TABLEAU GÉNÉRAL DE LA PHTHISIE PULMONAIRE
la rétine, de la choroïde, assez souvent siège de granulations tuberculeuses.
La paralysie spinale est la conséquence de tubercules ou de •carie vertébrales, plus rarement d'une myélite simple, ou de tubercules de la moelle. Les complications avec une suppuration prolongée du système osseux sont tantôt secondaires, tantôt primitives. Dans ce dernier cas, la carie et la suppuration primitives ont conduit à la longue à la broncho-pneumonie tuberculeuse. De vrais tubercules osseux en sont moins souvent le point de départ.
Il n'est pas fréquent que les phthisiques prennent de profondes eschares au sacrum ou aux trochanters, mais lorsqu'il y en a d'étendues et rebelles, elles accélèrent la fin.
On prétend que les tuberculeux sont très-portés aux jouissances sexuelles. Si des excès fréquents peuvent avoir contribué au développement de la maladie, il n'est pas moins vrai qu'à mesure que la tuberculose progresse, les facultés sexuelles diminuent chez l'homme. Chez les femmes, les règles s'arrêtent •souvent lorsque la fièvre continue "èt le marasme se sont établis, et reviennent lorsque la maladie s'améliore. Si la marche est lente et la phthisie peu avancée, les femmes deviennent assez facilement enceintes, mais la grossesse et les couches leur sont souvent fatales.
Marche, durée et terminaisons.
La tuberculose chronique peut débuter avec des signes positifs ou d'une manière latente et insidieuse. Dans quelques cas, elle naît d'un catarrhe chronique simple opiniâtre. Il est rare de pouvoir rattacher son origine à un refroidissement. La maladie offre diverses phases, mais qui passent insensiblement de l'une à l'autre sans que l'on soit en droit d'admettre des stades ou
DE LA BRONCHO-PNEUMONIE CHRONIQUE. 79 des périodes fixes. Il n'est pas rare de voir la maladie latente jusqu'à une première pneumorrhagïe. Le pouls et les signes physiques peuvent montrer pendant quelque temps peu de changement, tandis que la fièvre, rare d'abord et passagère, s'établit peu à peu. C'est pour cela que l'examen thermométrique régulier est de bonne heure d'un grand secours. En outre, on mesure les progrès de la maladie par l'extension du catarrhe du sommet, de haut en bas, par l'envahissement du second poumon, par l'altération de plus en plus manifeste de l'état général. Lorsque la diarrhée s'établit de bonne heure et résiste à tous les moyens, les symptômes du côté de la poitrine peuvent être masqués, les signes physiques même peuvent paraître moins prononcés que ne le sont les altérations anatomiques. — Si l'état général se détériore davantage que ne le comportent les résultats de l'auscultation et de la percussion, la gravité de la maladie est déterminée par cet état général. L'amaigrissement, la perte des forces, la fièvre peuvent donc avoir une valeur bien plus grande que les signes physiques. Lorsque l'expectoration devient plus abondante, plus caractéristique, elle est l'indice des progrès locaux et de l'altération des foyers.
Peu à peu la matité de la poitrine s'étend, les bruits bronchiques deviennent plus nombreux, la respiration bronchique s'établit, les râles prennent un caractère plus métallique, il y a un gargouillement dans les cavernes, la bronchophonie passe à la pectoriloquie; la phthisie, en un mot, est bien établie et progressive.
Les symptômes laryngés, l'altération de la voix, les douleurs, la difficulté de la déglutition ne surviennent, sauf quelques exceptions, que dans la seconde moitié de la maladie. Il en est de même des symptômes intestinaux. À mesure que la consomption progresse et que la fièvre devient habituelle, l'appétit
80 TABLEAU GÉNÉRAL DE LA PHTHISIE PULMONAIRE, diminue, le marasme s'accentue et devient mortel, si la durée n'est pas abrégée par la perforation pulmonaire ou intestinale, par une méningite, une pneumonie ou une pleurésie terminales.
Plus les conditions extérieures sont défavorables, plus il y a de probabilité que la phthisie soit mortelle au bout d'un an ou moins encore. Toutefois les exceptions sont nombreuses. Même dans de mauvaises conditions hygiéniques, la maladie peut s'arrêter dans sa marche, rétrograder, guérir complètement. Toutefois la guérison devient plus rare à mesure que les foyers s'étendent, se multiplient, et que la santé générale se détériore davantage. Il n'est pas rare non plus de n'observer qu'un mieux momentané qui fait de nouveau place plus tard à la marche progressive. Après plusieurs arrêts, môme inespérés, la terminaison par la mort est encore très-fréquente. Dans une autre forme de la marche cle la maladie, bien plus commune clans les classes aisées, la guérison se soutient pendant plusieurs années; mais au moment où on s'y attend le moins, survient une rechute et les malades finissent par succomber aux progrès lents de la maladie, ou même à une tuberculose terminale subaiguë.
Dans une autre forme bénigne, les altérations physiques des poumons sont bien prononcées; mais il n'y a pas de fièvre, l'appétit se soutient, et les malades vivent pendant des années dans un état très-supportable, variété curieuse et celle dans laquelle la stricte localisation, avec intégrité, ou troubles seulement passagers de l'état général, permet aux malades de se porter passablement bien. On constate chez eux les signes des altérations d'un sommet, d'un lobe supérieur, ils ont même de temps en temps un crachement de sang ou une pneumorrhagie plus forte qui les effraye, mais leur santé générale les soutient pendant longtemps et peut les faire arriver même à une guérison durable.
DE LA BRONCHO-PNEUMONIE CHRONIQUE. 81 Des groupes de symptômes du côté d'un des principaux organes frappés peuvent prédominer. Tels sonl par exemple les signes dominants d'un ulcère laryngé profond, d'un épanchement pleurétique considérable, d'ulcères intestinaux avec diarrhée rebelle et incoercible.
Il n'est pas rare de voir une pneumorrhagie survenant de bonne heure, être suivie d'un arrêt de la maladie, du retour même à la santé. Des hémorrhagies fréquentes constituent une forme à part, mais à marche finalement grave et le plus souvent mortelle. Cependant j'ai vu aussi des malades revenir à la santé après qu'ils avaient eu pendant des années de temps en temps un crachement de sang abondant. Celui-ci survenant à une période avancée, est de mauvais augure et peut accélérer la fin.
Le pneumothorax peut guérir, mais il est le plus souvent mortel chez les phthisiques. S'il survient de bonne heure, à la suite de la perforation d'un petit foyer, les chances sont meilleures. — La marche de la phthisie est généralement plus rapide lorsqu'elle est héréditaire.
Quant à la durée, on doit admettre que la phthisie chronique peut entraîner Ja terminaison fatale dans l'espace de six mois à un an. La durée de un à deux ans est la plus fréquente dans les hôpitaux. Cependant celle de plusieurs années est loin d'être rare et se trouve souvent en rapport avec de bonnes conditions hygiéniques du malade.
Si des cas mortels nous passons à ceux plus heureux, dans lesquels la marche est relativement bénigne, nous voyons bien plus souvent la maladie s'arrêter pendant la première année qu'après une durée plus prolongée. Cependant ce mieux peut survenir beaucoup plus tard et avec des altérations déjà trèsprononcées. Dans un certain nombre de cas la marche est irré-