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CHAPITRE VI

INFLUENCE DES PYREXIES, DES MALADIES AIGUËS ET DE CERTAINES MALADIES CHRONIQUES

Un certain nombre de maladies aiguës déterminent parfois l'explosion des troubles psychiques variés, tels sont : la fièvre typhoïde, les lièvres intermittentes, le choléra, les exanthèmes aigus, la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, etc.

Il en est de même de certains cas liés aux altérations du sang, de certaines anémies profondes consécutives soit à des hémorrhagies, soit à îlesuite de couches, et qui ont un retentissement plus ou moins direct sur l'ensemble des fonctions nerveuses. L'alcoolisme et la syphilis ont aussi une part notable dans l'apparition de certains troubles psychiques.

Dans la lièvre typhoïde, les troubles psychiques sont susceptibles d'apparaître à différentes périodes. — Au début, lorsque les malades se plaignent de céphalalgie violente, d'insomnie, d'incapacité plus ou moins complète d'activité cérébrale, le cerveau est alors plus ou moins congestionné, et il n'eîl pas rare de rencontrer une série de troubles en rapport avec ces états congestifs; ce sont des hallucinations principalement, des visions nocturnes qui empêchent les malades de prendre quelque repos et les jettent dans un état de subagitation.

Pendant la période d'état, l'hyperémie persistante des centres nerveux détermine l'hébétude plus ou moins profondedes facultés mentales, laquelle, peut aller jusqu'à la stupeur avec obnubilation complète des choses de la réalité. Les malades accusent souvent une hyperesthésie sensorielle des plus intenses, ils supportent avec peine les rayons lumineux, les moindres

ili Thoré, fils, De la folie consécutive aux maladies aiguës, Ann. méd.-psych., 1850, p. 586.

Pauthcl Barman, Troubles psychiques dans le cours des maladies aiguës, Revue des sciences médicales, 187 i, p 281.

Des /oltes, post-fébriles. Skae. Ann. méd.-psych., I87rt, t. II, p. 431.

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bruits deviennent souvent la cause d'excitations et d'ébranlements douloureux du cerveau. Le délire persistant est souvent l'effet direct de cette surexcitation des appareils sensitifs. Les troubles du système nerveux se révèlent encore du côté de l'innervation cérébelleuse par de l'incoordination dans les mouvements, le tremblement de la langue, et l'abaissement du timbre de la voix.

Pendant la période de convalescence, à mesure que les fonctions organiques reprennent leur équilibre, la décongestion s'opère dans les centres nerveux, les malades récupèrent peu à peu l'exercice de leurs facultés, après avoir passé par une série de pbases qui se résument en un état d'éréthisme prolongé du cerveau. Le calme se fait peu à peu, l'hyperestbésie sensorielle s'atténue, et ils sortent insensiblement d'un état de demi-stupeur pour rentrer en communication avec le monde extérieur. Il est encore très curieux de noter ce qui se passe du côté de la mémoire; c'est une amnésie spéciale qui porte tantôt, sur la notion de la durée de la maladie, et sur les différents incidents qu'elle a présentés (les malades n'ayant aucune conscience de ce qui s'est passé autour d'eux), et tantôt sur l'ensemble de leurs facultés intellectuelles. J'ai vu un jeune étudiant de vingt-quatre ans qui ayant été reçu interne, fut pris de fièvre typhoïde. Étant en convalescence et parfaitement maître de lui, il s'aperçut qu'il avait complètement perdu la mémoire des notions d'anatomie et de physiologie qu'il avait si péniblement acquises pendant plusieurs années de travail assidu et qu'il ne savait plus mettre l'orthographe. En général, celte amnésie partielle n'a pas de durée.

Ordinairement, c'est ainsi que les choses se passent dans la majorité des cas, mais il arrive des complications céphaliques fréquentes dans la fièvre typhoïde, en vertu desquelles lorsque le mouvement d'hyperémie se fait avec trop d'intensité dans la trame cérébrale, on voit apparaître des exsudations interstitielles, des hémorrhagies, des troubles nutritifs variés qui amènent des lésions persistantes, tels que l'obtusion intellectuelle avec tendance à la démence et paralysies concomitantes.

On constate, dans ces cas, que le malade ne se relève pas franchement .et ne rentre pas nettement en possession de lui-même. Alors qu'il n'a plus de fièvre, il conserve encore quelques traces des rêvasseries délirantes dont son cerveau était troublé. II délire à froid, il a des hallucinations et son intelligence est faible. Peu à peu l'état mental va sans cesse en s'aggravant. Tantôt ce sont des délires partiels qui se manifestent, des conceptions isolées qui se fixent sans se généraliser; d'autres fois, ce sont des phénomènes de dépression lypémaniaque qui se déclarent avec tendance à la stupeur, refus des aliments, etc. L'affaiblissement intellectuel,

quelquefois, la démence, souvent, sont donc les suites de ces différents

troubles, consécutifs à des fluxions encéphaliques trop intenses (1 ).

Sydenham a noté, le premier, les rapports qui existent entre les fièvres intermittentes et certaines formes de délire.

On voit, en effet, dans les pays où la fièvre intermittente est endémique, quelques individus qui au lieu de présenter des accès périodiques de la lièvre intermittente, offrent un état de trouble cérébral également intermittent, à type tierce ou quarte, et qui se manifeste par des accès de manie. C'est ce que l'on nomme une fièvre intermittente larvée.

Dans certaines circonstances, ces accès reviennent dans un temps plus ou moins long, à des intervalles réguliers, et c'est ainsi que le trouble mental devient chronique. Il est encore d'autres circonstances, dans lesquelles la perturbation mentale se développe consécutivement à la guérison de la fièvre intermittente, soit pendant la convalescence même, soit plusieurs mois après la cessation de la maladie. Il est certain, dit Griesinger à ce sujet, que d'une part l'anémie cachectique, qui succède si souvent à la fièvre intermittente, et d'autre part la mélanémie et le dépôt du pigment granuleux dans les vaisseaux, jouent un rôle important dans la production delà folie (2).

La variole paraît aussi dans certaines circonstances jouer un rôle dans l'explosion de certaines psychopathies (3) ; il en est de même de certaines formes de rougeole et de scarlatine graves. J'ai eu pour ma part à traiter, chez une jeune fille de dix-sept ans, un accès de manie aiguë qui avait pris naissance dans la convalescence d'une rougeole et qui persista pendant près de six mois avec une très grande intensité.

On a vu quelquefois des troubles psychiques se développer à la suite du choléra, surtout dans la période de réaction. On a noté alors un délire passager, une perversion des instincts, une simple absence de l'esprit, tantôt un accès de manie, quelquefois de mélancolie avec conceptions délirantes et un certain degré d'affaiblissement intellectuel.

(li (Nasse, Des rapports de la fièvre typhoïde et de la folie. Annales medico-psijcho., t.I, p. 137, 187 -1.

Sauvct, Sur le délire consécutif aux fièvres typhoïdes. Ann. méd.-psych., L845, t. II, p. -2-2-2.

(2) Griesinger, traduction française, page 220.

(3 Berti, Des rapports de la variole et de l'aliénation mentale. Giornale Veneto dette science mediche, t. XVIII, n° 3, janvier.

Lagardelle, La variole et l'aliénation mentale pendant la guerre. Moulins. 18/ -2.

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