‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 52 sur 256 · PARALLÈLE DE L '.INSTRUMENT TRANCHAIT ET DE L’ÉCRASEMENT LINÉAIRE DANS · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DE L '.INSTRUMENT TRANCHAIT ET DE L’ÉCRASEMENT LINÉAIRE DANS

l’ablation des tumeurs cancéreuses.

11 est un genre de danger des hémorrhagies, ou plutôt des écoulements de sang, même peu considérables, qui succèdent aux opérations et sur lequel on n’a nulle part suffisamment insisté.

Il doit avant tout être bien établi que, quelque soigneux et attentif que soit le chirurgien dans l’application des ligatures faites à la fin de l’opération, il ne peut jamais répondre qu’un tlirombus plus ou moins considérable ne se produira pas sur tel ou tel point des surfaces traumatiques.

Pour bien comprendre et bien faire comprendre le service que rend l’écrasement linéaire en prévenant d’une manière radicale le thrombus post-opératoire, j’ai dû étudier les causes et le traitement de cet accident des opérations faites avec le bistouri.

Voici les causes de ce thrombus :

•1° Négligence à lier tous les vaisseaux qui donnent ;

2° Impossibilité de lier tous les vaisseaux par suite de la suspension de l’écoulement sanguin, suspension qui n’est que temporaire, l’écoulement sanguin reparaissant après la clôture de la plaie. J’ai vu bien des fois, en effet, qu’on ne retrouvait pas le vaisseau ou qu’il y avait suspension spon- i tanée de l’écoulement sanguin au moment de la recherche; auquel cas on est bien forcé, après attente suffisante, de passer outre et de rapprocher ■ les surfaces. Ce n'est qu’ ultérieurement que le sang coule par un vaisseau qui avait d’abord cessé de donner.

11 peut donc y avoir écoulement en retour et thrombus ou par incurie du chirurgien qui lie mal des vaisseaux qu’il pourrait retrouver avec plus d’attention, ou bien par impossibilité constatée de lier des vaisseaux qui donneront plus tard, mais qu’aucun soin ne peut faire découvrir dans la plaie.

3° Enfin le thrombus peut avoir lieu par suite de l’état du sang chez le sujet ou par fluxion inflammatoire prématurée avant le travail d’oblitération spontanée des vaisseaux.

Voici maintenant les inconvénients nombreux et graves auxquels peut donner lieu le thrombus en retour.

1° Le sang épanché dans la plaie y joue le rôle de corps étranger et s’oppose souvent, sinon dans tous les cas, à la réunion primitive. Dès lors point de cicatrisation immédiate ;

2° La présence de ce sang comme corps étranger intervenant après coup dans une plaie exactement suturée donne lieu à des phénomènes d’étranglement et à une suppuration plus abondante ;

3° Le sang n’est pas là comme un corps étranger quelconque ; il y joue le rôle d’une matière animale qui entre en décomposition sous la triple influence de la chaleur, de l’inflammation et du contact du pus; il se putréfie ;

4° Il est nécessaire de renouveler plus fréquemment les pansements, d’où résulte la perle des avantages attachés à l’occlusion.

Si nous examinons comment se traduit l’état fâcheux que nous venons de signaler, nous avons à noter : l’érysipèle, l’étranglement de la plaie, la diffusion purulente, l’infection purulente, etc.

Voilà les faits, tels que l’observation nous les a présentés. Quelles conséquences avons-nous à en tirer?

La première, c’est que l’écrasement linéaire, qui ne donne presque jamais lieu au thrombus en retour, doit être substitué, partout où la chose n’est pas inexécutable, à l’emploi de l’instrument tranchant.

En second lieu, ces faits légitiment parfaitement l’emploi des opérations mixtes, de celles dans lesquelles on soustrait au bistouri tout ce qui i peut lui être soustrait et l’on donne à l’écrasement tout ce qui peut lui être donné. Telles sont les opérations dans lesquelles on sectionne avec l’instrument tranchant par exemple le tissu de la peau seule, pendant qu’on n emploie pour détacher la tumeur de ses connexions profondes que le ) seul secours de l’écrasement linéaire.

De là cette conclusion que dans une surface traumatique de mêmeéten- ; due, ne dût-on sauvegarder des lames tranchantes qu’une portion de surface de la grandeur de 2 centimètres carrés , il faut le faire d’autant | mieux que c’est peut-être du point qui a été écrasé que fût parti le petit jet artériel qui donne lieu au thrombus, thrombus que je regarde comme funeste dans bien des cas.

On croit qu’on a tout dit d’une plaie eu égard à la question des pertes de sang, et l’on se tient pour rassuré, lorsqu’on a prononcé qu’il n’y a pas d’hémorrhagie. C’est une erreur. — Le sang dans le traumatisme n’a pas qu’une manière de nuire. Quand il nuit par le seul fait de sa déperdition, c’est l’hémorrhagie ; mais il peut nuire encore comme ferment de décomposition putride, comme corps étranger irritant par ses qualités physiques ou chimiques : à ce double titre, il nuit encore et beaucoup.

Obs. — Ganglions cancéreux de Vaisselle. — Extirpation par écrasement linéaire. — Guérison. (Observation recueillie par M. Jaccoud, interne des hôpitaux.) — Chaudier (Désirée), 54 ans, ouvrière en linge, entre le 18 décembre 1855, à l’hôpital Lariboisière.

Cette femme a subi l’année précédente l’amputation du sein par la méthode de l’écrasement linéaire, pour un cancer de cet organe.

Il y a dix-huit mois, elle s’aperçut de la présence dans l’aisselle correspondante d’une petite tumeur très-dure ; cette tumeur était unique. Depuis cette époque elle a beaucoup augmenté de volume en donnant lieu à des douleurs intermittentes assez vives. Aujourd’hui elle a acquis le volume d’une orange ; elle occupe tout le creux axillaire ; elle est bosselée, très- dure, assez mobile sur les parties environnantes ; sur un seul point elle a contracté des adhéi-ences avec les téguments qui à ce niveau sont très-rouges ; elle est très-sensible à la pression excepté en ce dernier point.

L’état général est d’ailleurs satisfaisant.

24 décembre. — La malade ayant été soumise au chloroforme, M. Chassaignac pratique dans l’aisselle une incision curviligne, énuclée avec soin la tumeur, passe un fil pour la pédiculiser, puis sur le pédicule ainsi formé applique la chaîne de l’écraseur. La tumeur une fois détachée, on s’aperçoit qu’il existe encore dans l’aisselle plusieurs ganglions durs et dégénérés. — Ils sont arrachés l’un après l’autre. — Pansement par occlusion.

Dans la journée une hémorrhagie assez considérable a lieu. Elle est arrêtée par l’application de tampons de charpie imbibés de perchlorure de fer.

Le lendemain la malade est faible et pâle; pouls assez rapide.

27. — Les tampons de charpie les plus superficiels sont enlevés. Une petite partie de la plaie est mise à découvert. Nouvelle application de perchlorure de fer.

10 décembre. — On rétablit le pansement par occlusion; suppuration fétide et abondante. — Alcoolature d’aconit.

5 janvier. — On lève l’appareil. La suppuration est moins considérable et le pus est de meilleure qualité. Du reste l'état général est bon, et il n’y a plus d’écoulement de sang.

A datei' de cette époque, la convalescence ne s’est pas démentie ; la plaie s’est peu à peu cicatrisée sans accidents. — Les pansements ont toujours été hebdomadaires.

10 février. — La malade quitte l’hôpital complètement guérie.

3° Ijî» ligature en masse. — Ce procédé a souvent ete employé pour l’ablation des tumeurs cancéreuses, mais il nous paraît devoir êtreaban-

donné en présence des avantages que présente, comparée à ce moyen, la méthode de l'écrasement linéaire. Voyez ce que nous avons dit de la ligature en masse à l’article Ligature dans la première partie, t. I, p. 92.

4° lia ligature «les artères qui alimentent la tumeur. — G est une

méthode aujourd’hui parfaitement jugée. Nous contestons d’une manière absolue la valeur de la ligature des artères principales d’un membre comme moyen de guérison des véritables cancers. Ce que nous ne contestons pas, c’est la disparition de certaines tumeurs pulsatiles ou non pulsatiles après certaines ligatures artérielles, mais, dans les cas de ce genre, il y avait méprise diagnostique, et il ne s’agissait pas de tumeurs réellement cancéreuses.

5° L,a cautérisation. — Le caustique de Vienne soit solidifié , soit en poudre, soit en crayon, m’a paru répondre à toutes les indications de cautériser que peuvent présenter les tumeurs cancéreuses. Cependant j’ai encore employé avec avantage une pâte composée d’acide sulfurique et de poudre de garance.

Les cas qui me paraissent exiger l’emploi des caustiques sont ceux dans lesquels on ne peut recourir à aucune des méthodes précédentes, ceux dans lesquels la peau est altérée, adhérente à la tumeur et où celle-ci présente une surface ulcérée avec des prolongements trop étendus ou trop profonds pour pouvoir être atteints soit par le bistouri, soit par l’écrasement linéaire.

J’ai remarqué dans les tissus fibro-plcistiques une singulière propriété qui les différencie des tissus cancéreux proprement dits, et surtout de l’épithélioma, et cette différence a une haute valeur clinique. C’est la propriété de rester insensibles sous l’action des divers caustiques.

Sur un malade chez lequel j’ai eu occasion de traiter une tumeur fibroplaslique plusieurs fois récidivée et située à la jambe, toutes les fois que, dans une série de cautérisations successives, le crayon de caustique Filhos portait sur les tissus fibro-plastiques, il y avait insensibilité complète. Venait-il à toucher les tissus non dégénérés, une sensibilité très-vive se réveillait.

11 résultait de là que, comme dans une plaie couverte de bourgeons, il était difficile de discerner anatomiquement les bourgeons de mauvaise nature et les bourgeons légitimes, c’est la sensibilité relative de la surface de l’ulcère qui me servait de critérium pour décider là où je devais insister, là où je devais m’abstenir.

Le crayon était un réactif instantané qui servait à distinguer les tissus sains et les tissus malades.

Depuis un certain temps, j’ai été à même de poursuivre plus loin que je ne l’avais fait jusque-là, le parallèle de la cautérisation potentielle et de 1 écrasement linéaire au point de vue de la destruction des tumeurs cancél'ouses. Aujourd’hui mon opinion est parfaitement arrêtée et je n’hésite pas

à mettre l’écrasement bien an dessus de la cautérisation pour les opérations du genre de celles dont il est ici question.

Plusieurs ordres de motifs ont dissipé toute indécision de ma part :

1° La considération de la «louieur, qui est toujours beaucoup plus vive, soit pendant, soit après l’action des caustiques, tandis que l'écrasement, permettant de recourir au chloroforme pendant toute la durée de l’opération, et les douleurs consécutives étant presque nulles, il y a une supériorité marquée de l’écraseur comparé aux caustiques, au point de vue de la douleur;

2° Eu égard à la suppuration et aux conséquences qu’elle peut entraîner, telles que l’érysipèle, l’infection putride et l’infection purulente, il y a encore un avantage non douteux du côté de l’écrasement qui ne donne lieu qu’à une suppuration insignifiante.

3° Eu égard à la rapidité de la cicatrisation, il n’y a nulle comparaison à établir entre la cicatrisation des plaies faites par l’écraseur et celles que produisent les caustiques, lesquels donnent toujours lieu à des eschares dont l’élimination préalable est indispensable avant que le travail de cicatrisation proprement dite puisse s’établir.

4-° Enfin, eu égard à la précision de l’action chirurgicale qui doit, SOUS peine de récidive immédiate , ou de destruction superflue de tissus non altérés et qu’il ne fallait pas atteindre, il y a un avantage réel à procéder par écrasement. — Par le caustique, il est extrêmement difficile de tomber avec une précision mathématique, exactement sur la limite même des tissus altérés. — Si l’action caustique reste en deçà de cette limite, il y a repullulation immédiate ; si elle la dépasse, on peut pénétrer dans une cavité viscérale, ainsi que cela a eu lieu. On voit donc qu’il y a double danger. Telle n’est point la condition faite à l’écrasement.

Pendant un temps, je croyais qu’il n’était pas possible d’atteindre avec l’écraseur à une précision suffisante. L’expérience ma prouvé que cette appréciation manque d’exactitude. — Du moment que le chirurgien est muni d’aiguilles droites et d’aiguilles courbes, il peut sculpter en quelque sorte avec l’écraseur les surfaces les plus irrégulières, et comme il a sous les yeux et au bout de son doigt les tissus que lui désigne 1 altération pathologique, il extirpe pièce à pièce et fouille tout ce qui lui paraît encoie suspect après l’ablation générale de la masse cancéreuse.

Soit, par exemple, une surface traumatique delà largeur de la paume delà main, et qui vient de résulter d’une section faite par écrasement. On. promène le doigt sur cette suriace , ou en examine visuellement les qualités, et l’on reconnaît que si, dans son ensemble, la section a réellement, porté jusque sur les tissus sains, il y a trois a quatre points où 1 on doute de la parfaite intégrité de la surface sus-mentionnée. L un de ces points formant plaque ou noyau est alors mis en relief au moyen de deux ou troisaiguilles passées par transfixion au dessous de la partie suspecte.

Aussitôt que cette mise en relief a eu lieu, une ligature passée au dessous des aiguilles est serrée de manière à pédiculiser la petite masse, et l’écraseur effectue la séparation.

Mais l’un des points de la surface dont nous avons parlé est en état de dépression relativement au niveau de cette surface, ou bien l’un des points altérés est représenté par un noyau qui s’enfonce à une certaine profondeur dans les tissus sains. Ce n’est plus alors au moyen des aiguilles droites qu’on peut résoudre la difficulté; il faut recourir à l’emploi des aiguilles courbes en les montant au besoin sur un manche susceptible de s’adapter à chacune d’elles, ainsi que l’a fait très-ingénieusement M. Piachaud de Genève. Au moyen de ces aiguilles on va contourner la partie profonde du noyau cancéreux , on place une ligature que la convexité des aiguilles force à s’enfoncer au dessous de la petite tumeur, et, la chaîne étant appliquée, on se trouve avoir creusé dans une surface plane avec l’écraseur tout comme on l’eût fait avec le bistouri ou des ciseaux.

Boutons épithélioïdes.

J’appelle de ce nom des productions comme fongueuses qui se font remarquer très-fréquemment pendant le travail de cicatrisation qui succède à l’ablation des épithéliomas.

J’ai eu des exemples nombreux de ces productions bourgeonnantes dont l’aspect fait tout d’abord naître dans l’esprit du chirurgien, l’idée d’une récidive sur place.

Or, ces boutons d’apparence cancéreuse ont toujours guéri spontanément entre mes mains et doivent guérir quand on sait attendre.

Il paraîtrait que, même après l’ablation de cancers vrais, des productions fongoïdes et cancroïdales se forment, qui, sous l’influence de la solution argen tique, guérissent parfaitement.

J’ai eu occasion de constater ce fait chez bon nombre d’opérés et en particulier sur deux malades de l’hôpital Lariboisière, l’un opéré de cancer de la langue, l’autre opéré d’une tumeur épithéliale de la lèvre inférieure.

Tumeurs fibreuses.

Les procédés applicables aux tumeurs cancéreuses le sont également aux tumeurs fibreuses. Seulement c’est surtout pour ces dernières que nous avons institué le procédé de la fragmentation préalable. (\oy. Tumeurs fibreuses de l’utérus.)

Tumeurs tuberculeuses.

Les tumeurs tuberculeuses considérées chirurgicalement se rencontrent surtout à la région du cou où elles arrivent à former des masses quelquefois très-volumineuses et qui deviennent pour l’individu qui les porte

une cause de difformité excessivement pénible, et, lorsqu’elles sont arrivées à de grandes proportions, une cause de danger et de mort.

Chez un certain nombre de sujets, la mort est la conséquence d’une compression exercée sur des organes essentiels à la vie par des masses ganglionnaires altérées. Chez le plus grand nombre la mort est l’effet des suppurations excessivement abondantes et interminables auxquelles donne lieu la présence de ces masses. Et, il faut le dire aussi, elle résulte soit de la généralisation de l’état tuberculeux, soit de son existence dans des viscères bien autrement importants pour l’exercice des fonctions vitales que 11e le sont les ganglions.

Contre cette redoutable affection , la chirurgie n’est appelée à intervenir que quand il a été bien reconnu que la médication interne et les moyens généraux du régime sont décidément impuissants et lorsque, d’autre part, quel que soit l’état actuel du sujet, il y a imminence d’un danger soit immédiat, soit plus ou moins prochain pour la vie de l’individu.

Je commence toujours par traiter ces sortes de malades en me conformant à la formule suivante : 1° frictions sur la tumeur avec la pommade à l’iodure de potassium renouvelées toutes les deux heures; 2° coups de scarificateur répétés tous les deux jours; 3° enfin, médication générale par l’huile de foie de morue, l’iodure de fer, les bains sulfureux, une alimentation tonique, l’insolation, etc.

Quant à l’action chirurgicale proprement dite, j’ai eu souvent recours à l’ablation des masses par la dissection. Ces opérations ne peuvent être employées utilement que quand les tumeurs ganglionnaires présentent un certain degré de consistance et même d’induration. Elles nécessitent presque toujours des dissections laborieuses; elles sont généralement moins dangereuses que 11e le ferait supposer le vaste traumatisme chirurgical auquel elles peuvent donner lieu. Toutefois elles entraînent dans certains cas des accidents mortels, tels que l’érysipèle grave, la diffusion purulente, l’infection purulente.

Si les masses tuberculeuses sont ramollies , le traitement par excellence consiste dans l’emploi du drainage. Mais ce n’est point alors en employant deux ou trois anses fenêtrées qu’on peut, ainsi que nous le faisons poulies abcès, atteindre le but qu’on se propose ; c'est en multipliant ces tubes et les portant au nombre de six, huit, dix et douze. — C’est alors que par l’espèce de crible résultant de la présence simultanée de ces tubes évacuateurs, la tumeur parvient peu à peu à s’éliminer, ne laissant à l’individu qui en était atteint, que des cicatrices infiniment moins pénibles que celles qui résultent soit de l’élimination spontanée, soit de l’action du bistouri.

Toujours est-il que, chaque fois qu’on parvient à obtenir, par un moyen ou par un autre, l’élimination de ces énormes tumeurs, la santé générale de l’individu éprouve une amélioration remarquable.

Nous avons dans ce moment dans nos salles un homme qui depuis sept

ou huit ans subit des ablations périodiques de ces énormes tumeurs ganglionnaires, et chaque fois qu’une de ces graves opérations lui a été pratiquée (c’est toujours à l’instrument tranchant qu’on a eu recours), sa santé générale redevient excellente, il reprend ses travaux avec ardeur, ne conservant d’autres traces que celles des vastes déperditions qu’a exigées l’ablation de ces tumeurs ganglionnaires.

La première des tumeurs (celle-là était en partie suppurée) que nous ayons enlevées chez cet homme, siégeait dans la région sus-claviculaire du côté droit. Elle exigea une dissection qui mit à nu l’artère sous-clavière à sa sortie des scalènes, et la cicatrice est restée si étroitement collée à cette artère, que le doigt sent les battements du vaisseau sous une simple pellicule cicatricielle adhérente à l’artère.

Au moment de l’opération le sujet était dans l’état cachectique le plus prononcé. Pendant près de trois années il a joui d’une santé excellente. Au bout de ce temps développement d’une tumeur ganglionnaire énorme dans la région sus-claviculaire gauche. Même opération, dissection en tout semblable à la première ; cicatrice exactement pareille quant à sa juxtaposition avec l’artère. Retour parfait à la santé.

Trois ans après, apparition d’une nouvelle tumeur dans l’aisselle droite. Cette fois, le malade n’attend, ni que la tumeur soit en partie ramollie, ni qu’elle ait acquis un volume comparable à celui des deux autres tumeurs , et il vient nous trouver à Lariboisière où nous l’opérons en avril 1857.

La tumeur convenablement isolée, mais présentant un pédicule qu’il ne paraît pas prudent de trancher avec le bistouri, on la sépare avec l’écraseur linéaire, et le succès le plus complet vient couronner cette troisième opération.

M. Boulu paraît avoir obtenu par l’emploi de l’électricité des résultats • favorables dans le traitement de ce genre de tumeurs. Toutefois nous dirons que nous avons été obligé d’opérer par le drainage plusieurs des malades sur lesquels avait été impuissant l’emploi de l’électricité.

Parmi ces malades nous citerons la fille d’un architecte, que nous avons eu à traiter en mars 1858.

Obs. — Tumeur par hypertrophie ganglionnaire du cou. — Ablation par écrasement linéaire. — Guérison. (Observation recueillie par M. Jaccoud, interne des hôpitaux.) — Petit-Jean (Dolphine),20ans, blanchisseuse, est entrée le 3 juin 1830 à l’hôpital Lariboisière.

Celte femme habite Paris depuis cinq ans; jusque-là elle avait habité Dijon. Elle n’a fait d’autre maladie grave qu’une fièvre typhoïde à l’âge de six ans. —

! Elle n’a pas eu d’enfants ; les menstrues sont régulières.

Cette malade porte au côté droit du cou, dans la région sous-maxillaire, une tumeur du volume d’une petite orange, limitée en bas par une ligne transversale passant au niveau de l’os hyoïde, en haut par le bord inférieur du maxil-

laire, de chaque côté par une ligne verticale partant, en arrière, de l’angle de la mâchoire, en avant, du bord antérieur du masséter. — Située au dessus du sterno-mastoïdien, recouverte seulement par le peaucier, l’aponévrose et la peau, cette tumeur confine par derrière à la carotide externe, mais en est complètement indépendante. La faciale est peut-être englobée dans la tumeur; car on ne sent pas d’une manière distincte les battements de ce vaisseau. La tumeur est d’une mobilité très-grande, elle se déplace en tout sens et avec facilité sous le doigt. — De plus, toute la masse pouvant être saisie entre les doigts, on sent qu’il n’existe pas de prolongements profonds allant s’insinuer entre les couches musculaires ou sous les vaisseaux.

La malade s’est aperçue pour la première fois, il y a six ans, de la présence de cette tumeur. Le développement en a été très-lent ; car ce n’est qu’il y a deux ans que la production morbide a acquis son volume actuel. Depuis lors elle ne parait pas avoir augmenté. Elle a toujours été indolente. — Le sujet n’a jamais eu d’abcès au cou, et aucun des membres de sa famille ne porte de tumeur analogue.

D’après l’ensemble des caractères précédents, on diagnostique une tumeur ganglionnaire parement hypertrophique.

9 juin. — La malade ayant été soumise à l’action du chloroforme, M. Chassaignac procède à l’opération de la manière suivante. Une incision curviligne à convexité inférieure est pratiquée au niveau de la partie inférieure de la tumeur. Cette incision n'intéresse que la peau, le peaucier et l’aponévrose. Elle nécessite cependant la ligature d'une artériole dépendant probablement de la faciale ou de la linguale. — Avec l'indicateur introduit dans la plaie, M. Chassaignae rompt les adhérences de la tumeur avec les parties voisines. Dans ces manœuvres il est obligé de pénétrer assez profondément jusqu au niveau du pharynx; mais après quelques efforts il réussit à amener au dehors la tumeur, laquelle ne tient plus que par un pédicule épais. — Comme ce pédicule pourrait être assez vasculaire pour donner lieu aune hémorrhagie grave, au lieu de le sectionner avec le bistouri, on l’étreint avec la chaîne de Pécraseur, et l’on termine rapidement l’opération. Puis la malade est pausée par occlusion et reconduite à son lit.

Le lendemain et les cinq premiers jours, aphonie presque complète provenant vraisemblablement de ce que le doigt, dans les manœuvres précédemment décrites, a froissé ou tiraillé quelques filets du nerf laryngé supérieur.

Quoi qu’il en soit, à partir du sixième jour, la voix revient peu a peu et ne

tarde pas à reprendre son timbre normal.

Notons encore que pendant les trois premières semaines on fut oblige de renouveler le pansement par occlusion deux fois en huit jours, vu l’abondance

de la suppuration. , , .

Telles furent, avec un embarras gastrique qui céda facilement a 1 ipéca et a.

l’eau de Sedlitz, les complications qui suivirent cette opéiation.

Le 1 9 juillet, la malade quittait l'hôpital avec une cicatrice linéaire très- régulière et à peine apparente.

Le microscope n’a démontré dans la tumeur que 1 hypertrophie du tissu gan glionnaire.

Tumeurs hypertrophiques.

Les tumeurs hypertrophiques ont ceci de particulier, comparées aux affections cancéreuses, que, quand elles sont convenablement extirpées, elles laissent aux malades l’espoir d’une guérison radicale.

C’est ainsi que les diverses formes de l’éléphantiasis des Arabes ou éléphantiasis hypertrophique, que les diverses variétés d’hypertrophie de certains éléments de la peau, que l’hypertrophie de la lèvre inférieure, des amygdales, des grandes et des petites lèvres vulvaires, du prépuce, etc., donnent lieu à des opérations qui sont généralement favorables quand elles sont bien conduites dans leur exécution et dans leurs suites.

Les hypertrophies glandulaires doivent également être rappelées ici comme donnant lieu au genre d’opérations dont nous venons de parler.

Nous devons faire remarquer que l’écrasement linéaire, lorsqu’il est applicable à ces tumeurs, donne lieu à des résultats excellents, et nous pouvons affirmer que nous avons obtenu par lui de véritables succès, toutes les fois qu’il nous a été possible d’appliquer ce précieux moyen à l’ablation des tumeurs hypertrophiques.

Dans te courant du mois de novembre 1859, M. Guersant présenta à la Société de chirurgie un enfant de 13 à 14 ans, qui portait plusieurs tumeurs et une en particulier qui existait à la partie latérale et postérieure du crâne. Cette tumeur fut enlevée par écrasement linéaire, le 15 décembre 1859, et la Société put constater qu’elle était surtout formée par une hypertrophie considérable des nerfs, de la peau et des parties voisines. La cicatrice était complète ; mais tout ce qui était malade n’avait pu être enlevé.

Elépliailtiasis des Arabes.

Il est peu de cas dans lesquels le chirurgien ne puisse intervenir avec

quelque chance de succès chez les sujets atteints d’éléphantiasis bien circonscrit.

\ oici comment s’exprime M. Rayer sur cette question, dans son article : jlcphantiasis des Arabes, du Dictionnaire de médecine et de chirurqie pratiques en 13 volumes :

Fatigués par le poids énorme des parties affectées, plusieurs malades en on rec aîné 1 amputation, comme une dernière ressource contre un mal incura j c. il. Alaid assure que ceux d’entre eux qui ont survécu à cette opéa ion ont été de nouveau atteints de l’éléphantiasis sur d’autres mari mro m,

, nouveau atteints de l’éléphantiasis sur d’autres régions du

• r^S’ ^ ICn f*U ^sn ont Pas tar(^ à succomber aux suites d’une ou pluavniM^ r e°masies viscôrales. Une femme qui, depuis lage de quinze ans “taquf8 de !a maladia Barbades, se trouva leUemeni

• moommnrlnn 1 1 1 , . utO Ucll JjaiAL/Oj DL Il UU\ cl LGllGlllGnt

• lion -1 i ' U V0 Um° de “ Jaml)C affectée qu’elle demanda l’ainpula-

<>on. peu de temps après, elle eut à l’autre jambe un accès si Jrïbîe

qu’elle y succomba. La nommée Marie Prevat, dont j'ai rapporté l’histoire dans mon Traité des Maladies de la peau , subit l’amputation de la cuisse droite, dans le mois de mars 1823, à la suite d’une éléphantiasis des Arabes dont elle était affectée depuis l’âge de sept ans. En janvier 1 823, la maladie affecta le bras droit, et fut combattue, avec succès, par M. Lisfranc, par les saignées locales, les mouchetures et les vésicatoires.

A ces insuccès Delpech a opposé que M. Delmas, chef des travaux anatomiques de la Faculté de Montpellier, avait pratiqué l’amputation du bras dans des circonstances tout à fait semblables, et sans qu’il en fût résulté de récidive. Authier, opéré par Delpech, le 11 septembre 1820, quitta l’hôpital de Montpellier dans les premiers jours de février 1821, avec l’apparence d’une assez bonne santé, mais ayant une petite toux. A son arrivée à Perpignan il était pâle, entièrement décoloré ; son pouls était d’une petitesse extrême. 11 mourut le 23 du même mois, d’une inflammation du foie, du péritoine, de l’hypocondre droit et de la plèvre du même côté. M. Talrich a opéré, avec succès, en 1811, une jeune femme atteinte d’une éléphantiasis développée aux parties sexuelles; et, en 1828, elle continuait de jouir d’une bonne santé. Nægelé a également pratiqué, avec succès, l’amputation de la jambe, dans un cas d’éléphantiasis. La question n’est donc pas encore entièrement résolue.

Léontiasis ou éléphantiasis de la face . — Une femme entrée à l’hôpital Lariboisière était affectée de léontiasis. Cette maladie avait amené un épi— canthus. J’y remédiai par l’opération d’Ammon qui consiste à enlever un lambeau tégumentaire entre les deux yeux. Plus tard 1 hypertrophie de la paupière devint si considérable, qu’elle amena l’occlusion mécanique de l’œil. Après avoir épuisé vainement toutes les ressources de la thérapeutique, il fallut faire l’excision d’une partie des téguments de la paupièresupérieure. [Bull, de la Soc. de ch., seance du 14 no\embie 1833.)

Eléphantiasis des parties génitales externes chezl’homme. —L’éléphantiasis préputialbien circonscrit réclame l’excision ou en d’autres termes 1 opération du phimosis. A l’emploi des ciseaux ou du bistouri, il faudrait préférer en

pareil cas l’écrasement linéaire qui serait d’autant plus utile qu’il mettrait à

l’abri des hémorrhagies auxquelles peut donner lieu le développement anormal des vaisseaux de l’organe. J’ai plusieurs fois fait l’ablation de prépuces atteints d’éléphantiasis, au moyen de l’écrasement linéaire, et cette opération a été couronnée d’un plein succès. J’ai en ce moment dans mon service un sujet atteint d’éléphantiasis du scrotum et du membre inférieur droit. — Contrairement à ce qui a été mentionné par plusieurs auteurs, je n’ai point vu que l’ablation d’un prépuce éléphanliasique long et volumineux ait été suivie de troubles dans la santé générale ou de manifestations éléphantiasiques nouvelles.

A l’éléphantiasis de la verge il n'y aurait d’autre ressource opératoire a opposer que l’amputation par écrasement linéaire, en raison, non-seue-

mentdel'action antihémorrhagique delà chaîne, mais encore de labénignité du traumatisme et de l’absence d’infection purulente, double avantage qu’on obtient généralement par l’emploi de ce mode d’action chirurgicale.

C’est pour les mêmes motifs que dans le cas d’éléphantiasis du scrotum nous aurions recours à l’écrasement linéaire pour débarrasser les malades de la partie affectée.

Mais nous devons faire ici une remarque applicable à tous les cas qui précèdent, c’est que l’opération ne doit être tentée qu’autant que l’éléphantiasis est parfaitement circonscrite et qu’elle paraît être arrêtée dans sa marche. L observation a démontré en effet que l’éléphantiasis pouvait s’emparer ultérieurement de la plaie d’opération et de là s’étendre à toutes les parties voisines.

Eléphantiasis des parties génitales externes chez la femme. — J’ai enlevé une petite lèvre éléphantiasique chez une femme qui avait déjà été opérée huit ans auparavant de la lèvre du côté opposé par Blandin ; la tumeur s’était surtout développée du côté de l’anus. Au moment de l’entrée de la malade, comme la tumeur était irritée, on aurait pu croire un instant à un esthiomene , mais le doute cessa bientôt. L’ablation de cette éléphantiasis donna lieu à une hémorrhagie qui fut promptement arrêtée. {Bull, de la Soc. de ch., séance du 18 décembre 1850.)

L écrasement linéaire, employé à la place de l’instrument tranchant, préviendrait les accidents hémorrhagiques dont j’ai été témoin dans le cas précédent.

Eléphantiasis des membres. — La ligature de l’artère principale du membre dans le cas d’éléphantiasis a été proposée pour la première fois par un chirurgien de New- York, M. Carnochan, qui a fait connaître quatre i succès dus à ce mode de traitement.

A l’exemple de M. Carnochan, le professeur Erichsen, de Londres, a fait la ligature de l’artère tibiale antérieure dans un cas d’éléphantiasis du pied , cette opération a été egalement couronnée de succès.

Enfin M. Ogier (Charleston, Med. Jour, and Rev ., mars 1860) a lié l’artère crurale au sommet du triangle de Scarpa, chez un nègre âgé de 26 ans, atteint d^une éléphantiasis énorme du pied et de la jambe et jouissant d’ailleurs d une excellente santé. Le volume de l’extrémité et les douleurs qu’il y ressentait empêchaient complètement cet homme de travailler et lui faisaient réclamer l’amputation comme un bienfait. L’opération et ses suites immédiates ne présentèrent rien de particulier; mais le quinzième jour.

1 \ eut une hémorrhagie secondaire épouvantable que l’on parvint cependant a arrêter. Le malade ne tarda pas d’ailleurs à se rétablir.

ai pensé qu on pourrait avec avantage combattre l’éléphantiasis des

mem jres par la compression exercée sur l’artère principale du membre.

outefois je n ai pas encore eu l’occasion d’appliquer ce mode de traitement.

0rs(["e 1 eléphantiasis est circonscrite à un doigt, et que les progrès du

212 SlîCT. Xll. — OPÉRATIONS SUR LES TISSUS ACCIDENTELS.

mal semblent définitivement arrêtés, l’amputation du doigt est le meilleur moven qu’on puisse opposera cette afl'ection.

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