DE LA. TUBERCULOSE DES GANGLIONS LYMPHATIQUES
I. De la tuberculose des ganglions bronchiques comme maladieessentielle surtout pendant l'enfance.
On a voulu faire de la tuberculose des ganglions lymphatiques une forme spéciale de scrofule, et l'on a pris la matière qui les infiltre pour du pus épaissi. Il n'est pas douteux que l'infiltration des ganglions puisse se terminer par la suppuration ; mais son évolution ordinaire est tuberculeuse, et il n'est pas difficile de trouver tous les passages entre les granulations grises demi-transparentes, les granulations jaunes et ternes et les infiltrations dures, sèches et jaunes, petites d'abord, puis plus ou moins volumineuses, véritables tubercules d'agglomération. Nous avons pu constater tout aussi bien ces faits pour les ganglions bronchiques que pour les ganglions lymphatiques des. autres régions du corps.
Les ganglions lymphatiques peuvent être le siège d'une tuberculisation primitive, fait beaucoup plus fréquent pendant l'enfance que dans l'âge adulte. Les ganglions superficiels le sont souvent. Les ganglions bronchiques le sont moins fréquemment, quoiqu'on en voie d'assez nombreux exemples, d'après Rilliet et Barthez, dont j'ai vérifié les observations sur ce sujet à Paris, à l'hôpital des enfants, dans le can-
188 TUBERCULOSE DES GANGLIONS LYMPHATIQUES, ion de Vaud, dans les hôpitaux de Zurich, et à Breslau, à l'hôpital, dans la policlinique et dans la pratique particulière.
On sait que les ganglions bronchiques s'infiltrent souvent à la suite de la tuberculose pulmonaire. Mais lorsqu'ils sont primitivement malades, les poumons ne se prennent à leur tour que secondairement et le tableau de la maladie ganglionnaire intra-thoracique domine pendant toute la durée de la maladie.
Symptomatologie, durée, marche, terminaison.
Nous savons que clans la phthisie ordinaire les engorgements des ganglions bronchiques, ordinairement isolés et en nombre modéré, ne donnent pas lieu à des symptômes spéciaux. 11 en est tout autrement dans la tuberculose bronchique primitive, dans laquelle les tumeurs ganglionnaires sont plus nombreuses, forment des masses plus compactes et exercentune compression plus ou moins intense sur des organes importants de la cavité thoracique. L'influence délétère sur la santé générale n'est pas moins accentuée.
Lorsque les veines sont principalement comprimées, le cou et la face deviennent le siège d'une cyanose, légère d'abord, puis de plus en plus prononcée. La face et surtout la région des paupières paraissent bouffies et deviennent plus tard œdémateuses. Les lèvres et la langue sonl également cyanosées, les veines du cou se dilatent. On a aussi observé les signes d'une hémorrhagie méningée ou cérébrale par suite de cette gêne de la circulation, il n'est pas rare que, par suite de cette même cause, les malades crachent du sang de temps en temps, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la phthisie ordinaire de l'enfance. La compression du système veineux peut entraîner, enfin, un œdème pulmonaire partiel et passager, ou un œdème plus étendu et promptement mortel.
TUBERCULOSE DES GANGLIONS BRONCHIQUES. 189 La compression d'un ou des deux nerfs pneumo-gastriques et de leurs branches peut modifier notablement le timbre de la voix et de la toux. C'est ainsi que celle-ci peut venir par accès avec le sifflement particulier de la coqueluche; aussi la toux de la tuberculisation bronchique peut offrir une grande ressemblance avec celle de la coqueluche. Cependant la reprise dos accès de vraie coqueluche manque ordinairement. Chez d'autres malades on voit survenir de temps en temps de véritables accQS asthmatiques d'intensité diverse.
La compression pulmonaire et bronchique provoque dans un certain nombre de cas une respiration haute, bruyante, à timbre parfois particulier. La gêne opposée à l'entrée de l'air par la compression d'une bronche principale affaiblit de ce côté le murmure respiratoire; la respiration y est beaucoup moins distincte que dans les parties non comprimées. Les ganglions bronchiques engorgés en masse, formant des paquets volumineux, sont d'excellents conducteurs du son et peuvent modifier, augmenter l'intensité du bruit respiratoire, faire percevoir celui-ci comme soufflant ou bronchique même, sans altération correspondante du tissu pulmonaire. Lorsque le poumon est devenu à son tour malade, les phénomènes acoustiques dus à ses altérations sont notablement augmentés d'intensité et d'étendue et on peut les percevoir dans des endroits éloignés du lieu de leur production, même du côté opposé de la poitrine, relativement sain.
C'est là une véritable résonnance. La voix retentit de même bien plus fortement et la bronchite modérée peut donner lieu à des râles muqueux tellement intenses qu'ils peuvent ressembler à du gargouillement.
Lorsqu'il y a beaucoup de ganglions bronchiques infiltrés en avant ou en arrière, on perçoit aussi un son mat derrière le