, n'ayant eu dans le cours de leur existence aucune perturbation mentale appréciable, si ce n'est quelques bizarreries de caractère et une constitution intellectuelle relativement faible (1).

Les formes spéciales sous lesquelles se révèlent les troubles psychiques du jeune âge se présentent avec des caractères variés. — Tantôt, c'est sous forme d'excitation qu'elles apparaissent, l'enfant est irascible, entêté, querelleur, méchant, porté à la destruction; c'est, une espèce de folie raisonnante (moral -insanity), comme dit Griesinger, rappelant tout à la fois et ce qu'on voitebez l'adulte et ce qu'on prend pour un mauvais caractère (2).

— Tantôt c'est un état d'agitation persistant, mais beaucoup plus intense ; on ne peut maintenir l'enfant en place, il va et vient constamment, mais sans but. Quelquefois on rencontre chez les enfants des accès de manie confirmée; on voit quelquefois, ajoute encore Griesinger, des enfants très jeunes, de trois à quatre ans, pousser des cris, manifester une audace sauvage, frapper à tort et à travers, mordre et chercher à tout détruire. Cet état, chez eux, n'est que temporaire, et doit être considéré comme un véritable accès de manie. — La lypémanie, les hallucinations, sont beaucoup plus rares chez les enfants que la manie; on observe quelquefois des états analogues qui se caractérisent, par des terreurs subites,

(1) Ville, Les psychoses de In vieillesse. Revue îles sciences médicales, 1874, p. 213.

(2) Griesinger, lococitato, p. 170.

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