TITRE VI. — POLYPES DIJ VAGIN
Obs. — Une femme, âgée de 30 ans, éprouvait les douleurs d’un premier accouchement. A l’examen des parties génitales, on vit une tumeur considérable, de la grosseur d'un pain d’une livre. A sa partie supérieure et postérieure était un trou inégal dans sa circonférence, qui pouvait admettre le pouce. La tête du fœtus se présentait naturellement, elle dilata peu à peu cet orifice, franchit le détroit et le déchira dans la partie postérieure, vers le périnée.
Cette tumeur fongueuse s’était formée vers l’âge de 17 ans, à la suite d’un abcès dans le vagin. Elle avait augmenté peu à peu de volume jusqu’à l’âge de 29 ans, époque du mariage, et surtout pendant la grossesse. On ôta cette tumeur par une incision à peu près circulaire ; trois heures après l’opération, il survint une hémorrhagie qui fut arrêtée par compression.
Cette femme a été parfaitement guérie dans l’espace d’environ un mois.
Obs. — Polype du bulbe du vagin. — Ligature et excision. — Guérison. (Observation de M. Letenneur.) — En 1838, la femme Loisy, alors âgée de 30 ans, bien réglée et d’une bonne constitution, demeurant à Talleron en Vendée, s’aperçut, immédiatement après sa première couche, de la présence, à l’entrée du vagin, dune tumeur ayant le volume d’un œuf de pigeon. Cette tumeur n’avait pas de pédicule; elle n’était le siège d’aucune douleur; à peine produisait-elle un peu de gêne.
Après un intervalle de seize mois, nouvel accouchement sans changement appréciable dans le volume de la tumeur.
Treize mois après la malade devient encore enceinte et dès les premiers mois de cette troisième grossesse, la tumeur s’accroît rapidement et vient faire saillie à la vulve.
Immédiatement après l’accouchement, la tumeur remonte spontanément dans le vagin ; elle était alors aussi grosse qu’un œuf d’oie.
Pendant cette dernière grossesse, la tumeur, du volume du poing, descend entre les cuisses; après l’accouchement, on peut encore la réduire assez facilement.
Au mois de décembre 1848, la tumeur, prenant un développement de plus en plus considérable, était devenue entièrement irréductible;
C’est à cette époque que la malade commença à rendre involontairement ses urines.
Le 4 juin, mon père fut appelé près d’elle. Au premier aspect, il reconnut un polype. Le toucher lui démontra qu’il s’insérait à la paroi antérieure du vagin, et. qu’il n’avait aucun rapport avec l’utérus.
Mesurée vers sa base et dans sa portion la plus large, la tumeur a 45 centimètres de circonférence; au collet, dans sa partie la plus étroite, 20 centimètres. La hauteur est de 13 centimètres.
Sur la partie antérieure et médiane de cette portion du polype, on voit un orifice pouvant laisser pénétrer facilement le petit doigt : c’est" le méat urinaire.
En introduisant une sonde dans la vessie, on s’aperçoit que le canal de l’urètre est dévié à droite. Celte déviation semble causée par des racines que le pédicule envoie sous forme de deux colonnes, sous l’arcade du pubis et vpi-q ln col de la vessie. US1C
Pour enlever ce polype j’eus recours à la ligature, suivie de l’excision.
7 juin. — Une sonde est placée dans l’urètre, après quoi, une longue aiguille droite, portant un double fil, est enfoncée d'arrière en avant dans le pédicule, et vient sortir à un centimètre plus bas que le méat urinaire.
Un jet de sang veineux s’échappe avec force, de la piqûre.
Le col de la tumeur fut ainsi embrassé à droite et à gauche, dans une double ligature que je serrai fortement.
Chaque jour, on serra plusieurs fois les fils, la tumeur devint violacée et brunâtre.
Le 12 juin, le cinquième jour après l’application delà ligature, la malade se plaint de vives douleurs et elle éprouve des défaillances.
Enfin je me décide à exciser la tumeur en portant l’instrument à 2 centimètres au dessous des fils. 11 en résulte une large plaie dont le sang s’écoule en nappe avec abondance. Du côté droit, une artère donna même un jet assez fort.
J’embrassai alors tout le pédicule en masse dans un nouveau fil et j’établis une légère compression sur la plaie. L’hémorrhagie s’arrêta.
Le pédicule ne se détacha complètement que le 22 juin, le quinzième jour.
Le méat urinaire était remonté, et, pour le voir, il fallait écarter les petites lèvres.
La femme Loisy qui, après cette opération, avait conservé pendant quelques mois une incontinence d’urine, a recouvré depuis sa fraîcheur et ses forces.
Cette intéressante observation rapprochée de celle dans laquelle le docteur Lequevré a si rapidement guéri sa malade , par l’emploi de l’écrasement linéaire, fait comprendre à quels soucis, à quelles lenteurs, à quelles complications le chirurgien s’expose quand il a recours aux méthodes aujourd’hui abandonnées en pareil cas, et qui consistent dans la ligature et l’excision au moyen de l’instrument tranchant.
En 1860, avec l’assistance de notre excellent et savant collègue à Lariboisière, M. Moissenet, j’ai opéré par écrasement un volumineux polype du vagin chez une dame de 35 ans. Il ne s’écoula pas une goutte de sang ni pendant ni après l’opération dont les suites furent de la plus extrême bénignité.
TITRE YII
REGTOCÉLE VAGINALE.
Dans les séances des 24 et 31 mai 1848, j’ai communiqué à la Société de chirurgie, l’observation d’une dame affectée de rectocèle vaginale présentant ceci de particulier que le prolapsus ne se produisait que pendant un effort brusque et instantané, comme par exemple celui de l’éternument. En examinant attentivement la tumeur, j ai reconnu qu elle n était pas sortie complètement; mais il y avait une tension douloureuse à la partie inférieure et postérieure du vagin. Le doigt porté dans le rectum est ramené en avant en poussant au-devant de lui et faisant saillir davantage la tumeur. J’ai constaté de plus une déchirure partielle du périnée.