TITRE Y. — TUMEURS OSSEUSES DE LA VOUTE DU CRANE
pellation de fongus de la dure-mère à des tumeurs cancéreuses des os du crâne. Et cependant, rien de plus facile à distinguer qu’un fongus appartenant en propre aux os du crâne, d’un fongus qui appartient soit à la duremère, soit à des parties de l’encéphale placées au-dessous de cette membrane.
Comment donc se fait-il que des auteurs consciencieux, des pathologistes distingués aient laissé s’établir dans leurs écrits une confusion regrettable entre les fongus de la dure-mère et les fongus des parois du crâne ?
J’ai longtemps cherché la cause de ce non-sens pathologique, et je crois m’en être rendu compte par les considérations suivantes :
Ainsi que je le démontrerai tout à l’heure, une tumeur fongueuse qui provient de la dure-mère ou des parties subjacentes et qui perfore les os du crâne, a des caractères cliniques parfaitement distincts et comporte un diagnostic rigoureux que l’autopsie vient vérifier.
D’autre part, un fongus développé primitivement dans l’épaisseur des os du crâne, sans communication aucune avec l’intérieur de la cavité, offre des caractères cliniques très-différents de ceux que peut présenter le fongus interne; on ne voit donc pas, encore là, matière à confusion entre les deux maladies.
Mais supposez que le fongus propre aux os du crâne ait détruit toute l’épaisseur de l’os, et que, venant se mettre en communication avec la cavité encéphalique, il s’adosse à la dure-mère, il emprunte tout à coup à ces nouveaux rapports des caractères cliniques qui le font ressembler d’une manière frappante, aux tumeurs intra-crâniennes principalement désignées sous le nom de fongus de la dure-mère.
Ce sont les faits de ce genre qui ont donné naissance à la confusion dont je viens de parler; mais, toutes les fois que cette circonstance n’a pas eu | lieu, je maintiens que le diagnostic différentiel du fongus de la dure-mère 1 et du fongus des os du crâne est possible, je dirai même qu’il est facile, et je vais en donner la preuve :
Quels sont les caractères diagnostiques de ces deux ordres de tumeurs? En voici l’énumération.
1° Dans le fongus de la dure-mère, la tumeur est pulsatile ; elle a un | mouvement d’expansion très-prononcé, tellement prononcé qu’on pourrait la prendre pour un anévrysme. Dans le fongus des os du crâne il y a des i battements artériels disséminés sur tel ou tel point de la surface delà tuimeur, mais pas de mouvement d’expansion proprement dit.
2° Le fongus de la dure-mère est réductible en tout ou en partie. Il peut iêtro tout au moins refoulé vers l’intérieur de la cavité crânienne, et alors il '•produit des symptômes de compression cérébrale avec ou sans douleur. La • compression cesse-t-elle, la tumeur se reproduit sur-le-champ. Rien de
semblable dans le fongus des os du crâne. Il est irréductible d’une manière absolue.
3° Le fongus de la dure-mère est presque toujours entouré d’un cercle osseux formant un rebord perceptible au doigt. Dans le fongus des os du crâne, ce rebord manque complètement, ou bien il est irrégulier.
4° Le fongus de la dure-mère s’accompagne ordinairement dès le début de symptômes cérébraux: vomissements, syncope, somnolence, convulsions. Dans le fongus des os du crâne, ces symptômes manquent complètement. Nous faisons toujours, bien entendu, la réserve des cas dans lesquels une communication du fongus osseux s’est établie du dehors au dedans par destruction de toute l’épaisseur de la paroi osseuse du crâne.
5° Les fongus de la dure-mère jouissent d’une certaine mobilité sur leur base ; le fongus des os du crâne présente une immobilité complète et ne permet aucun mouvement de glissement.
6° Enfin la perforation même, quand elle existe dans l’un et l’autre cas, a des caractères différentiels qu’un examen attentif peut faire reconnaître. Car, dans le fongus de la dure-mère, le bord de la perforation est très-régulier et taillé en biseau aux dépens de la face interne ; tandis que, dans la perforation produite par le fongus primitivement externe, les bords de l’ouverture sont irréguliers et taillés en biseau aux dépens de la face externe.
Faisons maintenant l’application de ces signes différentiels au cas particulier.
•1° La tumeur actuelle présente- t-elle un mouvement d’expansion? Nullement. Les seuls battements artériels qui s’y fassent sentir sont dus à des artères plus ou moins hypertrophiées qui rampent à sa surface. Quant à un mouvement d’expansion et à un soulèvement de la tumeur en totalité, il y a absence complète de ce symptôme.
2° Cette tumeur est-elle réductible en tout ou en partie ? Pas le moins du monde. Elle reste largement assise sur sa base et résiste d’une manière absolue cà toute tentative de refoulement vers l’intérieur du crâne.
3° La tumeur est-elle entourée d’un cercle osseux ? En aucune façon. Elle prend racine d’une manière insensible sur tous les os qui concourent à former le périmètre de sa base. Il semble donc que, formée dans l’épaisseur du diploé, elle soulève la lame externe de l’os qui lui forme une enveloppe ostéo-calcaire dans une grande partie de sa surface externe. Car des applications caustiques intempestives ayant été faites sur le sommet de la tumeur, la coque osseuse est complètement détruite en ce point et laisse
voir une surface fongueuse et saignante.
4° La tumeur s’accompagne-t-elle d’un trouble cérébral quelconque, soit i en l’absence de toute compression, soit surtout par une compression tendant à la refouler vers l’intérieur du crâne? 11 n’y a absolument rien ce ; semblable. C’est donc une preuve de plus que la tumeur n’a aucune corn--;
munication directe avec l’intérieur du crâne.
5° La tumeur ne jouit d’aucun mouvement quelconque sur sa base et 1 m
corps avec l’os de la manière la plus intime.