FOLIES SYMPATHIQUES
niques que pouvaient exercer les lésions périphériques du système nerveux sur les régions centrales (1).
Il existe du reste un certain nombre de faits bien observés qui démontrent l'existence de certains troubles psychiques consécutifs à des troubles d'origine périphérique. — J'ai vu pour ma part des conceptions délirantes spéciales engendrées à la suite de certaines anesthésies de la muqueuse pharyngée et du voile du palais (les malades sortant de prendre leur repas disaient qu'ils n'avaient pas mangé ou bien qu'ils avaient le gosier bouché). Un autre avec une hydrocèle enkystée du cordon se croyait possesseur d'un œuf; il se disait hermaphrodite. — Ce sont là des troubles sympathiques engendrés logiquement par l'esprit qui travaille à faux, parce qu'il reçoit des données fausses émanées des régions périphériques (2).
Les faits que nous venons de citer peuvent être légitimement considérés comme des troubles psychiques sympathiquement associés à l'irritation partie d'une région périphérique. Les troubles centraux naissent avec les troubles périphériques et disparaissent avec eux; c'est le critérium réel qui permet d'admettre l'influence directe des actions morbides sympathiques et qui permet de les accepter sans conteste.
Mais à côté de ces cas simples, il est toute une série de phénomènes complexes qui touchent par un point seulement aux processus que nous venons de signaler, et qui dérivent de l'évolution naturelle à travers le système nerveux des impressions de la vie végétative.
On voit en effet des individus dont les troubles psychiques sont subordonnés à un endolorissement viscéral passager qui peut disparaître, et qui néanmoins laisse les traces de son passage et continue à maintenir le délire en activité.
J'ai vu une malade qui, à un moment donné de son existence, ayant eu le tœnia pendant un certain temps, crut pendant de longues années avoir un tœnia dans l'intestin; elle nous répétait tous les matins qu'elle sentait les
(1) Azam, De la folie sympathique, Bordeaux, 1858. Loisean, De la folie sympathique. Thèse, 1857, Paris.
(2) Voiries détails relatifs à la discussion de la folie sympathique, soit de la grossesse, soit de certaines formes de spermatorrhée, qui a eu lieu à la société médico-psycholog., Annalesjnédic.-psych., 1857, p, 437 et 438.
Michéa, De l'influence pathogénique de V anestliésie de la douleur sur certains modes de délires partiels . Ann. méd.-psych., 1856, p. 249.
Jewell a signalé l'apparition de troubles physiques chez un homme de vingt-six ans, consécutivement aune blessure du plexus brachial. (Revue des sciences médicales, 1878, p. 314).
mouvements de sou ver dans son abdomen. L'autopsie nous montra que celte crainte était vaine.
Vn autre sujet avait avalé par mégarde une purgation trop forte et se croyait empoisonné. Alors que ses fonctions digestives étaient très régulières, il continuait à ressentir dans l'intestin des douleurs intolérables, consécutives à la purgation.
L'n autre, au début d'une paralysie générale, portait un chancre simple préputial.Ce chancre continua à alimenter son délire et à lui donner une tournure hypochondriaque. Huit mois après le début, lorsque les traces du chancre étaient complètement effacées, il accusait encore à la même place de très vives douleurs, et réclamait la cautérisation d'une plaie où il n'y avait aucune lésion.
Ces phénomènes qui paraissent dépendre de la persistance prolongée, d'une impression première, sont évidemment liés au mode de propagation des incitations viscérales et représentent en quelque sorte de véritables hallucinations de la vie végétative, et une perception non motivée par une incitation extérieure,
Les impressions de la vie viscérale, ainsi que nous l'avons indiqué, avant d'être irradiées vers les différents départements de l'écorce, sont au préalable condensées dans les réseaux de la substance grise qui tapissent les parois du 3" ventricule (Ci g. 27). C'est dans ces régions que se trouve leur avant-dernière étape. Or, lorsque un stimulus irritatif se développe dans les régions périphériques, ces centres gris se trouvent sympathiquement mis en éréthisme; les cellules qui les composent deviennent irritables et sollicitent autour d'elles un aftlux sanguin.
La stimulation vitale persistante amène la fluxion persistante, de sorte que localement des foyers d'irritation partielle se mettent en éréthisme comme nous voyons des foyers d'irritation spinale, dans le tétanos par exemple, se développer à la suite d'incitation d'origine périphérique et primitive. Ces foyers d'irritation centraux, alors que l'endolorissement périphérique a disparu, lui survivent et dardent vers les régions du sensorium des stimulations incessantes autogéniques qui reflètent subjectivement le caractère de l'excitation première.
C'est ainsi que l'on voit certains malades, dits hypochondriaques, atteints d'hallucinations viscérales, accuser des douleurs subjectives irradiées de tels ou tels plexus périphériques, qui sont complètement indemnes.
Ils se plaignent de souffrir de l'estomac, de l'intestin, du foie, etc A
l'autopsie on ne trouve rien dans les viscères; mais par contre, lorsqu'on suit la voie de propagation des impressions viscérales, lorsqu'on examine, même à la vue simple, l'aspect de la substance grise centrale du 3- ventri-
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cule, qui est le lieu de leur concentration, on constate alors une hyperémie plus ou moins accentuée dans cette région. Çà et là, ce sont des arborisations vasculaires qui se révèlent d'une façon très accentuée et qui indiquent le travail d'irritation locale dont ces régions avaient été le siège (1). (Planches III, IV et V.)
(1) J'ai recueilli déjà plusieurs observations concordantes, qui démontrent l'hyperémie du 3e ventricule dans certaines formes de viscéralgies hypoehondriques.