‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 226 sur 256 · MALADIES DU SCROTUM · texte numérisé non relu

MALADIES DU SCROTUM

uyurocele.

On distingue plusieurs espèces d’hydrocèle, suivant le siège occupé par le liquide séreux. Celui-ci est-il infiltré dans le tissu cellulaire, il constitue Y hydrocele par infiltration , laquelle peut occuper soit le scrotum soit le cordon spermatique.

La sérosité est-elle épanchée dans la tunique vaginale, il en résulte hydrocele proprement dite laquelle peut être congénitale ou acquise. Dans la séance du 8 décembre 1847 de la Société de chirurgie, j’ai exprimé l’opmion, que certaines hydrocèles, sans être congéniales, peuvent remonter < ans le canal inguinal et proéminer jusque dans la cavité de l’abdomen.

Enfin le liquide séreux peut occuper une poche accidentelle et former Y hydrocèle enkystée du cordon.

lo Hydrocèle par infiltration.

Au point de vue du traitement chirurgical, l’hydrocèle par infiltration doit être distinguée en celle qui est due à des causes purement locales et en celle qui est l’expression symptomatique d’un trouble plus ou moins profond de l’économie soit dans les organes circulatoires, soit dans les organes de la sécrétion urinaire.

L’hydrocèle qui ne reconnaît que des causes purement locales se guérit toute seule et promptement, surtout quand l’action de la cause locale est passagère.

Celle qui dépend d’une cause générale n’est en quelque sorte qu’un simple incident au milieu d’un état pathologique plus ou moins grave.

Comme la tuméfaction plus ou moins considérable des bourses peut avoir des conséquences fâcheuses en déterminant tantôt le sphacèle, tantôt des excoriations fort pénibles, il y a indication d’intervenir chirurgicalement.

Dans les cas les plus pressants, quelques coups de scarificateur suffisent pour amener la chute du gonflement.

Dans les autres cas, l’attouchement soit avec la teinture d’iode soit avec la solution de nitrate d’argent à 5 grammes (cette dernière surtout quand il y a déjà des excoriations), suffisent pour faire résoudre le gonflement.

Les mêmes moyens de traitement peuvent être dirigés contre l’hydrocèle par infiltration du cordon spermatique.

2° Hydrocèle proprement dite.

Elle peut être accidentelle ou congénitale, ou à ne considérer l’affection qu’au point de vue anatomique, elle peut être vaginale ou péritonéo-vagi-

nale.

Hydrocèle vaginale. — Plusieurs opérations peuvent être employées pour obtenir la cure radicale de l’hydrocèle, savoir : la ponction et 1 injection, l’incision, l’excision, le séton, la cautérisation, l’électro-puncture et le

drainage. , , , ..

Ponction et injection. — Le malade étant couché sur le bord de son lit,

le chirurgien placé à sa droite, embrasse les bourses de la main gauche, et, après s’être assuré du point occupé par le testicule, il plonge de la main droite, le trocart à travers la partie antérieure et inférieure de la tumeur. L’index étendu vers la pointe de l’instrument limite la profondeur a laquelle il doit être enfoncé. La sensation d’une résistance vaincue, la facilite de porter en tous sens l’extrémité du trocart, indiquent qu’on a pénétré dans le sac.

Saisissant alors la canule de la main gauche, on retire le poinçon pour donner issue au liquide épanché dans la tunique vaginale.

TITRE XVI. — MALADIES DU SCROTUM

On complète l’opération en pratiquant une injection iodée. Pour cela on charge la seringue avec un mélange composé, mi-partie de teinture d’iode, mi-partie d’eau ; on adapte la canule de cet instrument à celle du trocart, et l’on pousse l’injection en veillant à ce que l’extrémité libre de cette dernière ne porte pas contre les parois delà cavité.

Quand la tunique vaginale est suffisamment distendue, l’opérateur retire la seringue et applique la pulpe du doigt indicateur gauche sur l’orifice de la canule du trocart pour s opposer à l’écoulement du liquide injecté.

On laisse séjourner le liquide pendant deux ou trois minutes dans la poche; après son évacuation, on fait une nouvelle injection exactement semblable à la précédente, puis, la canule étant retirée, on couvre la tumeur de compresses imbibées d’un liquide résolutif.

La poche reprend au bout de quelques jours son volume primitif; mais vers le dixième jour la résolution commence et dans l’espace de trois semaines la guérison a lieu.

Incision. Ce procédé consiste à fendre de haut en bas la tumeur dans toute sa hauteur, puis, quand le bistouri a pénétré dans le sac, on divise ce dernier, en guidant l’instrument sur une sonde cannelée introduite dans sa cavité (opération mauvaise).

Excision. — Divers modes opératoires ont été proposés pour pratiquer l’excision.

On peut, avec Douglas, circonscrire à l’aide de deux incisions un segment elliptique comprenant toutes les enveloppes du testicule, et en faire l’excision.

On peut encore, d’après Boyer, inciser la tumeur dans toute sa hauteur, disséquer la peau des deux côtés jusque vers les points où la séreuse adhère avec le testicule, n’ouvrir le sac qu’après sa complète dissection et l’exciser après l’avoir fendu.

Dupuytren cherchait à énucléer la tumeur en la pressant fortement d’arnere en avant avec l’une des deux mains pour la chasser cà travers les lèvres d’une incision préalablement faite. Puis il ouvrait le sac et l’excisait

Un chirurgien anglais, Kinderwood, après avoir fait une ouverture à

la peau, attire au dehors une petite portion du sac qu’il dissèque et qu’il excise. ^

Séton, tentes, canules. — Nous comprenons sous ce chef les divers moyens qui ont été imaginés pour produire, par leur séjour dans la poche pendant un temps suffisant, l’adhésion de la surface séreuse à elle-même

Cautérisation. — Qu’on la pratique avec les caustiques ou le fer rouge, elle n’en constitue pas moins une méthode généralement abandonnée.

Drainage. — Si bonne et si avantageuse que soit la méthode des injections îodees dans le traitement de l’hydrocèle, il est impossible de méconnaître qu elle ne réussit pas toujours.

Les injections iodées qui ne réussissent pas n’ont pas pour seul inconvé-

SfiO SECT. XI. — OPÉR. SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES.

nient de ne pas réussir; elles peuvent donner lieu à des accidents de plus d’un genre, accidents susceptibles de s’opposer ultérieurement à la guérison radicale.

Sans parler ici des inflammations au degré suppuratif cpii peuvent être la conséquence des injections iodées, il est incontestable, et nous en avons la preuve sous les yeux, qu’il peut survenir dans la tunique vaginale par le fait de ce mode de traitement des phlegmasics partielles, lesquelles donnent lieu tantôt à des indurations, tantôt à des brides ou à des adhérences qui constituent autant d’obstacles à la juxtaposition dans toute leur étendue, des parois de la séreuse.

On conçoit, par exemple, qu’une ou plusieurs indurations partielles ne permettent plus à la paroi externe de la tunique vaginale de se mouler sur l’organe testiculaire, que l’inflammation adhésive ne puisse plus porter sur toute l’étendue de cette séreuse, et par conséquent qu’il reste des points où l’hypersécrétion morbide qui donne lieu à l’hydrocèle, continue à se faire. On sait également que, des adhérences partielles s’étant établies en plusieurs endroits de la tunique vaginale, mais d’une manière tout à fait irrégulière, il en résulte des cloisonnements qui transforment une hydrocèle uniloculaire en une hydrocèle pluriloculaire, et créent ainsi au chirurgien des difficultés presque insurmontables pour l’exécution d’une nouvelle opération.

Ainsi, l’injection iodée, bien que donnant des résultats généralement très-favorables, bien que constituant une méthode généralement bonne, nous l’avons déjà dit, ne peut pas néanmoins être considérée comme étant complètement inoffensive, puisque non-seulement elle expose à la récidive, mais encore elle peut donner lieu à des accidents susceptibles d’empêcher la cure radicale.

J’ai publié dans la Gazette des hôpitaux (15 oct. 1837) l’observation de deux malades affectés d’hydrocèle en état de récidive après 1 injection iodée et chez lesquels j’ai dû par ce motif recourir à l’emploi du drainage.

Le premier malade avait été soumis a l’injection iodée. Ce mode de traitement ne réussit pas à amener la guérison définitive. Des noyaux indurés se produisirent sur divers points de la tunique vaginale et, lorsque le malade entra à l’hôpital Lariboisière, la tumeur avait reparu depuis quelques mois. Elle fit des progrès rapides sous nos yeux, et l’hydrocèle est revenue aujourd’hui à des proportions plus considérables que celle qu’elle offrait primitivement.

Le second malade a été opéré trois fois : deux fois à 1 hôpital Saint-Louis par l’injection iodée, une fois à FHÔtel-Dieu (service de Boyer), par l’injection vineuse. Malgré l’emploi réitéré de la méthode des injections, la

maladie s’est constamment reproduite.

Le manuel opératoire auquel j’ai eu recours dans ces deux cas a été le suivant : Après avoir bien constaté la position du testicule et du canal

TITRE XVI. — MALADIES DU SCROTUM

Référent, je traverse la tumeur dans le sens vertical avec un trocart à drainage. Je retire le poinçon, et, la canule restant en place, je fais passer à travers cette dernière une bougie armée d’un fil qui entraîne une anse élastique. La canule étant retirée à son tour, le liquide s’écoule.

Chez nos deux malades, en raison de la récidive, et dans la crainte de quelque anomalie des organes contenus dans le scrotum, nous avons fait une ponction exploratrice qui nous permît de bien reconnaître l’état des parties et de pratiquer l’opération en toute sécurité.

Depuis près de trois ans, nous avons traité par le drainage toutes les hydrocèles que nous avons eu à opérer tant en ville qu’à l’hôpital. Aucun accident n a été la suite de ee mode opératoire qui exonère le chirurgien d une foule de mécomptes plus ou moins graves qui s’observent quelquefois comme accompagnement de la méthode par injection; et pour n’en citer qu’un seul, nous rappellerons l'envoi possible de la matière à injection dans le tissu cellulaire des bourses, accident qui, lorsqu’on fait usage du vin pour substance injectée, détermine le phlegmon diffus, le sphacèîe des bourses et quelquefois la mort.

Le mode opératoire qui est d’une simplicité extrême et qui donne la possibilité d exécuter 1 opération en 4 ou 5 secondes consiste à passer par double transfixion, -un trocart qui, pénétrant dans la cavité vaginale bien tendue, par le point le plus culminant de la poche liquide, là où on s est bien assuré de l’absence du testicule, va ressortir à 4, 5 et 7 centimètres de distance du point d’immersion de l’instrument.

Pour celte opération, le chirurgien saisissant de la main.gauche la bourse du coté malade, ramène fortement en arrière les téguments de manière a leur donner une tension qui facilite singulièrement l’introduction du trocart. Au moyen de la canule de celui-ci on met en place un tube élastique fenetre qu’on laisse à demeure pendant huit jours après lesquels on le retire pour laisser s’établir la cicatrisation définitive, ce qui a lieu en 36 ou 48 heures.

Opemïion de V hydrocèle par le drainage trameurrent. - Ayant reconnu que la suppuration n’est nullement nécessaire et que déplus elle peut avoir des inconvénients, je ne laisse plus le tube fenêtré en place que pendant 6 heures La guérison est plus rapide encore que par aucun autre procédé. Lu cas de récidivé, on laisserait le tube pendant 12 ou 24 heures.

De 1 opération rte l’hydrocèle faite à la lumière artificielle.

Un épanchement sanguin dans la tunique vaginale par suite d’une . essure de veine due à la pointe du trocart pendant l’opération de ydiocele est chose assez rare. Toutefois dans les cas où un réseau veineux s-nchc existerait dans le scrotum, il pourrait être blessé et donner lieu “ CellC comPllcation fâcheuse. Il y a un moyen très-sûr de distinguer par-

862 SECT. XI. — Ol'ÉR. SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES, faiiement les divisions de ce réseau et de les éviter, c’est d’examiner et

«l’opérer l’iijtlrocèlc a la lumière artificielle.

Dans le traitement consécutif de l’hydrocèle, comme dans toutes les maladies des bourses où le malade garde le décubitus horizontal, j’emploie avec beaucoup d’avantage un mode de suspensoir qui consiste en ceci :

On se procure une plaque rectangulaire de carton ou de bois trèsléger. Sur le milieu d’un des grands bords de l’espèce de carré long que représente cette plaque , on pratique une échancrure qui vient embrasser la racine des bourses. Celles-ci reposent alors sur la face supérieure de la plaque rigide. La substance que j’emploie le plus habituellement à cause de sa légèreté et de la facilité qu’on a à se procurer cette substance, c’est le carton que je fais recouvrir d’un vernis au collodion ou d’une lame de taffetas gommé.

Ilyilrocèle périt onéo-Taginale.

Nous appelons hydrocèle péritonéo-yaginale, toute collection de liquide séreux, pouvant se mouvoir alternativement de l’intérieur de la tunique vaginale à l'intérieur du péritoine et vice versa , quelle que soit la portion de membrane séreuse qui ait donné naissance à la supersécrétion.

Il ne suffit pas de proposer une dénomination nouvelle, il faut en justifier la convenance et l’utilité.

Comme la condition anatomique indispensable pour l’accomplissement de la migration alternative dont nous venons de parler, est la libre communication du péritoine avec la tunique vaginale, et que cette communication, anormale chez l’adulte, est normale pendant un certain temps chez le foetus et par exception chez l’enfant nouveau-né, on a qualifié d’hydrocèle congénitale toute accumulation séreuse, coexistant avec la condition anatomique de la communication intra-péritonéale.

Mais il suffit de quelques instants de réflexion pour reconnaître tout ce qu’a d’inexact la dénomination d 'hydrocèle congénitale , appliquée indistinctement à toute collection séreuse pouvant passer de la tunique vaginale dans le péritoine, et vice versa.

Ce qui est congénital, c’est la communication interséreuse. Mais l’amas séreux peut se faire à toutes les époques de la vie ; et, dès lors, lui donner le nom de congénital, n’est-ce pas se livrer à une extension abusive, et transporter à la maladie tout entière ce qui n incombe qu à 1 un de ses éléments ; à savoir , la communication anormale des deux cavités séreuses ?

Il y a plus : une hydropisie doit toujours se dénommer par le nom de la surface séreuse qui sécrète anormalement; or, je le demande, quand je vois apparaître à l’àge de 10, 20, 30, 40 ans et plus un liquide qui se meut de la vaginale au péritoine cl vice versa , comment pourrais-je dire

TITRE XVI. — MALADIES DU SCROTUM

que c’est la vaginale plutôt que la péritonéale qui a fourni l’excédant de sécrétion ?

On voit donc qu’il y a beaucoup d’idées à réformer sur cette affection, que des habitudes anatomiques indûment appliquées ont fait qualifier du nom d’hydrocèle congénitale. Des vues nouvelles doivent se faire jour sur ce point de pathologie, et elles sont d’autant plus importantes à connaître, quelles sont destinées à exercer une grande influence sur le traitement. Comprenez-vous l’homme qui, pour une hypersécrétion péritonéale, s’évertue à oblitérer la tunique vaginale, et semble s’en prendre à elle de ce que le péritoine a sécrété un peu plus qu’il n’aurait dû le faire ?

Ma déduction pratique est celle-ci : Toute hydrocèle péritonéo-vajjinale ne comporte un traitement opératoire, que quand on a épuisé en vain toutes les ressources que la thérapeutique dite interne peut offrir pour le traitement des hydropisies.

Obs. — Le nommé Auguste Monnot, 38 ans, limonadier, rue Sainl-Marlin, 314, entre à l’hôpital Saint-Antoine, le 29 octobre ISoI, au n° 13 de la salle Saint- François.

Legendre m’avait envoyé ce malade comme atteint d’hydrocèle. Je constate l’existence très-reconnaissable de l’hydrocèle qui, dans le cas particulier, offrait une transparence remarquable. La tumeur avait le volume du poing. Je confirme le diagnostic de mon collègue, et ne me doutant nullement que je n’avais pas affaire à une hydrocèle ordinaire, en outre, n’ayant examiné le malade que dans la position verticale, je l'engage à entrer à l’hôpilal : ce qu’il fait. Mais quand, le lendemain, je veux examiner de nouveau l’hydrocèle avant de faire l’injection, plus de tumeur. Je fais lever le malade. Réapparition de la collection au bout de quelque temps. Plus de doute alors, c’est à une hydrocèle congénitale ou péritonéo- vaginale que j’ai affaire.

Dans les hvdiocèles ordinaires, on n attache pas d’importance à remonter aux antécédents, parce que cela ne sert pas à grand’chose ; mais quand on se trouve en piésence d un cas pareil à celui qui nous occupe, la recherche des antécédents prend de l’importance. J’apprends que le malade n’a jamais rien eu qui ressemblât à une hernie, ni à une altération quelconque de la bourse droite, siège de la tumeur actuelle. C’est donc d’une maladie toute de formation récente qu’il s’agit. Quant à la cause prochaine, à celle qui, dans les souvenirs du malade, pourrait avoir trait à l’affection actuelle, voici ce que nous apprenons. Depuis peu, il s’est marié et a pris un fonds de limonadier ; ses habitudes se'sont modifiées en ce sens qu’il a dû se livrer à des nettoyages plus assidus de son établissement, et que, d’un autre côté, pour faire raison à ses nouvelles pratiques, il a dû boire assez souvent des spiritueux qu’il a eu soin d’étendre, dit-il par d'criormes quantités d’eau. Pour lui, quand on lui apprend qu’il a de Veau dans les bourses, la cause de sa maladie ne lui paraît pas douteuse. 11 a bu beaucoup d’eau, il a une tumeur formée par de l’eau, cela lui paraît être lrès-caté«oriaue Quant a l’epoque d’apparition, il est parfaitement sûr, dit-il, que la tumeur né remonte pas à plus de quinze jours. C’est depuis cette époque que, pour la nremiere fois, il s est aperçu que les bourses, à l’état naturel le matin, devenaient

de plus en plus volumineuses à mesure que la journée s'avançait. 11 n’y a aucune trace de varicocèle. L’examen le plus attentif des poumons, du cœur, du foie, des reins, et de la fonctionnalité de ces organes, ne nous fait reconnaître aucun trouble susceptible de donner lieu à une hypersécrétion séreuse.

La facilité de la communication intra-péritonéale nous fait tout d’abord comprendre l’absurdité d’une opération exclusivement adressée à l’hydrocèle considérée comme maladie locale, et les dangers d’une pareille opération nous la font rejeter d’emblée. Le traitement consistera donc dans l’emploi des moyens suivants : Décubitus horizontal permanent; cataplasmes largement arrosés de vinaigre sur les bourses; embrocations abondantes trois fois par jour, surtout l’abdomen, avec un mélange de teinture de scille et de teinture de digitale; un bain de Baréges tous les jours.

Avant de commencer ce traitement, le malade est présenté à la Société de chirurgie, en novembre 1851. On y constate l’existence et la nature de la tumeur, sa disparition après un décubitus horizontal de quelques instants, sa réapparition au bout de quelque temps d’attitude verticale.

Le traitement est commencé le lendemain. Dès le sixième jour, diminution notable du volume de la tumeur, même quand le malade a marché et s’est tenu debout pendant toute la durée de la visite.

Le 13 novembre, il n’existe plus aucune trace de la tumeur, quelle que soit l’attitude du malade. On continue le traitement pour se mettre en garde contre la possibilité d’une récidive. Mais à la fin de novembre, ne voyant plus rien reparaître, nous renvoyons le malade, avec invitation de nous revenir dès qu’il apercevra la moindre imminence d’un retour de sa maladie.

Depuis huit mois, il n’y a eu aucune récidive.

Aux conditions anatomiques déjà énumérées comme pouvant favoriser l’apparition d’une hydrocèle péritonéo-vaginale, nous devons ajouter l’existence d’un sac de hernie congénitale, privé depuis longtemps des viscères qu’il a d’abord contenus (sac déshabité).

Enfin nous ajouterons, au sujet du traitement, que l’on aiderait peutêtre très-puissamment l’action de la médication résorbante, en refoulant dans l’abdomen, d’une manière permanente et par l’emploi continu d’un bandage herniaire, le liquide formant hydrocèle. En le retenant ainsi dans la cavité péritonéale et en le forçant à se mettre en rapport avec des suifaces séreuses plus étendues, on multiplierait, sans aucun doute, les chances de résorption. Il y a seulement ceci à notci . c est que 1 emploi d’un bandage herniaire comme moyen de prévenir le va et vient d’un liquide de la cavité péritonéale à la vaginale, exige des soins tout particuliers dans sa construction et dans son application. Il ne nous a jamais été possible, avec les bandages ordinaires, quel que fût notre soin à les appliquer, d’interrompre, même pendant un court espace de temps, le passage des liquides de l’intérieur du péritoine vers la tunique vaginale.

Je trouve tellement contestable la dénomination d’hydrocèle congénitale, que je ne sais même pas s il existe dans la science un seul exemple bien au’ié

TITRE XVI. — MALADIES DU SCROTUM. 860

bien avéré d’hydrocèle absolument congénitale, c’est-à-dire d’accumulation séreuse anormale dans la cavité vaginale testiculaire au moment de la naissance; et jusqu a ce que des exemples authentiques de ce genre d altération aient été produits, nous sommes en droit de révoquer en doute leur existence.

À 1 occasion du diagnostic de l’hydrocèle dite congénitale, j’ai à faire îemaïquer une cii constance qui ne me paraît pas avoir suffisamment arrêté l’attention des chirurgiens. Voici de quoi il s’agit.

Il existe des hydrocèles en sablier qui ont une moitié inférieure située à l’extérieur de l’anneau, parfaitement accessible à l’examen, et une moitié au-dessus de l’anneau inguinal. Ces hydrocèles en sablier peuvent donner lieu à une erreur de diagnostic bonne à signaler, et voici comment.

Si les deux moitiés sont toutes deux également pleines et distendues, la migration du liquide de l’une dans l’autre ne peut s'effectuer, et il n’v a pas de risque qu’on prenne une pareille hydrocèle pour une hydrocèle péritonéo-vaginale. Mais si la quantité de liquide irest pas suffisante pour distendre complètement les deux compartiments de l’hydrocèle, voici ce qui arrive. Le sujet est-il debout ? le liquide se porte, d’après les lois de la • Pesanteuri ^ans la poche la plus déclive, et alors on trouve toutes les apparences de l’hydrocèle ordinaire. Mais le sujet vient-il à se coucher le liquide repasse à travers l’anneau inguinal, de la poche inférieure d’ans la supérieure, et l’hydrocèle disparaît, ou, si l’on veut, se comporte d’une manière tellement semblable à ce qu’on observe dans les cas d’hvdrocèle dite congénitale, qu’il est à peu près impossible de ne pas tomber dans 1 erreur. L’erreur devient plus inévitable encore si cette hydrocèle en sablier avec distension incomplète se présente chez un jeune sujet C’est ce qui arriva dans un cas qui m’a été communiqué, et où une hydrocèle en sablier fut prise pendant nombre d’années pour une hernie congénitale. Dans ce cas remarquable, non-seulement l’hvdrocèle fut regardée comme congénitale : première erreur ; mais de plus une inflam mation aiguë s’étant emparée du sac séreux et ayant donné lieu de croire qu une hernie étranglée était venue compliquer l’hydrocèle (deuxième

erreur), on opéra. Le malade périt, et la double erreur ne fut reconnue qu’à 1 autopsie. 1

Ob - Un homme de 37 ans portait, depuis l’âge de 15 ans, une tumeur siégeant a la bourse droite, dans la tunique vaginale testiculaire. On la considère comme étant une hydrocèle; une ponction est faite à l’âge de 10 ans. La tumeur se 1 enouvelant toujours, on fait, dans le cours de treize années, dix ù douze ponctions qui donnent toujours issue aune sérosité transparente. A Ténomm a > a trentième année, on constate encore cette particularité de la mim-ui i C

nital'e.6' * ^ “ C°nflI'me dü P'US Cn P'US da"S Pidde d'une Mrocèle congé-

Un jour, à l’âge de 37 ans, au moment où cet homme voulait soulever un fardeau, la tumeur augmente subitement de -volume, et devient douloureuse. La tumeur diminue par la pression ; elle fait entendre comme un bruit de gargouillement; ventre tendu, douloureux, nausées, vomissements, pouls petit, déprimé.

On croit à une hernie étranglée, on opère. Liquide séro-purulent, flocons albumineux; point d’épiploon ni d’intestin, pas la moindre trace de communication avec la cavité péritonéale.

Les accidents s’aggravent, deviennent ceux d’une péritonite suraiguë, et le malade meurt le septième jour après l’opération.

A l’autopsie, poche considérable s’étendant depuis le testicule à nu jusqu’à ,8 centimètres au-dessus de l’anneau inguinal; la poche est divisée, par l’anneau du grand oblique, en deux compartiments. Le sac supérieur est moins grand que l’inférieur.

Dupuytren connaissait très-bien ces hydrocèles en sablier et les désignait sous le nom d’hydrocèles en bissac. Nous trouvons à la page 20, tome I, de la Médecine opératoire de Sabatier, annotée par Sanson et Bégin, la note suivante :

« Au moment où nous écrivons ces lignes, disent les savants annotateurs, il existe à rHôtel-Dieu un exemple remarquable de cette disposition. Une portion de la tumeur occupe le scrotum, l’autre est située à l’intérieur de l’anneau au dessus duquel elle se dilate. Ce dernier est le siège du rétrécissement mitoyen. Lorsque le malade est debout, la portion extérieure de la tumeur se remplit davantage; s'il tousse, elle se tend ; elle se vide, au contraire, lorsque le sujet se couche horizontalement ou lorsqu'on la comprime. Alors la partie abdominale de la tumeur et la région iliaque droite qu’elle occupe s’élèvent et deviennent plus volumineuses. La transparence de la tumeur externe, la manière dont elle s’est développée caractérisent assez une hydrocèle dans laquelle la tunique vaginale en s’étendant a remonté vers l’anneau, et l’ayant dépassé, s’est dilatée de nouveau dans le canal inguinal.

L’hydrocèle congénitale ou péritonéo-vaginale peut-elle s’enkyster par le resserrement progressif du goulot qui la fait communiquer avec 1 abdomen, ou bien , quand on trouve de ces hydrocèles incomplètement enkystées du côté de la cavité péritonéale, cela veut-il dire que nous avons affaire à un ancien sac herniaire en voie d’enkystement, mais qui n’est point encore arrive a une clôture complété du cote de la cavité abdominale ? Ces questions sont d une haute impoi tance pialique, et quoique ce ne soit point ici le lieu de les traiter ex professo , il suffit que l’hydrocèle dite congénitale y soit intéressée pour que nous en disions quelques mots.

Nous qualifierons d’abord de pseudo-enkystement la disposition de ces poches kystoïdes qui jouissent du singulier privilège: i° de représenter dans certains cas tous les caractères de l’hydrocèle enkystée, quoique

TITRE XVI. — MALADIES DU SCROTUM

Page 1