‹ Traité clinique et practique des opérations chirurgicales, ou, Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 62 sur 256 · TITRE V. — TUMEURS OSSEUSES DE LA TOUTE DU CRANE · texte numérisé non relu

TITRE V. — TUMEURS OSSEUSES DE LA TOUTE DU CRANE

Nous pouvons donc affirmer sans aucune hésitation que nous avons alfairc ici à un fongus des os du crâne, puisque plusieurs signes diagnostiques importants établissent pour nous d’une manière indubitable la réalité de cette origine.

Quant à la nature propre de la tumeur, voici ce que nous en savons :

Une parcelle de ce tissu soumise à l’analyse microscopique par M. Henrteaux, a démontré l’existence de l’élément fihro-plastique.

Maintenant, et ceci est la question la plus importante, y a-t-il indication d’attaquer cette affection par les moyens chirurgicaux? Nous ne le pensons pas.

D’abord, on ne peut songer à enlever une tumeur aussi volumineuse qu’en se décidant à sacrifier une portion considérable de la surface osseuse du crâne, et dans quel endroit ? JDans une région qui avoisine la base du crâne, et sur une étendue qui comprend une partie de l’occipital, toute la portion mastoïdienne du temporal et même la portion écailleuse de cet os.

Il y a donc des dangers immédiats dans l’exécution d’une pareille entreprise. Il y a de plus la chance de ne pouvoir enlever la totalité des parties malades, attendu que, l’affection paraissant naître dans le diploé, il n’est pas facile, à moins d’être décidé à une déperdition déplus en plus étendue des os, d’atteindre les limites de l’altération. Or, une ablation incomplète serait inévitablement suivie d’une récidive immédiate.

Nous devons ajouter que, la tumeur anticipant un peu sur la partie supérieure et postérieure du cou, son ablation complète entraînerait encore de nouveaux dangers plus particulièrement propres à l’ablation des tumeurs situées dans la région sous-occipitale.

Ainsi, pour enlever une tumeur éminemment disposée par sa nature à la récidive, il nous faudrait compromettre dans une opération hasardeuse la vie de cette enfant. C’est ce que nous ne ferons pas.

Pourrait-on du moins attaquer cette tumeur par des applications répé- I tées de caustiques plus ou moins puissants ? L’expérience qui en a été déjà faite dans le cas particulier par d’autres que par nous, n’est pas de nature à nous encourager dans celte voie, et nous devons faire remarquer qu’une partie de cette tumeur étant comme engainée dans un étui osseux, cette : circonstance crée une difficulté nouvelle pour l’application des caustiques.

Toutefois, nous devons déclarer que, si par un moyen ou par un autre, il eut été possible d’arriver à détruire la totalité du produit pathologique, nous n eussions pas hésité à affronter les dangers, quels qu’ils fussent, de s 1 exécution opératoire, puisqu’il y aurait eu des chances d’obtenir un résultat sérieux et d’une certaine valeur pour notre jeune malade.

ïonçiiB «le la «oûtc «lu crâne, appelé fongus «le la «lure-mère.

I . Pour qu’une maladie ait sa place régulière dans les cadres nosologiques, il faut que ses caractères anatomiques ou diagnostiques la différencient

assez de toutes les autres pour qu’on ne soit pas incessamment exposé à voir la même appellation appliquée à des affections différentes. Or, sous le nom de fongus de la dure-mère, le langage et les habitudes des praticiens avaient l'ait un groupe irrégulier, mal défini.

En effet, il règne encore sur le siège primitif, le développement et la nature des fongus de la voûte du crâne, une incertitude qu’il faut attribuer à la rareté de celte affection, au peu d’occasions qu’on a ‘eu de l’observer à son début, de la suivre dans sa marche, de l’étudier dans ses caractères anatomiques. C. Siebold n’a vu que deux malades atteints de fongus crâniens dans une longue et vaste pratique; B. Siebold, un seul; Walther, deux ; Klein, un ; Chélius, quatre.

La dissection n’a permis d’étudier l’anatomie pathologique de ces tumeurs qu’à un petit nombre de pathologistes, parmi lesquels nous citerons Louis, Wenzel, Chélius, C. Siebold, B. Siebold, Ebermaier, Dupuytren, Deneu, Chindler, Klein, A. Bérard, Rey, MM. Cruveilhier, Jobert, Rostan, Velpeau, Marjolin, Bouvier, Blandin, Lauth, Philippe etLebert. On jugera tout d’abord de la rareté de cette affection quand nous dirons que, sur le nombre des observateurs que nous venons de citer, quatorze n’en ont vu qu’un seul et les autres un très-petit nombre.

Doit-on donc s’étonner que dans une maladie si rare, observée successivement à des époques inégalement avancées de la science et avec des vues si diverses, il y ait des divergences dans la détermination de l’anatomie pathologique de ces tumeurs?

Nous penne itra-t-on d’exposer notre opinion au milieu des divergences qui régnent entre tant d’habiles pathologistes?

Pour nous, la question d’anatomie pathologique à l’égard du fongus doit se poser ainsi : 1° le point de départ ; 2° la nature de la tumeur : question d’origine ; question de nature. Examinons la première question.

Point de départ de la tumeur. — Dans les Mém. de l’Ac. de chir. , t. à , parut en 1774, la première monographie écrite sur cette matière, Louis, son j auteur, se fondant sur vingt et une observations, dont deux seules lui sont personnelles, enseigna que les tumeurs fongueuses se développaient prima > tivement sur la face externe de la dure-mère et que leur compression sur les os finissait par les perforer de dedans en dehors. Celte théorie fut adoptée jusqu’en 1820 par la presque totalité des chirurgiens français, anglais et allemands. (Boyer, Traité des maladies chirurgicales, t. V, p. 176; Samuel Cooper, Dict. de chir., t. I; Richter, Anfangs. cler Wundarzneik., t. 11,

§ 216.) Cette doctrine fut aussi appuyée par les frères Wenzel, qui y ajoutèrent les résultats de la dissection d’une semblable tumeur trouvée par eux sur un cadavre.

Pour Walther, 1820, les fongus de la dure-mère n’appartiennent point à celte membrane, mais bien aux os du crâne et se développent soit dans s le diploé (pour se propager ensuite au péricrâne et à la dure-mère en

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