TITRE Y. — TUMEURS OSSEUSES DE LA VOUTE DU CRANE
valeur. Car lorsqu’on trouve un cancer à la voûte du crâne,, il est bien rare que plusieurs tissus à la fois ne participent pas à la dégénérescence. Nous rattacherons donc à deux sections ce que nous avons à dire sur le cancer de la voûte du crâne. Dans la première section, nous ferons rentrer tous les cancers de la voûte osseuse proprement dite; et dans un autre chapitre, en parlant du fongus de la dure-mère, nous trouverons l’occasion de dire quelque chose du cancer de cette membrane.
Toutefois nous rappellerons auparavant un cas de cancer du cuir chevelu que nous avons vu à la Société anatomique, dans la séance du 5 juillet 1842.
M. Tavignot a présenté une tumeur squirrheuse ulcérée qui siégeait sur le cuir chevelu. Il n’y a jamais eu d’accidents nerveux. La tumeur était mobile, et on en fit l’ablation avec facilité. Elle siégeait uniquement dans la peau. Les parties sous-jacentes étaient intactes. Ce fait avait quelque importance aü point de vue du diagnostic, « car on aurait pu croire à un fongus de la dure-mère. »
La tumeur fut enlevée le 26 avril. Le 2 mai, parurent quelques frissons ; et le lendemain, il y avait hémiplégie du côté droit. On pratiqua le trépan sur la partie latérale gauche du crâne, à l’endroit où l'os avait été dénudé et ruginé. Arrivé sur la dure-mère, on la trouva seulement pâle et comme jaunie. Lorsqu’on l’incisa, il sortit une certaine quantité de pus. La mort arriva vingt-quatre heures après l’opération. À l’autopsie, on trouva du pus dans l’arachnoïde, et dans, le lobe gauche la substance du cerveau ramollie ; dans le poumon et le foie, des abcès métastatiques. Le sang n était pas diffluent.
Examinons maintenant le cancer dans les os du crâne.
Il n’y est pas très-rare. C’est souvent dans plusieurs points du crâne à la fois qu’on le voit se développer. D’un autre côté, rarement il sévit sur le crâne seul, c’est-à-dire que d’autres tumeurs cancéreuses se rencontrent en même temps sur différentes régions du corps.
La présence de la dure-mère en borne le développement du côté du cerveau, à moins que cette membrane elle-même ne participe à la maladie ; la production accidentelle fait des progrès plus rapides du côté des téguments. La marche de ces tumeurs, l’adhérence de leur base aux os du crâne, leur mollesse élastique, les douleurs lancinantes dont elles sont le siège, ne permettent guère de les confondre avec d’autres maladies que les tumeurs fongueuses de la dure-mère. Selon Ghélius, le diagnostic repose sur cette circonstance, que les tumeurs fongueuses de la dure-mère sont réductibles, tandis que les tumeurs cancéreuses des os ne le sont pas. Quoique ce signe soit exact dans le plus grand nombre des cas, il peut arriver cependant que la tumeur fongueuse delà dure-mère, après avoir perforé le crâne, s’élargisse sous les téguments, et cesse d’être réductible.
Si l’on avait la conviction qu’il n’existe qu’une seule tumeur cancéreuse
du crâne, et qu’elle fût accessible aux moyens chirurgicaux, on pourrait la mettre à découvert, en cerner la base à l’aide de l’ostéotomc de lie) ne ou db Martin et en pratiquer l’ablation. Dans le cas contraire, on devra s’en tenir aux moyens palliatifs que l’on emploie dans les affections cancéreuses.
Le cancer des os du crâne est habituellement de nature encéphaloïde. Il est probable qu’il commence par le diploé, puis de là il envahit les deux tables. Du moins, nous avons vu plusieurs fois des pièces pathologiques qui déposaient incontestablement de cette origine. C’est ce que l’on verra dans 1 observation suivante qui a ete présentée à la Société anatomique en 1834.
M. Tessier présente des masses cancéreuses circonscrites rencontrées dans les diverses parties du système osseux, chez une femme qui avait un cancer au sein. Ces masses cancéreuses existent surtout au crâne ; elles y affectent les dispositions suivantes : elles sont au nombre de sept à huit; les unes ne sont apparentes que du côté de la face externe des os ; les autres sont comme incrustées dans la surface interne : il en est une qui apparaît en même temps à l’extérieur et à l’intérieur du crâne, et qui forme, à la manière d’un tampon, un disque d’environ 3 centimètres de diamètre, dans lequel les parois du crâne sont complètement détruites. Enfin, un de ces noyaux cancéreux occupe l’intérieur du diploé emprisonné entre les deux lames compactes. Il semblerait, à l’aspect de ce dernier noyau, que toutes les formes précédentes n’expriment que les diverses phases d’un travail qui a débuté dans le diploé, et qui, suivant le progrès de la maladie, a détruit d’abord une des lames compactes, soit l’extérieure, soit l’intérieure, et enfin les deux à la fois, comme dans la tumeur en tampon dont il est ici question .
J’ai rencontré à l’hôpital Lariboisière {Gaz. des hôp., 15 oct. 1857), un exemple très-remarquable de tumeur fongueuse des os du crâne chez une jeune fille de 12 à 13 ans.
Cette tumeur siège à la région mastoïdienne du côté droit. Elle envahit la^région occipitale droite, la région temporale au-dessus de la conque, et commence à anticiper sur la partie supérieure et postérieure du cou. Cette tumeur, qui a pris naissance depuis un an à peu près, a toujours été en s’accroissant, et aujourd’hui son volume égale celui du poing d’un adulte environ.
Quelle est la nature de cette tumeur ? A quels accidents donne-t-elle lieu ?En quoi la chirurgie peut-elle venir en aide à la jeune malade ? C’est ce que nous allons rechercher.
Il y a eu un temps où cette tumeur eût pu être qualifiée de fongus de la dure-mère. A une certaine époque en effet, on avait si bien confondu les tumeurs appartenant en propre aux os du crâne et celles qui reconnaissaient une origine plus profonde, qu’il était fréquent de voir attribuer l’ap-