TUMEURS LIQUIDES
Tumeurs séreuses.
Cette classe de tumeurs comprend, d’une part, les hydropisies proprement dites, d’autre part les kystes séreux, synoviaux et hydatiques.
1° Hydropisies.
Les opérations relatives à ce genre de tumeurs ayant été déjà indiquées à propos des opérations qui se pratiquent sur les séreuses, nous n’en pourrions traiter ici sans faire double emploi.
2° Kystes séreux, synoviaux et hydatiques.
Kystes séreux. — Je rejette complètement du traitement curatif des kvstes séreux l’emploi de la ponction et de l’incision; de la ponction parce qu’elle ne constitue en réalité qu’un palliatif, de l’incision parce qu’en donnant lieu à la suppuration de la poche elle peut amener des accidents de la nature la plus grave.
La dilacération sous-cutanée, l’injection iodée et le drainage me paraissent être les seules méthodes efficaces dans le traitement des kystes séreux.
Avant d’avoir une opinion aussi définitivement arrêtée sur la thérapeutique de ces tumeurs, et alors que je ne possédais pas les ressources précieuses du drainage, j’ai fait longtemps usage de l’incision. Pour les kystes peu volumineux, j’incisais la tumeur par son milieu, puis j’en arrachais, par une sorte d’énucléation les deux hémisphères. Voici quelques exemples de l’emploi de cette méthode de traitement.
Obs. — Kyste du cuir chevelu. — Ablation par transftxion de la tumeur et arrachement successif des deux moitiés du kyste. Guérison. — Leheu (Alfred), 27 ans, tourneur, est entré le 29 octobre 1849 à l’hôpital Saint-Antoine.
Cet homme porte en arrière de l’oreille gauche un kyste du cuir chevelu, kyste parfaitement transparent et unique. Le malade, qui a été soldat pendant plusieurs années, attribue la production de ce kyste, à la pression du bord de son schako. J’opérai la tumeur par une section pratiquée dans toute sa hauteur au moyen d’un bistouri droit introduit par ponction. Saisissant ensuite avec une pince chacun des deux hémisphères de la membrane kystique divisée dans son milieu, je les arrachai successivement etd’une manière complète. La paroi
du kyste avait une médiocre épaisseur; elle était blanche et assez résistante: pansement par occlusion.
Au bout de quelques jours réunion par première intention.
Obs. — Kyste du pouce droit. — Incision de la tumeur par trans/ixion, puis énucléation de ses deux moitiés. — Doussay (Antoine), 26 ans, cordonnier, est entré à l’hôpital Saint-Antoine le 20 juin 1850.
Depuis trois ans cet homme portait une petite tumeur au pouce droit. Cette tumeur extrêmement mobile pouvait glisser sous le doigt, échapper aux causes de pression qui pouvaient l'atteindre et permettre ainsi au malade de travailler. Depuis quinze jours elle s'est très-notablement développée et a rendu le travail impossible.
21 juin. — Une incision pratiquée sur le milieu du kyste, le divise en deux parties et donne issue à une sérosité limpide. On enlève par énucléation chacune des deux moitiés du kyste. Cataplasmes.
Les jours suivants, on panse par occlusion. — 24. Exeat.
Chez le sujet de l’observation suivante, nous avons dû, croyant à une épiploïte suppurée, recourir à l’ouverture par incision. — Ce débridèrent nous conduisit à reconnaître que nous avions affaire à un kyste multiloculaire dépendant, selon toute apparence, du ligament rond. Du reste la malade guérit parfaitement.
Obs. — Kyste multiloculaire suppuré de la région inguinale simulant une hernie. Ouverture de la poche par incision. Guérison.— Lépine (Adèle), 29 ans, blanchisseuse, est entrée le 13 avril 1849 à l’hôpital Saint- Antoine.
Cette malade porte dans la région inguinale droite une tumeur du volume d’un œuf de poule, tumeur située sur le trajet du canal inguinal et s'étendant jusqu’à la symphyse, tumeur molle, fluctuante et restée douloureuse depuis le dernier accouchement qui date de quatorze mois.
Ces jours-ci, la douleur a été si vive que, pour explorer la tumeur et raser la partie, on a été obligé d'endormir la malade.
Cette femme assure que, à la suite d'un eflort violent pour soulever un baquet d’eau, elle a senti un craquement dans la région inguinale. Quelque temps après, la malade ne songeait plus à cet accident lorsqu’elle vit une tumeur se I développer dans l’aine. Cette tumeur, quelle prit pour une hernie, ne lui causait aucune douleur. Les eflorts de toux ne déterminaient aucune saillie dans ce i point. La malade pouvait se livrer comme d'ordinaire à ses occupations.
Lr.tiée d abord à 1 hôpital dans un service de médecine, elle en sortit pour j recommencer à travailler. 1
j Mais à la suite de sa dernière couche, la tumeur s'étant enflammée, la malade fut admise dans nos salles.
M. Chassaignac, croyant a une hernie épiploïque suppurée, se décida à ouvrir la tumeur.
10 avril. Une incision longitudinale ayant été pratiquée, la tumeur donna issue à une sérosité jaune mêlée de pus.
On reconnaît aussitôt qu’il s’agit d’un kyste. Un doigt introduit dans la noche promet de sentir dans l’épaisseur de sa paroi supérieure une seconde poche nue on ouvre pareillement. — Celle-ci n’est également autre chose qu'un kyste
mais sans mélange de pus. On pense que ce pourrait être là un kyste du ligament rond. — Cataplasmes.
20. — Les lèvres de la plaie s’assouplissent. Lavage, cataplasmes.
22. — La plaie va beaucoup mieux, les lèvres se dégonflent et s’affaissent.
7 mai. — Cicatrisation complète. Exeat.
Kystes hydatiques. — Laënnec, dans son mémoire sur les vers vésiculaires, semble avoir le premier décrit le kyste hydatique du poignet. Dès 1 805 il publiait le fait suivant :
« On ouvrit, dans le courant de l’an XI, dit-il, à l’Hôtel-Dieu , une tumeur placée vers le poignet d’une femme de moyen âge. Il en sortit de petits corps que M. Dupuytren, chirurgien en second de l’IIôtel-Dieu, et chef des travaux anatomiques de l’Ecole de médecine, me communiqua. La forme de ces corps était très-variée : les uns étaient ovalaires , les autres allongés, d’autres triangulaires. Plusieurs étaient tronqués dans une partie de leur circonférence, sans qu’il y eût cependant aucune solution de continuité en ces endroits. Tous étaient aplatis. Leur longueur était de 4 à 12 millimètres. Ils étaient d’un blanc laiteux, opaques vers le milieu, demi - transparents vers les bords , qui allaient en s’amincissant. Ces corps, incisés longitudinalement dans le sens de leur largeur, parurent composés de deux substances, l’une, extérieure, presque opaque, d’un blanc laiteux, et absolument semblable au blanc d’œuf cuit ; l’autre, intérieure, grise, plus transparente, plus molle que la précédente, un peu grumeleuse et assez semblable à de la gélatine, à la fermeté près. Ceux de ces petits corps qui étaient les moins aplatis, présentaient vers leur centre une cavité assez marquée. L’inspection la plus attentive ne put me faire distinguer dans ces corps aucun organe distinct ; mais leur état d’isolement et leur ressemblance de texture avec les acépbalocystes ne permettent guère de douter que ce ne soient des vers. M. Dubois, professeur à l’Ecole de médecine, m’a donné, depuis, une cinquantaine de corps de même espèce qu’il avait aussi retirés d’un kyste situé au poignet. »
Depuis l’époque où Laënnec écrivait, d’autres auteurs distingués se sont occupés des kystes du poignet, et parmi eux nous citerons M. Cruveilhier, | qui, dans son Précis d’anatomie pathologique, a rapporté un assez grandi nombre d’observations de ce genre, recueillies en partie dans la pratique j de Dupuytren.
Relativement à leur nature, nous avons dit l’opinion de Laënnec. Comme ■ lui, Dupuytren était porté à penser que ces corps étaient organisés. Il se l fondait sur leur forme à peu près constante, sur leur structure; ils sont' composés de lames superposées, distinctes; il n’est pas certain qu ils n’aient point une cavité. S’ils n’étaient pas organisés, disait-il, comment: auraient-ils pu se conserver intacts pendant plusieurs jours au milieu de la suppuration? Enfin, il croyait avoir aperçu des mouvements dans un de ces corps. Jlipp. Cloquet, qui n’en a jamais observé qu’après des autopsies fj
cadavériques, n’a point remarqué qu’ils renfermassent une véritable cavité. Tout en se disant fondé à penser que ces corps sont des vers vésiculaires, il avoue que rien ne prouve à ses yeux, d’une manière positive, que son opinion soit fondée. 13osc et Duméril, après un examen attentif et scrupuleux de corpuscules de cette nature, n’ont jamais pu voir en eux aucun mouvement évident. Leur structure leur a également paru amorphe, et ils n’ont pu, même au plus fort grossissement de la loupe et du microscope, découvrir chez eux ni bouche ni suçoir. De tous ces faits, M. Cruveilhier a conclu que ces corps, pris par quelques auteurs pour des hydatides, étaient tout simplement des concrétions inorganiques, des produits de sécrétion. Suivant lui, ils ne sont point creusés d’une cavité comme les acéphalocystes, mais seulement composés de pellicules qui s’emboîtent les unes dans les autres, et dont chacune représente assez bien la membrane des acéphalocystes ordinaires. Cette manière de voir, qui n’était d’abord qu’une simple présomption , devint une certitude pour M. Cruveilhier, lorsque, ayant eu occasion de faire l'autopsie d’un de ces kystes, il vit plusieurs des corps en question encore adhérents à la poche synoviale par une de leurs extrémités ; autour de chacun des tendons des muscles, existait une demi-gaine épaisse, de même aspect que les petits corps, adhérents ou libres.
La tumeur est quelquefois bornée à l’avant-bras, et limitée par le ligament annulaire du carpe; le plus souvent, elle est bilobée, en forme de bissac, l’étranglement étant déterminé par ce ligament annulaire. Indolente au commencement, elle finit toujours par devenir plus ou moins douloureuse et gêne totalement les mouvements des doigts. Elle donne au chirurgien la sensation d’une fluctuation évidente. Le plus souvent, la pression exercée i sur l’une des tumeurs, fait refluer dans l’autre une portion du liquide qu’elle | contient. Cependant, il n’en est pas toujours ainsi; dans le cas actuel.il i était impossible de faire refluer le liquide de l’une dans l’autre poche du bissac, bien qu’il existât entre elles une communication, comme on put >' s’en convaincre lorsque Ton vida les deux kystes par la ponction de la tumeur palmaire seulement. Mais il est hors de doute que cette communication était extrêmement étroite.
Ln phénomène caractéristique de ces sortes de tumeurs c’est une sensation de froissement que l’on perçoit par la pression, sensation que l’on a comparée à celle que feraient éprouver des grains de riz à moitié cuits, et peut-être mieux encore à celle que l’on perçoit en serrant entre les doigts de la dextrinc sèche. Je crois avoir démontré le premier que le bruit particulier que présentent ces kystes „e dépend point du froissement des Il grains rizi formes les uns contre les antres, mais du passage de ces I mêmes grains il travers l'ouverture de communication assez étroite jiqui existe entre les poches multiples. J’ai fondé mon expérience sur ce que, I quand il n’y a pas d'ouverture susceptible d’être traversée »\ frottement
178 SECT. XII. — OPÉRATIONS SUR LES TISSUS ACCIDENTELS, par les grains riziformes, le bruit spécial n’existe pas. 11 constitue donc un signe de translation des grains à travers un passage étroit, et non un caractère de l’existence pure et simple de ces grains. Il y a donc à cet égard une erreur consacrée par tous les livres de pathologie, mais que j’ai depuis longtemps réfutée. Ces tumeurs n’ont pas de temps fixe pour leur développement ; ordinairement il est lent, et ce n’est que peu à peu, d’une manière presque insensible que le volume augmente et que la douleur se manifeste. C’est principalement chez les adultes que l’on observe les kystes du poignet. Nous disons les kystes du poignet, parce que ce n’est guère qu’au poignet, beaucoup plus rarement à l’articulation tibio-tarsienne, qu’on les rencontre. La cause en est presque toujours la même : c’est le plus souvent une forte pression ou une distension violente de l’articulation, une véritable entorse qui en détermine la formation ; à cet égard, le cas que nous allons rapporter rentre dans la loi commune, car c’est après une torsion du poignet que le malade a commencé à s’apercevoir de l’apparition de ce kyste.
Abandonnés à eux-mêmes, les kystes du poignet ont pour résultat de rendre inutile le membre presque tout entier, tant à cause de la flexion des doigts et de la douleur qu’elle détermine, que par l’immobilité du membre qui s’observe en pareil cas.
Toute méthode de traitement qui donne lieu à l’inflammation suppurative de ces kystes, expose aux symptômes réactionnels les plus intenses et à des conséquences funestes.
Le traitement externe par la compression, les douches, les topiques astringents, les frictions résolutives avec l’onguent napolitain, les émissions sanguines, locales, n’est en général d’aucune utilité contre les tumeurs dont nous nous occupons. La seule opération qui puisse amener la guérison certaine et complète des kystes du poignet, semblait devoir consister dans l’ouverture de la tumeur, et dans l’évacuation des corps qui la remplissent. Cependant on serait dans l’erreur si l’on pensait qu’une simple ponction suffit ; tant que le kyste persistera, la maladie pourra se reproduire. Un des faits dus à Dupuytren offrit celte reproduction, et dans cette circonstance la marche du kyste, son accroissement, furent beaucoup plus rapides que la première fois. Mais ce qui conduit à exclure du traitement, pour tout praticien sage, l’opération sanglante, c’est la connaissance des très-graves dangers qui accompagnent l’ouverture de ces ■ kystes, quand elle est faite à ciel ouvert. Nous ne retracerons pas le sombre tableau de tous les accidents auxquels donne lieu l’incision de ces • kyStes, et surtout l’introduction d’une mèche pleine dans leur intérieur, ainsi que le pratiquait Dupuytren.
Les succès obtenus par M. Velpeau à l’aide des injections iodées, comme moyen de provoquer une inflammation adhésive dans des kystes d’une autre nature me conduisirent, en 1845, à mettre ces injections en usage dans le traitement des kystes hydatlformes du poignet. L ob-
servation qui va suivre, indépendamment de ce qu’elle établit le succès de l’injection iodée dans le traitement de cette variété de kystes, a eu ceci de curieux que j’ai pu me dispenser de faire deux ouvertures à la double tumeur, et que j’ai fait pénétrer le liquide iodique dans les deux poches, par la communication, si étroite cependant, qui existait sous le ligament annulaire.
Obs. — Kyste du poignet. — Ponction. — Injection iodée. — Guérison. — Grellée (Jean-Baptiste), 49 ans, garçon grainetier, se tordit assez violemment le poignet droit en voulant soutenir un minot de féverolles très-pesant.
Cet accident lui arriva, nous dit-il, au mois de mars 1842. Aussitôt il ressentit une douleur extrêmement vive dans cette articulation, et éprouva une sensation distincte de craquement.
Huit jours après environ, apparut sur l’avant-bras, au-devant du poignet, à 3 centimètres à peu près au-dessus du ligament annulaire du carpe, une tumeur de la grosseur d’une forte noisette. Cette tumeur augmenta peu à peu de volume pendant deux mois. Lorsqu’elle eut atteint un développement comparable à celui d’une noix, elle cessa d’augmenter et resta stationnaire. Elle n’était nullement douloureuse, gênait à peine les mouvements, et n’empêchait point le malade de se livrer à ses occupations habituelles.
Au mois de janvier d 844, sans cause appréciable, cet homme sentit à la paume de la main, au niveau de l’articulation de l’index avec le second os du métacarpe, une seconde tumeur, très-petite d’abord, mais qui fit insensiblement des progrès, gagna de proche en proche et transversalement les gaines tendineuses des trois derniers doigts. Après s’être développée dans le sens transversal, elle grandit de haut en bas, remontant d’un côté vers le ligament annulaire,' à la rencontre de la première tumeur du poignet, et descendant d’autre part dans les gaines tendineuses des doigts.
L’augmentation de la tumeur fut surtout remarquable depuis le mois d’avril de l’année dernière (1844) ; en même temps le malade ressentit des douleurs assez vives dans tous les points occupés par la tumeur, douleurs qui augmentaient à la pression, et qui obligèrent peu à peu cet homme à abandonnei° complètement ses occupations. Ce ne fut que le 14 février 1845 qu’il se décida à entrer à THôtel-Dieu, salle Saint-Côme, n° 1.
Au moment de son entrée, la connaissance des antécédents, la cause, la marche de ces tumeurs, firent présumer que l’on avait affaire à des kystes synoviaux, connus aussi sous le nom de ganglions. Mais ce qu’ils présentaient de curieux, c était l’absence de communication apparente entre la tumeur de la partie inférieure de l’avant-bras et celles de la paume de la main, par dessous le ligament annulaire. Ce qui démontra l’absence de ces communications c était 1 impossibilité de faire refluer le liquide d’une poche dans l’autre, par une pression même assez forte, puis le mode de développement suivi par les tumeurs palmaires. En effet, cette dernière avait commencé dans un point t oigné du ligament annulaire ; en sorte que, au début du moins, il était évitant que son existence était tout à fait indépendante de celle de la grosseur de I avant-bras. -
Au moment où l'on examina le malade pour la première fois, la douleur produite dans les ganglions palmaires parla pression, fit supposer qu’un travail inflammatoire s’était développé dans l’intérieur des kystes, mais n’avait encore attaqué que ceux de la paume de la main et ne s’était point propagé jusqu’à la tumeur de l’avant-bras. La peau paraissait amincie et semblait nécessiter une opération prompte. On se borna pendant quelques jours à prescrire des frictions avec la pommade iodurée.
18 février. — L’état du malade étant resté à peu près le même, on procède à l’opération. Une ponction est pratiquée à la partie la plus déclive de la tumeur, à l’aide d’un trois-quarts. Cette ponction donne immédiatement issue à une grande quantité de corpuscules de la grosseur et presque de la forme d’un grain de riz. Le liquide dans lequel nageaient ces corpuscules était peu abondant, transparent, séreux, un peu visqueux cependant. — Une fois la tumeur palmaire complètement évacuée, ce ne fut qu’à l’aide d’une forte pression exercée de haut en bas, que l’on put vider la tumeur de l’avant-bras, dont les communications au dessous du ligament annulaire étaient probablement fort étroites. Elle contenait, comme l’inférieure, une grande quantité de corpuscules blanchâtres, opalins, hydatiformes, de la même grosseur et du même aspect. On injecta parla canule du trois-quarts de l’eau tiède d’abord, pour vider complètement la tumeur, à trois reprises différentes.
Une quatrième injection fut faite, mais avec la teinture d’iode. Le kyste vidé une dernière fois, on exerça sur ses parois une légère compression au moyen d’un gâteau de charpie; l’ouverture produite par la ponction fut préalablement recouverte d’une cuirasse agglutinative. Diète.
Le 19, légères douleurs et sentiment de cuisson dans la main, plus forte dans le point où a été pratiquée la ponction. Chaleur générale de la peau. On laisse le même pansement et l’on continue la compression modérée. Un peu d’insomnie la nuit dernière. Julep gommeux diacodé ; une bouteille d’eau de Sedlitz, diète.
20. — État satisfaisant. On cherche à redresser les doigts qui parsuite du developpement de la tumeur étaient depuis quelque temps maintenus fléchis. Une attelle est placée sur le dos de la main et du bras, assujettie par des tours de bande. Les doigts sont soutenus par des bandelettes de diachylum qui les redressent et viennent se fixer à l’attelle.
21. Les douleurs produites par l’extension des doigts ont été si violentes que
l’on a été obligé d’enlever l’attelle et de laisser les doigts dans la position vicieuse qu’ils avaient prise. L’ouverture produite par le trois-quarts est complètement refermée, à tel point qu’il esta peu près impossible de la découvrir. Pas de rougeur ; un peu de sensibilité à la pression et de gonflement déterminé par
l’injection irritante qui a été faite. .... ..
24.— Le bandage est levé de nouveau ; la tumeur a diminué de volume; elle est toujours un peu sensible à la pression, sans rougeur, ni chaleur anormale a la
peau. Emplâtre de Vigo sur la paume de la main. , , . . .
A partir de ce moment, la résorption des liquides épanchés s opéré rapidement. Le malade est sorti en état complet de guérison.
Ce malade étant entré plusieurs mois après à l’Hôtel-Dieu pour une affection de poitrine à laquelle il a succombé, on a été à même de constate! que les a e
ronces s’étaient établies dans la presque totalité de la tumeur, et que cependant il était resté dans un point quelques-uns des corps étrangers. ( Soc de ch., séance du 15 avril i846.)
Nous avons attaché d’autant plus d’importance à rapporter intégralement cette observation qu’elle est, sans aucun doute, la seule qui, dans l’état, actuel de la science, soit complète. En effet tantôt on a publié des autopsies sans l’observation, tantôt on a donné les résultats d’une opération faite antérieurement, mais alors sans l’autopsie. Ici au contraire se trouvent réunis tous les éléments qui peuvent intéresser le praticien, puisque la cause, les antécédents, les symptômes, tout a été noté avant l’opération. L’opération elle-même a été décrite et suivie dans ses conséquences. La guérison a été obtenue ; et enfin l’autopsie, faite six mois après, et alors quele malade avait succombé à une affection étrangère, a permis de constater le seul cas de guérison par l’iode qui ait été vérifié sur le cadavre. A quoi j ajouterai que ce fait est le premier exemple connu «l’injection io«lée faite dans un kyste hydatique du poignet. Du moins je ne connais aucun cas qui soit d’une date antérieure.
Kystes synoviaux. — Sous le nom de kystes synoviaux il faut comprendre deux affections bien distinctes, quoique ayant entre eux de grandes analogies dans leurs symptômes et dans leur nature. En effet, qu’une tumeur synoviale ait sa source dans la gaine séreuse d’un tendon ou qu’elle la trouve dans le diverticule d’une synoviale articulaire , il y a toujours ceci de commun entre les deux affections, 1° que la matière renfermée dans la
poche est le fluide synovial, 2° que la cavité qui le renferme est de nature séreuse, 3° enfin, et ce caractère indique plutôt une coïncidence qu’une v éii table analogie, cest habituellement dans les mêmes régions que siègent les deux variétés de kystes synoviaux. Ainsi le poignet, tant à sa face dorsale qu à sa face palmaire, est le siège de prédilection de ces sortes de tumeurs. Toutefois, comme il est utile de consacrer dans l’expression la différence notable qui existe entre les deux variétés, nous appellerons la première du nom de kystes synoviaux tendineux, réservant à la seconde celui de kystes synoviaux articulaires.
En 1845, j ai communiqué à la Société de chirurgie (séance du 9 avril) deux cas de kystes synoviaux dont l’un s’est présenté à mon observation pendant que je faisais à Lourcine le service de Lenoir.
Une jeune fille, qui se trouvait dans les salles pour une vaginite, se plaignit d une gêne dans le poignet et nous montra une petite tumeur siégeant exactement sur le trajet de la radiale à quelques millimètres aue^sus de 1 articulation radio-carpienne ; celte tumeur était très-régulièrement ovoïde; elle offrait des pulsations qui semblaient dues à un mouvement d expansion de totalité et non à un soulèvement. — Une plaie lansvoreale, dont on distinguait parfaitement la cicatrice, existait au centre 3 umcur et avalt produite cinq ou six ans- auparavant par un frag-
ment de verre. Toutes ces circonstances semblaient appuyer l’idée d’un anévrysme. Cependant, comme la tumeur, qui avait les dimensions d’une très-petite amande, n’augmentait pas de volume, je n’opérai point, .le me contentai de comprimer, et, la tumeur ayant diminué, je perdis de vue cette malade.
L’année précédente, 18-44, alors que je remplaçais Gerdy à la Charité, il s’était présenté à la consultation un homme qui offrait une tumeur analogue, moins la cicatrice, cet individu n’ayant jamais eu de blessure en cet endroit. La tumeur ayant été palpée, puis comprimée avec force, s’affaissa brusquement et je crus avoir déterminé l’effusion dans le tissu cellulaire, du liquide qu’elle renfermait.
Je n’hésitai pas dans ces deux cas à considérer la tumeur comme étant un kyste synovial.
Mais il ne m’avait pas été donné jusque-là de constater par la dissection le caractère de ces tumeurs ; je dus la saisir avec empressement, et voici quel fut le résultat de cette dissection sur un cadavre destiné à mon cours d’opérations.
La pièce que je préparai présentait une tumeur du volume et à peu près de la forme d’une amande, occupant l’espace compris entre le tendon du long supinateur et celui du grand palmaire ou radial antérieur. Elle reposait par sa face profonde sur la partie antérieure du muscle carré pronateur. L’artère radiale, dans son trajet descendant, arrivée à la partie supérieure de la tumeur, se plaçait d’abord au devant d’elle et s’y accolait d’une manière tellement intime qu’elle semblait faire corps avec ses parois; mais bientôt elle se déviait obliquement sur sa partie latérale externe et gagnait la fossette appelée tabatière anatomique.
Il était important de reconnaître l’origine anatomique de cette tumeur. — Dans ce but, elle fut disséquée avec de grandes précautions et isolée de toutes les parties avec lesquelles elle n’avait pas d’adhérences fixes. Cette dissection permit de la circonscrire dans les quatre cinquièmes de son étendue ; mais il restait en arrière et en bas un point tellement adhérent, qu’il fixait la tumeur aux os comme par une espèce de pédicule sortant de la partie antérieure de l’articulation radio-cubitale inférieure. C est en effet dans ce point que s’établissait la communication entre 1 articulation et le kyste. Celui-ci n’était donc qu’un «liverticulum «le la synoviale ra«i i o- cubitale inférieure. Il avait soulevé les fi bx cs îulci ieui es du muscle carré pronateur qui formaient une sorte d’arcade et déterminaient comme un étranglement du pédicule à sa partie supérieure.
La continuité du kyste avec l’articulation a été constatée de deux manières : 1° pendant que je cherchais à isoler le pédicule, celui-ci ayant été partiellement incisé, il s’échappa un liquide synovial épaissi, et l’on reconnut l'ouverture de l’articulation à sa partie antérieure ; 2° l’articulation ayant
été ouverte par sa partie postérieure, on arriva avec un stylet dans l’intérieur du kyste en traversant l’articulation. Cette pièce a été présentée à la Société de chirurgie (séance du 9 avril 1845. Voy. Gaz. des hôp., 29 avril 1845.)
Lorsque les kystes synoviaux du poignet sont sous-jacents à l’artère radiale (kystes sous-artériels «lu poignet), ils présentent des caractères remarquables sur lesquels j’ai déjà appelé l’attention, et qu’il importe de bien connaître pour ne pas s’exposer à des méprises lâcheuses. ( Monit . des hôp., 1er juillet 1856.)
Sous l’influence d’un excès de travail ou des efforts que nécessite l’action de soulever de lourds fardeaux, la petite tumeur peut acquérir un développement assez notable, et dès lors voici ce qu’on observe :
Les doigts du chirurgien appliqués sur le kyste sont soulevés par des pulsations qui se font remarquer par leur énergie et leur extrême largeur. Cette étendue de la surface pulsatile donne aussitôt l’idée d’un anévrysme de l’artère radiale, et si l’on continue les explorations, le membre laissé dans son attitude habituelle, il devient impossible d’éviter l’erreur.
C’est en changeant cette attitude, c’est en imprimant au poignet un mouvement de flexion forcée que l’on parvient à établir le diagnostic différentiel. Dans cette nouvelle attitude en effet, soit que l’artère se déplace, soit qu’elle cesse d’être tendue par la saillie que forme le kyste, les battements ne sont plus perçus et l’on reconnaît à leur absence qu’il n’existe pas d’anévrysme. Voila pour le diagnostic.
Quant à la question du traitement, je l’ai résolue par l’emploi des friclions avec la pommade, à l’iodure de potassium. Il m’a suffi, dans le cas que je vais rapporter, de l’usage pendant une semaine de ces frictions répétées toutes les deux heures, pour obtenir la disparition de la tumeur.
L’on conçoit qu’à la face dorsale du poignet les ganglions puissent être traités avec avantage par l’écrasement, la ponction sous-cutanée, le séton, 1 injection iodee, mais il n en saurait etre ainsi des kystes s<>us-artéi*ieis flu poignet, C est-à-dil’C, des kystes communiquant avec l’articulai ion radio-carpicnnc. La résistance de la tumeur contre-indique l’emploi de l écrasement, la communication du kyste avec la synoviale articulaire s’oppose à ce que l’on tente la ponction ou l’injection iodée. Les frictions indurées n’exposent à aucun accident et paraissent jouir de l’efficacité désirable.
On en trouvera la preuve dans l’observation suivante :
!,BS; ^ Laguelte, (François), âgé de 46 ans, homme de peine, est entré le24 mai 18.10 à l’hôpital Lariboisière.
Il y a un an environ, une petite tumeur s’était développée au poignet droit de cet homme et sur le trajet de Tarière radiale. Très-lente dans son évolution, cette tumeur était restée à peu- près stationnaire jusqu’au 15 mai 1856.
A cette époque, le malade, ayant lait quelques excès de travail et levé des fardeaux trop lourds, vit la tumeur augmenter rapidement de volume et se trouva dans l’im possibilité de continuer scs occupations.
Au moment de l’entrée du malade, les battements perçus étaient si pleins et si laiges que 1 on dut se demander si l’on n’avait pas affaire à un anévrysme de l’artère radiale plutôt qu’à un kyste du poignet.
Dans le doute, on prescrivit les frictions avec la pommade à l’iodure de potassium qui plusieurs fois déjà, dans des cas de kyste sous-artériel du poignet , nous avaient parfaitement réussi.
Le 28 mai, c est-à-dire après trois jours de traitement, la tumeur avait bien diminué. En fléchissant fortement le poignet , on déplace l’artère que l’on sent battre dans un point très-distinct de celui qu’occupe la tumeur, laquelle reste à sa place.
Cette petite manœuvre servit à éclairer le diagnostic.
Le 29, la fonte du kyste se fait à vue d’œil ; il ne reste presque plus rien.
Le 31, c’est-à-dire, après une semaine de traitement, la tumeur a disparu; il n’en reste plus que la coque. Le malade sort guéri .
Obs. — Kyste sous-artériel communiquant avec l’articulation du poignet etexistantsurles deux avant-bras en même temps. —Madame Armand, âgée de 26ans, demeurant impasse Constantine, n. 6, à Montmartre, s’est présentée pour la première fois à la consultation de l’hôpital Lariboisière en avril 1837.
Cette femme porte un kyste sous-artériel à chaque poignet. Si l’on place le doigt sur la tumeur, on sent aisément les battements artériels ; ces battements cessent d’être perceptibles quand on fléchit la main sur l’avant-bras.
Conjointement au kyste du côté droit s’est développée une arthrite du poignet.
Le traitement a consisté dans l’emploi des moyens suivants : scarifications répétées, frictions avec la pommade iodurée toutes les deux heures, bains de Baréges.
En juin 1858, les kystesetl’arthriteconcomitanle avaient complètement disparu.
Cette observation, quoique présentée d’une manière très-succincte offre, une importance réelle en ce qu'elle confirme le fait que j’ai déjà établi de la communication constante des kystes sous-artériels avec l’articulation. Si cette communication existe toujours, il s’ensuit qu’il faut éviter d’ouvrir ces kystes et s’abstenir, dans les cas de ce genre, des diverses opérations qu’on a proposées pour le traitement des kystes synoviaux.
En résumé, voici les bases du traitement que j’ai adopté pour la guérison des kystes synoviaux :
1° Frictions toutes les deux heures avec la pommade à l’iodure de potassium ; .
2° Si ce moyen reste inefficace, dilacération de la poche par la méthode sous-cutanée.
Je n’emploie pas habituellement l’injection iodée, parce que les petites, dimensions du kyste se prêtent mal à l’emploi de ce moyen. Voici cepen-
dant un cas dans lequel j’ai dû à l’injection iodée la prompte guérison d’un kyste synovial du poignet à grains riziformes.
Obs. A y ste synovial du poignet à grains riziformes. — lnje,ction iodée. —
Guérison rapide.— Le nomme Senicourt, demeurant rue de Chaillot, 163, porte depuis seize ans à la main droite un kyste qui semble au premier abord compost1 de cinq lobes ; on voit sur 1 éminence thénar un lobe du volume d’un petit œufde poule et de forme sphérique, sur l’éminence hypothénar un autre lobe de foi me plus oblongue, mais à peu près de même grosseur \ au-dessous de celui-ci et un peu plus au centre de la main, un troisième lobe de moitié plus petit que le précédent. Les deux autres lobes sont situés sur l’avant-bras, au dessus du ligament annulaire antérieur du carpe: l’un, le plus volumineux, siège au dessus de 1 éminence hypothénarj il est de forme oblongue ainsi que le cinquième qui se trouve sur le côté interne du cubitus.
Si l’on vient à presser Tune des tumeurs, à l’avant-bras par exemple, on voit celles de la main augmenter de volume, et réciproquement. En comprimant l’une quelconque des cinq tumeurs, on accroît la tension et les dimensions des autres, ce qui prouve la communication de toutes ces poches entre elles.
Le malade éprouvait depuis quelque temps des douleurs assez violentes qui ne lui permettaient pas de se servir de sa main, ou qu’à grand’peine. Il avait consulté un chirurgien éminent qui avait refusé de l’opérer.
Le 18 lévrier, M. Chassaignac, après avoir reconnu la communication entre tous ces diverticules, pratique dans la portion du kyste située à la paume de la main une ponction avec un trocart, laisse la canule dans la plaie, et, au moyen de pressions doucement exercées, fait sortir la valeur d’un demi-grand verre une matière riziforme que M. Robin a reconnue par l’examen microscopique J être composée d’une substance amorphe finement granuleuse. Il v avait de plus des cristaux de cholestérine libres.
Une sérié de lavages à l’eau tiède lancée par une seringue à injection, sont aRs de maniéré à remplir et à vider successivement le kysle qui se trouve bienj tôt debarrassé de la totalité de la matière qu’il contenait. L’eau de la dernière i injection étant sortie limpide, on pratique une injection avec la teinture d’iode qu on laisse quelques minutes dans le kyste.
On panse ensuite par occlusion, et le bras est maintenu élevé à l’aide d'un coussin.
L’opération a été peu douloureuse, et pendant l’injection iodée le malade n’a I accuse qu un sentiment de chaleur. Aucune inflammation n’a suivi cette opéra ion, bien qu on eût assez fortement malaxé le kyste pour en expulser le
Aujouid hui, 26 avril, le malade est complètement débarrassé de son kyste.
Dans la séance du 27 avril 1853, j’ai présenté à la Société de chirurgie un ina a e qui portait sur la face palmaire, au niveau de l’articulation du poignet, une tumeur bridée dans son milieu par le ligament annulaire et aisant une saillie marquée au dessus et au dessous de ce ligament sur h parue mineure de l'avant-bras e, sut- la partie supérieure^ Z»* tnam. Inc autre petite tumeur existe à la base du cinquième doiet.
Ces tumeurs sont résistantes, assez solides pour qu’il ne soit pas possible de déterminer s’il y a ou non fluctuation. Elles appartiennent à la gaine des tendons fléchisseurs, par la raison qu’elles se prolongent du côté du petit doigt et du pouce. On sait en effet que la gaine des tendons du poignet et de la paume de la main se continue sans interruption, de la membrane séro-synoviale, jusqu’à l’extrémité de ces deux doigts.
L’évacuation le long de la tige du ténotome et la dilacération des kystes synoviaux par la méthode sous-cutanée sont de beaucoup préférables à 1 injection iodée.
Voici à quels inconvénients expose l’injection iodée. Lorsque 1 on a ponctionné le kyste et que le liquide contenu dans la tumeur est évacué, la poche se réduit à un petit volume qui lui permet de se dérober facilement à l’action des instruments; elle décoiffe l’extrémité de la canule, ce qui expose à pousser l’injection dans le tissu cellulaire.
La méthode sous-cutanée, il est vrai, ne met pas complètement à l’abri des récidives ; mais dans ce cas je réopère, et j’ai la certitude, d’après des malades suivis pendant un bon nombre d’années, qu’une deuxième opération donne un résultat définitif.
En général j’évite autant que possible l’opération et je me borne à 1 emploi des frictions sur la tumeur avec la pommade iodurée toutes les deux heures.
Obs. — Kyste séreux de la face dorsale du pied. — Ponction par la méthode sous-cutanée. — Pansement par occlusion. — Guérison. — (Observation recueillie par M. Iieurlaux, interne des hôpitaux.) — Cuny (François), âgé de 28 ans, limonadier, est entré le t3 novembre 1836, à l’hôpital Lariboisière.
Cet individu porte sur le dos du pied droit deux petites tumeurs fluctuantes. L’une d’elles est arrondie et de la grosseur d’une forte noisette; le kyste siège au niveau de l’articulation du cinquième métatarsien avec le cuboide. Cuny s est aperçu de cette tumeur il y a deux mois et demi, tout à fait par hasard ; a cette époque elle avait le volume d’un pois. — La seconde tumeur, située plus en i arrière et un peu plus en dedans, paraît être sur les limites du scaphoïde et du jl calcanéum. Cette dernière est plus allongée, moins tendue que la précédente : ! le malade ne s’en est aperçu que trois jours avant son entrée.— 11 n’y a aucune altération de couleur de la peau; la pression ne provoque pas la moindre douleur : tout se borne à un peu de gêne mécanique lorsque Cuny porte des chaus-
surGs serrees.
24 novembre. — M. Chassaignac fait une petite incision à la peau vers le <1 côté externe du pied, à 6 ou 7 centimètres des tumeurs. Par cette ouverture on introduit un ténotome mousse au moyen duquel on va diviser, a 1 abndu contact 1 de l’air d’abord le kvste antérieur, puis celui qui est place plus en arriéré. I es pressions méthodiques font sortir le long de la tige du ténotome un liquide de consistance gélatineuse, parfaitement transparent, analogue pom a. pu a l’humeur vitrée. Puis la petite plaieest pansée par occlusion et le membre place dans l’immobilité. — L’opéré ne souffre pas du tout, ni le jour meme ni les I jours suivants.
29 novembre. — Quand on enlève le pansement, on trouve la petite plaie cicatrisée; il n’y a plus de trace des tumeurs.
Obs. — Kyste synovial à la fesse. — Un homme présentait au niveau de la tubérosité sciatique une tumeur profonde, du volume d’un œuf. Cette tumeur était mobile, rénitente, sans changement de couleur à la peau, sans rapport avec les viscères intra- pelviens. Elle offrait toutes les apparences d’un kyste.
Sachant qu’il existe sur la tubérosité sciatique une bourse synoviale sur laquelle glisse le muscle grand fessier, je diagnostiquai un hygroma de la bourse séreuse de la tubérosité sciatique. Une ponction avec un trois-quarts confirma le diagnostic. Injection iodée. Guérison. [Annales de thérapeutique et de toxicologie, 1845, t. III, p. 107.)
Kyste du jarret. — Ponction, injection iodée, — Récidive. — (Observation recueillie par M. Ferrand, interne du service.) — Leroy (Célesti n"), 30 ans, marchand de bric-à-brac, entre à l’hôpital Lariboisière le 30 avril 1859.
Ce malade s’est aperçu, il y a trois semaines, qu’il portait au jarret une petite tumeur du volume d’un œuf de pigeon tout au plus; elle s’est développée sans donner lieu à aucun phénomène douloureux, sauf un peu de gêne dans les cas de fatigue. Elle siège au côté interne du jarret; elle est tout à fait sous-cutanée et mobile. Elle n’est pas réductible et ne communique pas avec l’articulation; mais elle paraît avoir quelques adhérences profondes.
9 mai. — Ponction. Elle donne issue à un liquide clair et limpide, mais en gelée, non diffluent. Lavage; injection iodée.
10 mai. — Ni douleur ni gonflement. On ne sent plus à la place du kyste qu'un léger épaississement. Exeat.
Le malade est revenu à la consultation, le kyste ne s’est pas reproduit.
Obs. — Kyste du pied traité par le drainage. — Guérison. — (Observation recueillie par M. Denjoy, interne du service.) Acard (Emilie), 25 ans, couturière, est entrée le 2 novembre à l’hôpital Lariboisière.
Cette femme porte sur le dos du pied droit un kyste qui s’est développé depuis deux ans.
Ce kyste est situé au niveau de l’articulation tarso-métatarsienne du cinquième orteil. Il a le volume d’une noix et semble divisé par une sorte de bride à la partie moyenne, ce qui lui donne l’apparence d’une tumeur bilobée.
Malgré la tension du kyste, on y perçoit une fluctuation manifeste. Impossible de déterminer si la tumeur communique avec l’articulation.
Pas de douleurs spontanées, pas de douleurs à la pression; seulement de la gêne pour mettre les chaussures.
8 novembre. On passe dans le kyste un tube à drainage. 11 sort une maticie demi-tluide semblable a de la gelée de groseilles.
9. Pas d accidents. La malade a seulement un peu souffert pendant la
nuit.
7 décembre. Onôte le tube. La tumeur, après avoir suppuré, a diminué de volume de plus de moitié.
23 décembre. — Guérison. — Il ne reste qu’une petite tumeur indurée - mais toute suppuration a cessé. — Exeat.
Tumeurs sanguines.
1° Anévrysmes.
Les moyens employés pour la guérison des anévrysmes sont : 1° la compression ; 2° les applications froides ou styptiques ; 3° l’électropuncture ;
4° les injections de perçhlorure de fer ; 3° la ligature des artères.
Compression. — La compression faite au dessus de l’anévrysme et sur plusieurs points du trajet du vaisseau a des avantages réels. Sur 163 cas réunis par M. Broca, il n’y aurait eu que 6 cas de mort.
Voici en quoi consiste l’appareil à compression construit d’après les données de M. Broca. Une pelote comprime d’abord sur le point supérieur, tant que le malade ne souffre pas ; puis, lorsque la douleur force à suspendre la compression en ce point, la pelote inférieure est serrée contre le vaisseau par quelques tours de vis, de manière à empêcher le sang d’arriver dans la poche anévrysmale.
Le traitement des anévrysmes si longtemps surchargé d’une innombrable quantité de procédés et de discussions théoriques, a tout d’un coup atteint un haut degré de simplicité depuis que des faits multipliés ont démontré que la compression faite avec les doigts sur le trajet de l’artère se rendant à l’anévrysme, suffisait pour guérir ce genre de tumeurs avec une rapidité vraiment merveilleuse.
La compression digitale est à la fois la plus efficace et la moins douloureuse de toutes les méthodes. Elle permet de n’agir que sur l’artère en respectant les veines et les nerfs voisins et en ménageant la peau ; elle a de plus l’avantage de pouvoir être appliquée soit par les malades eux-mêmes, soit par des personnes étrangères à l’art de guérir.
Jusqu’en 1 848 la compression digitale n’avait joué dans le traitement des •; anévrysmes qu’un rôle tout à fait accessoire, ainsi que le prouvent les;' quelques observations que l’on possède à ce sujet.
C’est en 1848 qu’elle a été érigée en méthode régulière par M. Knight, de New-Haven.
En 1830, nous voyons M. Wood, de New- York, guérir deux anévrysmes^ poplités en faisant alterner la compression digitale appliquée au pli de l’aine avec la compression exercée un peu plus bas par le compresseur de Dupuylxen.
Depuis cette époque les faits de guérison des anévrysmes externes par la compression digitale se sont tellement multipliés qu il est impossible detj les enregistrer. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de mentionnei la curieuse observation de M. Colles, citée par M. Broca à qui nous emprun- j tons les détails historiques qui précèdent.
Il s’agit dans ce cas d’un commissionnaire de Dublin, atteint d un anévrysme diffus de l’artère poplitée. Ce malade ayant remarqué, pendant qu’on l’examinait, que la compression de la fémorale au pli de 1 aine calmait
subitement les souffrances provoquées par l’anévrysme, pratiqua de luiméme pendant sept jours, la compression digitale sur le même point, toutes les fois que la douleur reparaissait. Ces manœuvres dont le malade n’avait parlé à personne eurent un plein succès, et quand M. Colles se disposa à employer la compression mécanique, il fut tout surpris de trouver la tumeur oblitérée et le malade guéri. Celui-ci lui avoua alors ce qu’il avait fait. La guérison ne s’est pas démentie.
Styptiques et applications froides. — Ces moyens sont généralement abandonnés.
Électropuncture. — Il résulte de quelques faits publiés par divers chirurgiens, que la coagulation du sang aurait été obtenue dans la poche anévrysmale, à l’aide de ^électropuncture.
Si quelque chose peut montrer le vice ou le danger des applications faites à la pratique chirurgicale de données à priori , empruntées au domaine des sciences qui ont pour objet la matière inorganique et non vivante, c’est assurément la méthode proposée pour le traitement des anévrysmes par la galvanopuncture. Parce qu’on a constaté qu’un courant galvanique conduit à travers une masse de sang détermine la formation d’un coagulum, on s’est imaginé qu’en appliquant un courant galvanique aux tumeurs anévrysmales, on allait convertir d’emblée la poche en une masse solide, oblitérer l’anévrysme et effectuer ainsi la guérison de la tumeur.
Partant de cette donnée, on a procédé à des tentatives qui ont été désastreuses, et aujourd’hui les chirurgiens, passant d’une extrême confiance à une défiance peut-être exagérée, sont sur le point de rejeter sans appel l’emploi du galvanisme dans le traitement des tumeurs anévrysmales.
Il faut l’avouer, la majeure partie des observations recueillies dans la ’ pratique chirurgicale est plutôt propre à décourager dans de nouveaux t essais qu’à les appeler, et déjà même quelques chirurgiens, frappés de certains revers plus ou moins éclatants, ont condamné définitivement l’emploi i de la galvanopuncture dans le traitement des anévrysmes.
Dans un travail présenté à la Société de chirurgie, M. Debout a consigné quelques observations relatives à l’emploi de cette méthode. L’une d’elles i est un cas de guérison par la galvanopuncture d’un anévrysme traumatique du pli du bras, et cela sans oblitération de l’artère.
Ce fait a engagé notre confrère à étudier plus complètement une méthode à laquelle il avait dû un si beau résultat.
M. Debout a (ait remarquer que ce n’est pas par la coagulation directe, mais bien par l’inflammation consécutive, ce n’est pas chimiquement,
<■ est organiquement que la guérison peut être obtenue.
Mais cette inflammation pour être salutaire doit être contenue dans de justes bornes, et c’est parce que le désir d’obtenir la coagulation d’emblée | a presque toujours conduit à abuser de l’action galvanique qu’on a suscité P es inflammations trop violentes. C’est à cela que doivent être en partie
t'JO SECT. XII. — OPÉRATIONS SUR LES TISSUS ACCIDENTELS.
attribués les insuccès. De là l’indication du dosage de l’action galvanique.
Ce dosage est déterminé par plusieurs considérations : la puissance intrinsèque de l’appareil, le nombre des secousses, l’intervalle entre les séances d’application, etc.
Je dois maintenant chercher à faire comprendre comment les essais tentés jusqu’à ce jour ont été si malheureux. Comme on se proposait toujours pour but la coagulation instantanée du sang dans la poche anévrysmale , on portait beaucoup trop loin la durée ou l’intensité de l’action galvanique; on rapprochait trop les séances d’application, ce qui produisait des inflammations dangereuses.
Dans d’autres circonstances on a combiné avec l’électricité proprement dite d’autres agents que ce moyen ne commande pas nécessairement, tels que la persistance des aiguilles dans la poche après la séance galvanique.
En résumé :
4° La galvanopuncture employée comme méthode de traitement des anévrysmes externes est de beaucoup inférieure à la ligature au point de vue thérapeutique ;
2° Jusqu’à ce que de nouvelles recherches faites dans une direction différente de celle qui a été suivie jusqu’à ce jour aient fourni des donnéesplus précises sur cette question, il convient de reléguer la méthode de l’électropuncture parmi les procédés dangereux et exceptionnels ;
3° La coagulation instantanée et sur place du sang contenu dans une poche anévrysmale ne se produit pas, quelle que soit l’intensité de l’action galvanique ;
4° Si, dans le but d’obtenir cette coagulation, on donne beaucoup d’in-tensité à l’action galvanique, on détermine des inflammations dangereuses:et même mortelles ;
5° La galvanopuncture, quand elle amène la guérison des anévrysmes, .! produit ce résultat, non par la coagulation du sang, mais par l’effet d’un travail organique qu’elle suscite dans les parties malades.
Injections de perchlorure de fer. — Elles se pratiquent à laide d uuec seringue à tube effilé, seringue dont le piston représente une vis, laquelle^ injecte à chaque tour une goutte de liquide. — Dix à vingt gouttes peuvent être injectées suivant le volume de l’anévrysme.
Les injections de perchlorure de fer ne seraient applicables que dans lescas où l’altération morbide des tuniques artérielles ne laisserait aucunechance à la méthode de la ligature.
Ligature. — Considérée comme méthode de traitement des anévrysmes.la ligature conservera toujours une importance de premier ordre, alors-: même qu’elle devrait céder le pas à la méthode de la compression, comme
méthode générale. ,
Parmi les divers procédés qui ont été successivement adoptés pour 1 application de la ligature des artères au traitement des anévrysmes, don en
Otre rangées : la méthode ancienne (par ouverture du sac), la méthode dite méthode d’Anel (par ligature de l’artère entre le cœur et l’anévrysme), la méthode deBrasdor (par ligature de l’artère entre l’anévrysme et les capillaires). De ces trois méthodes, celle qui nous paraît jouir d’une supériorité incontestable, c'est la méthode d’Ànel. Toutefois, nous ne devons pas négliger de dire que dans l’anévrysme artérioso-veineux elle est évidemment insuffisante et dangereuse.
Pour retirer de la ligature des avantages sérieux, l’anévrysme artérioso-veineux doit être traité simultanément par la méthode d’Anel et par la méthode de Brasdor, la première appliquée le plus loin possible du sac. et la seconde, au contraire, appliquée le plus près possible de celui-ci. Mais il faut repousser par-dessus tout l’emploi de la méthode par ouverture du sac. ( Voyez , pour les plaies d’artères, ce que nous avons dit, t. I,p. 244-245.)
2» Épanchements sanguins (hématocèle).
Dans son acception primitive le nom d’hématocèle a été réservé aux épanchements sanguins dans la tunique vaginale. Mais aujourd’hui cette dénomination doit avoir une signification beaucoup plus large, et, sauf le cas de foyer sanguin dans les viscères tels que le cerveau, le poumon, la plèvre, etc., où l’on désigne l’accumulation sanguine sous le nom particulier d’apoplexie cérébrale, d’apoplexie pulmonaire, d’empyème de sang, on admet aujourd’hui une foule d’hématocèles : témoin les épanchements sanguins dans les articulations, lesquels constituent les hématocèles articulaires, ceux des bourses sous-cutanées, et les hématocèles péri-utérines.
Le traitement de ces diverses formes d’épanchement sanguin consiste avant tout à provoquer la résorption du liquide sanguin et à cet égard tous i les moyens connus comme étant propres à stimuler l’action résorbante de ; nos tissus doivent être mis en usage, avec la précaution toutefois de ne point échauffer ces tumeurs, dans la crainte d’y provoquer la suppuration. Ce phénomène en effet y prend une gravité toute particulière.
Toutes les fois qu’on en est arrivé à reconnaître l’impuissance de l’ab- ' sorption, ou, ce qui est plus fâcheux encore, l’existence d’une suppuration commençante, c’est au drainage que l’on doit recourir, en multipliant assez ; les tubes pour éviter la stagnation du liquide et pour obtenir l’évacuation complète de la poche.
Il est particulièrement utile, dans les cas de ce genre, de recourir à des lavages abondants par l’emploi des procédés que nous avons indiqués. i (Voyez Drainage , 1. 1, p. 113-114, et Traité cle la suppuration , 2 vol. in-8, Victor Masson, 1839.)
Tumeurs purulentes.
Cette classe de tumeurs comprend les kystes purulents, les épanchements purulents et les infiltrations purulentes.
Gomme tontes ces espèces de tumeurs comportent l’application des diverses pratiques du drainage, c’est à cet article que nous renverrons le lecteur pour les opérations dont ces tumeurs sont susceptibles. (Voyez aussi le Traité de la suppuration .)
TITRE III
1° Kystes à contenu solide.
Ces kystes sont de deux sortes : les kystes sébacés et les kystes pileux.
Kystes sébacés. — Ces kystes qu’on a désignés sous le nom de tannes et qui proviennent du développement anormal des follicules sébacés, peuvent siéger sur les différentes parties du corps; mais ils ne sont nulle part plus fréquents qu’à la face et au cuir chevelu.
Il est un signe qui m’a servi plusieurs fois à reconnaître des kystes sébacés, dans certaines parties du corps où il n’est pas commun de les rencontrer. Voici en quoi il consiste :
Si on pince la tumeur à sa base comme pour la mettre plus en relief à la surface de la peau, on la voit blanchir sur-le-champ à un degré très-prononcé, et c’est précisément cette blancheur qui vient en quelque sorte apparaître à travers le tégument, momentanément aminci par la tension qu’on lui donne, qui sert d’indice, parce quelle est plus marquée dans le cas de kyste sébacé qu’elle ne l’est dans toute autre tumeur.
En effet, même dans des tumeurs d’une autre nature, il est rare qu’une forte tension de la peau à la surface de la tumeur ne produise pas un certain degré de pâleur par la compression qui s’exerce du dedans au dehors et qui s’oppose à la pénétration du sang dans les vaisseaux du tégument ainsi comprimé. C’est un mécanisme tout à fait analogue à celui qui s’observe quand, avec la pulpe du doigt, on presse un point plus ou moins coloré de la peau. Ce point pâlit sur-le-champ pour reprendre la coloration immédiatement après que la pression a cessé ; mais ce symptôme n’est jamais mieux accusé que dans le cas de kyste sébacé.
Les kystes sébacés ne relèvent de la médecine opératoire que quand ils ont acquis un certain volume.
Les divers procédés auxquels on peut avoir recours pour les détruire sont : l’excision, les caustiques, l’écrasement linéaire.
L’excision ou l’extirpation consiste à traverser la base de la tumeur avec un bistouri dont le tranchant est tourné en avant, à inciser de la profondeur vers la surface tout ce qui se trouve au dessus de l’instrument, puis saisissant l’un après l’autre, à l’aide d'une forte pince, les bords du kyste divisé, on enlève les deux moitiés de la tumeur.
J)e tous les caustiques, celui qui remplit de la manière la plus satisfaisante le but (pie l’on se propose, c’est le caustique devienne solidifié. Avec
un crayon de ce caustique on trace à plusieurs reprises sur la tumeur dans le sens de son plus grand diamètre et sur un même trajet, une ligne dans la direction de laquelle le kyste se rompt bientôt, quelle que soit d’ailleurs l’cpaisseur de ses parois. On presse sur les parties latérales pour expulser la matière contenue, puis saisissant avec une pince les parois de la coque, on arrache celle-ci avec facilité.
Le procédé par écrasement linéaire s’exécute en passant par transfixion à la base de la tumeur, et autant que possible au dessous d’elle, un trocart dont on laisse en place la canule. Celle-ci sert à engager la chaîne d’un écraseur, lequel sépare la tumeur en deux moitiés que l’on détache ensuite très-aisément.
Chez un malade qui présentait au-dessous du lobule de l’oreille gauche une petite tumeur du volume d’une noix, tumeur qui n’était autre chose qu’un kyste sébacé, j’ai eu recours à l’opération du drainage, dans le but d’épargner au malade une cicatrice désagréable dans une région habituellement découverte.
La tumeur mise un peu en relief par le pincement de sa base fut traversée par un trocart qui servit à installer une anse élastique sous forme de boucle d’oreille, placée seulement un peu plus bas que cela n’a lieu d’ordinaire.
Kystes pileux. — C’est à l’extirpation qu’il faut avoir recours quand ils sont accessibles aux moyens chirurgicaux. Du reste, nous aurons occasion d’y revenir en traitant des opérations qui se pratiquent sur les diverses régions en particulier.
Tumeurs méliccrlques.
Il ne faut jamais espérer d’obtenir par des résolutifs ou par des fondants la disparition des tumeurs dites mélicériques.
La simple évacuation de la poche soit par compression, soit par ponction, soit par incision, ne suffit pas pour amener la guérison. Après avoir été vidé de la matière qu’il contenait, le sac se remplit de nouveau, et la tumeur reprend son volume primitif.
L excision est donc le seul moyen d’en débarrasser les malades.
Tumeurs gommeuses.
Le traitement de ces tumeurs, appartenant plutôt au traitement de la syphilis constitutionnelle qu’à la médecine opératoire, nous ne nous en occuperons pas ici. (Voyez d’ailleurs notre description des tumeurs gommeuses, t. II, du Traité de la suppuration, p. 626.)
Tumeurs cancéreuses et libro-plas tiques.
Les opérations qui ont été proposées pour la destruction des tumeurs cancéreuses sont :
1° L’ablation par l’instrument tranchant ;
2° L’écrasement linéaire;
3° La ligature appliquée, sur les artères qui alimentent la tumeur, à titre de ligature en masse ;
A0 La cautérisation.
1° Ablation par l’instrument tranchant. — Ce mode opératoire est le seul moyen qu’on possède dans un certain nombre de cas. Il est, en effet, des circonstances dans lesquelles la principale condition à rechercher dans l’opération, c’est l’extrême précision avec laquelle sont attteintes les limites de la tumeur. Or, dans certains cas difficiles, ni les caustiques, ni l’écrasement linéaire, ni la ligature, ne peuvent donner une précision aussi grande que celle que comporte le bistouri, et alors, ou on dépasse les limites qu’on aurait dû respecter, et cela au risque d’atteindre des organes importants, ou l’on reste en deçà, et on a une repullulation immédiate.
L’instrument tranchant expose à de nombreux inconvénients, ce sont ceux de tout traumatisme étendu produit par les tranchants : hémorrhagie, thrombus de la plaie d’opération, érysipèle, angioleucite, infection purulente, etc.
2° Écrasement linéaire. — Toutes les fois que les conditions d’exécution opératoire ne font point obstacle à son emploi, c’est la meilleure de toutes les méthodes.
Il est plusieurs points du traitement des tumeurs cancéreuses, où la méthode de l’écrasement a agrandi les ressources opératoires. Ce sont :
1° L’étendue considérable du champ du traumatisme sans accroissement: proportionnel des dangers du traumatisme ;
2° La possibilité de procéder sans danger à la destruction partielle de ■ ceux des cancers qui sont inattaquables dans leur totalité ;
3° La destruction par étapes successives d’un même cancer qu’on ne veut pas détruire d’un seul coup.
Encore que les chirurgiens soient unanimes à regarder comme éminemment utiles les opérations ayant pour objet de détruire sur place les cancers, et que la validité de l’indication opératoire soit pour eux parfaitement: légitime, il est un certain nombre de médecins qui répugnent à laisser: opérer lès cancéreux ; ils vont plus loin , et plusieurs font tout ce qu dss peuvent pour dissuader les sujets atteints de cancer de se soumettre à l’opé-J ration A tort ou à raison, ces praticiens, sans démêler bien nettement les: motifs de leur répulsion instinctive contre l'opération, paraissent influencés: par deux considérations : d’une part, celle de la récidive presque fatale du; cancer qui rend de peu de durée le bénéfice de l’opération ; d’autre part, celle des dangers que fait courir l’opération, dangers susceptibles d entraîner la mort. ,. . ,
Exposer à périr dans un très-court délai un certain nombre d individus
qui pouvaient prétendre à plusieurs années d’existence, pour n otlnr aux: sujets survivants, et au prix de douleurs et d’anxiétés parfois 1res- vives, L
qu’une prolongation d’existence très-douteuse, leur semble un assez mauvais calcul, et il est de fait que les modes opératoires qui, comme celui qui est propre à l’instrument tranchant, exposent à une grande mortalité, sont tenus assez gravement en échec en face de cette opinion hostile à l’opération.
Mais substituez à des méthodes trop souvent meurtrières, des procédés qui pour un nombre donné d’opérations fournissent une quantité incontestablement moindre d’accidents traumatiques, et alors les termes de la question se modifient et l’opportunité d’opérations généralement (je ne dis pas absolument) inoffensives, se trouve justifiée.
La très-faible mortalité à la suite des opérations d’écrasement linéaire devient un élément d’une haute importance dans la question. A la suite des nombreuses opérations de cancer que j’ai pratiquées par l’écrasement linéaire, je n’ai perdu qu’un très-petit nombre de mes opérés, je ne dirai pas des suites du traumatisme, car elles sont généralement d’une grande bénignité, mais enfin à la suite de ce traumatisme.
Je crois donc agir très-consciencieusement en engageant les malades atteints de cancer à ne point reculer devant des opérations qui , en leur offrant tous les avantages que l’on peut attendre du bistouri ou des caustiques, ne leur en présentent ni les inconvénients ni les dangers.
Nous avons indiqué les divers procédés opératoires au moyen desquels on peut attaquer les tumeurs pédiculées aussi bien que les tumeurs sessiles; j les tumeurs de forme globulaire aussi bien que celles de forme annulaire : (Voyez nos articles sur l’amputation du col de l’utérus, du rectum, de la i langue, et celui sur l’ablation des tumeurs sous-cutanées.)
Un malade est atteint de cancer à la base de la langue ou aux ganglions ! du cou; il se débat contre une suffocation qui va durer, je ne dirai pas ; plusieurs jours, mais plusieurs semaines ou plusieurs mois. C’est une jj condition véritablement atroce pour le patient aussi bien que pour ceux : qui l’entourent et qui lui donnent des soins. Il faut, quoi qu’on puisse dire,
! 'Iuc Ie chirurgien trouve dans ses ressources le moyen d’adoucir et de ! pallier une pareille situation.
jj Deux voies se présentent à lui, et on ne le laisse pas toujours maître de i choisir celle des deux qui lui paraîtrait la moins mauvaise. — Fera-t-il la | trachéotomie ? aura-t-il recours à une ablation partielle de la tumeur au jidegié où cette ablation peut devenir pour le malade un moyen de soulage- ! ment? Les avis peuvent différer ; et si la volonté du malade, celle de sa | famille, les prescriptions des médecins consultants inclinent vers l’abla- !• bon incomplète plutôt que vers la trachéotomie, le chirurgien chargé de | operation trouvera de grands motifs de sécurité dans l’emploi de l’éera- 1 Sement linéaire substitué à l’instrument tranchant. C’est là précisément ce t lui nous est arrivé dans un cas d’adénite cancéreuse avec fongus à l’inté-
t excelLn!'1 b^cca1®’ chez un Jeune homme flue J’ai °péré avec notre f confrère Ricord, au moyen de l’écraseur courbe.
i96 SECT. XII. — OPÉRATIONS SUR LES TISSUS ACCIDENTELS.
Nous avons obtenu, par le moyen d’une ablation intentionnellement partielle, un soulagement assez durable.
Dans celte observation, à laquelle on conçoit que je tienne, puisqu’elle a eu pour témoin un confrère d’une grande autorité, Iticord, il a été parfaitement constaté que pas une goutte de sang n’avait suivi l’ablation d’une partie assez considérable de la tumeur cancéreuse.
L’observation suivante due à M. le docteur Piachaud, mettra en évidence les avantages qu’on peut tirer de l’écrasement linéaire appliqué au traitement des tumeurs cancéreuses ou fibro-plastiques.
0BS .—Tumeur fibro-plastique de la région ano-coccygienne.— Extirpation complète
à l’aide de l’ècraseur. — Guérison. — Madame X deCoppet, 60 ans, d’origine
anglaise. —Plusieurs couches heureuses; hémorrhoïdes pendant les grossesses.
Développement d’une tumeur a 1 anus il y a six mois ; d abord gene dans la marche et la position assise, puis douleurs assez vives.
A l’examen, on constate une tumeur siégeant à la partie postérieure et inférieure du rectum et de l’anus, occupant le tiers de la circonférence de l’anus et formant une saillie cutanée très-appréciable, laquelle présente des traces d’hémorrhoïdes anciennes. — Du côté du rectum, la tumeur remonte à 5 centimètres de hauteur et se termine par une saillie très-nette au delà de laquelle les tissus sont sains.
27 juillet 1868. — Opération. Chloroforme. Avec une forte aiguille à chas, munie d’un manche mobile, on traverse les tissus de dehors en dedans à 4 ceutimètres en arrière de l’anus et à 1 centimètre en dehors de la tumeur. La pointe de l’aiguille reçue sur le doigt de l’opérateur dans le rectum est ramenée par l’anus à l’extérieur. fl
La chaîne de l’écraseur est attachée par un fil au chas de l’aiguille et passée a travers les tissus qui sont facilement sectionnés. Pareille section est pratiquée au côté opposé de la tumeur. Celle-ci se trouvant encore retenue en haut par une large bride formée par la paroi du rectum, l’aiguille est portée transversalement dans le rectum et la paroi est divisée avec la chaîne de 1 écrascur. Quant à la partie postérieure ou coccygienne de la tumeur, elle fut détachée de
la même manière par la ligature métallique.
Aucune hémorrhagie ; on reconnaît au tissu musculaire qui entoure la tumeur,
qu’elle a été totalement enlevée.
Pansement: grosse mèche de charpie, compresse et bandage en T.
Ni fièvre, ni accidents consécutifs. .
20 août. - La plaie est rétrécie des deux tiers; les matières sortent mvolontai- ™™™eptembre. - Guérison. Fonctions de l’anus normales. Appétit excellent;
santé très-bonne. „ , , . .
Examen de la tumeur. - La tumeur a la forme d un œuf de poule apla U do
tôtd de la membrane muqueuse ; elle est régulière, sans bosselures. LasutBM muqueuse est d'un rouge violacé, ulcérée dans toute son étendue ; par une coupe longitudinale, nous avons reconnu une consistance molle, quoique res tsUnte, d’un aspect gras, couenneux parfois, comme glanduleux, laissant ecoulci P« de liquide; la couleur est gris jaunâtre.
Le docteur Claparède a Lien voulu faire de ce tissu un examen détaillé, et voici la note qu’il m’a transmise à ce sujet :
« La (umcur est formée presque exclusivement par des fibres-cellules fusi- « formes. Çà et là, mais rarement, on aperçoit des traînées de tissu conjonctif « homogène à apparence fibreuse. Entre les cellules fusiformes s’en trouvent « d’autres qui présentent tous les passages de la cellule sphérique à la cellule « fusiforme définitive. Cette structure anatomique classe d’une manière positive « la tumeur parmi les sarcomes celluleux qui se rapprochent le plus des carci- « nomes. Le réseau vasculaire est très-peu développé; malgré l’apparence « couenneuse de la section, le microscope ne révèle presque pas d’éléments « graisseux, l’éther ne permet également d’extraire que fort peu de graisse. »
Dans un cas de tumeur fibro-plastique pédiculée du creux de l’aisselle, M. Azam, professeur à l’Ecole de médecine de Bordeaux, a eu recours avec succès à l’emploi de l’écrasement linéaire. Yoici un résumé succinct de l’observation :
Obs. — Femme de 22 ans. Tumeur piriforme située dans le creux axillaire droit et mesurant 24 centimètres en hauteur, 19 centimètres pour la circonférence du pédicule et 40 centimètres pour la circonférence de la base. Le pédicule et la moitié supérieure de la tumeur sont recouverts de peau saine. Dans la moitié inférieure surface d’un rouge vif, mamelonnée, laissant voir à nu le tissu propre de la production morbide; base de la tumeur profondément ulcérée. Extrême vascularité des parties malades.
Épuisement de la malade par une suppuration et des hémorrhagies abondantes.
Opération. — Incision circulaire de la peau ; ponction de la tumeur à sa base à l’aide d’un gros trocart qui sert à conduire deux chaînes d’écraseur qu’on fait marcher simultanément. — Détachement de la tumeur; réunion de la plaie par des serres-fines etdes bandelettes.
Guérison complète au bout de quinze jours.
Obs. — Tumeur fibro-plastique de la paroi abdominale antérieure. — Ablation par écrasement linéaire. — Récidive au bout de huit jours. — Nouvelle opération par l’ècraseur. — Guérison. — Jacquet (Anne), 54 ans, giletière, est entrée le 10 août 1858, à l’hôpital Lariboisière.
Cette femme se présente pour être opérée d’une tumeur de la paroi abdominale antérieure.
Située à quatre travers de doigt au dessus du pli de l’aine gauche, dont les • ganglions ne sont point engorgés, la tumeur s’élevait sur la surface des parois abdominales à la manière d’une corne volumineuse, tronquée, ou d’une espèce de rostrum à concavité dirigée en bas.
Depuis vingt ans la malade portait, dans le point où siège la tumeur, une petite saillie ayant quelque analogie d’aspect avec le tissu de la kéloïde, mais c est seulement depuis six mois que la nouvelle tumeur s’est développée au contactée la saillie primitive et sans la faire disparaître entièrement. Il y a onc entre la tumeur ancienne et la nouvelle une sorte d’indépendance bien *I(1U elles soient dans un contact réel. 5
Lorsque, dans le but de savoir quel est le genre de connexion de la tumeur «avec la paroi abdominale, on saisit la base de cette tumeur avec les doigts, de manière à la circonscrire par pincement et à lui faire éprouver des mouvements de va-et-vient, on reconnaît qu’elle se prolonge dans l’épaisseur de la paroi du ventre, et que si on voulait tenter son éradication complète, on pénétrerait trèsprobablement dans le péritoine. Et cependant il fallait agir, sous peine de voir la malade périr d’hémorrhagie. Elle avait été envoyée d’urgence à l’hôpital par le docteur Guillemeau. 11 suffisait d’enlever le linge qui recouvrait la tumeur, pour qu’une hémorrhagie abondante se déclarât sur-le-champ. Depuis plusieurs jours l’état de la malade inspirait de vives inquiétudes. Ni l’incision, qui pouvait faire pénétrer dans le péritoine, ni la cautérisation, dont les effets auraient été trop lents, ne pouvaient convenir.
lt août. — La tumeur fut serrée à sa base avec la chaîne d’unécraseur et séparée tout d’un trait sans effusion de sang. Puis dix à douze cautères, chauffés à blanc, furent éteints sur la surface de séparation. Nous avons encore eu, dans cette circonstance, à constater le peu d’efficacité du cautère actuel comme agents de destruction des tissus à une certaine profondeur, la première couche d’eschare faisant fonction de cuirasse protectrice pour les tissus sousjacents.
12 août. — La malade ne pouvant uriner, on la sonde. Chiendent pour tisane.
18 août. — On enlève le pansement qui avait consisté en une cuirasse de diachylumet l’on reconnaît qu’un fongus aussi volumineux que celui qui avait été extirpé a reparu. Nouvelle application de la chaîne à écrasement, nouvelle cautérisation de la surface abrasée, mais celte fois avec le caustique de Vienne solidifié.
Pansement par occlusion. Pas d’accidents.
Contre toute attente une cicatrisation régulière et parfaite succède à la nouvelle opération.
J’ai revu cette femme le 29 décembre 1860; elle présentait à la paroi abdominale une cicatrice très-belle. La guérison ne s’est pas démentie un seul instant.
La tumeur m’a paru être de nature cancéreuse, sans que je pusse indiquer à quelle catégorie de cancers elle appartient, l’examen microscopique n’ayant point été fait.
M. Fallin, présent à la séance, dans laquelle j’ai fait voir cette pièce à la Société de chirurgie, a déclare que cette tumeur était un type de tumcui fibio-plastique. — « A l’œil nu même, dit-il, il est facile de reconnaître qu’elle ne ressemble pas au cancer. En la déprimant, on n’y imprime pas les doigts comme dans une tumeur cancéreuse; elle se déchire, et son aspect est celui du blanc-manger. Ces caractères différentiels prouvent que le cancer et le tissu fibio-plastique ne se distinguent pas seulement qu’au point de vue microscopique. »
Dans la séance clu 16 février 1853, j ai fait à la Société de chirurgie la communication suivante :
Obs. — Amaurose. — Troubles fonctionnels particuliers et mort subite dus à la compression du bulbe rachidien par une tumeur cancéreuse mobile. Lu gaiçon
boulanger, âgé de 32 ans, entre à l’hôpital Saint-Antoine pour une amblyopie qui ne tarde pas à se convertir en une amaurose confirmée. 11 y a strabisme externe à droite.
■ L’état général du malade offre ceci de très-remarquable qu’il diffère considérablement suivant qu’il est couché ou debout. Est-il couché? à part son amaurose et un état presque continu de torpeur, d’hébétude et de somnolence, il ne présente aucune perturbation musculaire. L’intelligence est intacte, quoiqu’il y ait un peu d'affaiblissement de la mémoire.
Se lève-t-il? aussitôt perte d’équilibre, chute imminente, titubation d’un homme ivre, nécessité de le soutenir pour qu’il ne tombe pas; et de plus, s’il a des aliments dans l’estomac, vomissements subits et abondants.
Tel est l’état dans lequel nous avons observé le malade pendant plusieurs mois, lorsqu’un soir, sans autres accidents précurseurs, sans un seul cri, sans agonie, il expire tout à coup.
A l’autopsie, ori trouve à la base de l’encéphale, en arrière du bulbe rachidien, une tumeur que M. Robin a déclaré être de nature encéphaloïde. Cette tumeur. qui a pris naissance dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien et qui n’a aucune continuité avec la substance du centre nerveux, occupe cet espace inter-membraneux qui se remarque sur un encéphale extrait de la boîte crânienne, et qui est limité par l’espèce de pont que le feuillet viscéral de l’arachnoïde forme en se réfléchissant du bulbe rachidien vers la face inférieure du cervelet. C’est cet espace que la tumeur remplit presque complètement.
Elle a la forme d’une pyramide dont la base tournée en haut comprime et atrophie le vermis inferior, dont le sommet vient plonger à travers le trou occipital pour se terminer presque aussitôt un peu au dessous des pyramides antérieures du bulbe. En avant, cette tumeur embrasse le bulbe, pénètre un peu au travers de la valvule de Vieussens qu’elle a en partie détruite, et comprime le bulbe contre la surface basilaire, ainsi que l’attestent l’atrophie et l’aplatissement de l’olive et de la pyramide antérieure du côté droit. Les prolongements latéraux de cette tumeur venaient contourner les parties latérales du bulbe, embrassant, de manière à les comprimer, les origines du spinal et du pneiunogaslrique.
La position de cette tumeur, son défaut de continuité avec aucune partie de la substance propre du centre nei’veux expliquent comment elle pouvait jouir d’un très-léger degré de mobilité, et par cela même la différence que présentaient les phénomènes de compression suivant les changements d’attitude.
Quant à l’instantanéité de la mort, on a souvent observé la liaison de cette circonstance avec les lésions qui siègent exactement au niveau du trou occipital.
Dans tous les cas, l’amauroSe produite par une tumeur placée dans un point aussi déclive est quelque chose de très-peu ordinaire.
J ai cherché à fonder sur ce fait et sur le suivant une nouvelle classe de tumeurs que j'ai désignée dès 1833 sous le nom de tumeurs mobiles «lu cerveau. Ces tumeurs mobiles sont très-curieuses par leurs symptômes.
Tumeur delà base du cerveau. — Dans la séance du M avril 1861, j’ai présenté à la Société de chirurgie une tumeur de la base du cerveau, tumeur qui paraissait être de nature fibro-plastique.
Cette tumeur avait été recueillie sur le cadavre d’un homme de 50 ans, atteint depuis longtemps d’une amaurose double. L’examen ophthalmoscopique avait montré sur les deux yeux une atrophie de la papille rétinienne. Le malade, qui n’a jamais, à part cette amaurose, présenté de phénomènes de paralysie , fut pris, dans les salles, d’érysipèle de la face et mourut.
A l’autopsie, on a trouvé au dessous du lobe droit du cervelet une tumeur du volume d’une noix, placée entre la moelle allongée et le cervelet, mobile, pédiculée, ressemblant à ces tumeurs fibro-plastiques du cerveau qui ont été décrites dans ces derniers temps. Cette tumeur ne comprimait ni les corps genouillés, ni les bandelettes optiques; et, chose remarquable, elle n’a donné lieu à aucun phénomène de paralysie appréciable, car le malade, à part l’amaurose, n’a jamais présenté aucun symptôme du côté des organes des sens, du côté de la sensibilité ou de la motilité. (Gaz. des hôpit ., 27 avril 1861.)