FORME CÉRÉBRALE, FORME LARVÉE
la monoplégie, de l'hémiplégie. Lorsqu'il y a une hydrocéphale interne, sans granulations dans les méninges et sans méningite de la base, la phase cérébrale peut conduire au terme fatal clans 5 à 7 jours, ou même plus rapidement. Lorsque la méningite se prolonge, le diagnostic entre la forme typhoïde et la forme cérébrale peut devenir très-difficile. Une forme très-rare, que j'ai observée deux fois et que l'on ne saurait guère diagnostiquer pendant la vie, est la tuberculose disséminée aiguë de l'écorce cérébrale; elle a été mortelle en 10 et 19 jours.
La forme avec prédominance de quelque groupe de symptômes peut être laryngée et offre alors le tableau de la phthisie laryngée aiguë. Dans la forme asthmatique, la dyspnée est habituellement très-intense et augmente eu outre dans de violents paroxysmes. La forme hémorrhagïque est rare; elle se distingue par la fréquence et l'abondance des pneumorrhagïes.
La forme larvée peut offrir le tableau d'une autre maladie des voies respiratoires ou de quelque autre organe. Pour la poitrine la forme pleurétique est la plus fréquente. L'épanchement purulent excite plus de fièvre que l'épanchement séreux; il peut se faire jour dans les bronches, faire saillie comme abcès dans un espace intercostal, provoquer même le pneumothorax. La pleurésie peut tellement dominer la scène, que ce n'est qu'à l'autopsie que l'on constate l'existence de nombreuses granulations miliaires dans les deux poumons.
Dans la forme pneumonique diffuse la maladie marche comme une pneumonie étendue de longue durée d'un lobe supérieur, plus rarement d'un lobe inférieur, jusqu'à ce qu'au bout de quelques mois la fièvre hectique vienne révéler la fonte, la destruction, la dissémination des foyers et des granulations secondaires, avec une physionomie en tout semblable à celle de la
184 TUBEUCULOSE AIGUË OU SUBAIGUË,
phthisie Subaiguë. La broncho-pneumonie disséminée de la rougeole et de la coqueluche peut prendre cette même marche, ce même aspect de tuberculose aiguë.
La forme larvée qui a pour point de départ la maladie d'un autre organe que ceux de la poitrine, peut siéger dans, les reins sous l'apparence d'une néphrite chronique. Dans ce cas, l'ascite, l'anasarque, l'albuminurie, Migurie, l'urémie peuvent, complètement masquer la tuberculose. L'alcoolisme chronique, avec ou sans delirium tremens, peut modifier sensiblement aussi l'aspect de la maladie. J'ai vu la phthisie aiguë masquée par les phénomènes prédominants d'une carie, avec suppuration abondante et fièvre intense, surtout par une carie de la hanche ou des vertèbres.
Durée, marche et terminaison.
La durée varie entre quelques semaines et plusieurs mois; elle est en moyenne de 4- à 0 semaines. La marche plus prolongée établit les passages à la phthisie chronique à marche relativement rapide.
Voici le tableau de la durée de la maladie dans mes obser-
lions :
ne
dépassant pas 2
semaines
Va à -i
1/2 "i" is
Les cas à marche très-rapide se rapportent à la luberculisation d'un grand nombre d'organes et à celle avec phase cérébrale terminale hydrocéphalique. Nous trouvons le maximum de 25 p. 100, savoir 1/4, pour la durée de A à 6 semaines. En
DURÉE, TERMINAISON. 185 tout nous avons 61,4 p. 100, ainsi plus des 3/5 des cas, pour une durée qui ne dépasse pas 0 semaines. Mais il reste près des 2/5 avec une durée de un mois et demi jusqu'à 4 mois et demi, et si nous défalquons le chiffre peu important de 8, pour une durée exceptionnellement prolongée, il nous reste pour la durée de 6 a 10 semaines la proportion de 30, 5 p. 100. Nous avons donc tous les passages entre la marche aiguë, subaiguë ordinaire, subaiguë prolongée et la «marche presque chronique, ou relativement rapide. La règle est la marche subaiguë. Aussi le terme de tuberculose subaiguë me paraît-il préférable à celui de phthisie aiguë.
La terminaison ordinaire est la mort, mais la guérison est possible. Parmi mes très-nombreuses autopsies de tuberculeux, plus de 500, je possède 6 cas dans lesquels j'ai constaté anatomiquement la guérison de nombreuses granulations tuberculeuses des poumons. Parmi mes 109 observations de phthisie aiguë, il y en a 3 dans lesquelles les signes de la tuberculose aiguë n'étaient pas douteux, ce sont des cas dans lesquels j'ai observé les malades pendant longtemps. Malgré l'extrême gravité de la maladie, il est survenu peu à peu une légère amélioration qui a fait des progrès et qui s'est terminée finalement par une guérison momentanée. Dans quelques cas moins heureux, mais encore relativement favorables, la maladie aiguë s'est ralentie dans sa marche et a passé à l'état chronique, avec des chances meilleures que dans la forme subaiguë.
La mort survient à peu près dans les 2/3 des cas par épuisement et collapsus, et dans près d'un tiers par une complication • cérébrale méningitique ou purement hydrocéphalique. En voici le tableau un peu plus détaillé :
Col lapsus à marche ordinaire, quelquefois avec amélioration momentanée avant la fin, d'autres fois avec délire, suivi de coma, tels qu'on les observe dans l'anémie cérébrale terminale, souvent à physionomie typhoïde; 65.5 p. 100 <! quelquefois avec œdème pulmonaire final... 47.5 p. 100 Collapsus ordinaire avec mort subite par syncope spontanée ou consécutive à quelque effort, quelque mouvement brusque, etc.... 7.5p. 100
Collapsus asphyclique, avec dyspnée trèsgrande jusqu'à la fin 10.5 p. 100
Mort cérébrale, par tuberculose du cerveau, méningite
tuberculeuse, hydrocéphale interne sans granulations 33.0 p. 100
Mort par péritonite 1.5 p. ioO
Nous ne mentionnons pas les complications, qui entrent moins en ligne de compte ici que le mode de terminaison.
Lorsqu'on compare tout l'ensemble de la phthisie subaiguë avec la description de la tuberculose chronique, la clinique nous fournit une nouvelle preuve bien convaincante de l'unité de la tuberculose. Nous voyons ainsi que les groupes de symptômes, leur coordination, leur succession sont les mêmes, et que les principales différences ne portent que sur la durée.