‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 17 sur 113 · DE L'HÉMOPTYSIE · texte numérisé non relu

DE L'HÉMOPTYSIE

signes d'une autre affection de la poitrine ou d'une maladie du cœur, est dû, dans la grande majorité des cas, à la broncho-pneumonie disséminée, à la tuberculose. Il n'est pas rare non plus que l'hémoptysie soit le premier symptôme frappant d'une tuberculose commençante. Les malades et leur entourage en sont ordinairement très-eiïrayés. Cependant j'ai vu assez souvent, au début delà phthisie, la maladie rester stationnaire, disparaître même après de fortes hémorrhagies. Mon pronostic de l'hémoptysie en est devenu meilleur dans ces circonstances, ce qui m'a souvent permis de rassurer les malades et leur entourage. Le crachement sanguin se répète volontiers pendant quelques jours, et pendant plus longtemps encore le sang stagnant dans les bronches est rejeté sous forme de crachats d'un jaune brun. Une fois le thrombus formé, le sang tout à fait arrêté, la partie malade du poumon peut s'anémier par suite de la perte de sang, et les foyers peuvent par cela même se flétrir, se sécher, se calcifier plus facilement. Lorsque, clans ces cas, les râles sous-crépitants du sommet tiennent principalement à la présence temporaire du sang dans les petites bronches, ils disparaissent après son expectoration, et l'auscultation peut donner un résultat presque nul, favorable pour le pronostic.

En jetant un coup d'œil sur la liste des malades que j'ai traités depuis vingt-cinq ans, atteints de fortes hémoptysies dans le cours de la broncho-pneumonie disséminée commençante, je constate que quelques-uns vivent encore, se portent bien et ont complètement guéri. D'autres se sont bien portés pendant une ou plusieurs années et ont présenté ensuite de nouveau les signes de la maladie première, les uns avec marche progressive grave et continue, les autres avec marche irrégulière et arrêt final complet du mal. Chez des jeunes filles, j'ai observé un certain nombre de fois l'arrêt complet de la

maladie après une pneumorrhagie abondante. La santé s'est rétablie; elle est resiée belle-pendant plusieurs années, jusqu'à ce que dans le mariage, une première, une seconde, plus rarement une troisième grossesse ait éveillé l'ancienne diathèse et conduit à une rechute complète, à une marche progressive et grave, à la terminaison fatale, enfin, pendant les couches. Exceptionnellement, j'ai vu cependant aussi des jeunes femmes anciennement hémoptoïques et tuberculeuses avoir plusieurs grossesses et couches sans retour de la tuberculose. La guérison, dans ces cas, a été solide, durable, complète.

Nous devons tenir compte de toute cette série défaits variés, dont quelques-uns éminemment favorables. Cependant nous devons nous demander quelle est la règle générale. Or le plus souvent, dans les 2/3 des cas, cet arrêt de la maladie, après la pneumorrhagie, dure quelques mois, parfois même bien moins de temps." Mais la maladie marche sourdement, et peu à peu les siones et la marche progressive se dessinent avec évidence. Des crachements de sang peu abondants sont plus souvent encore suivis de cette marche envahissante que de fortes hémorrhagies pulmonaires. Mais n'est-on pas déjà bien heureux de constater dans un tiers des cas de fortes pneumorrhao-ies une marche relativement favorable de la Luberculose après le crachement de sang?

Ce ne sont que les petites quantités de sang qui peuvent s'expliquer par l'émigration de cellules rouges (par diapédèse). Ordinairement un foyer inflammatoire atteint une arlériole pulmonaire ou bronchique, la corrode, ou diminue tellement sa résistance, qu'une rupture des parois avec hémorrhagie est la conséquence de l'impulsion ordinaire de l'onde circulatoire.

L'ancienne hypothèse, patronnée de nouveau par F. Niemeyer, d'après laquelle le sang épanché dans les bronches

DE L'HÉMOPTYSIE. 97 serait quelquefois le point de départ excitant et engendrerait secondairement la broncho-pneumonie et la tuberculose, manque complètement de base clinique et anatomique, et toutes mes recherches militent contre elle.

Le praticien doit toujours se mettre en garde contre la possibilité que du sang rendu par les bronches provienne d'une hémorrhagie nasale ou gastrique ou de sang avalé. Il suffit d'y faire attention pour éviter toute erreur de ce genre.

La fréquence de l'hémoptysie des phthisiques a varié dans mes observations entre 50 et 60 pour 400, avec un maximum des 3/5, proportion qui se rapproche de celle de Louis, qui, pour les hôpitaux de Paris, l'indique comme ayant lieu dans les 2/3 des cas. Ces chiffres ne s'appliquent qu'à l'âge adulte. Les enfants crachent en effet rarement du sang; j'ai observé l'hémoptysie infantile plus souvent dans la classe aisée que dans les hôpitaux. J'ai vu succomber un enfant de deux ans à une hémorrhagie suite d'une caverne. J'ai soigné en 1877, à Monlreux, un garçon de onze ans qui avait pour la troisième fois, dans l'espace d'une année, une forte hémorrhagie pulmonaire.

L'hémoptysie légère et la pneumorrhagie plus ou moins abondante sont d'une fréquence à peu près égale. La première peut avoir lieu pendant les diverses phases de la maladie, tandis que les fortes hémorrhagies appartiennent plutôt à la première phase, à la première moitié de la durée totale. Le simple crachement de sang en petite quantité offre celui-ci sous forme de stries, de taches rouges, ou bien les crachais en sont complètement colorés. Ils peuvent être plus ou moins nombreux, se montrer sanguinolents pendant plusieurs jours de suite et bien plus longtemps dans quelques cas. Ils peuvent avenir à différentes reprises, après des semaines, des mois

LEBEKT.

d'intervalle. Ces mêmes malades rejettent aussi qudtpiefoiS du sang pur, 1 à % cuillerées à soupe, ou au delà.

L/hémorrhagie abondante est accompagnée d'un sentiment de chaleur el du goût du sang. La quantité rendue à la fois varie en moyenne entre 50. et 100 grammes; elle peut atteindre 2 et même 300 grammes, exceptionnellement 5 à 000. Le san« arrive au dehors rouge, spumeux, liquide, ou avec peu de coagulations, et l'accès d'hémoptysie est terminé ordinairement au bout d'une demi à une heure. Mais déjà au bout de quelques heures, le pins souvent après 1 ou 2 jours d'intervalle, la pneumorrhagie peut se reproduire, et si le mal ne s'arrête pas après 1 ou 2 hémoptysies, les malades peuvent perdre pendant 8 à 15 jours des quantités considérables de sang et armer à „n degré très-prononcé d'anémie et de faiblesse. Chez quelnues malades, les fortes hémorrhagies et les phases hémorrhagiques se répètent plusieurs fois dans l'espace d'une ou de plusieurs années. Ces malades sont effrayés par l'imminence continuelle d'une pneumorrhagie; mais j'ai observé, dans ces cas «ne marche lente, avec peu d'altérations pulmona.res, avec une santé générale assez bonne, bien plus souvent qu'une marche progressive grave. Cette bénignité s'observe surtout chez les malades qui vivent dans l'aisance et qui se soumettent à toute la rigueur del'hygiène etdu traitement. Le prat.cend.stinguera facilement les crachats teints d'un sang stagnant dans les bronches, avant lieu pendant plusieurs jours après 1 aces d'une hémorrhagie récente ou nouvelle. Il rassurera en conséquence les malades et leur entourage au sujet de ces crachats bruns, parfois opiniâtrement colorés.

Louis indique l'hémoptysie comme plus fréquente chez la femme dans la proportion de 3 : 3. Je n'ai pas constaté celle différence entre les deux sexes pour l'ensemble de mes s.ouons

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