‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 93 sur 286 · MENSTRUATION, GROSSESSE · texte numérisé non relu

MENSTRUATION, GROSSESSE

On s'est demandé si les maladies mentales étaient plus fréquentes dans un sexe que dans l'autre, et ou a cherché à résoudre ce problème à l'aide de statistique, sans pouvoir évidemment trouver une solution satisfaisante, car les statistiques doivent ici encore donner des résultats variables, suivant qu'elles s'adressent à tel ou tel milieu social, et suivant que les entrées ontété plus ou moins fréquentes dans tel ou tel asile. — J'ai vu, quant à moi, dans ma clientèle privée, le nombre des entrées de femmes augmenter considérablement pendant une certaine époque, sans causes connues, puis rester stationnaire, sans qu'on sache pourquoi ; tandis que dans une autre suite d'années, c'était la population mâle qui fournissait un plus fort contingent. Il est donc difficile à l'aide de statistique, jusqu'à présent, de résoudre ce problème du maximum de fréquence des maladies mentales dans tel ou tel

sexe.

Cependant, à l'aide de faits journellement observés, il est incontestable que la répartition des malades doit se faire d'une façon équivalente dans les deux sexes, car si le sexe masculin est surtout décimé par la paralysie générale, laquelle dans les classes riches épargne presque constamment les femmes (1); d'un autre côté, certaines formes de lypémanie sont beaucoup plus fréquentes chez les femmes. J'ai rencontré trois fois plus de femmes atteintes de lypémanie que d'hommes; d'un autre côté, les accidents de la puerpéralité viennent encore s'ajouter h ces causes, et rétablir le niveau commun.

(1) La proportion du nombre des femmes frappées de paralysie générale dans les classes riches est à celui des hommes comme 8 : 100. Ce sont là du moins les résultats de ma clientèle privée.

gfô PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

L'influence du sexe proprement dit et des fonctions utérines est destinée à jouer un rôle très important dans l'apparition et l'évolution des maladies mentales.

Tout le monde sait que l'arrivée des époques chez les aliénées est, la plupart du temps, accompagnée de recrudescence du mal, surtout chez les malades excitées (1). Chez les malades déprimées qui se nourrissent mal, l'apparition i]cs menstrues est accompagnée souvent d'aggravation i\*'> symptômes dépressifs.

Chez les sujets prédisposés héréditairement, les premières apparitions menstruelles se font mal, elles sont très hâtives on bien elles sont très tardives. Elles sont souvent accompagnées de phénomènes nerveux hystérilbrmes avec retentissement plus ou moins accentué du côté des fonctions psychiques.

Dans d'autres circonstances, c'est la cessation de la période menstruelle qui donne le signal de l'explosion de certaines prédispositions morbides qui, jusqu'à ce moment, étaient demeurées latentes et ne s'étaient manifestées que par des phénomènes vaguement définis. En général, ce sont des troubles émotifs, avec anxiétés, qui se développent et se perpétuent avec tendance à la chronicité (2).

La grossesse et l'accouchement ont encore une part notable dans l'apparition des psychopalhies.

La folie puerpérale est relativement peu fréquente; suivant Marcé, on rencontre en moyenne 1 cas de ce genre sur 12 ou 13 cas d'aliénation mentale.

Parmi les cas de folie puerpérale, ceux qui se développent après l'accouchement sont de beaucoup les plus nombreux; la folie des nourrices est moitié moins fréquente que celle qui survient après la délivrance, mais le nombre de nourrices étant moins considérable que celui des accouchées, cette proportion ne pourrait être prise dans le sens absolu. Enfin les cas de folie survenant pendant la grossesse égalent le tiers tout au plus de ceux qui se développent pendant la lactation (3).

(I) Krofft-Ebeng, Etudes sur les troubles psychiques survenant aux époques menstruelles. Revue des sciences médicales, 1878, p. 612.

(S) Noël Gueneau de Mussy, De l'érotisme de la ménopause, Annales medico psych., l. Il, 1875, p. 287.

Bcrthier, Des névroses menstruelles, ou la menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses. Annales medico-psych. , 1874, t. II, p. 1:37.

Dauby, De la menstruation dans ses rapports avec la folie. Thèse, Paris, 1866.

(3) Voir Marcé, Traité de la folie des [fuîmes enceintes, etc., Paris, 1858.

Rocher, Thèse Paris, 1877, Etudes sur la folie puerpérale.

llolin, De la manie puerpérale. Revue des sciences médicales, IX">, p. 571.

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