DU CRANE
Tumeurs cornées.
Il est des cas rares où, dans les tumeurs enkystées, il se forme une masse d’apparence cornée, qui adhère au kyste, ou plutôt en procède. Cestumeurs s’ouvrent d’ordinaire, et la substance cornée, s’échappant par. l’ouverture, acquiert parfois des dimensions considérables. Everard Home décrit une corne de cette espèce qui avait 1 1 pouces de long sur 2 1/2 de circonférence.
Ces tumeurs cornées, de forme et de volume variables, sont communément contournées comme les cornes du bélier, et on en a vu qui décri- vaient des spirales; demi-transparentes, comme la véritable substance cornée, tantôt rugueuses à la surface et opaques, elles cèdent à l’effort du ; couteau, et montrent dans tout l’ensemble de leurs caractères physiques la i
plus grande analogie.'avec les ongles déformés, hypertrophiés, que l'on voit assez souvent, aux orteils surtout. Elles leur ressemblent aussi sous le point de vue de leur structure histologique. D’après l’examen de plusieurs d’entre elles, elles se composent d’une substance cornée, facile à couper ou à racler; au microscope cette substance paraît presque amorphe comme le tissu des ongles; mais si on la laisse digérer longtemps dans la potasse caustique, elle se réduit en petites écailles tout à fait semblables à celles que fournit, par le même traitement, la substance des callosités de la peau, des cors, etc. (Vogel, Traité d’anat. path ., 1847.)
Bornons-nous à rapporter ici une observation citée par A. Cooper.
Obs. — John Kennedy, jardinier, s’aperçut pour la première fois, en 4796, de l’existence d’une tumeur qui naissait à la partie supérieure de la tête, et qui fut enlevée avec l’instrument tranchant environ trois ans après son apparition. Peu de temps après celte première opération, il se développa sur la même partie une substance cornée qui continua à s’accroître pendant les quatre années suivantes, au bout desquelles elle se détacha spontanément. A cette époque, la tumeur avait 3 pouces de longueur. Je remarquai, dit le docteur Roost de Kingston, auteur de l’observation, que la surface d’où elle s’était détachée était parfaitement lisse et ne présentait aucune trace de sécrétion quelconque.
Au bout de quelques mois, à partir de cette époque, une production nouvelle commença à paraître présentant l’aspect d’une corne de bélier : je la laissai croître durant sept années, suivant pas à pas ses progrès, et attendant qu’elle tombât d’elle-même lorsqu’elle serait arrivée à un certain degré de maturité; car telle était la marche que la tumeur précédente avait suivie.
Mais en 1811, Kenendy avait beaucoup à souffrir des inconvénients qu’entraînait l’accroissement de cette production, et devenant en quelque sorte la bête curieuse des ignorants villageois, je fus conduit à mettre un terme à la ' gêne du malade, non-seulement par l’ablation de la corne, mais encore par la dissection et l’excision du kyste afin de prévenir le retour d’une nouvelle formation de matière cornée. Huit ans après l’opération, aucune production 1 analogue n’était survenue. ( Œuvres chirurgicales d'A. Cooper, traduites par E. Chassaignac et G. Richelot, p. 590.)
D’après ce qui précède, l’origine des cornes accidentelles, qui ne se dé- ■ 'eloppent pas seulement à la tête, quoique ce soit leur siège de prédilection, ne saurait être douteuse. Nous admettons avec Éverard Home, A. Cooi per, \ogel, etc., que ce sont des productions de nature épidermique de la face interne d’un kyste.
Pour les faire disparaître radicalement, il faut, comme l’a fait le docteur ' Roost, enlever le kyste avec la production cornée. Enlever cette dernière • seule, c est laisser place presque inévitablement à une récidive.
Pour de plus amples détails voyez :
l H°me, Philos. Trans ., 4791; Meckel, Pathol. Anat., t. II, p. 27R •
! booren, Surgic. Essays, t. II, p. 233, 1820 ; Raye», Traité des maladies de la peau, Paris, 1835, t. III, p. 640.
SfcCT. I. — OPÉRATIONS SUR LA VOUTE DU CRANE.
I^oupcs.
L’ablation de ces kystes doit toujours être complète autant que possible.
Pour que la cure soit radicale, il faut que le kyste soit détruit.
Le kyste, quel qu’il soit, est d’abord fendu dans le sens de son plus grand diamètre ensuite, avec de bonnes pinces à disséquer, on saisit sous la peau divisée l’une des lèvres du kyste que l’on tire avec autant de force que sa consistance le permet, pendant qu’avec une spatule on le sépare des parties auxquelles il est uni. Cette sorte dénucléation laisse après elle une poche vide et une plaie simple, qui, légèrement comprimée, se ferme et se cicatrise immédiatement. Toutefois ce mode de piocéder ne met pas à l’abri des érysipèles du cuir chevelu qui rendent 1 opération des loupes à la tête parfois si dangereuse.
Lorsque la tumeur est considérable, ouverte et fistuleuse, il faut enlever une portion de peau en ayant soin d’en conserver suffisamment pour obtenir la réunion de la plaie en mettant ses lèvres en contact. Si des vaisseaux fournissent du sang, un aide les comprime avec les doigts, et on pratique la ligature lorsque l’opération est terminée ; lorsque le kyste est ouvert soit spontanément soit pendant l’opération, l extraction complète est très-difficile. S’il offre une certaine dureté, on peut encore l’extraire avec une pince et en tous cas chercher à en enlever le plus possible. Quelquefois on est obligé de placer de la charpie dans le kyste poui obtenu son élimination par la suppuration.
La ligature est rarement indiquée ; les procédés opératoires d après lesquels on l’applique sont toujours longs, déterminent parfois des douleurs vives, surtout quand la peau intacte est comprise dans la ligatuie, en outic, lorsque la tumeur commence à tomber en gangrène, la mauvaise odeur est parfois intolérable.
L’ouverture du kyste et sa destruction 5 l’aide de la suppuration ou des caustiques, peuvent être obtenues de diverses manièi es . ^
1° On incise le kyste, on le vide, puis il est rempli de charpie jusqu’à l’époque de la suppuration; alors le kyste est extrait par lambeaux.
2° La tumeur est ouverte avec un bistouri ou par l’action d’un caustique vidée, puis la face interne du kyste est irritée par des agents physiques ou chimiques. Peu à peu le kyste se détache et la suppuration 1 entraîne. , il,.
3» Quelques praticiens passent un séton a travers la tumeur, le chargent de préparations irritantes et obtiennent ainsi la suppuration et la destruction du kyste : ce moyen est infidèle et long. >
4° D’autres ponctionnent la tumeur avec un trocart, cherchent a vider te contenu et font ensuite des injections irritantes ; quand le sac est enflamme et en suppuration, ils l’ouvrent comme un abcès et entraînent le kyste : ce