‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 102 sur 113 · LA TOUX · texte numérisé non relu

LA TOUX

bonne est le mélange de 0&r,10 de chlorhydrate de morphine avec autant d'extrait de belladone, dans 10 grammes d'eau d'amandes amères ou d'eau de laurier-cerise, mélange dont la dose est de 15 gouttes le soir et de 8 càlO gouttes dans la journée, s'il faut en prendre plusieurs fois. La belladone, la thridace, l'extrait de stramonium, l'extrait de chanvre indien, sont insuffisants pour combattre seuls la toux des tuberculeux; mais, mêlées aux préparations opiacées, ces substances permettent de recourir à des doses moins fortes d'opium. L'hydrate de chloral à la dose de 2 à 3 grammes dans une potion de 150 d'eau avec 50 de sirop de sucre ou de fleur d'oranger, pris trois à quatre fois le jour par cuillerées à soupe, ou à la dose de 1 à 2 grammes le soir, calme bien la toux sans narcotisme ni constipation; c'est pour cela que je l'ai de plus en plus employé contre la toux. Les perles de chloral à la dose de 3 à 4 le soir sont une préparation agréable et utile. Chez quelques malades un sinapisme, des vésicatoires volants diminuent mieux que les calmants une toux nerveuse. Des boissons chaudes, du thé pectoral avec du lait, conviendraient, si la tendance aux sueurs nocturnes n'était pas si prononcée. Pidoux dit que l'action d'avaler lentement et par petites portions l'eau glacée calme quelquefois la toux. J'ai vu des médecins en Allemagne qui préconisaient la conicine, cà la dose de 0°r,001 à m 0sr,002, seule ou avec de petites doses de morphine, contre cette toux opiniâtre.

Le bromure de potassiumne m'apas paru influer sensiblement sur la toux. Fumer des cigarettes ou des cigares de belladone, de stramonium, est une ressource pour les fumeurs, mais une ressource en général insuffisante. Je ne permets point aux tuberculeux de fumer, ou j'admets tout au plus 1 à 2 cigares par jour pour ceux qui y sont très habitués, dès que la tuberculose fait des progrès. La nicotine n'est pas un calmant pour la

toux et l'empoisonnement par la nicotine est une fâcheuse complication.

V expectoration peut être difficile, peu abondante ou trop abondante. Pendant les premiers temps de la maladie et plus tard de temps à autre l'expectoration peut devenir très difficile. Dans ces cas il faut être sobre d'opium. Lorsque des mucosités filantes, tenaces, adhèrent aux bronches et se détachent difficilement, un des meilleurs expectorants estl'iodure de potassium en solution à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Un bon moyen aussi est le bicarbonate de soude à la dose de 2 à 4 grammes dans une solution de 420 grammes avec 30 de sirop d'ipéca ou de polygala. Les tablettes de kermès, d'ipéca sont quelquefois utiles. Il en est de môme du lait chaud pur ou mêlé avec du thé pectoral, ou de celui-ci seul. Je fais ordinairement mélanger 30 grammes d'espèces pectorales avec 45 d'herbe de Galéopsis grandiflora et 5 à 4 0 grammes d'herbe de Polygala amara, mélange qui a l'avantage de ne pas affadir l'estomac et de ne point troubler la digestion, comme les boissons simplement délayantes, qui sont rarement supportées pendant longtemps, tandis que j'ai fait prendre souvent ce thé pendant des mois. L'inhalation de vapeurs chaudes facilite aussi l'expectoration, et mieux encore l'inhalation, faite avec un appareil pulvérisateur, d'une solution de chlorure de sodium, 4 à 2 parties pour 400 parties d'eau. Chez les malades affaiblis qui n'ont plus la force d'expulser les mucosités, les préparations ammoniacales sont utiles. On ajoutera aux potions 2 à 3 grammes de carbonate d'ammoniaque, ou mieux encore 2 à h grammes de liqueur anisée d'ammoniaque. J'en fais mêler volontiers aussi 30 à 50 grammes avec 00 de sirop d'écorce d'oranges ou do sirop de quinquina, mélange dont les malades prennent deux à quatre fois par jour une cuillerée à café.

L'EXPECTORATION. 5b7 Mais souvent, à une période plus avancée, l'expectoration est trop abondante et continue à affaiblir les malades. S'ils ont encore une certaine provision de forces, un vomitif de ler,25 h 2 grammes de racine d'ipéca donné une fois, même répété, est quelquefois fort utile et , lorsque les astringents deviennent également nécessaires, leur action est alors plus prompte. L'alun et le tanin sont préférables â l'acétate de plomb, rarement bien supporté à la longue. Le sulfate de fer en solution ou en pilules, ayec un extrait amer, est encore un bon astringent. On peut aussi, pour ménager l'estomac, faire faire des inhalations avec des solutions d'alun, de tanin, deperchlorure de fer à 1 ou 2 p. 100; pour le tanin même on peut aller à 3 et à 4 p. 400 d'eau.

Lorsque l'expectoration a une mauvaise odeur, je fais inhaler de l'essence de térébenthine, en la faisant verser sur de l'eau chaude ou sur un morceau de feutre que l'on approche cà volonté de la bouche. On peut aussi faire inhaler, au moyen du pulvérisateur, de l'eau de goudron, à 3 ou 5 p. 100, ou l'acide phénique cà 4/2 p. 100, ou l'acide salycilique à 4 ou 2 p. 400. Les tions d'acide phénique dissous dans de l'alcool ont été recommandées par Waldenburg: on verse ce mélange sur de la ouate que l'on place dans une bouteille à large ouverture, et l'on inspire de temps en temps. Ce procédé convient surtout aux malades trop faibles pour supporter les inhalations au moyen de l'appareil.

Les balsamiques exercent aussi une influence favorable sur l'expectoration trop abondante, avec tendance à la fermentation des mucosités. L'essence de térébenthine est très bonne dans ces cas; on la donne en capsules gélatineuses qui contiennent 5 â 15 gouttes, dont les malades prennent deux à trois fois par jour 4 à 3, ou en perles d'essence de térébenthine, dont la dose est de 2 h 6 par jour; on fait boire de l'eau après chaque

dose. L'eau de goudron avec du lail ou avec le sirop de baume de tolu convient bien aussi, mais elle a bien mauvais goût. On peut faire prendre à sa place un mélange à parties égales de sirop de goudron et de sirop de baume de tolu, à la dose de deux à trois fois une cuillerée à dessert, jusqu'à une cuillerée à soupe. Les capsules de Guyot renferment chacune 0',12 de goudron de Norvège; on en fait prendre 2 à 5 par jour ; on peut les donner aux repas, ou entre les repas, selon la tolérance des malades. L'infusion de bourgeons de sapin avec du sirop de baume de tolu est encore une bonne boisson balsamique. La potion de Griffith peut aussi convenir dans ces cas.

Une autre boisson très employée dans la bronchorrhée des phthisiquesest la tisane de mousse d'Islande; on fait bouillir 15 grammes, préalablement bien lavés, dans un litre d'eau, jusqu'à réduction à un demi-litre; on peut aussi y ajouter un quart à un tiers de lichen carrageen (Fucus crispus). La gélatine de mousse d'Islande est une préparation commode, lorsqu'elle est bien préparée. On peut la sécher et en dissoudre une à deux cuillerées à café dans un verre d'eau ou de thé pectoral aromatisé et amer. Parmi les balsamiques vantés clans ces derniers temps contre les accidents bronchitiques et l'expectoration trop abondante ou de mauvaise qualité, il faut compter Y Eucalyptus globulus, plante australienne, aujourd'hui très commune partout à la Riviera. Gubler recommande les feuilles à la dose de 5 à 45 grammes par jour, et d'après lui elle convient aussi dans la tuberculose en général, même avec fièvre. La teinture d'Eucalyptus est la forme la plus commode; on en donne plusieurs fois par jour 20 à 30 gouttes, et peu à peu jusqu'à une demicuillerée ou même une cuillerée à café dans un quart de verre d'eau sucrée.

De V hémoptysie et des hémorrhagies pulmonaires. — Le

L'HÉMOPTYSIE. 569 grand nombre des moyens et des méthodes proposés contre lo crachement de sang dénote bien une fausse richesse. Il est vrai aussi que l'impuissance de l'art contre les crachements de sang opiniâtres fait souvent notre désespoir. Mais, d'un autre côté, que de variétés d'hémoptysie, depuis la plus légère jusqu'à une forte hémorrhagïe inquiétante; depuis le début de la tuberculose jusqu'à la période la plus avancée, où des vaisseaux se rompent dans les cavernes ; depuis la tuberculose fixée pendant des années sur un seul lobe pulmonaire, jusqu'à la plus étendue, la plus infectieuse; depuis la phthisie aiguë jusqu'à la tuberculose la plus chronique; depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse! Il faut donc bien distinguer les cas. Une seconde règle non moins importante, c'est le calme que le médecin doit montrer vis-à-vis d'un entourage effrayé par une de ces hémorrhagies subites. Tranquilliser, consoler doit être le commencement du traitement, et cette règle doit présider aux prescriptions.

Lorsqu'il y a seulement un peu de sang dans les crachats, le repos, l'abstention de boissons chaudes et excitantes suffisent. Dès que l'hémoptysie dépasse une ou plusieurs cuillerées à soupe, ou qu'elle est plus forte, il faut ordonner le repos le plus absolu, même de la voix ; ces malades ne doivent pas parler et peuvent exprimer leurs désirs par écrit. Il ne faut pas qu'ils soient trop chaudement couverts, ni que la température dépasse 43° à 14° R. dans la chambre à coucher; il est bon que la tête et la poitrine aient une position un peu plus relevée que de coutume. On leur donne des boissons froides, de l'eau fraîche, de la limonade au citron; on a soin d'éviter toute émotion, toute agitation. Si l'hômorrhagic a lieu pendant les premiers mois de la maladie, il est bon de faire comprendre au malade et à son entourage que cette hémorrhagie exerce assez

souvent une influence heureuse sur toute la maladie. Mais, comme toute hémoptysie peut revenir, se prolonger, il est bon de poser avec prudence le pronostic dans ce sens et d'expliquer aux malades que, même l'hémorrhagie active terminée, du sang qui a été stagnant dans les bronches peut encore être rejeté pendant quelques jours. En un mot, il y a peu de maladies dans lesquelles le praticien doive montrer plus de tact, plus de savoir-faire, plus de sens pratique.

Le meilleur aliment, qui sert en même temps de boisson, c'est le lait froid, alternant avec du bouillon froid, si le malade n'aime pas le lait comme nourriture exclusive. De petites doses d'opium sont indispensables, pour diminuer ou faire cesser l'envie de tousser, vu qu'une forte toux provoque facilement de nouveaux crachements de sang. Le plus souvent l'opium n'est que l'accessoire à ajouter aux hémostatiques. Ce n'est qu'exceptionnellement, chez des malades forts, robustes, avec une gêne considérable de la respiration, que l'on pratique une saignée de 200 à 300grammes. Plusieurs fois j'en ai observé de bons effets en circonstance pareille. L'application de nombreuses ventouses sèches sur les parois de la poitrine constitue une bonne dérivation; il en est de même des sinapismesa l'épigastre, aux membres inférieurs, des maniluves sinapisés. Beaucoup de médecins emploient dès le commencement des compresses froides, des sacs remplis de glace sur la poitrine. Mais souvent on mouille le malade plus qu'il n'est bon, on lui donne un catarrhe bronchique et on aggrave sa position. Ce n'est que dans les cas de forte hémoptysie que je fais appliquer un sac en caoutchouc ou une vessie remplie de glace sur les parois de la poitrine, en évitant avec soin de mouiller inutilement le malade. Du reste le froid seul arrête rarement une forte pneumorrhagie, dont le siège est trop profond pour être même

L'HÉMOPTYSIE. 571 influencé par la glace appliquée à l'extérieur. Des expé^ riences directes faites à ce sujet sur des animaux ne seraient pas inutiles.

Parmi les moyens qui sont sur la limite du traitement externe et du traitement interne, nous devons menlionner comme nous ayant rendu quelquefois des services inespérés, mais sans action constante aucune, les injections sous-cutanées d'extrait de seigle ergoté de Bonjean, ou celui recommandé récemment comme purifié (Extr. Secat. cornutibis purificatum) parWernich. La meilleure composition et la plus simple est celle de Waldenburg, parties égales d'extrait de seigle ergoté et d'eau distillée (6gr. de chaque), dont on injecte la valeur d'un quart ou d'une demi-seringue de Pravaz,

Les inhalations avec la solution de perchlorure de fer à 2 ou 5 p. 100 ont aussi été vantées, mais je n'en ai pas observé d'effets favorables dans la majorité des cas; toutefois je ne voudrais pas passer condamnation sur cette méthode. En tout cas je crois les inspirations profondes plutôt utiles que nuisibles dans l'hémoptysie.

Apropos dutraitement interne, nous devons avant tout passer en revue les préparations de seigle ergoté. Waldenburg recommande de prendre de sa solution dans de l'eau distillée, 40 à 20 gouttes toutes les heures ou toutes les deux heures. J'emploie souvent aussi des pilules contenant chacune 0sr,06 d'extrait de seigle ergoté et de tanin, et 0sr,01 d'extrait d'opium. Les malades en prennent 4 a 2 toutes les deux ou trois heures. La potion suivante est fort utile aussi :

Infusion de seigle ergoté (préparée avec 8 gr. Margot)

Alun purifié,

Extr. d'opium

Sirop de framboises

A prendre par cuillerées à soupe toutes les heures ou toutes les deux heures.

Lorsqu'il y a en même de la fièvre et un état inflammatoire, je donne volontiers les astringents dans une infusion de digitale de 150 grammes préparée avec 1 gr. à lsr,25 de feuilles de digitale. J'y ajoute 3 à 4 grammes d'extrait de ratanhia ou autant; d'alun ou de tanin et 0»r,05 à 0>,06 d'extrait d'opium. Cette dose est prise par cuillerées à bouche dans les 24 heures. Dans des cas rebelles la solution de sesquichlorate de fer, à la dose de 5 à 8 gouttes dans un verre à vin d'eau sucrée, toutes les 2 heures, amène quelquefois un mieux rapide et échoue d'autres fois, comme tous les hémostatiques. L'acide sulfurique, l'eau de Rabel, l'élixir acide de Haths peuvent être ajoutés à l'infusion de digitale ou de seigle ergoté, à la place des astringents, à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Tous ces moyens trouvent leur emploi dans les cas assez fréquents d'hémoptysie opiniâtre. On a aussi conseillé les balsamiques, l'essence de térébenthine, le baume du Pérou, le copahu. La térébenthine réussit en effet quelquefois, après que d'autres moyens ont échoué.

Les hémorrhagies des cavernes d'une période avancée réclament le même traitement, mais plutôt les astringents toniques, le sulfate, l'hydrochlorate de fer, l'inhalation de la solution de perchlorure de fer. Si les malades s'affaiblissent rapidement, il faut recourir au musc et aux vins généreux.

Dès que l'hémorrhagie a cessé, on passe de nouveau avec prudence à un régime plus tonique. Pendant quelque temps encore le lait doit constituer une bonne partie de la nourriture; en même temps les œufs, les viandes rôties seront permis. Pendant toute la durée d'une hémoptysie, il faut avoir soin de tenir le ventre libre et même on donnera de légers apéritifs, des pilules d'aloès, la limonade de Roger, l'eau purgative hongroise (Hun-

LA DYSPNÉE, LA FIÈVRE. 573 yadi-Janos), à dose suffisante pour provoquer une à deux selles au moins par jour.

Les malades qui ont traversé une hémoptysie opiniâtre doivent être pendant longtemps très prudenls, éviter toute fatigue, tout refroidissement, toute boisson excitante, ainsi que l'exercice prolongé, l'ascension et avant tout la danse, cela va sans dire. C'est après ces phases que les malades affaiblis se trouvent bien du fer et surtout de l'huile de foie de morue ferrugineuse.

Les douleurs de la poitrine sont quelquefois fort incommodes. Des frictions avec de l'huile chloroformée à parties égales, les ventouses sèches, la teinture d'iode appliquée aux parties douloureuses, les sinapismes et surtout les vésicatoires volants constituent les meilleurs moyens. L'usage interne de petites doses de morphine ou de codéine vient en aide à la médication externe.

La dyspnée mérite toujours une attention toute particulière. En premier lieu on la combat par les calmants et par l'inhalation de vapeurs narcotiques et adoucissantes. L'hydrate de chloral à la dose de 1 à 3 grammes à la fois ou à dose fractionnée dans une potion qui en renferme 3 à 5 grammes dans 200 de véhicule, dont une cuillerée à soupe sera prise toutes les deux à trois heures, rend, dans ces cas, de grands services. Toutefois il faut être sobre du chloral, commencer par de petites doses et surveiller son action, lorsque les malades sont affaiblis et que la maladie est avancée. Des sinapismes, l'inhalation prudente de vapeurs d'éther ou de chloroforme rendent également de bons services. Souvent je verse, dans ces cas, de l'éther sulfurique sur l'oreiller et les couvertures du malade, pour l'entourer d'une atmosphère d'éther.

La fièvre est bien plutôt l'expression, je dirais presque le

dynamomètre de la tuberculose. Aussi diminue-t-elle, disparaîtelle, augmente-t-elle selon les phases et l'intensité décroissante ou croissante de la maladie. Cependant, une fois continue, la fièvre est non seulement fort incommode, mais fort nuisible, en hâtant considérablement la consomption. Aussi les malades demandent-ils souvent qu'on fasse cesser avant tout la lièvre, ce qui n'est pas facile. Cependant la quinine, l'arsenic, l'acide salycilique peuvent bien la modérer quelque temps. Quant à la quinine, c'est le muriate que je préfère, comme la préparation la plus active et la mieux supportée par l'estomac. Quelquefois une forte dose de 0sr,6 dans un cachet médicamenteux (capsule amylacée d'oubli), prise le soir, suffit. D'autres fois je fais prendre deux à trois fois dans les 24 heures CM'',3 à 0S',4 de ce sel pendant quelques jours, puis je fais suspendre, pour y recourir de nouveau plus tard. Dans d'autres cas la dose du sel de quinine ne dépasse pas 0er,2 et j'y ajoute volontiers 0er,001 d'acide arsénieux. Lorsque la quinine a usé son action, l'acide salycilique peut encore rendre des services passagers. Je fais prendre 2 a 4 grammes de salycilate de soude, seuls ou avec autant de bicarbonate de soude, dans une potion de 120 grammes avec 30 grammes de sirop d'écorces d'oranges; à prendre par cuillerées cà soupe toutes les 2 heures, ou en trois ou quatre fois dans les 24 heures. Lorsque ce médicament commence à s'user à son tour, je combine dans des cachets 0er,06 à 1 gramme de salycilate de soude avec 0sr,45 à 0°r,20 ou même 0°r,30 de chlorhydrate de quinine, et je fais prendre deux à trois cachets par jour. Mais dans tout ce traitement il faut toujours compter avec l'estomac, car la fièvre diminue déjà l'appétit et rend la digestion plus difficile. 11 faut diminuer les doses, ou suspendre tout traitement antipyrétique, lorsque 1' estomac s'accommode difficilement ou mal de cette médication.

LA LARYNGOPATIIIE. 575 Pendant la fièvre, des boissons rafraîchissantes, de la limonade au citron, de l'eau de Sellz avec du sirop de framboise sont agréables et utiles en même temps» Il va sans dire qu'il faut modifier aussi la diète d'après la fièvre, pendant la durée de laquelle il n'est pas rare de voir les viandes rôties moins bien supportées et surtout supportées en moindre quantité qu'à l'ordinaire. Les hydrates de carbone sont, au contraire, quelquefois mieux supportés que les aliments azotés. Le lait constitue aussi alors une bien précieuse ressource. Il est bon d'éviter de placer un des principaux repas aux heures auxquelles la fièvre revient volontiers ou régulièrement.

Les sueurs nocturnes sont aussi pénibles qu'opiniâtres, la tuberculose une fois bien établie. J'ai été peu satisfait de l'action de la quinine, même à forte dose, contre ces sueurs. L'agaric blanc, l'acétate de plomb ne m'ont jamais paru non plus influer sur ce symptôme. Les frictions avec du lard sont malpropres et sans utilité. Le seul médicament qui, momentanément, agisse contre ce symptôme, c'est l'atropine. On donne le soir une pilule renfermant un demi-milligramme de sulfate d'atropine; on peut donner plus tard deux pilules, mais il ne faut pas aller au delà. Il est bon que ces malades ne se couvrent pas trop pendant la nuit et que la température de la chambre à coucher ne dépasse pas 13° à 14° R. Il faut éviter aussi toute boisson chaude pendant les heures qui précèdent le coucher. Il faut que les vêtements et le lit des malades soient toujours mis à sec, après les sueurs abondantes et selon le besoin. Je ne connais ni de meilleur préventif, ni de meilleur adjuvant de la cure des sueurs nocturnes que l'hydropathie modérée, les lavages, le drap mouillé, la douche de quelques secondes de durée dans les établissements disposés pour cela. La laryuijupalhie des tuberculeux nécessite des soins spé-

ciaux. Ce n'est qu'exceptionnellement, lorsqu'il y a beaucoup de douleurs dans la région du larynx et de la gêne dans la déglutition avec toux fréquente et très fatigante, que l'on doit appliquer cinq ou six sangsues à la région du larynx. Le plus souvent ces symptômes sont calmés par l'opium à l'intérieur, par des frictions adoucissantes, des cataplasmes, des compresses échauffantes. On peut aussi faire inhaler les vapeurs adoucissantes et narcotiques d'une infusion de jusquiame, de belladone. Puis on passe aux inhalations, au moyen des appareils pulvérisateurs, avec l'alun, le tanin, le nitrate d'argent, et mieux encore à la cautérisation du larynx au moyen d'une éponge imbibée d'une solution d'azotate d'argent à 5 et jusqu'à 10 p. 400 et au delà, deux fois par semaine. La dérivation aide bien l'effet de ce traitement. On commence par des frictions ammoniacales et camphrées et on passe bientôt aux vésicatoires volants, dont 5 ou 6, de 3 à 5 centimètres de diamètre, seront successivement appliqués à la partie antérieure du cou. Des frictions avec de l'huile de croton, 1 partie sur 8 d'huile d'olives, provoquant une forte pustulation, ont bien soulagé quelques-uns de nos malades. Si ces révulsifs à action superficielle n'agissent pas, on n'obtient guère plus par les moxas oulessétons, que j'ai employés quelquefois à une époque bien antérieure de ma pratique, mais que j'ai abandonnés ensuite. Ces malades doivent aussi largement user de la diète lactée, mais non d'une façon exclusive. 11 est bon d'envoyer en automne ces malades dans le Midi , avant que leur maladie n'ait trop progressé. Le silence prolongé est de rigueur, tant que les efforts faits pour parler sont douloureux ou pénibles. Les opiacés combattent la toux et les douleurs. Pendant la bonne saison, les eaux sulfureuses des Pyrénées, les Eaux-Bonnes, Cautère ts, les eaux d'AIlcvard, d'Aix-la-Chapelle, de Weilbach,

LA PNEUMONIE, LA PLEURÉSIE. 577 puis les eaux alcalines d'Ems, de Salzbrunn peuvent donner de bons résultats, surtout combinées avec la cure lactée et un climat convenable. Lorsque la laryngopathie n'est pas avancée, une cure prolongée avec l'iodure de potassium, et plus lard avec l'iodure de fer, peut amener une réelle amélioration.

La pneumonie des tuberculeux, lorsqu'elle survient de bonne heure, ne réclame aucun traitement spécial. Nous traitons aujourd'hui généralement la pneumonie primitive par la méthode expectante. Nous pouvons d'autant mieux adapter ce traitement a cette pneumonie secondaire, que, survenant à une période peu avancée, elle a une tendance prononcée à affecter une marche bénigne. Ce n'est que lorsque l'oppression est forte et continue, et si l'opium ne l'a pas calmée, qu'une petite saignée est indiquée. Une infusion de digitale, la quinine à dose modérée ou à plus forte dose, s'il y a beaucoup de fièvre, sont les meilleurs moyens. On peut, dans les cas lents, favoriser la résolution par de grands vésicatoires volants. Ce traitement est encore le meilleur dans la pneumonie tardive des tuberculeux, qui est presque toujours mortelle; on peut y joindre le traitement par l'alcool, deux cuillerées à café et au-delà d'eau-de-vie loutes les 2 heures, ou l'usage d'un vin généreux ou de vin de Champagne. Le musc, le camphre, la liqueur anisée d'ammoniaque sont, outre les alcooliques, les meilleurs excilanls, lorsque la faiblesse croissante des malades oblige le médecin de recourir à cette méthode.

La pleurésie est traitée chez les tuberculeux comme d'ordinaire : des ventouses, sèches ou scarifiées, des vésicatoires, l'opium contre les douleurs, puis, si l'épanchement persiste,' de légers purgatifs, l'usage méthodique de l'iodure de potassium, de l'iodure de fer, les frictions avec le liniment térébenthine de Stokes (15 gr. d'essence délayés et triturés avec un ou

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