‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 206 sur 256 · TITRE VII. — POLYPES DU RECTUM · texte numérisé non relu

TITRE VII. — POLYPES DU RECTUM

Divers exemples d'ablation de polypes du rectum, également faite avec succès, ont été communiqués par nous à la Société de chirurgie en 1844 (séances des 9 octobre et 18 septembre). Ces observations ont eu pour sujets des enfants. L’une des plus intéressantes se rapportait à un polype, véritablement érectile de l’intestin rectum.

Écrasement linéaire.

pour toutes les tumeurs qu’on attaque par l’écrasement linéaire, il faut s’occuper avant tout de pédiculiser la tumeur au moyen d'une ligature simple.

Si le polype siège au dessous du sphincter, rien n’est plus facile que cette manœuvre, et l’on arrête par un nœud la ligature qui a été appliquée.

Le polype siége-t-il au dessus du sphincter et à une profondeur notable, il faut recourir à l’emploi du spéculum bivalve, saisir avec une pince à griffes la petite tumeur afin de lui donner de la fixité, conduire ensuite, au moyen du serre-nœud de Levret ou de celui de Græfe, un fil qui embrasse le pédicule du polype : cc n’est qu’a-

— Pour les polypes du rectum, aussi bien que

Fi'j. 06.

La figure 66 représente une coupe du bassin ayant pour objet de faire comprendre l’ablation d’un polype encore tout entier, contenu dans la cavité du rectum. — B indique la cavité du rectum ouverte sur la ligne médiane ; C indique la tumeur; E indique l’écraseur; D montre le lieu dans lequel la chaîne de l’écraseur contourne le pédicule du polype ; F indique la coupe des fausses vertèbres du sacrum; A, la moitié latérale droite d'une coupe médiane de la vessie.

près avoir obtenu la pédiculisation de celui-ci, qu’on introduit la chaîne de l’écraseur en la glissant sur le serre-nœud.

L’observation suivante donnera une idée du procédé opératoire auquel nous avons recours en pareil cas, et des heureux résultats qu’on obtient par notre méthode.

Obs. — Bailant (Antoine), 68 ans, brasseur, rue de la Tonnellerie, 17, est entré à l'hôpital Saint-Antoine, le 30 août 1853.

Ce vieillard présente au pourtour de l’anus une tumeur du volume et de la forme d un gland dont le prépuce serait ramené à la base. Celte tumeur a la consistance d une excroissance charnue avec un pédicule très-court. Sa surface

parait tapissée par la muqueuse du rectum qui s’est cutisée: son aspect est blanchâtre. K

Le malade est atteint de cette affection depuis environ trente ans ; nous avions d’abord pensé qu’il s’agissait d’une tumeur hémorrhoïdale, puis nous nous sommes arrêté à l’idée d’un polype. L’examen microscopique qui a été fait par M. Charles Robin a démontré que nous avions affaire à une tumeur de nature fibro-plastique qui se serait développée à la surface d’une tumeur érectile vrineuse.

La pi'ésence de cette tumeur à l’ouverture rectale qu’elle obture complètement, gêne considérablement la marche, la station assise et l’acte de la défécat ion. Pourtant elle n’a jamais donné lieu à aucune hémorrhagie. L’exploration de la partie affectée est singulièrement redoutée par le malade, auquel le simple toucher sur la tumeur fait éprouver des douleurs très- vives.

Le sujet ayant été endormi au chloroforme, on introduit le doigt dans l’anus et on le ramène en crochet de manière à porter avec la pulpe digitale la tumeur au. dehors. Un aide muni d’une ligature très- forte sans être volumineuse, embrasse dans la même anse le doigt du chirurgien cl le collet de la tumeur. 11 commence la consfriction avant que l’operateur n’ait retiré le doigt, seulement il serre modérément la ligature et la fait glisser peu à peu jusqu’à ce qu’elle arrive sur l’ongle du chirurgien, puis, au moment où celui-ci dégage son doigt, l’aide serre tout à coup très-fortement et étrangle de cette manière le pédicule du polype.

On embrasse alors facilement le collet de la tumeur avec l’anneau de la chaîne métallique, et, à l’aide d’une constriction lente et progressive, on sépare le polype.

Le succès fut complet, il ne s’écoula pas une goutte de sang. La plaie fut saupoudrée de poudre d’amidon.

Le 5 septembre, pas de douleurs, pas d’hémorrhagie, pas d’inflammation; la défécation ne fait éprouver aucune souffrance au malade.

Le 8 septembre, la plaie est presque cicatrisée.

Le 11 septembre, cicatrisation complète; le malade sort guéri.

Dans la séance du 21 septembre 1859, M. Depaul a communiqué à la Société de chirurgie l’observation suivante;

qbs Polype du rectum opéré avec succès par la méthode de l’écrasement

linéaire — La nommée Sophie M...., journalière, est entrée le 9 septembre à l’ Hôtel-Dieu, dans le service de chirurgie dont je suis chargé.

Cette femme, qui est âgée de 62 ans, a senti pour la première fois, il y a deux ans, en allant à la selle, une tumeur saillante à l’anus et du volume d’une noisette. Au moment de la défécation, la tumeur donnait lieu à un léger suintement mucosanguin. Elle rentrait ensuite, et était complètement indolente dans l’intervalle des selles.

La malade allait régulièrement à la garde-robe.

Ot état s’est maintenu pendant dix-huit mois; mais depuis six mois la tumeur a grossi sensiblement et est devenue le siège d’un sentiment de pesanteur et de cuisson constante qui s’étend à tout le pourtour de l’anus. L’ecoulemenl mucoso-sanguin qui accompagnait la défécation est devenu plu> cons.dérable, et il est survenu une constipation opiniâtre, la malade n’allait plus a

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