TITRE V. — TUMEURS OSSEUSES DE LA VOUTE DU CRANE
l’ivoire le plus compacte. ( The American Journal , février 1838. Archives générales de médecine, juillet 1838.)
2° L’autre variété d’exostoses du crâne renferme les exostoses fongueuses ; ces dernières y naissent de la substance diploïque, elles présentent une consistance beaucoup moindre que les premières, et possèdent une vascularité beaucoup plus grande. Elles sont de nature cancéreuse, peuvent dans leur progrès se faire jour à travers la table interne, déterminer l’altération de la dure-mère, et, par suite de la compression exercée sur le cerveau, entraîner des troubles fonctionnels capables de causer la mort.
A. Cooper rapporte, au sujet des exostoses du crâne, l’observation suivante :
Obs. — Un homme qui demeurait près de chez moi, portait au front une tumeur volumineuse. Désirant examiner celte tumeur, j’allai voir le malade, et je reconnus qu’elle offrait environ le tiers de la grosseur de la tête. Elle croissait depuis plusieurs années; la peau qui la recouvrait présentait une teinte inflam-' matoire. Son immobilité et la fermeté qu’elle offrait au toucher me convainquirent que c’était une exostose: cependant elle était à la fois moins résistante et plus vasculaire que ne le sont ordinairement les exostoses cartilagineuses. Je conseillai l’opération, car je pensais que, si on n’y avait pas recours, la maladie aurait nécessairement une terminaison fatale. Sur mon avis, le malade y consentit facilement, et, peu de jours après son entrée à l’hôpital, je pratiquai l’opération.
Je üs d’abord une incision aux téguments, sur la tumeur, de la surface de laquelle s'échappa une quantité de sang très-considérable. Je continuai à disséquer les téguments jusqu’à ce que j’eusse atteint la surface du crâne, et alors, avec une scie métacarpienne, je réussis à exciser une substance plus molle que les cartilages ordinaires, et qui contenait de nombreuses pointes osseuses trèsdéliées. Toutes les parties de la tumeur saignèrent abondamment; mais en ramenant les téguments sur la plaie, et en exerçant une compression légère, j’arrêtai l’hémorrhagie que fournissait la surface de l’os, et je pus me dispenser de lier plusieurs petits vaisseaux de la peau.
La tumeur, examinée après son ablation, me parut plus molle qu’un cartilage, quoiqu’elle contînt quelques pointes osseuses; et elle se laissait écraser avec le doigt.
Le lendemain, le malade avait une fièvre violente qui continuai augmenter jusqu'au quatrième jour; alors il tomba dans un état comateux, et mourut le sixième jour.
A l’examen du cadavre, je trouvai que la tumeur occupait non-seulement la table externe, mais encore la table interne du crâne; elle s’étendait à travers ces deux dernières, et intéressait la dure-mère, d’où naissaient plusieurs végétations fongueuses. L’inflammation à laquelle l’opération avait donné lieu s’était étendue aux membranes du cerveau, du côté opposé à la partie où la maladie était située.
Cette affection semblait avoir son origine dans le diploé de l’os frontal, et avoir déterminé une production morbide entre le péricrâne et le crâne, et entre
le crâne et la dure-mère. La tumeur, qui avait son siège à la partie extérieure de la tête, était cependant beaucoup plus étendue que celle qui avait pris naissance à la table interne. Il était évident, du reste, que cette maladie aurait eu nécessairement, et à une époque peu éloignée, une terminaison fatale, alors même que l'opération n’eût point été pratiquée.
Ce cas rentre évidemment dans les fongus. A. Cooper l’appelle exostose fongueuse.
On peut faire sans de très-grands dangers une opération pour une exostose située à la table externe du crâne, quand cette exostose est trèspeu vasculaire, accompagnée de peu de douleur, et quand son développement s’est effectué avec lenteur; mais s’il s’agissait d’une tumeur dont l’augmentation eût été plus rapide, qui offrît des signes d’une grande vascularité, qui fût rouge à sa surface et accompagnée d’une vive douleur se propageant jusqu’à l’encéphale, on devrait renoncer à pratiquer l’opération.
Le cas suivant, comme exemple d’une double exostose symétrique à l’os frontal, nous a paru digne d’être mentionné.
Bérard aîné présenta, en 1827, à la Société anatomique ( Bulletin , n° 2), plusieurs pièces provenant du cabinet de Béclard. L’une d’elles est la tête d’un jeune sujet, dont les deux bosses pariétales sont symétriquement occupées par deux tumeurs osseuses. Soumise à l’examen des membres de la Société, cette altération paraît aux uns constituée par un simpledépôt de tissu spongieux à la face interne du péricrâne; d’autres voient en elle une hypertrophie du diploé.
2° Ostéophytes. — Le professeur Rokitanski, de Vienne, et parmi nous un jeune médecin observateur consciencieux et habile, M. Ducrest, ont appelé l’attention sur cette forme de production osseuse. Comme il n’y a lieu à aucune application chirurgicale, je me bornerai à quelques mots en rappelant que M. Alexis Moreau a présenté, sur ce sujet, un travail intéressant à la Société anatomique. Voici ce que dit M. Ducrest au sujet des ostéophytes : 1° On trouve sur le crâne des femmes en couches une production accidentelle, d’abord analogue aux cartilages, et qui prend ensuite la consistance des os ; 2° le crâne et la dure-mère en rapport avec lui n’offrent pas de lésion spéciale ; 3° elle se développe de préférence chez les jeunes femmes; 4° sa présence ne donne lieu à aucun symptôme particulier. Sur 329 femmes examinées soit par M. Ducrest, soit par M. Alexis Moreau, 132 offraient des ostéophytes.
Cancers de la Yoûte tin crâne.
Le cancer peut envahir tous les tissus qui entrent dans la composition de la voûte du crâne. Il n’entre pas dans nos vues d'examiner son origine et sa marche, dans chacun de ces éléments; ce serait vouloir établir des distinctions que la nature n’a peut-être jamais présentées toutes à l’obser-