CHAPITRE III
OPÉRATIONS OUI se PRATIQUENT SUR LES ARTICULATIONS.
.Traitement opératoire «le l’hydarthrose chronique et invétérée
Lorsque l’hydarthrose est reconnue incurable parles moyens ordinaires je attaque pai un seul mode opératoire ; c’est l’injection iodée. ’
Je choisis pour pénétrer avec le trocart dans la capsule, le point où celleci offre une bosselure rénitente, que vous rendez plus rénitente encore en refoulant vers elle le liquide, de tous les points de l’articulation malade.
Fidèle à l’habitude que j’ai prise de rapporter des observations à l’appui de mes assertions en thérapeutique, je vais citer des faits qui me paraissent concluants.
Obs. — Hydarthrose du genou droit. — Injection iodée. — Guérison. — Cousin (Antoine), 52 ans, terrassier, est entré le 31 octobre 1857 à l’hôpital Lariboisière.
Le malade fait remonter le début de son affection au mois de juin 1856. Il a passé cinq mois et demi à l’hôpital Beaujon d’où il est sorii non guéri.
Deux jours après sa sortie il entre à Lariboisière. On le traite d’abord par la cautérisation avec l’acide nitrique. On fait dix-huit applications successives. Il s’ensuit un peu de soulagement, et le malade quitte l’hôpital après cinq mois de séjour.
Après être resté deux mois dehors , le malade rentre dans le service le 4 août 1857.
Le membre est placé dans une gouttière et soumis à de nouvelles applications d’acide nitrique.
Le malade sort de nouveau le 1 9 octobre ; il est dirigé sur l’asile de Vincennes.
31 octobre. — Il rentre à l’hôpital, le genou présentant toujours les signes de l’hydarthrose, gonflement de la jointure, fluctuation, douleurs peu vives, marche pénible. La santé générale se maintient toujours très-bonne. Désespérant d’obtenir la guérison par les moyens ordinaires, on se décide à pratiquer une injection iodée.
Le 2 novembre, on fait avec le trocart une ponction qui donne issue à un demi-verre environ d’un liquide clair, transparent, un peu filant, mélangé de synovie et de sérosilé, puis on injecte 100 grammes d’un liquide composé de parties égales d’iode et d’eau avec une quantité suffisante d’iodure de potassium. L’injection est maintenue une minute dans l’articulation, la petite plaie est pansée par occlusion et le membre établi dans une gouttière.
Le soir le genou est très-tendu, douloureux; le pouls, un peu fréquent et fort. Cataplasmes.
3 nov. — Même état; eau de Sedlitz.
4 nov. — Moins de douleur et de tension.
6 nov. — Le genou a diminué de volume ; disparition de la fièvre ; retour de l’appétit.
Les jours suivants, le mieux continue.
21 novembre. — Le malade sort sur sa demande dans 1 état suivant.
Le genou malade a le même volume que celui du coté opposé. On ne perçoit plus de liquide dans l’articulation; il reste encore deux points doulouieux à la pression, l’un à la partie interne, l’autre en arrière. Le malade maichc sans éprouver aucune souffrance. Il est dirigé de nouveau sur l’asile de Vincennes. Nous l’avons revu depuis. La guérison est parfaite.
Obs. — Uydarthrose rhumatismale chronique guérie par l'injection iodée.— Girardin (Agathe), âgée de 22 ans, est entrée à 1 hôpital Lariboisière le 20 janvier 1856.
CI1AP. III. — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS
Cette malade est atteinte depuis cinq ans d’une hydarthrose consécutive à une attaque de rhumatisme articulaire aigu.. Les médications antiphlogistique et résolutive successivement employées depuis cette époque n’ont amené aucune amélioration.
La malade présente aujourd’hui une tuméfaction considérable du genou gauche. La rotule est soulevée par le liquide épanché dans la cavité articulaire. Une fluctuation manifeste se perçoit des deux côtés de la jointure, et principalement au niveau du cul-de-sac synovial supérieur interne. Les mouvements de l’articulation sont très-limités.
Indépendamment de ces phénomènes locaux, il existe des signes généraux de chlorose.
Le 5 mars, après avoir employé sans succès les scarifications, la pommade iodurée et les applications d’acide nitrique, on se décide à pousser dans l’articulation une injection composée de parties égales de teinture d’iode et d’eau avec addition d’une quantité suffisante d’iodure de potassium. Une petite cuirasse est ensuite établie sur la piqûre faite par le trocart. Puis le membre est placé dans une gouttière et maintenu dans l’immobilité.
L’opération n’a été suivie d’aucun accident; pas de réaction fébrile; à peine quelques douleurs dans les premiers jours.
L’articulation, après avoir présenté un peu de gonflement, a diminué graduellement de volume. Un bandage roulé a suffi pour faire disparaître l’oedème des téguments, et la malade est sortie guérie le 4 avril 1858. Elle est revenue nous voir et jouit d’une guérison solide.
Thérapeutique «le la tumeur blanche.
Les moyens de traitement dans la tumeur blanche se distinguent pour nous en ceux qui sont généraux ou communs à toutes les périodes de la maladie et ceux qui sont propres aux diverses périodes ou phases que nous allons énumérer.
Écartons pour un moment les moyens généraux de traitement et traçons un tableau très-abrégé de la maladie, afin d’en marquer les diverses périodes.
La tumeur blanche commence rarement d’emblée ; elle est presque toujours la transformation d’un état pathologique antérieur (l’état rhumatismal ou l’état traumatique, par exemple).
L origine de la tumeur blanche n’est alors que le passage d’un état pathologique a un autre, et c’est pour cela que j’appelle période de transition , cette période initiale (tumeur blanche «le transition).
Après son début, la tumeur blanche se constitue ; elle présente dans la textuie anatomique et dans les fonctions des parties affectées certaines altérations qui lui sont propres.
Api ès avoir atteint sa période d’état, la tumeur blanche peut arriver à i suppuration. -.période de suppuration ; celle-ci entraîne inévitablement l'ap- I parition d ouvertures fistuleuses : période des fistules.
Enfin, même après ces graves désordres, le travail réparateur peut s’effectuer, soit par les efforts spontanés de l’organisme, soit par l’intervention bien dirigée de l’art ; ou bien la maladie s’aggrave au pointde rendre l’amputation inévitable. C’est déjà presque une faute à nos yeux que d’avoir laissé la tumeur blanche arriver à ce degré où il n’y a plus d’autre ressource que la mutilation.
Quoi qu’il en soit, nous divisons la marche générale en cinq périodes, à chacune desquelles se rattachent certains moyens thérapeutiques spéciaux :
1° Période de transition;
2° Période d’état;
3° Période de suppuration fermée (abcès);
4° Période de suppuration ouverte (fistules) ;
5° Période «le réparation.
L’exposé et la justification du traitement, à ces diverses périodes, supposerait pour chacune d’elles un chapitre assez étendu. Mais nous devons nous borner à une indication sommaire.
1° Période de transition. — Le tact du praticien dans cette période consiste à discerner les restes d’influence que conserve encore sur l’état pathologique qu’il a sous les yeux, la maladie à laquelle succède la tumeur blanche. Le traitement approprié consiste à diriger les moyens thérapeutiques beaucoup moins contre la tumeur blanche en elle-même que contre les restes de l’affection qui lui a servi d’origine.
Un exemple nous parait être ici de toute nécessité pour bien faire comprendre l’indication thérapeutique.
Soit un sujet atteint de tumeur blanche, qui se présente à nous trois mois, cinq mois après un rhumatisme articulaire. Que fait-on d’habitude en pareil cas ? On regarde à cette époque la question rhumatismale comme jugée. On considère l’affection comme étant bien décidément une tumeur blanche, et, la traitant comme telle, on arrive immédiatement, soit aux traits de feu, soit aux cautères, soit à tout autre moyen qui s’adresse directement à la tumeur blanche. Nous sommes loin d’avancer qu’on ne tient pas compte de l’origine rhumatismale de la tumeur. La conduite de tous les praticiens expérimentés nous démentirait bien vite; seulement nous voulons dire que nous portons plus loin qu’on ne le fait communément, la persistance à combattre dans la tumeur blanche commençante, la maladie qui lu i a servi d’origine. C’est à ce titre que les douches de vapeur répétées deux fois le jour quand la tumeur est d’origine rhumatismale, les émissions sanguines à écoulement continu quand il y a eu traumatisme et état franchement inflammatoire, sont les premiers moyens auxquels nous ayons recours dans une foule de cas.
2° Période «l’état. — Lorsqu’un malade atteint de tumeur blanche non suppurante du genou est admis dans mon service, voici à quel traitement il est soumis :
ClIAP. III. — OPÉRATIONS SUR LUS ARTICULATIONS.
La jambe est placée dans une gouttière matelassée, droite, si le membre est rectiligne, coudée, si, ce qui a lieu le plus habituellement, le membre est en état de flexion. Dans ce dernier cas, on commence déjà, au moyen de tours de bande qui passent au dessus et au dessous du genou, à exercer une action très-modérée, il est vrai, dans le sens du redressement. Je substitue très-promptement à la gouttière un appareil plâtré largement, fenêtré à la hauteur du genou, et au momentoù j’applique cet appareil j’obtiens au moyen du chloroforme, mais sans violence, tout ce que je puis obtenir
redressement.
Tous les deux jours, on pratique des scarifications à la surface de la tumeur, et principalement sur les points où les fongosités articulaires soulèvent le plus la peau.
La petite opération consiste- à donner de trois à six coups d’un scarificateur à huit ou douze lames, soit trente-six, quarante-huit, soixante-douze petites plaies qu’on laisse saigner sous un cataplasme, mais sur lesquelles on n’applique pas de ventouse.
Dès le soir même du jour où les scarifications ont été faites, on pratique à la surface de la tumeur de larges frictions avec la pommade àl’iodure de potassium (10 grammes d’iodure pour 60 grammes d’axonge).
Ces frictions sont renouvelées toutes les deux heures pendant la journée, et la tumeur est enveloppée de morceaux de flanelle qu’on ne remplace qu’au bout de plusieurs jours. Le but de ces applications de flanelle est surtout d’empêcher que les surfaces frictionnées ne soient essuyées trop promptement par les vêtements et les linges. La flanelle une fois imprégnée de la substance médicamenteuse exhale une forte odeur d’iode et concourt, selon nous, d’une manière non douteuse, à l’efficacité du traitement.
On s’étonnera peut-être de ne pas voir figurer dans le traitement de la tumeur blanche, tel que nous le comprenons, ces cautères, moxas, vésicatoires, cautérisations transcurrentes, dont l’usage a si profondément pénétré dans la pratique générale et dont on appuie l’efficacité par des arguments passablement contestables et par des théories qui le sont encore davantage.
Nous avons toujours regardé comme fort douteux qu’il fût utile pour des êtres faibles, pour des natures épuisées, comme le sont si souvent les sujets atteints de tumeur blanche, d’être soumis à des suppurations artificielles abondantes et douloureuses. Nous y voyons bien plutôt une cause d’épuisement général surajoutée à des désordres locaux qui sont eux-mêmes, chez beaucoup de sujets, l'expression d’un état diathésique ou constitutionnel. D ailleurs les faits, bien autrement décisifs que nos appréciations sujettes à erreur, nous ont déjà surabondamment prouvé que la formule résolutive (celle des frictions iodées et des scarifications répétées) donne tous les avantages que l on croit trouver dans les méthodes suppuratives et que, de plus, elle ne débilite pas des constitutions déjà détériorées.
Nous avons donc complètement exclu de notre traitement des tumeurs blanches tous les suppuratifs quelconques, pour y substituer la formule dont il a déjà été question.
3° Période suppurative. — Elle comprend deux états bien différents et dont la distinction est d une haute importance pratique. La suppuration est ouverte ou fermée, c’est-à-dire que pendant un temps les abcès sont clos, et qu’à une période plus avancée ils sont ouverts. Cette dernière condition n’est que le premier pas de la période des fistules.
Il y a une autre distinction non moins importante et qui a trait au siège anatomique précis des foyers purulents; ils peuvent être ou intra-articulaires ou périphériques. Ces derniers sont ceux que Gerdy appelle abcès circonvoisins.
Aussitôt qu’il y a certitude acquise de la présence du pus dans une tumeur blanche, et avant que la suppuration n’ait eu le temps d’étendre ses ravages, nous ouvrons les abcès au moyen du trocart, nous les lavons avec un soin particulier et nous y mettons à demeure une anse tubuleuse élastique et fenêtrée.
Si les foyers suppurants se tarissent, la maladie entre directement dans la période de réparation, et la quatrième période, celle des fistules, se trouve franchie. Si, au contraire, les foyers ne se cicatrisent pas, on entre dans la quatrième période.
4° Période de fistules. — Habituellement, dans cette période, on n’adopte aucune direction particulière relativement aux ouvertures suppurantes ; il s’établit des trajets fistuleux plus ou moins irréguliers, plus ou moins inopportunément disposés. Ces trajets, et les orifices par lesquels ils s’ouvrent au dehors, sont soumis aux innombrables vicissitudes que présentent dans le cours de leur durée les fistules entretenues par des altérations osseuses ; c’est-à-dire à des rétentions de pus, à des poussées inflammatoires, à l’apparition de nouveaux abcès, de nouvelles fistules, de décollements plus ou moins étendus de la peau.
A quoi tout cela tient-il ? A ce que la canalisation des fistules n’est point dirigée d’après des principes bien arrêtés, à ce que ces trajets qui devraient toujours livrer un passage libre et facile à des parcelles osseuses, altérées, à des produits d’une élimination nécessaire, s’obstruent ou se resserrent sous l’influence d’une foule de causes qu’un bon système de canalisation pourrait seul éloigner.
Les principes qui nous dirigent dans cette partie délicate du traitement sont les suivants :
Toutes les fois que la peau fortement amincie sur un point quelconque de la tumeur blanche fait prévoir une perforation prochaine, on incise sur le point aminci.
En second lieu, on s’empare de toute ouverture soit spontanée, soit artificielle, à la surface de la tumeur blanche, pour y établir, soit au moyen
Cil AP. III. — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS. lOo
des canules en Y, soit au moyen du séton perforé, un passage béant et constamment libre, pour le lavage, pour les injections médicamenteuses, pour l’issue de tous les produits éliminables que peut donner la maladie pendant cette période des fistules, qui devient alors, au point de vue de la thérapeutique, une période détersive ou éliminatoire.
5° Période de réparation. Traitement des fausses ankylosés. — Dans cette période, il faut s’attacher à rétablir la mobilité, ou, si l’on veut, l’état physiologique de l’articulation.
Il y a une longue série de moyens considérés comme propres à assouplir les résistances, à faciliter le glissement des surfaces. Nous ne ferons point ici l’énumération de ces moyens. Nous rappellerons seulement l’emploi du chloroforme comme rendant de grands services quand il s’agit de faire le premier pas dans cette voie de restauration des mouvements.
Ce premier pas consiste à changer l’attitude dans laquelle la tumeur blanche à peine guérie a laissé le membre malade. Les tentatives de ce genre exigent que l’on s’entoure de précautions extrêmes :
1° Eu égard à l’époque de la maladie où devra être faite la tentative de redressement au moyen du chloroforme ;
2° Eq égard aux suites directement inflammatoires et immédiates de cette tentative ;
3° Eu égard au degré auquel elle peut être portée et aux époques de ses renouvellements.
Sur le premier point il faut remarquer que tout étal douloureux de la jointure doit être préalablement dissipé, et que cette dernière doit avoir repris à peu de chose près son volume normal.
Relativement au second point, il faut toujours s’attendre à ce que les tentatives dont nous avons parlé soient suivies d’un mouvement inflammatoire assez prononcé, quelque favorables que fussent d’ailleurs les conditions dans lesquelles la tentative a eu lieu.
Il faut surveiller avec soin et combattre énergiquement au besoin ce travail inflammatoire, sous peine de voir survenir des arthrites purulentes ou de réveiller l’état aigu dans la tumeur blanche. Dans tous les cas, on commence, immédiatement après la tentative, par assurer le repos le plus complet dans 1 attitude nouvelle qui vient d’être donnée au membre.
On obtient surtout cette immobilité par le moyen d’une gouttière qui est en pareil cas un appareil rigoureusement nécessaire. On a recours aussi aux moyens antiphlogistiques ordinaires, et surtout à la formule des frictions iodurées et des scarifications.
En ce qui concerne le degré auquel peut être portée chaque tentative, il importe de bien prendre garde à ceci : que les premiers essais de flexion ou d extension chez des sujets antérieurement atteints de tumeurs blanches récemment guéries, tendent à déterminer, dans certains cas, une subluxation
Ainsi, chez une malade sur laquelle nous étions en devoir de pratiquer
la flexion du genou dans un cas de tumeur blanche arrivée à la période de réparation et ayant laissé le membre en état de fausse ankylosé rectiligne, nous reconnûmes qu’au fur et à mesure de la flexion, qui pourtant se faisait sans grande violence, la tête du tibia chassait sur les condyles du fémur et se luxait en arrière.
Moyens thérapeutiques généraux. — Jusqu’ici nous avons parlé des moyens de traitement propres à chaque période de la maladie ; il nous reste a pailei des moyens de traitement qui peuvent être considérés comme appartenant presque également à toutes les périodes et n’étant spécialement propres à aucune d’elles en particulier.
Dans cette catégorie se rangent :
1 La glande question si débattue de la locomotion chez les sujets atteints de tumeur blanche ;
2° L emploi de ce que nous appelons les moyens reconstituants.
Les mêmes motifs, qui nous ont conduit à resserrer dans un simple énoncé le traitement dévolu à chaque période, nous obligent à la même concision en ce qui touche les moyens généraux.
Sur la question des mouvements, voici notre principe de conduite :
Autant nous sommes absolu eu égard à l’interdiction des mouvements dans une articulation actuellement douloureuse, aulant nous le sommes en ce qui concerne la nécessité : 1° des mouvements généraux du corps; 2° des mouvements de l’articulation malade aussitôt quelle a cessé d’être douloureuse.
Quant aux moyens dits reconstituants, la tumeur blanche nous apparaissant comme presque toujours accompagnée d’une altération constitutionnelle dans le sens de la dépression générale des forces, soit que l'altération ait préexisté à la tumeur blanche et qu’elle ait concouru à la produire, soit qu’elle n’ait été que la conséquence de cette dernière, par suite du séjour prolongé au lit et dans les hôpitaux, notre traitement emprunte ses principaux moyens d’action aux toniques, aux stimulants et aux nutritifs, à savoir : régime substantiel, emploi du fer, du quinquina, des bains sulfureux.
En résumé, le traitement de la tumeur blanche dans ses diverses périodes est le suivant :
1° Période de transition. — Insister sur les moyens dirigés contre l’origine présumée du mal ;
2° Période d’état. — Scarifications tous les deux jours ; frictions iodées toutes les deux heures ;
3° Période de suppuration close. — Dès qu’il y a abcès : incision, lavage, drainage par les tubes ;
4° Période des fistules. — Canalisation des trajets fistulcux. — Drainage;
5° Période de réparation. — Tentatives méthodiques pour le rétablisse ment de la mobilité normale.
CH A P III. — OPÉRATIONS SUR LUS ARTICULATIONS
Pendant toute la durée du traitement, emploi des moyens propres à fortifier la constitution.
Maintien de la mobilité générale et locale dans la mesure exacte de l’absence de douleur.
Obs. — Tumeur blanche de l'articulation tibio-tar sienne ; opération par les caustiques.— Guérison. — Chéot (Angélique), âgée de 25 ans, couturière, née et demeurant à Rion près Mortagne (Manche), entre à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Marthe, n° 9, le 20 décembre 1855.
Après trois mois de tentatives infructueuses faites pour arrivera laguérison de la tumeur blanche dont elle était atteinte à l’articulation tibio-tarsienne, la malade fut opérée le 29 mars 1856 par des applications successives d’une pâte faite avec de l’acide sulfurique et la poudre de garance. Ces applications, faites au nombre de quatre dans le tiers inférieur de la jambe, n’opérèrent la séparation du membre malade qu’au bout de quarante-huit heures. Les os, mis à nu par le caustique, furent divisés avec la scie à chaîne. Le moignon, d’abord conique, se régularisa lentement, surtout après la chute des extrémités tibiale et péronière nécrosées.
La malade fut présentée le 3 juin 1857 à la Société de chirurgie, et le lendemain elle quitta l’hôpital. A son départ, on remarquait une cicatrice solide, sous laquelle on sentait, mais recouvertes d’une suffisante quantité de parties molles, les extrémités tibiale et péronière. Immédiatement au dessus de ces extrémités, les muscles, par une courbure assez brusque et très-régulière, constituaient un moignon solide et peu conique. (Voy. Bulletin de la Soc. de chir., Séance du 3 juin 1857.) ,
Suppurations articulaires.
Dans mon Traité de la suppuration et du drainage chirurgical, je me suis attaché à exposer l’histoire des suppurations articulaires et de leur traitement avec tout le soin que comporte cette importante question (t. I, p. 635-674). Tout en renvoyant le lecteur à la partie de ce dernier ouvrage qui traite de ces suppurations, nous ferons remarquer que dans le cas d’abcès articulaires, le drainage précédé et accompagné de lavages abondants m’a seul paru susceptible d’amener de bons résultats.
Extraction des corps articulaires mobiles.
I our poser 1 indication d operer dans le cas do corps articulaires, il faut savoir que leur évolution présente trois périodes que je caractérise ainsi :
Première période, ou période de tolérance. Le corps articulaire est trèspetit, pas encore dur, ne se déplace pas du lieu où il a pris naissance, se cache aisément dans les replis synoviaux, et ne cause pas de douleur alors
même qu il se loge entre les surfaces articulaires. A cette époque : point d’opération. 1
Deuxième période ou période des troubles fonctionnels. Douleur localisée qu’exaspère l’exercice; diminution d’aptitude du membre pour certains
mouvements ; arthrite chronique et déformation articulaire ; douleurs atroces avec imminence de chute par terre quand ces corps sont pinces entre les surfaces articulaires, celles du genou par exemple; troubles quelquefois violents du système nerveux. 11 y a indication légitime de l’opération .
Troisième période ou période des lésions articulaires graves. Érosion des surfaces; phlegmasies articulaires aiguës à répétition ; suppurations ostéitiques ; arthrite purulente. Ici l’indication d’opérer devient obligatoire.
La méthode qui me paraît devoir être préférée dans le traitement de cette affection, c’est la méthode sous-cutanée d’après le procédé de M. Goyrand, et encore avec les modifications et correctifs que je lui ai fait subir. Un court exposé de mes recherches sur ce sujet mettra le lecteur à même d’apprécier les résultats auxquels je suis arrivé. ( Revue médico-chirurgicale de M. Malgaigne, t. VII, mars -1855.)
Je qualifie de corps articulaires ces produits solides de nature variée, qui se rencontrent accidentellement à l’intérieur des articulations.
Les articulations dans lesquelles nous avons principalement étudié les corps articulaires sont le coude, l’articulation tibio-tarsienne et le genou.
Le premier exemple de corps articulaires que nous ayons noté remonte à plus de vingt-cinq ans (1835). Il nous donna l'occasion de rechercher l’influence.
que le rachitisme pouvait avoir sur l’originede ces productionsaccidentelles.
Voici du reste la note que je retrouve dans les bulletins de la Société anatomique pour l’année 1835, p. 39 :
« M. Chassaignac présente l’astragale d’un sujet rachitique dont les membres avaient été déformés par la maladie. Il y a torsion de l’astragale en dedans, élargissement de la poulie en avant et aplatissement de cette poulie d’avant en arrière. À sa partie interne et postérieure existent deux corps cartilagineux du volume d’un pois, lisses, logés dans une espèce de capsule formée aux dépens de la surface articulaire, et revêtus d’une couche de cartilage lisse et polie. Les deux corps, logés dans cet enfoncement, ne formaient aucune saillie ; et leur surface parfaitement lisse continue la surface articulaire, de manière probablement à n’apporter aucune gêne dans les mouvements du pied.
Je suis d’autant plus disposé à admettre l’influence du rachitisme dans la production des corps articulaires que dans plusieurs observations recueillies ultérieurement au cas dont je viens de parler j’ai trouvé des déformations articulaires rachitiques coïncidant avec la présence de ces productions accidentelles.
Origines diverses des corps articulaires.
Quand on voit ces corps articulaires enchâssés dans une espèce de moule où ils semblent remplacer exactement et à la manière d’un tampon ou
CHAP. 111. — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS
d'une pièce de rapport, une perte de substance faite comme à 1 emportepièce, on a peine à se défendre de l’idée que ce soit autre chose qu un fragment d’os détaché du lieu même sur lequel on le rencontre. Mais 1 expérience a prouvé que, si dans certains cas c’est bien réellement là 1 origine du corps articulaire, il est d’autres cas où sa production ne reconnaît point pour cause un fragment resté sur place et suppose au contraire que le corps articulaire s’est formé de toutes pièces.
En 1840, j’ai présenté à la Société anatomique une articulation humérocubitale qui était le siège d’une fausse ankylosé. Les surfaces articulaires étaient peu malades et libres d’adhérences. L’immobilité était due à l’existence de corpuscules ossiformes qui m’ont paru être des portions osseuses détachées. {Bull, de la Soc. anat ., ann. 1840, p. 44 du n° d’avril.) Trois observations très-complètes de corps articulaires du genou m’ont permis :
1° D’établir l’excellence de la méthode sous-cutanée proposée par M. Goyrand d’Aix ;
2° De déterminer ce que deviennent les corps articulaires abandonnés à eux-mêmes dans le tissu cellulaire sous-cutané ;
3° De rechercher dans quels lieux il convient de les pousser quand on les expulse de l’articulation en les laissant sous la peau ;
4° De poser les règles qui doivent présider à leur extraction quand ils sont multiples.
Quelques mots sur le diagnostic des corps articulaires et sur les causes d’erreur qui peuvent en imposer au chirurgien.
Toutes les fois qu’on explore un corps supposé mobile dans une cavité à parois glissantes comme celle des séreuses ou des synoviales, on est exposé à prendre le déplacement qu’éprouvent les doigts à la faveur du glissement des parois de la poche, pour le déplacement d’un corps mobile intérieur.
Une autre causé d’erreur réside dans les indurations ou nodules pariétaux, analogues à ceux que l’on trouve assez fréquemment dans les parois des poches hygromateuses. Ici l’erreur de diagnostic peut avoir les conséquences les plus funestes. En effet, pour inoffensive qu’on tienne l’incision sous -cutanée des capsules synoviales, il n’en est pas moins certain qu’un chirurgien prudent n’affirmera jamais l’impossibilité absolue d’une suppuration articulaire, même dans le cas de l’opération sous-cutanée la mieux faite. Or, une suppuration articulaire, quand la synoviale est vaste, ce peut être la mort du sujet. Le chirurgien regretterait donc vivement d’avoir fait courir de pareils dangers à son malade sans une nécessité bien reconnue.
Pour admettre que l’existence d’un corps articulaire est bien avérée et que l’on peut songer à son extraction par les procédés chirurgicaux, nous exigerions : l°que le corps fût assez mobile pour être senti alternativement sur despoints très-divers de l’articulation; 2° que ce corps pût être en quel-
que sorte pincé entre les doigts ; 3° que sa configuration et son volume lussent les mêmes pendant les changements de position qu’on luifaitsubir.
Voici les observations :
Obs. — Corps articulaire unique de l’articulation du genou. — Expulsion par
la méthode sous-cutanée. — Abandon de ce corps dans le tissu cellulaire.
Amoindrissement progressif et spontané de son volume au bout de dix-huit mois.
Catois (François), 31 ans, charpentier, rue d’Aligre, 6, entre à l’hôpital Saint- Antoine, le 19 janvier 1851-.
Ce malade porte dans le genou gauche un corps étranger du volume d’un noyau de prune. Il y a environ trois ans qu’il en a reconnu lui-même l'existence. Jusqu’à ces derniers temps, il n’en avait jamais souffert, du moins au point d’être forcé d’interrompre son travail. Mais obligé par sa profession de se mettre souvent à genoux, il lui arrivait quelquefois de ressentir une douleur subite et très-aiguë qui ne lui permettait pas de s’agenouiller. Bientôt, il est vrai, la douleur cessait, soit par le déplacement spontané du corps intéro-articulaire, soit par le déplacement que lui imprimait avec ses mains le malade, qui parvenait à l’amener dans le cul-de-sac inférieur interne de la synoviale, lieu dans lequel il cessait de gêner les mouvements.
Pendant ces trois années, le corps intéro-articulaire n’augmenta pas sensiblement de volume, mais sa présence dans le genou détermina, outre les douleurs, caractéristiques, un épanchement séreux de plus en plus abondant et qui amena l’impossibilité de toute marche un peu prolongée.
Dès le 24 septembre 1851, cet homme était déjà venu à l’hôpital Saint-Antoine, se plaignant d’une douleur vive dans le genou. Il y venait surtout pour achever de se faire traiter d’une épididymite blennorrhagique double pour laquelle il avait déjà fait un premier séjour à Saint-Antoine le mois précédent. Le repos fit cesser les douleurs articulaires, et quand il sortit le 7 janvier 1852, il était notablement soulagé.
A peine eut-il repris ses travaux que les douleurs reparurent, ainsi que le gonflement du genou; il rentra alors à l’hôpital le 19 janvier 1852.
L’examen du genou y fait reconnaître la présence d’un épanchement qui soulève la rotule, et donne lieu de chaque côté de cet os, à un relief assez considérable.
Malgré le gonflement du genou on constate facilement l’existence d’un corps articulaire dont on parvient même à déterminer exactement le volume. Ce corps jouit d’une grande mobilité lorsque le malade est étendu sur le dos.
Le corps réside habituellement dans le cul-de-sac inférieur interne de la synoviale. — R appuie même contre le condyle interne du tibia, mais il est sujet à s’échapper de ce point pour se porter dans le cul-de-sac supérieur externe delà svnoviale où l’on constate également bien sa présence. — Lorsque le malade est debout, le corps articulaire ne manque jamais de prendre sa position dans le culde-sac inférieur interne. C’est dans ce lieu qu’on peut facilement l’étudier. Il donne à la main qui l’explore la sensation d’un corps dur, ovoïde, légèrement aplati, glissant librement sur les surfaces avec lesquelles il est en contact.
La grande étendue des déplacements qu’il subit suffit pour donner la certitude qu’il n’est pas pédiculé, et, de plus, le résultat de toutes nos investigations nous conduit à penser qu’il est solitaire.
CH AP. III. — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS
Le 31 janvier, toutes les conditions du diagnostic étant Lien précisées, M. Chassaignac opère le malade, après l’avoir soumis à l’action du chloroforme. Un aide fixe le corps articulaire à la partie inférieure du cul-de-sac interne de la synoviale. Une ponction est faite à distance de 5 à G centimètres de ce corps, de manière à agir assez loin de l’articulation. On introduit un ténotome pour ouvrir la synoviale en la sectionnant sur le corps articulaire employé comme moyen de tension pour la capsule. Tout à coup la pression de l’instrument sur le corps le fait glisser sous les doigts de l’aide et il disparaît complètement.
C’est alors que l’étude minutieuse qui avait été faite des habitudes du corps étranger nous rendit un signalé service pour arriver à le remettre en position. Nous savions que dans l’attitude verticale et au moyen de quelques secousses il reprenait toujours sa position dans le cul-de-sac inférieur interne. Mais ici se présente une difficulté ; car, comment donner à un sujet assoupi par le chloroforme, la position verticale, c’eût été l’exposer à une mort certaine. Voici comment M. Chassaignac parvint à résoudre sur-le-champ cette difficulté, aidé autant par un bonheur de circonstances sur lequel il ne faudrait pas compter, que par le bien jugé de la combinaison qui fut mise en pratique. Le malade était couché horizontalement et tout de son long sur le lit. Sans changer la position horizontale du corps et après avoir retiré le ténotome, M. Chassaignac ordonna aux aides de faire exécuter avec précaution un mouvement par lequel le malade fut couché en travers sur le lit au lieu de rester parallèlement au grand axe de celui-ci. Par suite de cette position, les jambes pendaient au dehors du lit, bien que le corps du malade conservât l’attitude horizontale. Des percussions furent alors exercées sur l’articulation avec le bord cubital de la main, et nous vîmes bientôt le corps articulaire reprendre sa position dans le cul-de-sac inférieur interne. Le ténotome fut alors introduit, le corps étranger chassé de la capsule et conduit a trois travers de doigt de distance de l’articulation au côté interne de la jambe.
Deux cuirasses de sparadrap, l’une à bandelettes très-courtes et très-étroites I autre a bandelettes plus larges et plus longues, toutes les deux imbriquées avec soin furent appliquées. Cette précaution d’une double cuirasse est une sauvegarde a laquelle M. Chassaignac attache de l’importance et qu’il n’omet jamais pour les malades qu’il soumet à des opérations sous-cutanées. — Si l’on se contentait d’une seule cuirasse, on emploierait nécessairement la grande afin de diminuer les chances de mise à découvert de la plaie. Mais les cuirasses d une certaine étendue s’entre-bâillent très-facilement dès qu’il se passe des mouvements articulaires quelque peu prononcés dans la région sur laquelle
très oel" c lflUeeS- Ce 6“re f protection n'est pas suffisant, une cuirasse ti cs petite fait corps, pour ainsi dire, avec le derme; si celui-ci se plisse elle se
p isse avec lui, s’il se tend, elle se tend aussi et assure par là l’occlusion per manente de la petite plaie. °n l)er'
Quelques bandelettes étrangères aux cuirasses servirent à retenir le corps arti sa Pos‘Jt°n nouvelle, et le membre fut maintenu, aulyen dW
mit tnT’ ans une immobilitt» complète. Depuis quelques jours le malade nie na t toutes les vingt-quatre heures 4 grammes d’alcoollre d’aconit P
T fubTler- Pas d accident du côté du genou. L’appareil est maintenu ente sangsues a l'aine comme moyen préventif de l'inflammation.
4 février. On ne louche pas au pansement, mais il commence à se manifester dans 1 aine une tuméfaction phlegmoneuse à l’endroit où les sangsues ont etc appliquées. La plus légère pression y détermine de très-vives douleurs. Expression abattue et prostrée du faciès, pouls fréquent, peau chaude. — Trente sangsues dans la région inguinale.
C février. — Nulle douleur au genou. Le phlegmon de l’aine fait des progrès et occupe une surface qui a l’étendue de la paume de la main. Pas encore de fluctuation. — Cataplasmes.
8 février. — Trois incisions sont faites à la partie externe du pli de l’aine pour arrêter la marche du phlegmon qui tend à envahir la région fessière. 11 ne s écoule pas de pus, mais il sort du sang en assez grande abondance. Le malade a toujours de la fièvre. Le pouls s’accélère surtout le soir.
9 février. — La marche envahissante du phlegmon est arrêtée. Une collection purulente circonscrite s’est formée à la partie interne du pli de l’aine, et le pus s’écoule tant par les incisions que par les piqûres de sangsues qui se sont ulcérées. L’état général s’améliore d’une manière sensible. Le malade n’a plus qu’un peu de fièvre le soir.
12 février. — Le phlegmon ne fait plus de progrès, mais on est obligé de faire une longue incision dans le pli de l’aine pour faciliter l’issue du pus et des lambeaux de tissu cellulaire sphacélés. — Cataplasmes.
17 février. — Les accidents inguinaux ont cessé. Le même jour on lève le pansement du genou, la cicatrisation s’est faite sans trace de suppuration. On sent le corps articulaire fixé dans le tissu cellelaire.
29 février. — Guérison complète des plaies du phlegmon.
12 mars. — Le corps articulaire paraît s’aplatir et diminuer de volume dans sa nouvelle position. Le malade peut marcher sans éprouver aucune des douleurs qu’il ressentait naguère. L’articulation se tuméfie encore assez facilement et la rotule est soulevée par un peu d’épanchement. Le malade est alors traité pour son hydarthrose. A deux reprises différentes, on applique sur le genou une couche légère d’acide nitrique. Sous l’influence de ce traitement, l'épanchement diminue avec rapidité et le malade sort parfaitement guéri le 22 avril 1 852.
Le malade a été présenté à la Société de chirurgie, le 28 janvier 1832 avant l’opération, et le 3 mars de la même année, après guérison.
Nous avons revu cet homme, en juin 1853, dix-huit mois après son opération. Le corps articulaire a diminué de plus de moitié. Le noyau de prune est devenu un noyau de cerise. 11 a donc été très-probablement soumis à un travail de résorption.
Le deuxième cas nous a présenté l’affection sous d’autres aspects. D’abord il y avait des corps étrangers multiples ; l’un des deux corps est assurément l’un des plus volumineux qui aient été extraits par la méthode sous-cutanée ; ce fait porte avec lui des enseignements d'une grande valeur pratique. Il prouve en effet que, quand le trajet sous-cutané qu’on fait parcourir au corps articulaire estd’unc grande étendue, la portion de ce trajet qui confine à l'articulation peut se cicatriser complètement et fermer tout accès vers la synoviale, alors même qu’une autre partie de ce trajet devient le siège d’un phlegmon considérable.
CHAP. III. — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS
Ce fait remarquable prouve encore que, dans le cas de corps étrangers multiples, il n’est pas indispensable, pour obtenir la cessation des accidents, que tous ces corps aient été extraits par l’opération. Il prouve que l’opération peut être suivie de la disparition de corps articulaires échappés aux tentatives d’extraction et que l’on sait positivement être restés dans la jointure. Il prouve que le tissu cellulaire sous-cutané se prête à des migrations très-étendues d’un corps articulaire volumineux. Il apprend que, dans le choix des trajets à parcourir, s’il faut avant tout rechercher les lieux dans lesquels le tissu cellulaire a le plus de laxité, il importe aussi de ne pas provoquer la migration de ce corps dans les régions les plus riches en lymphatiques, sous peine de voir survenir des phlegmons angioleuciliques dont on conçoit facilement le mode de formation.
Il prouve enfin que, même quand on est parvenu à rassembler dans le cul-de-sac inférieur interne de l’articulation des corps étrangers multiples, les moyens de fixation les plus sûrs en apparence, comme une corde fine i qui fait limite abrupte, pour prévenir le retour dans la cavité articulaire, n empêchent pas toujours que quelques-uns de ces corps ne se dérobent au moment où on veut les extraire.
L’expulsion des corps articulaires a fait cesser dans cc cas, l’hydarthrose concomitante.
La piésence du corps articulaire a coïncidé, dans les deux cas que nous ■ rapportons, avec une configuration particulière du condylc interne du i fémur, configuration qui consiste en un relief beaucoup plus prononcé de la bordure que présente naturellement, au côté interne du genou, le condyle interne.
Le lieu d’élection pour l’ouverture de la capsule est le cul-de-sac inférieur interne. Non-seulement son étendue offre à l’action des instruments toute : la liberté nécessaire pour ouvrir une large porte de sortie, mais de plus, l espèce de plan incliné que présente au côté interne supérieur, la surface du tibia, se prête merveilleusement à la progression sous-cutanée du tenotome.
hôpital Saint-Antoine, pour une hydarthrose du genou droit, accompagnée de
, P1}’sÇnce de corPs articulaires mobiles dans la capsule synoviale. Cet homme doue d’une bonne constitution. a net Pli mtlilnil-n 1 ,1 • .1 .
rencontre parfois situés, l’un dans ce cul-de-sac, l’autre réfugié dans le cul-desac supérieur externe ; il n’y a donc aucune connexion entre ces deux corps, et de plus ils ne tiennent en rien à la synoviale, car quelle bride serait assez lâche pour leur permettre des migrations aussi étendues ?
De ces deux corps l’un est volumineux et se tient de pi éfércnce dans le cul-desac supérieur externe de la synoviale ; l’autre, plus petit, se trouve d’ordinaire au côté interne du tendon rolulien. C’est dans ce dernier point que le malade, en . combinant certains mouvements de flexion du genou, avec des pressions exercées sur les diverses parties de l’articulation, parvient à réunir les deux corps et à les retenir au moyen de ses doigts.
Les inconvénients qui résultent de la présence de ces corps dans la jointure sont, dans le cas particulier, les suivants : un sentiment de lassitude rendue encore plus pénible par la profession déjà très-fatigante du sujet; de plus, le moins volumineux des deux corps a parfois de la tendance à s’introduire entre les surfaces articulaires et détermine alors une douleur subite, intolérable, qui arrête la marche tout court. Il est à remarquer que le plus volumineux des deux corps n’entraîne pas ce dernier inconvénient et ne cause que très-peude gêne.
b mars. — En partie à l’aide d’une ligature circulaire qui étrangle le genou au-dessus de la rotule, en partie avec le secours des doigts d’un aide, on emprisonne les deux corps dans le cul-de-sac inférieur interne de la capsule. — Le sujet est alors amené à l’état de tolérance anesthésique. — M. Chassaignac fait à quatre traversée doigt au-dessous de l’interligne articulaire, une petiteouverture à la partie supérieure interne de la jambe. Par cette ouverture, est introduit un ténotome au moyen duquel le cul-de-sac synovial est largement ouvert ; puis, à l’aide d’une pression dirigée de haut en bas, il fait passer le corps le plus volumineux dans le tissu cellulaire sous-cutané et le fait cheminer sous les téguments delà partie interne de la jambe jusqu’à la région sus-malléolaire interne. Le but qu’on se propose par un éloignement aussi considérable est de n’avoir plus rien à démêler avec ce premier corps et de pouvoir s’occuper de la sortie du second, sans autre préoccupation. Pendant cette manœuvre le plus petit des deux corps s’échappe et rentre dans l’articulation, en sorte qu’il n'a pas été possible de le retrouver et de l’extraire de la jointure comme le précé- i dent. Pansement par occlusion avec deux cuirasses superposées. Gouttière, élé- i vation sur un coussin. Le soir, genou tendu et douloureux; mouvement fébrile léger.
G mars. — Point de sommeil. Genou tuméfié et sensible; douleurs vives au côté interne de la jambe, dans le point occupé parle corps étranger. Fièvre. Quarante sangsues à la région inguinale. Continuation de l'aconit qui a élé administré préventivement depuis quelques jours.
7 mars. — Diminution de la fièvre. Le malade a reposé une partie delà nuit. Élancements à la malléole interne. Vingt sangsues à l’aine.
8 mars. — Aggravation des accidents. Trente sangsues.
10 mars. — Augmentation de sérosité dansle genou. Les téguments de la jambe à la hauteur du corps articulaire déplacé, présentent une rougeur œdémateuse très-manifeste.
13 mars. — 11 n'y a plus à hésiter. La suppuration n est pas douteuse. Au moyen d’un large débridement on extrait le corps articulaire et avec lui une giande
lis
CHAP. III. — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS
quantité de pus. Ce corps présente une surface convexe cartilagineuse et une surface concave légèrement inégale, rugueuse. Les bords sont réguliers et ar- I rondis. Le tissu cellulaire paraît infiltré de pus. Douche pour expulser le liquide purulent. Gouttière tapissée d’un taffetas gommé. Cataplasmes.
IG mars. Suppuration abondan te dont on facilite la sortie par des pressions expulsives. Décollement de la peau dans une grande étendue de la partie interne de la jambe. Douche ; cataplasmes.
23 mars. — Jusque-là on n’a pas touché à la petite cuirasse, mais le malade accusant des douleurs vives dans la région qui a livré passage au ténotome, on découvre la petite plaie ; on la trouve à l’état de cicatrisation complète.
2 5mars. — Rougeur et douleur très-vives à la partie interne du genou. Traînée rougeâtre remontant au-dessus de l’articulation • angioleucite.
29 mars. Abcès au côté interne et un peu supérieur de l’articulation. Incision, écoulement d’un pus complètement exempt de liquide synovial. Douche* cataplasme.
6 avril. — On enlève la gouttière. Les mouvements de l’articulation du genou ne sont pas douloureux.
18 avril. — Le travail de cicatrisation s’établit franchement.
29 avril. — Le malade commence à se lever. Nulle douleur dans le genou. Ce malade a continué à aller de mieux en mieux. Il a complètement °perdu la
I-' trace du petit corps resté dans l’articulation. En juin 18o3, il a été présenté à la Société de i chirurgie ; il marchait très-solidement et n’éprouvait dans le genou aucune gène, aucun affaiblissement. L’hydarthrose a complètement disparu.
Nous devons noter pour l’ordre de succession des phénomènes : que le malade a présenté, il y a deux ans, un corps dur et résistant à la partie externe du genou. 11 y a quatre mois seulement qu’il s’est aperçu de l’existence d’un nouveau corps à la partie interne du genou. Ce dernier passe de la partie interne à la partie externe en glissant sous le ligament rotulien ou sous la rotule.
Nous devons faire remarquer que chez l’un de nos malades il n’y avait pas possibilité d’appliquer une ligature qui retînt à la fois les deux ; corps, quand iis s’étaient réunis dans le cul-de-sac inférieur interne de la capsule. Le plus gros pouvait être retenu par [une ligature perpendiculairement serrée au dessus du cul-de-sac; mais dans cette position le petit parvenait toujours à s’échapper en passant, soit sous le igament rotulien, soit sous la rotule. On ne pouvait donc maintenir les \eux corPs a la fois dans lc cul-de-sac interne inférieur qu’aux conditions
toe\drc!d!irela relraitG ^ plus volumineux Par Implication d’une liga-
2» Faire presser par le doigt index d’un aide contre le fond de la petite omette latérale externe du ligament rotulien, fossette par laquelle le petit \ corps lenda't toujours à s’échapper ; J petU
3 ExeiCer SUr la rolule une compression indispensable pour prévenir
la fuite de ce dernier. Moyennant l’ensemble de ces précautions on pouvait espérer l’expulsion des deux corps par une seule opération.
Voici l’analyse du corps le plus volumineux.
Ce corps est aplati, cartilagineux sur une de ses faces qui est irrégulièrement convexe, d’apparence osseuse à sa surface concave. La face cartilagineuse est lisse, l’autre comme criblée de trous et d’enfoncements. Fendu dans toute son épaisseur, ce corps articulaire paraît presque entièrement fibreux; toutefois, il offre à son centre une plus grande consistance. Dans certains points de ses couches concentriques on trouve des dépôts osseux. L’apparence cartilagineuse de ce corps laissait croire qu’on pourrait trouver là les éléments microscopiques du cartilage. Il n’en a rien été. Je n’ai rencontré que des éléments fibroïdes irréguliers disposés le plus souvent d’une façon concentrique. Rarement et par des tractions prolongées je parvins à isoler des tractus fibreux. Au milieu de ces fibres on rencontrait un dépôt de granulations obscures et amorphes qui traduisaient la présence d’une matière osseuse. Point de corpuscules osseux.
Les observations qu’on vient de lire ne porteraient pas tout leur fruit si nous n’appelions l’attention du lecteur sur les circonstances que nous allons successivement examiner.
La douleur si remarquable à laquelle donnent lieu les corps articulaires n’est nullement pathognomonique, d’abord parce que des douleurs semblables peuvent être produites par d’autres causes, en second lieu parce qu’elles peuvent ne pas exister dans des cas de corps aiticulaires bien con-
states
Parmi les affections qui peuvent donner lieu à une douleur articulaire subite, instantanée, il faut noter le rhumatisme qui offre quelquefois à l’articulation du genou, comme dans d’autres points, un tel caractère de soudaineté dans l’invasion fie la douleur, qu’on est porté à croire qu’il s’agit réellement de corps articulaires. Ainsi, c’est quelquefois pendant une marche douce et tranquille, sur un sol horizontal, que l’invasion rhumatismale vous saisit par une sorte de pointe aiguë semblable à l'introduction subite d’un corps vulnérant dans l’articulation. J’ai eu l’occasion d’observer, il y a. plusieurs années, avec M. Velpeau et M. Blot, un cas d’invasion goutteuse du genou offrant le caractère subit de la douleur produite par un corps-
articulaire.
Une circonstance pathologique, qui se rapproche par plusieurs points de l’affection dont il s’agit, c’est cette laxité des fibro-cartilages semi-lunaires laxité décrite et désignée par A. Cooper sous le nom de luxationsdes cartilages semi-lunaires. Dans les déplacements subits qtf éprouvent cescartilages ainsi relâchés, il se produit une douleur qui a beaucoup d analogie avec celle à laquelle donnent lieu les cartilages articulaires.
Nous avons vu l’hydarlhrose accompagner ou suivre de très-près 1 apparition des douleurs. Le rôle de cette complication dans le diagnostic me-
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rite d’être mentionné, car s’il est vrai, en thèse générale, que l’hydarthrose tende à masquer la présence du corps articulaire, quelquefois cependant, on donnant de l’ampleur et de la laxité à la poche, elle facilite l’exploration.
Chez un de nos malades l’expulsion des corps articulaires a été suivie de la disparition spontanée de l’hydarthrose. Chez un autre l’épanchement du liquide a un instant augmenté après l’opération ; mais quelques cautérisations légères avec l’acide nitrique ont suffi pour en activer la résorption.
Parmi les circonstances qui pourraient égarer le diagnostic et faire croire à l’existence de corps mobiles articulaires, il faut encore noter : 1° des inégalités anormales dans les parois de la poche articulaire; 2° des inégalités sur les surfaces osseuses.
Le seul moyen d’éviter l’erreur, c’est de prendre en considération les limites plus ou moins étendues dans lesquelles le corps mobile se déplace. Cette circonstance met un terme à toute incertitude.
Quand nous voyons par exemple, comme cela est arrivé chez un de nos malades, le corps mobile se porter alternativement du cul-de-sac inférieur interne de la synoviale du genou au cul-de-sac supérieur externe et présenter dans ces deux points différents les mêmes caractères de forme et de volume, la question diagnostique est jugée.
Il est une considération pratique fort importante qui ressort de nos observations, c’est la nécessité, préalablement à toute opération, de se livrer à une élude attentive des habitudes du corps articulaire.
Supposez que le corps mobile pressé par l’instrument glisse sous les doigts de l’aide et disparaisse complètement. La connaissance exacte de la position que tend d habitude à reprendre le corps articulaire permet do l’y ramener et de continuer l’opération.
Lorsque le corps étranger est d’un petit volume, il peut être utile, avant de procéder à son extraction, de le fixer au moyen d’une aiguille qu’on enfonce à travers la peau (Alquié).
Bien que la présence des lymphatiques à la partie interne du membre expose à l’angioleucite, il y a des avantages réels à préférer cette région pour l’action du lénotome, avantages qui peuvent se résumer ainsi :
1° Laxité très-grande du tissu cellulaire sous-cutané à la partie interne de la jambe ;
2 Disposition plane et uniforme de cette région ;
3 Présence du plus vaste cul-de-sac de la synoviale et surface régulière delà tubérosité interne du tibia; circonstances évidemment favorables à la manœuvre opératoire.
Il est évident que, même dans le but très-rationnel d’éviter les lymphatiques, le chirurgien ne peut pas renoncer aux avantages que nous venons numérer et que le lieu d’élection sera toujours le côté interne de l’arLicu ation. — Que doit-il donc faire? Il doit, suivant nous, recourir à un irai-
tentent préventif très-énergique, employé d’après les principes qui nous dirigent dans la manière de combattre les phlegmasies locales lors de l’emploi du pansement par occlusion. Ce traitement consiste dans des applications de sangsues à la racine du membre sur les aboutissants lymphatiques et sanguins, sans mettre à découvert la lésion traumatique elle-même, c qui, dans le cas d opération pour un corps articulaire, est plus nécessaire qu’en toute autre circonstance.
Nos observations viennent confirmer les avantages de la méthode souscutanée. En effet, dans la première, absence d’accidents fâcheux ; dans la seconde, 1 accident qui survint prouve mieux encore, en quelque sorte, combien la méthode sous-cutanée est protectrice contre les dangers inhérents à l’articulation elle-même, et ce sont les plus redoutables. En effet, un phlegmon survient; il est considérable (on a vu à quelles circonstances il doit être attribué), il survient dans le trajet même qu’a parcouru le corps articulaire expulsé, et, malgré ces accidents, l’articulation reste indemne. Une portion du trajet suppure seule, et la portion qui confine à la synoviale se cicatrise et ferme au pus l’accès de cette capsule.
Des considérations et des faits qui précèdent nous avons cru pouvoir dé- ■ duire les conclusions suivantes :
t°La douleur causée par les corps articulaires étant produite par la pression qu’ils exercent sur deux surfaces entre lesquelles ils sont pincés, il résulte de là que les corps volumineux ne pouvant s’engager dans les interlignes articulaires ne déterminent jamais de douleur (Observation de' Montagne) ;
2° Quelque remarquable que soit le genre de douleur dû au pincement des corps articulaires, les caractères de cette douleur n’ont rien de patho- I gnomonique. Ils peuvent s’observer dans le rhumatisme, dans la goutte,, dans la luxation des cartilages semi-lunaires ;
3° Les illusions diagnostiques contre lesquelles il faut se tenir en garde; avant de décider qu’il existe un corps articulaire, reconnaissent pour cause’ des indurations partielles de la capsule et certaines inégalités sur le pourtour des extrémités osseuses articulaires.
4° Si l’hydarthrose, à un degré de tension considérable, est un obstacledans la recherche diagnostique des corps articulaires, une réplétion moyenne de la capsule est au contraire un avantage pour l’exploration de ces corps ;
5° Parmi les affections concomitantes susceptibles d’être produites par la présence de ces corps articulaires, il faut noter l’hydarthrose (observations de Catois et de Montagne), et l’ankylose (observation de la Société anatomique, 1840, p. 14);
6° Avant d’oser ouvrir, même par la méthode sous-cutanée, une capsule synoviale à l’effet d’en expulser un corps articulaire, il faut avoir écarté toute chance d’erreur dans le diagnostic et de plus avoir étudié d’une
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manière particulière ce que nous appelons les habitudes du corps articulaire.
7° Avant d’aborder le manuel opératoire, il faut, 1° avoir déterminé le . lieu d’élection qui pour l’articulation du genou est le cul-de-sac inférieur interne de la synoviale, 2° avoir fixé par acupuncture momentanée les corps articulaires peu volumineux qui se dérobent presque toujours au moment de l’opération ;
8° La règle de conduite, quand ces corps sont mulitples , c’est de les ; concentrer dans le même point, pour les expulser tous par une seule opéi ration. Toutefois, dans le cas où l’un d’eux se serait dérobé, il ne faut pas
1 considérer l’opération comme dénuée de toute efficacité;
9° Les corps articulaires abandonnés sous la peau pendant un espace de temps considérable paraissent y subir un amoindrissement manifeste. Ilne ■ serait donc pas toujours nécessaire de pratiquer l’opération secondaire destinée à les amener au dehors ;
10° Il est d’une telle importance d’éviter l’inflammation suppurative
(après l’opération, que cette inflammation doit être combattue préventivement et actuellement par de fortes applications de sangsues à la racine du membre;
11° Un genre d’inflammation à redouter après l’opération pour les corps
! articulaires du genou, c’est l’angioleucite ;
12° Il y a avantage à faire subir au corps qui vient d’être chassé de 1 articulation une migration aussi lointaine que possible, l’expérience I apprenant que, si cette précaution a été prise, une portion du trajet i peut suppurer impunément ou du moins sans invasion du pus dans la jointure.
Deux grandes méthodes ont été employées pour le traitement chirurgical des corps articulaires.
1° Les méthodes à cure palliative, que j’appelle méthodes diverticulaires i ou par séquestration ; 2° les méthodes à cure radicale ou par incision.
À la première classe, celle des méthodes palliatives, se rattachent trois i méthodes principales.
Première méthode : fixation par compression. — Cette méthode a été proposée par Middleton, Gooch, Hebenstreint.
Nous la rejetons, \ 0 parce qu’elle ne constitue qu’une cure palliative ;
• 2 parce que employée par Reimar à l’hôpital Saint-Georges de Londres, elle n a donné, sur douze cas, qu’un succès unique et contestable qui a exigé douze mois de traitement et n’a pas subi de vérification ultérieure ;
d enfin parce que, employée par Dieffcnbach dans 8 cas, elle a échoué fi fois.
Deuxième méthode : fixation par adhérences provoquées. — Elle repose Sm ce Pr'nc>pe qu’en provoquant au moyen de la transfixion du corps ar- •cu aire par des aiguilles, un travail adhérentiel qui séquestre ce corps sur
TITRE IV. — THÉHAPEUT1QUE DLS LUXATIONS.
un point de la capsule, on éviterait les inconvénients dus à sa présence et à sa mobilité dans la synoviale.
Nous repoussons cette méthode parce que,
1 Elle no donne lieu qu à un traitement palliatif, ce qui ne vaut jamais une cure radicale. ,
2° Blandin qui l’a employée le premier, M. Jobert qui l’a imité, MM. Syme, Alquié, Dieffenbach ont échoué dans leurs tentatives.
3° La serre-fine comme moyen de fixation, quoique appliquée avec succès dans deux cas par le docteur Wolf, n’a pas donné des guérisons de la durabilité desquelles on se soit suffisamment assuré.
Troisième méthode : fixation par ligature sous-cutanée. — Proposée par Demoulin qui ne l’a jamais expérimentée sur l’homme, elle a pour objet de fixer le corps articulaire dans un lieu où il ne puisse être nuisible.
Nous rejetons cette méthode parce que dans le seul cas où elle ait été pratiquée sur l’homme par Adclmann, elle a suscité des accidents tellement graves qu’il a fallu s’arrêter. Le sujet était un jeune homme de 23 ans ; le corps articulaire siégeait au genou ; il fut refoulé en haut et isolé par la ligature sous-cutanée, ce qui donna lieu, dès le troisième jour et malgré les applications de glace, à une inflammation tellement violente qu’il fallut retirer la ligature en toute hâte.
Deuxième classe : méthodes curatives.
Première méthode : incision directe de la peau et de la capsule sur le corps articulaire. Nous la rejetons. Elle donne lieu à un chiffre de mortalité considérable.
Deuxième méthode : incision valvulaire. — Pli préalable fait à la peau, pour rompre le parallélisme entre la plaie de la peau et celle de la capsule. L’incision a lieu soit d’emblée et sans autre préparation que celle du pli ou après adhérences provoquées par la compression en fixant le corps articulaire sur un point de la jointure.
Nous la rejetons comme ne donnant pas de garanties suffisantes et donnant lieu à une forte mortalité.
Troisième méthode : incision sous-cutanée en deux temps. (Goyrand).
Premier temps. — On incise la capsule sous la peau à bonne distance de la plaie cutanée, on chasse le corps articulaire dans le tissu cellulaire, on réunit la plaie cutanée par cicatrisation immédiate.
Deuxième temps. — Ou extrait le corps par incision directe après un temps suffisant pour la cicatrisation de la plaie capsulaire.
A cette méthode ont été apportées des modifications que nous repoussons formellement ; ce sont les suivantes :
1° M. Velpeau. Toute l’opération est faite en une seule séance : c’est diminuer la sécurité de l’opération, sécurité qui est ici le point essentiel.
2° Liston prépare à l’aide du ténotome, une sorte de loge dans le tissu cellulaire, pour y chasser le corps après l’incision de la capsule. —
CHAI». 111 — OPÉRATIONS SUR LES ARTICULATIONS
Ce n’est qu’une inutilité et peut-être un danger ajoutés à l’opération.
3° M. Alquié. Fixation préalable du corps articulaire par acupuncture, emploi d’un petit couteau falciforme pour l’incision de la capsule. — La fixation préalable par une aiguille n’est pas nécessaire ou ne l’est qu’àtitre exceptionnel ; il en est de même du couteau falciforme quand le corps articulaire très-mou se laisse couper en deux par le ténotome au moment où l’on incise sur lui la capsule, ce qui nous est arrivé une fois.
4° M. Jobert. Ecrasement du corps articulaire sous la peau, après la sortie de la capsule. — Emploi d’une lance tricuspide pour fixer le corps articulaire dans le tissu cellulaire après son expulsion hors de la capsule.
Complication opératoire tout à fait inutile, le corps articulaire ne pouvant jamais renti er dans la capsule quand il en a été expulsé.
Dans une excellente monographie accompagnée d’une statistique faite avec soin, Joseph Berlhenson, d’Odessa, a rassemblé 130 cas d’incision directe. Des 130 opérés 20 ont succombé.
Sur 32 cas d’incision sous-cutanée, 22 eurent des suites heureuses, il y eut 7 cas d’insuccès. Pas un seul cas de mort. Car des quatre qui ont été cités comme afférents à la méthode de l’incision sous-cutanée, trois doivent être attribués à l'incision directe. Ce sont ceux de Pleindoux, Syme et Teale, attendu qu’après avoir tenté vainement l’incision souscutanée on opéra les malades par incision directe. Et quant au fait de M. Alquié, il faut noter qu’avant l’incision sous-cutanée le corps articulaire avait été fixé par des aiguilles, méthode mauvaise et qui excite une inflammation vive dont la méthode sous-cutanée ne saurait être responsable dans le cas particulier.
La méthode sous-cutanée en deux temps est donc la meilleure.
Eu égard aux difficultés qui peuvent se présenter dans l’emploi de cette méthode nous devons noter que : 1° le corps articulaire trop volumineux ne peut passer par la petite plaie faite à la capsule par le ténotome; 2° le corps articulaire reste attaché à son point d’implantation; 3'> il est emprisonné entre les surfaces articulaires.
La première de ces difficultés n’est réelle que quand l’opération se fait mal, et quant aux deux autres, le moyen que nous proposons préférablement à l’incision directe consiste dans l’immobilisation de l’article soit par un appareil mécanique, soit par un appareil inamovible.
Gomme complément de ce que nous avons dit des corps articulaires on pourra consulter le travail publié par M. Joseph Berthenson, d’Odessa, et imprimé à Dorpal en 1857, et l’excellente thèse de M. Morel Lavallée. ’
Traitement opératoire «les ankylosés.
Au point de vue de la médecine opératoire, les ankylosés doivent être di\isées en deux classes, celles dans lesquelles les surfaces articulaires
sont soudées entre elles, nous les appellerons ankylosés par soudure : (synostoses), celles dans lesquelles il n y a pas de soudure osseuse, nous les appellerons ankylosés par rigidité.
Au point de vue du but que le chirurgien peut se proposer dans le traitement des ankylosés, il peut rationnellement être conduit à rechercher soit le rétablissement des mouvements , soit le rétablissement d’ une position moins rfésamnto^ewsequecellequi résulte actuellement de l’existence de l’ankylose.
Bien quel ankylosé ne comporte au point de vue opératoire, qu’un seul et même mode de traitement, il est bon cependant de citer sommairement les différentes causes qui la produisent. Voici les variétés qu’on peut établir à cet égard :
1° Ankylosé par repos forcé de l’articulation. Ici les ligaments se raccourcissent, perdent de leur souplesse ; la synovie est exhalée en moindre quantité ; il y a en un mot atrophie. Dans beaucoup de ces ankylosés, au lieu de synoviale, on rencontre un tissu blanchâtre, filamenteux, etc. ;
2° Ankylosé par fausses membranes.
3° Ankylosé par bourgeons charnus. C’est celle qui succède aux tumeurs blanches, aux caries, etc. ;
4° Ankylosé des symphyses. Cette variété d’ankylose est souvent le résultat des progrès de l’âge ; elle se produit dans les articulations intervertébrales, coccvgiennes, sacrées;
3° Ankylosé par soudure de stalactites osseuses développées sur les extrémités des os et qui se réunissent en dehors des. surfaces articulaires. Dans tous ces cas, les surfaces articulaires sont intactes ; mais leurs mouvements sont supprimés parce qu’elles sont retenues par les espèces d’arcsboutants que nous indiquons.
Du rétablissement de la mobilité dans les ankylosés.
Quelles sont les circonstances qui indiquent ou qui contrc-indiquent les opérations ayant pour but de rétablir la mobilité dans une articulation ankylosée ?
Ces circonstances résident avant tout dans l’espèce d’ankylose à laquelle on a affaire.
L’ankylose appartient-elle à la classe des ankylosés par soudure ? Il y a pour nous contre-indication à tenter le rétablissement de la mobilité, toutes les fois que les inconvénients de l’ankylose ne sont pas réellement intolérables. Pourquoi cela ? parce que, dans le cas de soudure osseuse, ce n’est que par fracture ou par résection que l’on pourrait entreprendre de rétablir la mobilité, et cette mobilité ne saurait s’obtenir que par l’entremise d’une fausse articulation. Or, si la pseudarthrose est difficile à guérir quand elle est une fois établie, elle csLplus difficile encore à établir par l’emploi des moyens artificiels.
CHAR. III. — OPÉRATION SSU R LES ARTICULATIONS
L’histoire d’un grand nombre de tentatives de ce genre a démontré que, même dans les cas peu communs où l’on était parvenu à obtenir un semblant de pseudarthrose, le temps a détruit plus ou moins promptement le résultat sur lequel on avait compté.
Essayer de rétablir la mobilité dans une articulation ankylosée, ne peut généralement se faire que dans les cas d’ankylose sans soudure osseuse et par simple rigidité. A cos cas se rattachent nécessairement ceux dans lesquels peuvent exister des adhérences de surfaces articulaires, pourvu que ces adhérences ne soient pas des soudimes osseuses.
Quels sont donc, dans les cas de ce genre, les moyens que le chirurgien possède pour restituer à des articulations roidies, la mobilité nécessaire pour l’exercice normal des fonctions ?
Fig. 3t.
Cette planche représente l'attitude dans laquelle le chirurgien peut, obtenir le redressement forcé de l’articulation du genou, dans le cas de rigidité angulaire de cette articulation. Le talon du malade repose sur Tépau!e du chirurgien qui croise ses deux, mains 3ur la partie antérieure de l’articulation à redresser.
\ oici de quelle manière nous avons cherché à résoudre celte difficulté et commentnous en avons triomphé dans un certain nombre de cas.
Faisons remarquer préalablement que jamais les tentatives de mobilisation dune ankylosé ne doivent être faites ni dans les périodes aiguës de altération des jointures ni même dans les périodes chroniques, s’il subsiste des signes actuels d’une inflammation même modérée.
L oubli de ce précepte peut entraîner des accidents redoutables, révei erune inflammation à peine éteinte, donner lieu à des déchirures fà-
cheuses et conduire jusqu’à la suppuration inclusivement, une phlegmasie articulaire qui se serait terminée d’une manière favorable.
On peut bien, meme dans un étal actuellement douloureux d'une articulation, changer pour une fois seulement une attitude mauvaise ; mais de cet acte simple et unique à la répétition des manœuvres nécessaires pour rétablir la mobilité, il y a loin.
Admettons maintenant que les circonstances de l’état articulaire permettent de commencer les manœuvres. Voici comment nous procédons:
Le malade est assoupi au moyen du chloroforme et amené à l’état de tolérance anesthésique.
Si 1 articulation est raidie dans 1 attitude rectiligne, on la met momentanément dans l’état de flexion, au moyen d’elforts tentés presque toujours par la seule action musculaire du chirurgien ou de scs aides.
Si l’articulation est ankylosée dans l’état de flexion, on essaie d’abord d’augmenter un peu la flexion, puis on redresse le membre.
Dans l’un comme dans l’autre cas, on se sert d’une gouttière qui a été préalablement appropriée à la forme et au volume du membre, et l’on se sert de cet appareil pour obtenir, pendant huit ou dix jours, une immobilité complète, rendue tout à fait nécessaire par le besoin de prévenir l’inflammation à laquelle on doit toujours s’attendre après cette première tentative.
L’immobilité n’est pas le seul moyen sédatif auquel on doive avoir recours en pareil cas. A la moindre apparition d’une phlegmasie intense, on doit immédiatement recourir au traitement antiphlogistique le plus énergique.
Au bout de huit à dix jours, une nouvelle tentative du même genre est renouvelée. Il arrive presque toujours que cette seconde tentative n’excite point l’orage inflammatoire qu’avait provoqué la première. On est alors en mesure de recommencer les manœuvres, et l’on arrive bientôt à pouvoir les renouveler sans inconvénient, presque tous les jours.
Quand les choses en sont là, le succès de l’opération est pour ainsi dire assuré, d’autant mieux que les mouvements spontanés de l’articulation malade deviennent possibles, et qu’alors on possède deux éléments pour le maintien et l’accroissement de la mobilité acquise, à savoir, les mouvements communiqués et les mouvements spontanés.
Deux précautions très-importantes doivent dominer sans cesse l’attention du chirurgien dans ce genre d’opérations. D’abord, il faut éviter l’emploi d’une force trop grande eL se contenter, dans les commencements, de résultats faibles et incomplets. Autrement on peut produire une fracture.
En second lieu, il faut bien prendre garde qu’au moment où l’on fait ployer une ankylosé rectiligne, ou une ankylosé coudée, il arrive quelquefois que les surfaces articulaires chassent l’une sur l’autre et qu’une subluxation
CHAI*. III. — OPÉRATIONS SLR I-KS ARTICULATIONS
tend à se produire. Si celle tendance apparaît, on doit s’abstenir jusqu a
dans toute les tentatives de mobilisations des
nouvel ordre.
Je n’ai jamais eu besoin ankylosés, de recourir à des appareils mécaniques et spéciaux pour obtenir le redressement d’une ankylosé. Aussi , comme agent subit de redressement, je rejette à peu près d’une manière complète les appareils mécaniques. Mais j’en fais le plus grand cas lorsqu’il s’agit de triompher d’une manière lente et graduelle de la résistance des ankylosés par rigidité.
Dans les ankylosés du coude et du genou je fais usage de deux cuirasses susceptibles de s’adapter fortement à la brisure susarticulaire et à la brisure sous-articulaire du membre. Ces deux cuirasses articulées entre elles par le mécanisme du compas, et susceptibles de s’ouvrir sous des angles variables au moyen d’un appareil à vis, muni d'une clef, sont indispensables dans les cas où l’on reconnaît que les tentatives brusques pendant l’emploi du chloroforme, tendent à produire la subluxation ou h déterminer tel ou tel incident fâcheux sur lequel on n’avait pas compté.
Quant aux appareils assez puissants pour déterminer la fracture au niveau d’une articulation ankylosée, nous en repoussons complètement
1 usage, attendu qu’ils peuvent produire des désordres de la plus haute gravité.
Fig. 35.
Dette planche représente l'attitude dans laquelle le chirurgien peut exercer une flexion forcée sur l’articulation du genou dans le cas de rigidité en ligne droite de cette articulation.
B>u rétablissement de la conformation dans les membres ankylosés.
Lorsqu’il a été reconnu qu’on ne doit point aspirer au rétablissement du mouvement dans le cas d’ankylose, cela ne veut pas dire qu’on doive renonccr au rétablissement d’une conformation plus propice que celle qui
120 TJTHË IV. — THÉRAPEUTIQUE DES LUXATIONS
A-t-ou afîaire, par exemple, à une ankylosé par soudure, siégeant à l’articulation de la hanche et par suite de laquelle le membre pelvien porté directement en a\ ant, fléchi meme sur la partie antérieure du tronc, met le malade dans une situation tout a fait intolérable, on comprend qu’il est bien permis de chercher, même au prix de quelques dangers, à obtenir la cessation d’une condition aussi pénible.
C’est alors que l’on peut être appelé à opter entre l’un ou l’autre des deux moyens suivants : la fracture ou la résection.
Mais il est bien entendu qu il faut, avant de procéder a l’emploi de semblables moyens, avoir acquis la preuve non douteuse de la soudure des os et de 1 impossibilité absolue d obtenir, soit par la ténotomie, soit par les moyens que nous avons indiqués, le redressement de l’articulation.
Nous avons eu à cet égard un exemple très-remarquable de ce que l’on peut obtenir, avec beaucoup de patience et de temps, dans des cas qui semblaient nécessiter les mesures les plus rigoureuses.
Une jeune fille nous est envoyée à Lariboisière pour subir l’opération de la résection du col du fémur, rendue, disait-on, nécessaire par la soudure de l’articulation dans une position telle que la cuisse était fléchie sur la partie antérieure du tronc. Le fait est que, sans l’emploi du chloroforme, il eût été très-difficile de ne pas admettre l’existence d’une soudure osseuse, tant était grande la rigidité articulaire.
Mais, en soumettant à plusieurs reprises la malade à l’action du chloroforme, nous arrivâmes à percevoir quelques légers craquements qui furent pour nous un indice de la conservation du principe de la mobilité dans l’articulation de la hanche. Il n’en fallut pas davantage pour faire repousser l’opération de la résection, et, dans l’espace de huit ou dix mois, grâce au secours de la ténotomie sous-cutanée des muscles qui s’attachent à l’épine iliaque antérieure et supérieure, grâce à l’emploi des moyens mécaniques appropriés et notamment d’un bandage qui, se fixant au cou-de-pied, allait prendre son point d’appui sur les épaules, nous parvînmes à redresser le membre.
Cette malade dont nous nous proposons de publier l’observation détaillée est sortie de l’hôpital Lariboisière marchant très-bien et ne conservant qu’une claudication parfaitement supportable.
Mais enfin, s’il est définitivement reconnu que la résection ou la fracture sont les seuls moyens entre lesquels ail à opter le chirurgien, lequel des deux moyens doit-on préférer?
C’est, selon nous, à la résection ou à l’ostéotomie qu’il faut donner la préférence en imitant la conduite de Kearney , qui dans un cas d’ankylose du fémur pratiqua la résection de la partie supérieure de cet os. Malheureusement les faits de ce genre ne sont point assez nombreux pour qu’on puisse établir à cet égard des préceptes formels. Car du moins à notre connaissance, l’observation de Kearney est la première où il y ait
CHAP. III. — OPÉRATIONS SUR LUS ARTICULATIONS. 127
eu véritablement résection dans le sens propre du mot, c’est-à-dire,
opération ostéotonu<]uc avec extraction «l’une partie osseuse.
Nous ne parlons pas des cas d’ostéotomie simple qui ne sont, pour ainsi dire, que des fractures faites au moyen de la scie et non pas de véritables résections. Tel est le cas de Rhéa Barton, cas dans lequel fut pratiquée l’ostéotomie simple du col du fémur, ce qui ne l’empêche pas d’être le véritable inventeur de la résection pour les ankylosés, attendu que c’est à lui qu’est dû le procédé par lequel, dans le cas d’ankylose du genou, on enlève un fragment cunéiforme de l’os, en laissant une lame osseuse qu’on fait éclater en manière de fracture.
Difficultés «lu retlressemeut «lu genou au moyen des înacliincs.
1° La soudure de la rotule avec les condvles du fémur conserve son immobilité après la flexion forcée. Une fois le redressement obtenu dans ce cas, en supposant que l’on puisse obtenir les mouvements de flexion, jamais l’extension ne redevient volontaire.
2° Par suite des progrès de la maladie, la rotule présente une déviation latérale en dehors du tibia. Ici encore, lors du redressement, la rotule arc-bouterait contre le condyle externe pendant l’extension du tibia et produirait le déplacement de cet os en arrière.
3° Si l’on se rappelle l’espèce de glissement en arrière du tibia sur le fémur, conséquence nécessaire du gonflement des condyles dans la tumeur blanche, et du plan oblique qu’ils offrent en arrière, glissement par suite duquel il y a toujours un peu de subluxation, on concevra qu’il soit impossible de redresser le membre sans luxation du tibia en arrière. Pendant ce mouvement, le tibia rencontrera le fémur ; il sera nécessairement repoussé en arrière des condyles, s’il n’est pas écrasé par'eux.
4° Il faut tenir compte des cas dans lesquels l’ankvlose est produite presque uniquement par la contracture des muscles fléchisseurs.
Un mot sur la subluxation que présente l’articulation du genou affecté d’ankylose angulaire : si la flexion existe depuis longtemps, la moitié postérieure des condyles a perdu une partie de sa convexité ; elle s’est affaissée et un peu aplatie, et ces alterations dans la forme des condyles empêchent les surfaces concaves du tibia de recouvrir la partie postérieure des condyles quand la jambe est fléchie sur la cuisse. La jambe est alors portée mi peu plus en arrière que dans l’état normal ; elle a éprouvé une espèce de glissement en arrière par suite duquel il n’y a plus que le tiers des condyles qui se trouve reçu dans le tibia. De là la rotule paraît très-saiU lante en avant et le jarret moins évidé. Cette rétraction peut même aller iusqu’à la luxation. J
Traitement «les ankylosés de la mâchoire.
Nous devons, en commençant, reconnaître tout ce que nous a fourni M. Verneuil pour la rédaction de cet article.
C'est à Khéa Barton (1826) qu’il faut faire remonter l’idée de pratiquer une fausse articulation dans la continuité de l’un des os ankylosés par soudure.
En 1838, A. Bérard songea le premier à étendre ce principe à l’ankylose tcmporo-maxillaire.
En 1839, M. Velpeau paraît avoir conçu l’idée de la section de la mâchoire.
Dieffenbach, en deux endroits de sa Médecine opératoire (t. I, pp. 433 et 774, 4° édit., Leipzig, 1856), parle du traitement de l’ankylose temporo-maxillaire par la section de l’os.
En 1840, M. Carnochan avait proposé, pour l’établissement d’une pseudarthrose, la résection de la mâchoire, suivie de mouvements répétés. Quant au siège de celte résection, il ne le détermine point et se contente de dire qu’il faudra la faire à l’angle de la mâchoire ou dans un point que la nature du cas pourra indiquer.
A M. Esmarch revient le mérite d’avoir le premier précisé le point où l’on doit établir la pseudarthrose, et déterminé un lieu d’élection, qui varie d’ailleurs suivant la position occupée par les adhérences.
En 1850, M. Richet avait songé à la cure de l’ankylose temporo-maxillaire et proposa un procédé opératoire pour établir une pseudarthrose d’après les principes de Rhéa Barton.
En 1855, nouvelle tentative de guérison d’une ankylosé temporo-maxillaire par la formation d’une pseudarthrose, tentative pratiquée par Victor Bruns, de Tübingen.
En 1857, M. Rizzoli ayant affaire à une ankylosé cicatricielle unilatérale de la mâchoire inférieure, sectionna l’os en avant des adhérences pour former une fausse articulation en ce point, et. obtint la guérison.
Dans deux autres cas, dont il a rapporté l’observation, M. Rizzoli réussit par la section simple de l’os maxillaire, sans perte de substance, à produire une fausse articulation très-mobile et très-favorable au but. particulier qu’on se propose en pareil cas.
Dans une observation présentée à la Société impériale des médecins de Vienne le 14 octobre 1859, par M. Dittl, professeur de médecine opératoire à l’université de Vienne, il est question d’une ankylosé temporo-maxillaire, datant de quinze ans, ankylosé guérie au moyen d une opération consistant dans la section du maxillaire, au devant de l’obstacle qui maintient les mâchoires immobiles.
Le resserrement permanent des mâchoires reconnaît dos causes nom-
b reu ses ; parmi les plus graves, il faut compter l’ankylose vraie ou fausse de l’articulation temporo-maxillaire et la fausse ankylosé cicatricielle, due à des adhérences géno-maxillaires ou intermaxillaires, provoquées elles mêmes par des maladies très-diverses.
Le resserrement des mâchoires, quelle que soit son origine, est la source de troubles graves : il entrave ou abolit la mastication, altère la prononciation jusqu’à rendre parfois la parole inintelligible et amène souvent un grand dépérissement par suite d’alimentation insuffisante; il se complique souvent d’horribles difformités du visage.
Les adhérences, cause très-commune du mal, doivent être divisées en deux groupes, suivant qu’elles sont antérieures ou postérieures.
Les premières (brides cicatricielles labio ou géno-maxillaires) qui respectent la muqueuse dans la partie la plus profonde du vestibule buccal, sont les moins graves; il est possible de les guérir par l’incision combinée avec les moyens mécaniques employés avec persévérance et surtout avec les procédés autoplastiques.
Les adhérences postérieures (cicatrices géno-maxillaires profondes et intermaxillaires) qui, situées au niveau des grosses molaires ou versl’angle de la mâchoire, remplissent le fond du vestibule buccal et l’angle de réunion des deux mâchoires sont beaucoup plus graves. Les moyens indiqués plus haut en triomphent bien plus rarement.
La résection de la mâchoire en avant des adhérences (procédé de [ M' Es march) et même la simple section de l’os (procédé de M. Rizzoli),
! opérations qui ont pour but d’établir une fausse articulation, peuvent être opposées avec beaucoup d’avantages, aux lésions dont nous venons de parler. Les résultats obtenus jusqu’à ce jour ont été très-heureux. On a ' constamment obtenu le rétablissement de la mastication et de la parole, et . la guérison n a été troublée par aucun accident sérieux. Les traces de la
maladie primitive paraissent tendre à s’effacer de plus en plus avec le
; temps.
SECTION V
i OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUlt LE TISSU TENDINEUX.
TITRE PREMIER