‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 98 sur 286 · MALADIES DU CŒUR — DES POUMONS, ETC · texte numérisé non relu

MALADIES DU CŒUR — DES POUMONS, ETC

Ces manifestations n'ont pas paru avoir une durée prolongée.

Parmi les maladies aiguës qui peuvent être accompagnées de troubles cérébraux importants à connaître, on a cité la pneumonie, et le rhumatisme articulaire aigu; on va même ajouté, dans ces dernières années, latuberculisation pulmonaire; Griesinger a cité un certain nombre d'observations confirmatives de ce que nous avançons ici (1). Il est incontestable que dans les cas où il s'agit de pneumonie, l'intervention du mouvement fébrile continu, jointe à des conditions spéciales, soit héréditaires, soit inhérentes au sujet, peuvent déterminer une explosion de délire; je crois qu'en un mot, le terrain doit encore être préparé pour qu'il éclate, car sur le grand nombre de malades atteints de pneumonie qui m'ont passé sous les yeux, depuis quinze ans dans mon service d'infirmerie à la Salpêtrière, je n'ai, que dans des proportions très minimes, rencontré l'existence de troubles cérébraux particuliers chez les pneumoniques.

Chez les jeunes sujets, par contre, atteints de rhumatismes, j'ai rencontré un certain nombre de fois des manifestations variées du côté de l'encéphale, apparaissant subitement, avec un ensemble fébrile très intense, et caractérisé, tantôt par de l'excitation maniaque arrivant vite à la période de stupeur, tantôt par de la simple excitation avec loquacité. On rencontre encore des phases d'excitation délirante accompagnées de tendances subites et instantanées au suicide (2). Ces formes spéciales de fluxion cérébrale et de troubles psychiques, survenus dans le rhumatisme, ne m'ont pas, jusqu'à présent, paru avoir une tendance à la chronicité. Le plus souvent ils guérissent rapidement, ou bien, ils sont accompagnés à bref délai, de phénomènes comateux ou apoplectiques qui enlèvent rapidement les malades (3).

(1) Griesinger, loc. cit. p. 220 et suiv.

i2 L. Mareschal, De la manie rhumatismale, Thèse, Paris 1876.

Skae et Clouston, Folie rhumatismale . Ann. med. -psycho., 1878, t. I, p. 291.

Simon, Des troubles psych. dans le cours du rhumatisme articulaire aigu. Revue des sciences médicales, 1875, p. 576.

(3) J'ai eu à noter un cas de suicide survenu dans l'intérieur d'une famille, et relatif à une jeune femme en période de manie rhumatismale. La malade avait une apparence tranquille, . elle était gardée à vue par des membres de sa famille. Une nuit, alors que son mari était assoupi près de son lit, elle choisit le moment favorable, et avec une prestesse sans égale, se précipita par la fenêtre du haut du quatrième étage. — J'ai entendu parler de plusieurs cas semblables, qui, avec des précautions, ont pu être conjurés à temps. Mais je ne saurais trop insister sur la gravité de certains troubles psychiques qui surviennent dans le rhumatisme aigu, et sur la nécessité absolue de traiter, même dans l'intérieur des familles, ces malades comme de véritables aliénés, transitoirement dangereux pour eux-mêmes.

Quant aux troubles cérébraux que certains auteurs ont signalés dans certaines formes de maladies du cœur, j'ai eu l'occasion d'en rencontrer quelques exemples seulement. Us sont la plupart du temps déterminés par des phénomènes de stase sanguine avec œdème cérébral et se manifestent alors par de l'excitation, de la loquacité, suivie bientôt de somnolence plus ou moins prolongée. Dans certains cas, alors que l'affection cardiaque se révèle sous forme d'accès périodiques, de dyspnée avec anxiété respiratoire extrême et gène de la circulation, j'ai rencontré cette même périodicité dans l'apparition du délire qui se montrait au moment de la crise anxieuse et disparaissait avec elle (1).

La tuberculisation pulmonaire, alors qu'elle suscite un mouvement fébrile continu, est quelquefois accompagnée d'un état fluxionnaire vers l'encépbale; soit qu'il existe une manifestation tuberculeuse du côté ^\e^ méninges, soit qu'il se fasse une fluxion généralisée vers les centres nerveux. On rencontre quelquefois des tuberculeux, qui subitement sont pris principalement dans les formes avancées de la maladie), d'accès de délire. Ils ne voyent pas la situation, ils parlent de longs projets d'avenir, avec une voix nette et précise, il sont surexcités et ils se sentent tout à fait reconstitués. Ils ont en général quelquefois un véritable délire de satisfaction, délire symptomatique, dans la plupart des cas, d'un œdème cérébral ultime ('2).

Les différentes formes d'anémie, sont encore une des conditions qui favorisent le développement des troubles psycliopatbiques.

On trouve, en effet, un certain nombre de sujets qui ont le teint pâle et décoloré, et cependant les lèvres et les gencives sont rouges. Ils ont quelquefois des bruits de souffle dans les vaisseaux du cou; leur pouls est petit, ils dorment peu, se plaignent de céphalalgies répétées, et sont sujets à des tendances dépressives. On rencontre souvent ces états chez les femmes à la suite de couches, chez les hommes épuisés par la fatigue et les veilles, et on n'est pas surpris de voir éclater alors des manifestations morbides du côté du cerveau. — Ce sont des idées vagues de persécution, une certaine

(1) Wilkowskj, Des affections du cœur chez les aliénés, Ann. méd.-psych., t, II, p. \Xi. Hirtz, Manifestations cérébrales dam les affections cardiaques. Thèse, Taris 1877.

W. Burmann, De la relation entre les maladies du cœur et la folie. Revue des sciences médicales. 1874, p. 281.

(2) Clouston, La tuberculisation et l'aliénation mentale . Annal.medico-psy.,t. II, 1804, p. 07, et 1878, t. 1, p. 1-22.

Dupouy, Recherches s*r les maladies constitutionnelles et dialhésiques dans leurs rapports avec les névroses et principalement avec la folie. Annales médico-psych., t, II, 1800, p. 20.

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